MONA CR
au coin de la salle et l'invite à se reposer, sachant qu'en plein midi on n’inflige pas à un homme l'humiliation de l'envoyer se coucher. Vaincu par ces soins maternels ef par les insinuants discours de M*° Pernot, le pauvre garçon se décide à vider ses poches dans le giron de la
pelite mère et s'endort.
Celle-ci frémil en comptant 800 francs. Elle les enve-
loppe dans un papier sur lequel elle écrit: « À l’homme
saoûl », n'ayant pu recueillir sur lui aucun autre renseignement.
Quatre heures après, le marin se réveille, met la main sur sa poche et la trouve vide. Il demande où ilest, redoutant de se trouver encore là où son ami l'avait rencontré. « Où suis-je? où est mon argent? » — Le voilà, lui dit Me Pernot, il est en sûreté, je le garde. Dinez maintenant, puis je vous donnerai un bon lit et demain nous en reparlerons. »
Le lendemain, le matelot se trouva si heureux et si reconnaissant qu’il voulut {travailler et se mità laver toutes les vitres de la maison.
était un garçon de valeur et, à peine arrivé d’une longue campagne, il était déjà engagé pour un nouvel embarquement. M* Pernot veilla à lui faire remelire en ordre son petit bagage, l’accompagna en ville pour acheter les objets nécessaires, puis l’invila à s'amuser un peu avant de repartir. « Puisque les quais de Nantes ne vous valent rien, prenez le bateau de Vertou, avec un camarade, achetez là une bouteille de vin, du pain et du saucisson ; vous mangerez tous deux au bordde l’eau, voilà le plaisir. Voilà le vrai bonheur ! »
Le brave garçon, qui avait eu le temps de se ressaisir,
envoya 700 francs à sa sœur pour payer sa part d’une petite maisonnelte qu'ils avaient acquise par moitié. Ils bénissent maintenant la Maison du Marin de Nantes.
Il existe des fondalions semblables à Marseille, à Boulogne, à la Rochelle; dans celle-ci, toute boisson disillée est prohibée ; à Rochefort, une maison fut ouvertesur l'initiative du D° Buror, médecin de la marine; le vin y est servi en quantité limitée ; la plus récente a été ouverte au Havre par l'Union française antialcoolique.
Comme le disait M. Th. Ruyssen, dans sa communicalion au VII Congrès antialcoolique, toutes luttent d’une façon plus ou moins directe contre l'alcoolisme :
1° En fournissant le logement et les repas à meilleur marché que les hôtels et restaurants fréquentés par la clientèle maritime ;
2° En refusant de servir un plus ou moins grand nombre de boissons alcooliques et en ne donnant pas de boissons frelatées ;
3° En encourageant les marins débarqués à se dessaisir de leur solde entre les mains du gérant, qui la tient en dépôt ou en assure Le placement ou l'envoi aux familles;
4° En pratiquant l’embarquement gratuit qui évite au marin les services par trop onéreux du marchand d’hommes doublé de l'hôlesse.
Et nous conclurons avec M. Ruyssen qu'il faut insister auprès des 6 maisons existantes, mais non fondées sur le principe de la tempérance,pour qu’elles éliminent progressivement toute boisson distillée, notamment les apéritifs; qu'il faut inviter les sections de tempérance des ports non munis de maisons de marins à s'inspirer des maisons de la Rochelle et du Hâvre fondées par l'U. F. À., nolamment
dans les grands ports ravagés par l'alcoolisme : Dieppe, Rouen, Cherbourg, Saint-Malo, Brest, Lorient, Saint - Nazaire, Cette, Toulon, etc.