‹ Alcoolisme et Réforme SocialeChapitre 56 sur 69 · IF ISÈRE · texte numérisé non relu

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nous employons et qui,à mon avis, sont les plus efficaces. D'abord chez nous l'alcoolisme « à domicile » n'existe guère, à l'encontre de certaines régions, la Normandie par exemple. La lutte contre l'alcool devient donc simplement la lutte contre le cabaret. Contre le cabaret, deux moyens préventifs:

«1° Amener l'homme, ouvrier ou paysan, à aimer son foyer ; ;

« 2° Eviter les agglomérations.

«La Compagnie de Blanzy, qui a fait beaucoup pour les institutions philanthropiques, tend à ce que chaque ouvrier possède son logement en propre: il est évident que l'ouvrier propriélaire de sa maison aimera y rester, il aura à cœur de l’embellir, de l’entretenir de son mieux et de cultiver le jardin très grand qui l'agrémente : autant de conquis sur le cabaret. Chaque maison coûte environ de 2000 à 2500 fr., l'ouvrier qui en obtient une se libère de la dette ainsi contractée par une retenue de 10 0/0 sur sonsalaire ; au bout d’une dizaine d'années, le payement est effectué. De plus les terrains sont achetés autant que possible très loin, à la campagne, et Les logements se trouvent ainsi extrêmement disséminés. On ne connaîl pas chez nous l’odieux « coron » du Nord, rappelant la vie de caserne. Il existe seulement deux hameaux bâtis sur ce modèle, c'est l'exception.

QT s’en suit que les ouvriers vivant à la campagne ont trop loin pour aller au cabaret, ils s'y rassemblent moins souvent. Un très grand nombre restent chez eux, cultivent des pommes de terre et élèvent du bétail, quelques-uns ont même un peu de vigne (1). »

(1) Renseignements fournis par M, P, Cnevaucne, ingénieur des mines.

De l'usine de Neuves-Maisons à Pont St-Vincent (Meurthe-et-Moselle), on nous écrit: « Pour lutter contre l’alcoolisme, nous avons un économat (1) où les ouvriers trouvent tout ce qui leur est nécessaire pour leur nourriture et de plus beaucoup d'objets nécessaires à leur entretien. Tous les ans, ils touchent environ 7 0/0 de l’argent dépensé par eux à l’économat. Il existe aussi un fourneau économique où un grandnombre d'ouvriers prennent pension, ils y trouvent une nourriture saine el abondante. » Dans cette lettre on insiste particulièrement sur la tentation provoquée par le nombre croissant des débits, sur la nécessité de peines sévères contre les mar- chands de boissons malsaines et frelatées, sur lanécessité du rôle éducateur de l’école et l’on ajoute : « Les patrons ne pourront arriver à rien de sérieux, s'ils ne sont fortement soutenus par l'État. Nous sommes tout disposés à appliquer les remèdes qui nous seront indiqués (2). »

Dans le Pas-de-Calais, la Société des minesde Lens interdit formellement l'ouverture de débits dans les corons (3).

Nous savons d’autre part qu'un certain nombre d'industriels du Nord, réunis récemment à Lille, ont décidé de porter tous leurs efforts sur la lutte contre l’alcoolisme.

A Paris, M. le D' Gzzes pe La TourerTe, médecin en chef de l'Exposition de 1900, a tenté un réel effort contre l'alcoolisme sur les chantiers de construction. IL avait

(:) Rappelons que les économats sont dignes d'approbation: 10 s’ils ne portent pas un préjudice sérieux au commerce local; — 2° si leurs bénéfices sont acquis aux ouvriers ; — 30 s’ils n’ont pas pour résultat d’enchaîner l’ouvrier à l’usine qui a fondé l’économat.

(2) Communiqué par M. de CacQuERAY, ingénieur des mines,

(3) Communiqué par M. Dion, ingénieur en chef du jour.

remarqué que l'alcool et l’absinthe étaient souvent fournis aux ouvriers par les entrepreneurs eux-mêmes, aussi a-t-il interdit le trafic de boissons alcooliques sur les chantiers. Une boisson rafraîchissante composée avec de la glycyrrhizine et de la teinture de genliane estmise à la disposition des ouvriers. Tout travailleur blessé étant en état d'ivresse ne touche pas d’indemnité.

Tels sont les rares exemples de lutte contre l’alcoolisme dans le milieu ouvrier que nous avons pu recueillir jusqu’à présent.

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