VII. — LES CAFÉS ET RESTAURANTS DE TEMPÉRANCE — LES CERCLES OUVRIERS
En même temps que l'on cherchera par tous Îles moyens exposés ci-dessus à éloigner l'ouvrier du cabaret,
il faudra se rappeler qu'on le fréquente moins pour y boire que pour satisfaire un besoin de sociabilité. Comme l’a dit un publiciste, c'est « le point de rencontre des activilés au repos, la Zesche des anciens, le lieu des entretiens de hasard, des chocs imprévus de sentiments et d'idées, l'occasion propice aux consultations publiques, la foire aux hyperboles de critique ou d'espoir ». Avant de tuer le débit d’alcool, il faut le remplacer.
Il serait à souhaiter qu'un mouvement analogue à celui que vit l'Angleterre il y a 25 ans (1) multipliât en France les Cafés de Tempérance, qui pourraient donner, mieux même que les débits actuels, l'attraction d’un brillant éclairage, la chaleur d’un bon feu, sans la nécessité de consommer des alcools variés. Et mieux encore que de simples cafés, des Restaurants de Tempérance où le travailleur, souvent obligé de déjeuner hors de chezlui,puisse irouver pour un prix modique une nourriture saine et réconfortante, sans l’appât de l'alcool.
Grâce à l’Union Française anlialcoolique, et surtout grâce à une généreuse donalrice, on peut voir, depuis le mois de novembre 1898, au 43 de la rue Saint-Bernard, un restaurant de Tempérance à l'enseigne « Aux petits repas hygiéniques» (2). Les repas ont lieu de 6 heures à 8 heures du matin, de 11 heures à { heure et de 6 heures à 8 heures 1/2 du soir.
Toute la journée, on peut y consommer du thé, du café, chocolat, etc. On ne donne pas plus d'un quart de litre de
(1) En 1894, on comptait dans la Grande-Bretagne 7000 restaurants, cafés ou cercles populaires de tempérance.
(2) Cf. l'Alcoo! de mars 18994
; L’Economiste français, 4 novembre 1899.
vin par repas (0 fr. 25 le blanc; 0 fr. 20 le rouge), ou une canette de bière. Une boisson hygiénique (1) non alcoolique vendue 0 fr. 05 le carafon ou 0 fr. 15 le litre a beaucoup de succès. Le prix des portions varie de 0,15 à 0 fr. 50, le café coûte 0 fr. 15, le chocolat ou lethé 0,10. En mars 1899, il y avait 60 abonnés et l’on avait servi 6700 repas. Divers jeux, des livres, des journaux sont à la disposition de la clientèle.
La section havraise de l’Union antialcoolique a fondé un restaurant semblable, rue Gustave Brindeau ; deux autres sont en perspective, sans compter les roulottes qui circulent sur les quais.
A Paris, la Société de la Croix Bleue a ouvert un res- {aurant, 11, place du Commerce, à Grenelle. Enfin rue Meslay 61, existe, sous le nom de pension de famille, un élablissement où l’on trouve café, thé, chocolat à toute heure. Aux repas on ne donne pas plus d'un quart de litre de vin.
Et c’est tout !
Comme complément de ces cafés et restaurants de tempérance, il faudrait créer des cercles ouvriers basés sur le même principe. L’Angleterre nous donne sur ce point, comme sur bien d’autres, un magnifique exemple :
A Liverpool, le club des abstinents comprend, au rezde-chaussée, un restaurant et un café: au premier étage, des sallesde réunion et de lecture, une bibliothèque, une caisse d'épargne, un bureau pour les assurances sur la vie. Partout la plus grande propreté et le confort. Un jardin sert aux amateurs d'exercices corporels. Ce club est fré-
(1) Voir sa composition dans le journal /’Alcoo! de septembre 1890:
quenté par 1200 ouvriers, son budget est de 200.000 fr. (Dr SÉRIEUX.)
À Londres, le Palais du Peuple pour abstinents possède: une salle de concert pour 3.000 personnes,un grand reslaurantéconomique,une bibliothèque ,un jardin d'hiver, des salles de jeu, de réunion,de conférence,des bains, etc.
En France, il n'existe rien de semblable.