‹ Alcoolisme et Réforme SocialeChapitre 7 sur 69 · LEE · texte numérisé non relu

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liques, le déclin progressif de ces hommes autrefois laborieux, devenus incapables, iremblants, vieillis avant l'âge ; car nous les avons retrouvés à la Salpêtrière, avec les paralysies d’origine alcoolique et tout le cortège des affections cérébrales et médullaires, conséquences de cette intoxication; dans les autres hôpitaux, les uns atteints directement par l’alcool avec des cirrhoses, des néphrites, etc., les autres terrassés par les infections qui guettent tout individu, mais dont l'issue, souvent favorable chez les sobres, devient presque fatalement mortelle, pour un organisme sans résistance, miné par le poison.

Nos observations personnelles et d'innombrables travaux nous prouvent trop bien que l'alcool peuple les hôpitaux, les asiles et les prisons, abâtardit la descendance de notre France et peut compter comme un des plus importants facteurs de dégénérescence pour l'individu et pour la race.

1° Morbidité et mortalité. — Il est bien établi que la morbidité et la mortalité sont plus grandes chez les alcooliques que chez les sobres. Les Compagnies d’assurances anglaisessur la vie consentent depuislongtemps un abaissement de la prime en faveur des abstinents. Dans les statistiques fournies par trois de ces sociétés, on voif qu’en cinq ans (1884-1889) la moyenne, par individu, était de 26 semaines de maladie ; tandis que pour la caisse « Sons of Tempérance », qui ne recoit que des abstinents, la moyenne individuelle, dans le même espace de temps, n'était que de 7 semaines de maladie.

Il est impossible de fournir des chiffres comparatifs

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entre malades abstinents ou tempérants et malades alcooliques, on ne peut donner que des chiffres absolus. Dans son rapport à la Société médicale des hôpitaux (1), Le D'Jacouer, sur 4744 malades, a trouvé 1405 alcoolisés ou alcooliques, soit 29,61 0/0. Pour la tuberculose, en particulier, de multiples constatations ont montré sa plus grande fréquence chez les alcooliques. Les communications récentes du D’ BarBier et du D' JAcquEr (2) rappellent que 98 0/0 des tuberculeux, qui se présentent aux consultations, sont alcooliques (3).

Le maximum de mortalité s’observe parmi les professions notoirement intempérantes : marchands de vin, charretiers, cochers, cuisiniers (BerTiLLon). Et dans une même profession, celle de cochers, la mortalité est en rapport avec la facilité de l’alcoolisation. De 25 à 60 ans, la mortalité est de 14,82 pour mille, parmi les cochers d’omnibus et de fiacres,de 12,75 pour mille pour les charretiers et les camionneurs et seulement de 8,87 pour les cochers de maître et Les valets de pied. Cet écart peut s’expliquer,il est vrai, par des différences dans le genre de vie, mais on ne peut pas perdre de vue que les cochers de maître consomment beaucoup moins de spiritueux que les cochers d’omnibus et de fiacres parce qu’il leur est plus difficile d'abandonner leur poste pour aller prendre un verre de whisky, et que des habitudes d’intempérance invétérée ne leur permettraient pas de rester longtemps au service de la même maison et ne leur laisseraient

(1) Presse médicale, 9 décembre 1899.

(2) Société médicale des Hôpitaux, 30 juin 1899. (3) Cf. Compte-rendu du 1v° Congrès contre la Tuberculose,

mer iron bientôt plus la possibilité de trouver un emploi (1),

La constatation suivante, faite par le gouvernement russe, à la valeur d’une expérience. Chez les Tartares de la province de Kazan, la mortalité est de 21 pour mille ; ces musulmans, fidèles à la loi du Coran, ne boivent jamais de spiritueux. Chez les Russes orthodoxes de Ja même province, usant et abusant en toute liberté des boissons alcooliques, la mortalité est de 40 pour mille, les conditions de vie, d'hygiène générale restant pratiquement les mêmes (2).

Un autre facteur de morbidité et de mortalité réside dans les accidents. Les morts accidentelles survenant en état d'ivresse ont passé de 1835 à 1898 de 230 à 530 environ. Plusieurs statistiques ont mis en évidence la plus grande fréquence des accidents du travail, pendant les jours où l'abus d'alcool est plus intense. Voici, d'après M. G. Tuéry, la répartition, par jour de la semaine, des accidents, survenus en 8 ans aux ouvriers de l'arrondissement de Lille, assurés à la compagnie La Providence (0)

JÉUUL Se NE NOTE RTS 1531 acccidents Vendredi. #19 heurte ROUX Ps SAME A Cine ont 1876 — Dimanche ra ur re ar de 202 LUDO. RP enr ee 199700 Mariette De AMONT HS. 0 1679 Mercredi 7832 shirts : 1432 —

(1) Wazvo et Wacom, North American Review. Novembre 1896. (2) Revue scientifique, 26 février 1898.

(8) G. Taéry, Exploiteurs et Salariés. page 204.

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8° Aliénation (1). — Il ne faut pas voir dans la progression constante de l’aliénation une conséquence des condilions de plus en plus pénibles de la lutte pour la vie, — ce serait lui reconnaître un caractère fatal. — En effet, la critique des statistiques fournies par les aliénistes apporte la preuve que cette progression est due à l'alcoolisme.

Dans un rapport adressé en 1897 au Conseil général de la Seine, M. Tacuer, médecin de l’asile de Vaucluse, donne les chiffres suivants pour le département de la Seine :

AND ENT NU 7805 internements des deux sexes.

F18TS EP: ce 11899 — = to SET CRE 19784 —: ia SOL EN A RS 21700 22 #,

M. LeGraiN estime que le cinquième des aliénés hommes (22 0/0) est fourni par l’intoxication à la mode.

M. MaGnan, dans son rapport de 1898 au Préfet de la Seine, établit que 1147 malades: 874 hommes et 273 femmes, ont été admis dans les asiles en 1897, par suite de l'abus d'alcool. Sur les 874 hommes,590 étaient des alcooliques proprement dits et se décomposent ainsi :

DÉRTIDARATÈMENS TE ET A à anse cg 6 1 DÉARENES REIN RE RE SRE 197 Alcoolisme ghronique. ve. teurs 377 ADSL SION en RAR eos ee dons dote 10

(1) Cf. Magxan. Bull. Acad. Méd. 1895.

CLaupe (des Vosges). Rapport au Sénat. Jour. off. 1887. Annexe n0 42.

L’aliénation et l’alcoolisme en France de 1866 à 1896. Æev. Screntif, 10 décembre 1898.

En dehors de ces cas d’alcoolisme proprement dit, les autres malades sont des dégénérés, des débiles, des épileptiques, des paralytiques à la période prodromique avec appoint alcoolique. Car, ainsi que le fait remarquer M. Macnan, l'alcoolisme est cause de recrudescence d'états morbides antérieurs; sans ces excès, beaucoup d'épileptiques et d'hystériques pourraient continuer leur travail et améliorer leur santé, en suivant le traitement externe de l’asile,

Les statistiques étrangères nous fournissent sensiblement la même proportion d’aliénés alcooliques.En Prusse, 11 0/0 des internés sont atteints de délire alcoolique, et 23 0/0 sont redevables de leur affection mentale à l’alcoolisme.

8° Criminalité — « Mon état et ma conscience, dit M. An. GuiLor, membre de l’Institut, juge d'instruction, me commandent, quand je suis en face d’un coupable , d'examiner par quelle voie il en est arrivé à cette déchéance et, 99 fois sur 100, qu'il s'agisse de l’homme, de la femme ou de l'enfant du peuple, c'est le cabaret que je trouve à l’origine de toute perversion. » N'est-ce pas constater l'influence considérable des excès alcooliques sur les dépravations de toute nature et en particulier sur la criminalité.

L'étude de quelques statistiques va nous permettre de mettre cette influence en relief.

Dans son rapport au Congrès de Bruxelles (1), le D°

(1) L’alcoolisme et la criminalité, Compte-rendu du Congrès, 2 partie, page 37,

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