‹ Alcuin et son influence ... chez les FranksChapitre 5 sur 19 · CHAPITRE Hl · texte numérisé non relu

CHAPITRE Hl

Le roi Charles. — ficole palaline ; son origine, ses plus anciens mat- Ires, Pierre diacre et Paul Warpeftied. — LMnfluenre d'AIcufn se fait sentir. Belles réformes du roi Charles. Lettre â Lut!, archevjôque de Mayence. -r- Circulaire. — Ecoles carolingiennes dans la dernière moitié du \iii« siècle.

aVDîewp) dit le moiaeide Saint^Gall, le roi Charles, voyant les études littéraires fleurir dans son royaume, sans atteindre pourtant à la maturité des Pères 9 éprouva un chagrin plus que mortdl , et laissa échiipper cette parde de déeourags* mwt : ah! que n'i^i^d douce deix» aussi savants que le Ment Jérôme et Augustin ! Le doete Alcuin, contenant son indignaliiNi en présence du noi terrible , mais ne la v^ilaât pas tout à fait , répliqua : le ctékimf du dd et de la terpe n'en a pas davantage , et toi tu ejt voudrais douze I » Cqlte exclamatiiop révèle , p^r ^ m^^t^ m^m « h çarjtf:;|èr^ dç

Gbfiples. Bar^e » il , aurait yimiIu ceoqiw'ip U civiimtion d'MQseiri (HMf. Rourloi;, il aUuût le i»^tieoUab«4^r dif rwvant i çel ardent dé^ir de tout savoir qui est le (ourm^t de& esprits distingués ^ coaune il est leur force et leui* i^lfii' sir. t*pîsivet^ lui ^tait insupportable , ee que Vo» nomAte repos était^pour lui renuui. Sa rëepéation, à lui, estait de poissa* des soios de la guerre à; eeux de la paix , des combiiuâsous de la poliliqtt& aux cootemplations de la science, et eouime celles-ci wnt iuuomlNraMies , sou ardeur n'était jamais satisfoite* il se &tiguade la guerre ,r il ne fut jamais rassasié d'études, ia douleur qu'il éprouvait de ne pas posséder telle qonnaîssance lui enlevait le plaisir (yi'auraient pu lui procurer celles qu'il avait acquises* Cette ÛMpiiétnde d'esprit ne pouvait £uir> non-seulement parce que le domaine de la pensée e$t ilUmité , maûs encore parce que le propre 4fes travaux de riateUigence est de conserver à l'aue la Iraicheur de la jeunes jusque sous tes cheveux blancs (1). Pendant ses repas ^ en famille^ près de la table était aseis un clerc qui lisait des Itvres d'iiistoire ou k Cit4 de ZWefi. Il traînait après lui , dan^ lua guerres , une cour composée non pas de flatteurs pour le perdre , mais <|e savants pour rinstiHiire. La nuit il inteiri^mpait trois ou quatre fois sou sommeil pour travailler. Dés qu'il se lerail, il appelait ses officiers , donnait des ordres , prenaîl des renseignememii , terminait des procès , tout en s'habillaot (*). U cherchait, il encourageait partout les talents. Un jour îl entre dans recelé , il a'ap^^t que Iw fils des seigneurs sont moins ap-

(1) vu Alc.^ c. VI, et Aie. Epp. pa&9imyFroà^,i L 1.

(2) Eghin., VU. Carol. M.^ c. xjiv.

pliqués que les autres. «Ah! dit*il, vous comptez sur votre naissance et vous en concevez de ForgueU. Sachez que vous n'aurez ni gouvernements ni évéchés , si vous n'êtes plus instruits que les autres» (1). A cet amour de la science et <da travail , il joignait une grande simplicité d'âme » grâce à bquelle il eût fait son profit d'un mot intelligent prononcé même par un ignorant ou par un enfant ; et cette disposition d'esprit , jointe à une constante possession de soi-même et une grande facilité de conception , le rendait propre à trai-; ter toutes les questions , à s'élever ou à s'abaisser avec elles en les dominant toujours , à profiter de toutes les difficultés , i s'instruire avec tous les hommes. Les Romains admiraient cette vigueur d'intelligence et cette fécondité morale qu'ils n'avaient plus depuis longtemps, et les Barbares étaient subjugués par cette présence d'esprit qui les devançait toujours en modérant leur élan. Toutes ces qualités étaient inhérentes à sa nature, l'une des plus riches et l'une des mieux disciplinées qui aient jamais été placées à la tête d'un grand peuple , pour adoucir ses mœurs et pour l'éclairer.

II. Aussi s'était-il résolu tout d*abord à faire ces sacrifices d'argent qu'Eginhard , homme spécial , trouvait trop onéreux (2); dégrouper autourdelui des grammairiens, des rhéteurs, des théologiens , des savants de tous genres. Il voulait réunir en lui^^même , comme en un seul foyer, tous les rayons de la science , alors affaiblis et épars. Il espéi*ait ainsi communiquer à tous , avec plus de puissance , Tamour de rinstruction , former alors de beaux génies dans son pays

(1) Monac. Sangall, 1. 1 , c m.

(2) Eu^nhard , VU. Carol. M,, c. xii.

et le doter d*ttoe. gloire littéraire aussi Mlé, s'il était pos« siUe, et aassi pure que celle d'Athènes et de Rome. L'auteur du poème sur Y Arrivée du pape Lion appelle la (^pitale de la France carolingienne , la seconde Rome , la Rome élevée , la Rome future (1 )• « Si l'on suivait votre zèle , disait un jour Alcuin à Charles, peut-être verrait-on s'élever en France une Athènes nouvelle , et bien plus belle que l'ancienne , TAthènes du Christ» (2). Ailleurs encore : «Votre religieuse prudence a coutume de chercher dans tous les hommes la sd^ce. des choses divines et humaines , afin de déposer dans le trésor de son cœur les sentiments de tous , et en faire ensuite sortir avec une pleine abondance des richesses anciennes et nouvelles (3).

III. Or c'est dans l'école palatine surtout que Charles s'intruisit, ou avec les professeurs ^e cette école (4). On peut, avec les bénédictins, voir l'origine de l'école palatine dans la chapelle des rois mérovingiens. Mais il faut tenir compte d'une antre considération. Tacite remarque que les chefs germains s'entouraient d'un cortège de compagnons qui les accompagnaient partout (5). En Germanie, ils leur donnaient des armes ; au temps de la «otfquéte, ils leur donnèrent des terres en récompense de leur fidélité. De là toute la féodalité ; Montesquieu l'a fait voir (6). Mais, quand il fut question de rendre la conquête durable, quand on ne son- Ci) Aie. opp., l. Il, p. 451, V. 04, 124, 98.

(2) Aie. opp, {.\, p. 102.

(3) /6trf., 1. 1, p. 186.

(4) Eginh.y Vit, Carol. Jf., c. xxy.

(ô) Voy. M. Ozanam, Hist. de la civiUs. chez les Franks , t. 11 , p. 460.

(6) Monlesq., Esprit des lois, 1.1}LX, c. ii, m.

gea plus salement i (emparer de$ terrei qa^vhiwl bodu^ pées les Romains, , mais^ et c'e^t là surtout ^ ^ue £r«i)l tes HerstalU h profiter (ie Içur supériorUé moralQ» ne. dMlTQp fa^ songer à distribuer aussi aiix membres du Coviégei les avantages précieux que cçtte supériorité morale pcfurait pi!o^ curer? On voUi ^ ^ff^t, <)aps les qbroqiqaeut^ que les chefs frank^ fajû^i^ot veoir chev eux les fils de leurs pri&oipaux seigoeuDs» a£u qu'élevés avec leurs eufaols, uounîs du même pain et pénétrés des mêmes idées^ ils leur cooser* vasaçnt jusqu'à la mort c^e fidéUté qui est un des priAdpaux traits du caraqtére germsliique. Les seigeeur^, de leur côtévSe gardaieut bien de ue pas se conformer i «et usag« ; car ils ouvraient ainsi à leurs enfant^ les plus brillantes car^* rièrc^SySoit à la guerre» soit dans TÉgli^, On en faisait des palatins ^ous les deux premières dynasties , à . peu près comme on en fit des pages du temps de la féo^blilé. Ciest du sein de Téccile, partie i^it^nante du ccorlége^ que les Mérovingiens et les Carolingiens tiraient, leurs écbafisons, leurs maréchaux et leurs connétables. Ms^s ce que nous dir sons s'applique surtout aux Carolingiens, parce que faisant beaucoup plus de guer;*ef ils ét^ie^t sans cesse entourés de leur cortège» et parce qu'ils faisaient beaucoup de cas de la

culture de l'espfil (!)•

Gardons-nous donc de négliger les savantes obtervatistts des bénédictins. Us voient l'origine de l'école palatine dans la chapelle royale, qu'un décret de Clotaire II constitua définitivement. Cette explication, loin de nuire à l'autre, Téclaire. Les directeurs de la chapelle étaient les professeurs

(1) Hundesfhag,, éA Agobardé, Vit. eiScrifil., p. 3«

«le récdle; le cûrlige g^ennenque était k feud ^r; lequel ils IraTaiUaieiit. Itais, si l'oa ne ftûsBit appela d'autread^-t miments, le caraetëré sëcfalier de Véoùk patolîiie pourrait s'effacer ; on serait fort étonne M voir les priàcipanii aei^ 0B8iir& du roi aasister comme lui à des leçons^ et de dhflîngMTt DOQ loiin d'eiix^ «d groupe de jaunes fillei. 11 nbos fiônble Inutile de rasaeiniiler ici tous les ténoigbsigpas qui fobt voir cette tfcole fbrissaote* digà du temps des Méro-> vsrigiaos (1). f Benoit d'Aniane. dit Sttai^de^ o«ifuît di» parenis noUes. U âait etw^re fort jeime lorsque son f«ire renvoya à là cour dtf glorieuse m Pepiq, pour qu'il y fût nourri psjrmi les écoliers. Sef) camarades l'aimâfent plus que son âge ne semblait le faire espérer, c'est qu'il était boq et pvo|m à imxts ILobtilut enrate en partaige la dignité d'éebaosen» H fit la guerre du temps du roi Pépin. Quaod le tnèeiglorieu^ Charles prît les rênes de TÉtal, il s'sitadia à lui pour le senrir* U eoeibàttil à ses côtés« da&s cette eauée oà il soumit TitaliQ ^ (9), Plus tard , oe des^ierviit Benoit d'Attiaue i la pour. Cebii-cî s'y tenàjX sur-le-cbamp» « hà roi^dto qu'il Tapençift, oublia sou ressentîmexit, il se Jetai son eou, et de sa prq>re maiu • il lui offrit une eoupe de vin j» (3). On voit, daiu ce passage, et les titres d'adoussion a l'éooie palatine, et les hai^itudes toutes lal<|ues de cette école, etravenir réseinrié mx jeunes ^ns quisortâient de uox^ aeiA« Ainsi la cbi^)eUe dd roi, et un senlimeut de &déUité% de sympathie et d'honneur, tout belliqueux d'abord , se transformant ensuite en un vif désir de sMUostrer par Téelat

(1) On les trouve tous r^uni& éa^ns Pitra, Fis éfimnt Lég^f-

(2) MMlL^Act,, s. IV, p. i,p. 1M.

de rîateUigêfice autant qne par de brillants faits d'armes, en une sorte de oonfraternitë à la fois militaire et intelleo tuelle : tels furent et l'origine dé l'école palatine et le mobile puissant qui lu| communiqua un élan civilisateur. .

ly. Ce changement se manifesta surtout à Tavénenient de la seconde race. Charles-Martel venait de fonder un pouvoir solide ; on vit aloi*s Pépin le Bref et surtout Tintelligente Berthe, son épouse, appeler à leur cour les fils des seigneurs les plus éloignés (1). Aux directeurs de la chapelle royale, succédèrent de véritables professeurs de lettres; Pierre de Pise est le plus ancien qu'on connaisse. • 11 se fit entendre à Aix-la-Chapelle, dans les dernière années du règne de Pépin lé Bref et au commencement de celui de Charles (2). Alcuin parlait un jour de Pierre de Pise au roi : c C'est ce même Pierre, disait-il, qui s'est illustré en enseignant la grammaire dans votre palais » (3). Ce cours eut toute la régularité que pouvait permettre la vie agitée des étudiants. De retour dans sa patrie, cet Italien soutint contre un juif nommé Jules une controverse, au sujet de la divinité de Jésus-Christ, controverse qui avait été publiée, mais qu'il était déjà fort difficile de se procurer trente ans plus tard (4). Daus les rares écrits où l'on fait mention de lui, on joint toujours à son nom le titre de grammairien, qui veut dire littérateur. On n'en saurait douter lorsqu'on lit le morceau où Pierre de Pise s'adresse , au nom du roi , à

(1) i6îd., p. 194.

(2) Gf* aJbbé Lebeuf, Supplément à la DisserUUion sur l'état des sciences sous Ckarlemagne; Paris, 1730, p. 372.

(3) Aie. ep., LXXV; Frob., 1. 1, p. 126. ",

(4) Ibid,

Pauly diacre; é< le prie, en lui apprenant kftrtuf mariage de Rothnide et de CiotifttBiàtin, fila â'frénf^^ ô'eoiBeîgDer avec ardeur la langue grecque aux de^s de Métis. Il y ))arle d'Homère , de Virgile , d'Horace et de Tlbullè. Il espère qu'après avoir enseigné la Janguë latine et la langue grec^ que, Paul enseignera encore ri^ëbreu i ses meilleurs âèves. La pièce se distingue par d'énergiques Mtaphores : « PanU le plus savant des postes, qui t'a envtoyé dans notre glorieuse province pour préparer les âmes inertes aux fécondea semences ? Tu nous as montré qu'enraciné par amour pour nous dans notre contrée, tu y es fixé, et que tu ne veux pas retourner vers tés anciens pâturages... One gloire que nous n'espérions pas vient de s'âever sur nous d (1).

V. Les leçons de Paul Warnefried portaient mdns de fruits cpie ne le cit>yàit: Charles. Paul était Italien, c'està-dire moqueur et habile à faire des vers.fàciles. Il abusa (le- ses avantages en répondant : « Je sais très-bien que votre Rothrudé va franchir les mers, que la belte fille va prendre le sceptre, et étebdre ainsi votre empire jusqu'en Asie. Si , dans ces contrées , vos clercs né parlent que le grec qu'ils auront appris de moi, pareils à des statues muettes, ils se feront moquer d'eux » (2). Peut»être Paul diacre cédait*^, sans trop le vouloir, i un sentiment de vengeance. Issu d'une' noble famille lonriuirde, élevé i k cour de Pavie, et estimé de trois, de ses souverains, Paul Warnefried était secrétaire de Didier, lorsque Charles

(1.) Voyez abbé Lebeuf^ Supplément^ etc., p. 404, et deux autres pièces poétiques de Pierre de Pise : Versus Pétri ad Paulum (ibid.^ p: 408^) et Vernss Pétri in ^aude ^^ ( iUd., p; 419 ).

{i) ÀbbéLebéùf/^ ^9c,^citmih .

dëlrilifiH fe roy^utiie de» bo^i^s.Twte' k owp fct . dèi^ P6P9M t Pàiii Warnefrieâ («toii te pif»^ dtè FrailM» tudiè que Didiir et lar mftlheiHieuae Epmenfitfde^ «t'file^ %-em aUaÂeot trâtebi4iit iboinrip 4te»s: la .mO^tère de^ Cavbie:^ Une série jdi'avtfntores €â Fon r€|)nl8^ttt6 PmI WAnMfmd ^ fîd^d i ia. cause îtalifenM, ai^tës la défaite de ses taiaitre» ^ otgMîfiaiit une ooispiialion eooirb tour Tawqiiewy tf re^ eeranl de lu» 1111 géMFenx, pardon i doivent étm ^ wr l'aMo^ Ktté4eMai»lioa9 luisesmrailg descfeUesi^PoiirtiM îifseflibld que Tattitude de Paul éiteise ne M jamaia hTM. fimndbe^ S'ft admirût Ghariest ^ comtne>chiràtiefi ^ aeir o(Mtr.defii»iît4tre quelquefois ateesaillel dca SButineite d'uae tmt aiitre nature, et si ^ raison sortcdfc Tleferièufit de c^te lÉtte^ t« TieteirepoiiTaii hri coûter quel^uiss^ Iânite& YoîIl fieatTdtre pourquoi il toulut bîea enseigner à Metz « célèbre école ecclésia^ique depuis €hi^degang, et refusa de se mêler à \sk ftuaùlle seigneuriale de ses vainqueurs* Il voulait servir Charles 9 ittûs de loin , et encore en n'atouant pas le yérita- Ue iMuraetèire de ses services; C'est i la chrétienté qu'il voulait ^re jufile. Auss», Vers l'annëiè ISê^ résidant ^teopth Meit , il envoya son bomiliaire i Aixrk-GliafeUe* C'est en* (Me dans cetMi ville qu'il écrivit soft liyse ^ur les évéqmt»: é(t Mete^GbapleSf dontùn éohee tieikisaît qn'iitrit^les désîrs« fil uniKNlvel effort pdur attirer à kiî le fier Lombard^ et lui éovdyar cas vers d'une sipliàre Véhàtoence» : «Sotd^i que iîds^tulâoncS Toi , Ptiil^.(|ui était prêt à <eoiiper dltm doup-der poignard les cous de nos ennemis ? Maintenant ta droite vieillit , languît loîd des combats ; ta gauche ne peut le^er ton bouclier au-<dessusâe ta tête r lue fents-tn? Resta en prolétaire dans ta ville , toi qui craiMde voir ks eamps hàr

lisft&9t ^ roui. leiieîlle tes laurl^rB. TUn ^uig âtlduMt «e 4e89)ècba dans toû ookps Asrgé d^ahée»^ ^ ton ctèui" refrai4i B'âi ph» d'âmœir pour la gfoine i (1). En essay^tit de retveiftper aiâsi VmA dku$rft ^ Charles TMlait-H remuer $on im^guiatioii de podte^u csxciter soa courage mifit^re? Peutêtre D0 faint-â Voir dans ees vers qu'ime allégorie. Mais en YW i^ roi des FraniLs fiaisait^ii sî vireaieiit ressortir lexotrjbrasjte.de la vie a^tëe de PMi ^ dam isa Matoritë, atec tés «olîjta^ire^.f^ttm'eside sa rieiUesse. Ces souireâirà n'avaient phtsideprjte sur un iiommefoi^ loiû d!e Vouloir rentrer 4an9.1eiioiKie, scbgeaità lai dire nb dternel adieu. Il se retira au mont Gassin. OhaiieiP lui ^iffM de nouveau sou ^amtié avec la plume d'Àlcuin (3). Toàt M inutile. Paul né Tépoodiiaxntaiieatùaises* paroles âe Ohâries qa'ék traçant, pour la postérité, sur une feuille inaïuortëllts le portrait d*ûtl ^prince qui avait nenwrsi sa jWitlriey et qu'il ne pouvait fe^em- .péahér d'admtra^ (3).

- . Païui Wartefrièd a écrit «rois gjrauds eirvrages. ÏVabard ïffiitoiré dea lamàafds (4)^ curieuse^ en ce que Paul a puisé qtitlques'^iiiis de ses renseignements dairs des légendes et éam des diansom barbares , prédeuse en ce que sans èlîe OD ctanaitrait à peinie tes premiers siècles dé Thistoire 4'HpMd. Les Hafiens vâmient pat* tradition Tadresse quli mit à tenniner son ouvrage avaînt la prise dé l^avié ; ils voient là de k fidéttté à lar ei&U^e ftafienne. Malfieureusément Tél^ de^Gluiltefifitti^e'v téribble hors^d^œiitre d'ans le livré

(tXfroô., l.,II,,p.5M. . '

(ij 76wl., p. 552.

(3) P. Pithou, Script, duodic^p p. 90L

(4) Murator, Rer. italiCé $ctipt,,.t^ I.

des Évi^ueê d$ Jlfe{js(l), ne mus permet guère de conserver cette illusion. VHiêloire des derniers siècles de f empire romain (3) , qui est la contimiation du livre d*Buù*ope, semble écrite au mont Gassin. La poaitioii de Paul ëtidt alors ind^ndante* Promesses, présents, caressas, ne pouvaient plus rien sur ce cœur à jamais résoin : il n'aimait plas que Dieu et l'étude. C'est dans cette situation d'esprit qu'il pouvait en liberté traiter des événements et dies hommes , juger ceux-ci avec impartialité, coordonner oeux-li: avec art: récrivain donunait son ouvrage. Dans un siècle de décadence pour elle , la langue latine avait encore trouvé un interprète digne d'elle., et ce livre vraiment classique , qui rappelle la manière rapide des historiens des empereurs , ' suffirait pour faire de Paul Wamefried l'un des meilleurs historiens du moyen âge.

YI. L'école palatine ne put entendre Paul diacre, que lorsqu'elle errait dans le Nord. C'est pour ce motif qu'on en a parlé ; c'est aussi pour tirer une conclusion de ce qui précède. Pierre de Pise était Italien; Paul Warnefried, Lombard ; mais les Lombards étaient promptement devenus Ro* mains. Us ne comptaient plus sur la force active de la pensée humaine. Étaient-ce des hommes ainsi résignés et sans espoir qui pouvaient seconder les vues du roi Charles et attaquer avec lui les innombrables remparts de l'ignorance ? Non , il lui fallait des hommes qui, ayant conservé , commelui, au milieu des âpres climats du Nord, la vivacité natale de leurs croyances et de leur race , diraient : C'est par nous qu'il faut commencer l'œuvre. Quelle différence entre ces fils de

(1) P. Pithou, Script, duodec, 80, 91.

(2) Paul diac., de Roman Gest. J. VIII.

1& Germame , qui décrivent avec un naïf transport les joies d^ plus minutieuses études , et cet homme du passé qu*ua prince invite à enseigner les langues , et qui répond avec dédain , parce qu*il domine son art de trop haut.

VII. Charles s'était bien promis de vaincre tôt on tard cette avare jalousie des Italiens, dont parle le moine de Saint-Gall (1). Ce n'est guère qu'à partir de Tannée 782 qu'il tenta de généreux eiforts en faveur des belles-lettreà ; deux raisons expliquent ce délait les soins de la guerre, l'absence d'un maître 2élé ^ dévoué , qui lui eût donné unis instruction solide. Or c'est vers cette époque que Witikind et Âbbion furent baptisés à Âttigoy (2). D'autre part, Âlcuin commença ses cours à l'école palatine en 782 ; et, bien qu'ils n'aient été réguliers que pendant l'hiver, ils durent bientôt, vu l'infatigable ardeur de Chartes , porter des fruits précieux. Dés l'arrivée d'Âlcuin en France, Charles avait voulu l'avoir tout à lui pour étudier, et ce n'est que dans la suite qu'il se décida à se passer quelque peu de sa société , en lui confiant la direction de deux monastères alors sans importance , Perrière en Gàtinais , et Saint-Loup à Troyes (3).

yill. Avant de connaître Alcuin , le roi Charles avait déjà eu la pensée de faire rentrer Tinstruction dans l'Église ; c'est ce que l'on voit par sa lettre à LuU, archevêque de Mayence. « Tu travailles avec le secours de Dieu à conquérir des âmes , et cependant , ce dont je ne puis assez m'étonner, tu ne t'inquiètes nullement d'apprendre les belles-lettres i ton clergé. Tu vois de tous côtés ceux qui te sont soumis

(1) Mon. Sangall, l. I, c. x.

(2) Eginh., Annal,, ad an, 785.

(3) VU. Aie, c. VI.

ploBçés dans les ténèbres de l'ignorance, eU lorsffue tu pourrais répandre sur elles la lumière de ton savoir, tu les laisses enfoiûs dans l'obscurité de Ieuraveu{;lemept... Qyi pourrait croire que dans une si grande multitude soumise à tes ordres 9 il n'est persofroe qui ait quelque disposition à l'instruira. Apprends donc à les.fils les arts libéraux pour eon^ tenter notre désir sur un point qui nous touche vivement » (1 ). Après avoir connu Alcuin , le roi Ghftrles écrivit non plujs à un évéque ,, mais à tous les évéques età tous les abbés de son royaume , de relever partout les écoles épiscopales et monastiques. .

a Que votre dévotion agréable à Dieu le sache : de concert avec nos fidèles, nous avcms jugé utile que dans les évéchés et dans les monastères , confiés par la faveur du Christ à notre gouvernement , on prit soin non^eulement ^ vivre d'une manière régulière et conforme à la sainte religion y mais encore d'étudier sérieusement les lettres x hs enseigner, et les apprendre chacun selon sa capacité et 1 selon les secours de Dieu..., afin que la règle religieuse , amenant avec elle Thonnéleté des mœurs , le zèle pour enseigner et pour apprendre , donnât ^ussi de la régularité et de la beauté au langage. Que ceux qui désirent plaire à Dieu en bien vivant cherchent aussi à lui plaire en bîea parlant ; car il est écrit : C'est sur les paroles que tu seras justifié ou condamné (2). Car, quoiqu'il soit mieux de bien faire que de savoir, cependant il faut savoir avant de faire. Chacun doit donc comprendre ce qu'il veut faire , et l'âme comprend d'autant mieux ce qu'elle veut faire, que la langue,

(1) Abbé Lebeuf, Supplément à la dissert., elc.

(2) S.AfoWA., c. xii,v. 37,

— ôl —

trop rapide , ne va |as exprimant des mensonges. Et si tons les hommes doiv^ éviter les mensonges i combien doivent s'en abstenir, autant que possible, ceux qui sont choisis spécialement pour être les serviteurs de la vérité. Or, dans ces années, plusieurs monastères nous ayant adressé des écrits, dans lesquels on nous annonçait que les frères priaient pour nous dans les saintes cérémonies..., nous avons remarqué que, dansla plupart de ces éer^, les sentiments étaient bons et les paroles incultes ; car ce qu'une pieuse dévotion inspirait bien au dedans, une langue mal habile, et qu'on avait négligé d'instruire , ne pouvait l'exprimer sans foute au dehors. Nous avons alors commencé à craindre que de même ^'il y avait peu d'habileté à écrire , de même Tintdligence des saintes Écritures ne fût beaucoup moindre qu'dle ne devait être ; et nous savons tous très-bien que , si les erreurs de mots sont souvent dangereuses , les erreurs d'idées le sont bien davantage. Donc ik)us vous exhortons nonseulement à ne pas négliger Tétude des lettres , mais à ks cultiver..., pour être en état de pénétrer facilement et sûrement les mystères des saintes Écritures. Gomme il y a dans les saintes Écritures des allégories , des tropes , et autres choses sethblables , chacun comprendra , sans aucun doute , le sens spirituel d'autant plus vite qu'il sera mieux instruit dans la science des lettres. Qu'on choisisse poui* cette csuvre des hommes qui aient la volonté et la possibilité d'apprendre , et le désir d'instruire les autres; qu'on apporte à ce soin autant d'attention que nous mettons Bous-mâne d'intérêt à le prescrire. Notre souhait est que vous soyez ce que doivent être des soldats de l'Église, r^ligûiqx de cœur, savants dans votre langage..., afin que si Ion Va vous

voir jtour invoquer le nom du Seigneur, ou admirer la noblesse de la vie religieuse , on s'édifie en vous voyant , on s'instruise en vous entendant parler ou chanter, et qu'on retourne chez soi en rendant grâce au Seigneur tout-puissatrt. Ne manque pas, si tu veux obtenir noire faveur, d'envoyer un exemplaire de cette lettre à tous tes suffragants et à tous les monastères , et qu'aucun moine , hors de son monastère ^ ne rende des jugements , et n'aille dans les assemblées et dans les placites. Adieu »(l).

A ce dernier ordre , à cet effort que le législateur semibarbare fait sur lui-même pour faire comprendre à des ignorants l'utilité des lettres , et la parfaite harmonie qu'elles établissent entre les paroles, les actions et les idées de rhomme , on reconnaît Charlemagne ; mais à l'estime que 4'auteur de cette lettre énq/clique professe pour le sens allégorique dans l'explication des Écritures , à l'idée qu'il a maintenant du véritable professeur qui doit avoir le désir d'instruire les hommes^ enfin à ce rapport que Charles établit entre la pureté de l'expression et la justesse de la pensée, il est facile de reconnaître aussi l'élève d'Alcuin. En 7 87 , à son retour de Rome , le roi des Franks ramena avec lui des maîtres de grammaire et de calcul, qu'il répartit sur les différents points du royaume (2). C'est à cette même année que le moine d'Angoulême écrivait ce mot souvent cité : « Charles ordonna qu'on répandît partout l'étude des belleslettres ; car, avant lui , il n'y avait eu en Gaule presque aucune culture des arts libéraux s (3). Dès alors, en effet, tout

(1) Baluz., Cap. reg., t. I, col. 201.

(2) Vit, Karol. M. a monach. ccenob, EgoUsm, P, Pithou^ p. 36^

(3) Ibid,

décèle les grandes préoccupations du gouvernement ; tout atteste ses efforts pour répandre partout les lumières. On a placé des maîtres dans les écoles ; on n'oubliera rien pour engager les élèves à les écouter. On ordonnera aux évê* ques et aux abbés de faire venir dans leurs écoles des enfants non-seulement de condition servile , mais encore de condition libre. Les livres sont mal écrits , pleins de fautes ; on les transcrira , ne fût-ce que pour les apprendre. Charles envoya alors à différentes églises l'homiliaire , que Paul diacre avait corrigé. « Préoccupé, disait le roi , de rendre meilleur Tétat des églises , nous nous efforçons , avec la plus persévérante ardeur^ de relevei^ Vétude des lettres, presque anéanties par l'insouciance de nos ancêtres. I<(ous engageons tous nos sujets , autant qu'il nous est possible , à cultiver les arts libéraux ^ et nous leur en donnons l'exemple. Nous avons déjà , avec le secours de Dieu , exactement corrige les livres de l'AncieQ et du Nouveau Testament , corrompus par rignorance des copistes. Et comme le recpeil d'homélies pour l'office nocturne était rempli d'incorrections, nous n'avons pu souffrir que dans les lectures divines de discordants solécismes vinssent déchirer l'oreille. Nous avons voulu revoir et corriger ces lectures, et nous en avons confié le soin au diacre Paul, notre cher client. . . Il nous a offert, en deux volumes,, des lectures exemptes de fautes^ adaptées à chaque fête, et qui suffiront à toute Tannée »(1). Dans le même but , Âlcuin employait ses loisirs à corriger un autre recueil d'homélies. Enfin > en 789 , dans un grand placite d'Aix-la-Chapelle , le roi des Franks revenait sur

(1) Baluz, CapUuL, t. I. p. 203, et MabilL, Annal. , LXXVI , N.

un.

Is» prescriptions de soft encyclique : « Que vofre lumière brille devant les hommes ^ disaît-il aux ëvêques réunis ^ qu'ils Yoient vos bonnes oeuvres , et glorifient votre Père , qui est dans les cieux. Que les ministres de l'âutd atti^pent beaucoup d'boinniies an service de Dieu , qu'ils s'entôunent de jeunes gens non -seulement de condition ser^ vile^ mais ils d'hommes libres; qu'on établisse des écoles de lecture pour les enfants ; que les psaumes , la note , le èhaiit , le calcul , la grammaire , soient enseignés dans tons leâ monastères et dans tous les évâchés. . . Ne souffrez pas que vos enfants gâtent les livres soit en les lisant , soit en les transcrivant. S'il faut écrire un évangile , un psautier^ un missel , que l'on confie ce travail à des hommes d'un &fSe mûr, et qu'ils y mettent toute leur attention » (1 ).

IX. Si le roi Charles eût gouverné des peuples moins barbareSyil Aurait pu non-seulement remettre en honneur les arts et les scteuces, mais encore faire naître une belle littérature, comme il le désirait. Mais ici tout était à créer ; avant de faire des élèves , il fallait faire des professeurs. Voilà pour^ quoi ces mesures n'amenèrent pas des résultats aussi bril^ latits qu'on pourrait le croire , si on confondait les temps^ voilà powquoi elks furent moins utiles que l'institution de certaines écoles auxquelles on accorda une préférence marquée , l'école palatine et celle de Tours , par exemple. N'allons pas toutefois considérer le roi Gharies comme un génie ai supérieur à ses contemporains , qu'il se perd en théories inutites. C'est alors qœ Benoît d'Aniane formait des lecteurs et étd>lissait des grammairiens dans l'école de son monas^

' (1) Baluz, CapituL, l. I. p. 237.

1ère , qui comptait plus de trois ceuts moines (1). Camarade de Benoit d'Aniane à i^ëcole palatine , Adalhart fondait l'école de Gorbie , qui acquit bientôt une grande célébrité. En 793, Angilbert apportait, dans la bibliothèque de Saint- Ricquier, deux cents volumes (2) ; comment eût-il pu négliger récole ? Leitrade relevait celle de Lyon, et formait des élèves au chant, à la lectpre, à Finlerprétation des Écritures sur le modèle de Técole du palais (3). Enfin , pour abréger, en Tan 797, Théodulphe , évêque d* Orléans, dirigeait quatre écoles établies dans son diocèse , Tup dans sa cathédrale de Sainte-Croix „ les autres dans les monastères de Saint-Aignan , de Saint-Benoit et de Saiot-Liphart. La pensée du prélat libéral se faisait jour quand i} ordonnait à tous les curés de tenir école ouverte sans recevoir aucune rétribution , à moins que les parents des enfants ne voulussent leur montrer leur reconnaissance et leur bonne volonté »(4). Que d^écoles on pourrait joindre à celles-là ! Mais elles suffisent pour faire voir que la volonté du roi fut exécutée, sinon aussi largement qu'il le voulait, du moins dans les localités soumises à des hommes intelligents. Plusieurs années après , il est vrai , on réitéra Tordre d'ouvrir des écoles au concile de Ghâlons ; mais on voyait avec peine le relâchement qui s'emparait alors des esprits , et on voa lait forcer à Tobéissance ceux qui s'y étaient soustraits jusque-là.

(1) vu. Bened» anian.^ c» xxvn et c, xxxtv.

(2) In ÀngilberL, Script. RfaidU. , Act., s. iv , p. i , p. 116. ( Ex Leid. ad CaroL, episL in edit. Baluz. , L H, p. 127. (4) TheodtUp. Opp,, éd. Jac. Sismond.; Paris, 1646, p. 10. .

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