CHAPITRE ly
Alcuin à l'école palatine.
I. Dans ces âges primitifs, où les hommes se forment beaucoup plus en écoutant qu'en lisant , c'est donc à connaître renseignement d'une école qu'il faut s'attacher de préférence. Celle qui avait amené les sages réformes qu'on vient de voir, Técole palatine, jouissait déjà en 787 d'une certaine célébrité. La plus ancienne lettre d'Alcuin est datée de cette année ; il y parle avec modestie , mais il prçnd le titre de maître (1). En admettant à ses leçons un nouvel élève , il lui donnait un nom nouveau , pour lui faire entendre qu'il allait passer à une vie toute différente de la vie guerrière et barbare (2).
Voici les noms et les surnoms de la plupart d'entre eux.
Le roi Charles , David.
Charles , \
Pépin, Jules, | fils du roi Charles.
Louis, )
Gisèle , Lucie , sœur du roi Charles.
Rothrude ou Richtrude, Colombe, fille aînée de Charles.
Gisèle , Délie , fille de Charles.
Liudgarde, Ava , plus tard épouse de Charles.
Angilbert , Homère , époux de Berthe , fille de Charles.
Adalhart , Antoine et Augustin , cousin de Charles.
(1) Aie-, epist. I, Froh., 1. 1, p. 4.
(2) i4/c., episL glxxxiv, Ffo6.. , t. I, p. 247.
Riculphe, Flavius Damatas.
Éginhart, Beleseel.
Rigbod f Machaire.
Martio.
Mopsus.
Enfin tous ceux qui jusqu'en 796 firent partie du cortège, €ft entre autres , Wala , Arsène , frère d'Adalhart ; Gontrade , Eulalie , sœur d*Adalhart.
IL Alcuîn prit lui-même le nom de Fiaccus (1). . Quelque mêlé que fût cet auditoire , les sujets qu'on y traitait étaient sérieux. Les leçons d' Alcuin , dépositaire^ des doctrines de Tltalie , de la veille Gaule et des écoles anglosaxonnes , devaient reposer sur un fond solide et ne pouvaient dégénérer en un simple jeu de la pensée. Autrement le roi Charles eût fermé l'école , Alcuin ne l'eût jamais ouverte. « 11 est difficile de dire quel était l'objet de ces leçons, disait M. Guizot ; je suis tenté de croire qu'à de tels auditeurs , Alcuin parlait un peu au hasard et de toutes choses , et qu'il y avait dans l'école du palais plus de conversations que d'enseignement proprement dit.... C'était le jeu de la pensée.... Il nous reste de cet enseignement de Técole du . palais un singulier échantillon » (2). Sans doute, la conversation entre Alcuin et Pépin nous donnerait bien peu d'estime pour renseignement du premier, mais elle ne se rattache pas i son enseignement même. Alcuin enseignait les sept
(1) II ne le prit que depuis son séjour en France , auparavant c'était Publius,
(2) M. GiHZot, Histoire de la dvilation enFrance, t. Il, p, 360.
arts , et son enseignement est ' renfermé dans les litres^ cahiers qu'il a rédigés sur chacun d*eax. I^n& cette coasidération, nous souscririons très-volontiers au jugement^ du docte professeur, a  coup sûr, Messieurs , comme enseigne* ment , de telles conversations sont étrangement puériles.»
Jll. Le trivium, destiné surtout à Tadolescent, comprenait la grammaire , la rhétorique , la dialectique ; le quadrivium^ réservé à on âge plus avancé, embrassait Tarithmétique , la musique , la géométrie » T^tronomie. L'ensemble de ces études s'appelait tantôt , comme on vient de le dire , les sept arts , tantôt la philosophie. Alcuin le fait eatendre : « Avec la grâce de Dieu , je vous ferai voir les sept degrés de la philosophie , et vous conduirai ainsi jusqu'aux pensées les plus sublimes delà amenée spéculative» (1). D'autres fois on Tapp^ait encore sagesse : c Maître, disent les jeunes gens, éléve-nous au-dessus de la bassesse de notre | ignorance ; place^nous avec toi sur les degrés de la dagesse, \ tt qu'avec le secours de Dieu rt tes instructions, nous puissions arriver des idées les plus simplet aux idées les pins élevées» (â). Et si Ton veut savoir ce que sont ces idées plus élevées , cette science spéculative dont il a parlé plus haut , il faut encore l'entendre. Il fait d'abord un magnifique âoge des sept arts : a Cest à eux que les philosophes ont consacré leurs loisirs, c'est grâce àeux qu'ils ont réussi dans le monde. C'est grâce à eux qu'ils sont deveous plus illustres que les eonsuls, plus câëbres que les rois^ et se sont acquis une gloire et un6 renommée immortelle. C'est grâce à eux que les vénérables et catholiques docteurs et défenseurs de la foi ont
(1) Aie. grammatic, Frob., t. II, p. 268, et p. 265.
(2) Ibid., p. 267.
toujours vaiûcu les hérétkfues dans les disputer publiques. «Si les jeu Des nobles devient applaudir à la première moitié de eette tirade , les jeûnes olercs ne devaient pas être moins ravis de la seconde : les uns , par la pensée , prenaient leur {flace au milieu des pères ,. les autres au milieu des rois. Mais le maître ajoute : « Voilà , mesehers fils , les sentiers où votre adolescence doit courir chaque jour, jusqu'à ce qu'un ftge fAus parfait, une âme et une intelligence plus vigoureuses, vous élèvent à la hauteur des saiutes Écritures» (1).
«Ne méprisez pas les sdences humaines , disait-il encore; mais posez4es comme un fondement, en apprenant aux enfants la grammaire et les autres- doctrines de la philosophie , afia qu'en parcourant ainsi les degrés de la sagesse , ils puissent s'élever jusqu'au sommet , qui est la perfection évangélique , et qu'en s'avançant en âge , ils voient s'augmenter en eux les ttésors de la sagesse. » C'était donc la science des Écritures qu'Alcuin plaçait au sommet des études , de même qu'il avait placé au début les premières instructions religieuses. Tous ces travaux n'étaient qu'un acheminement continuel vers une autre étude , que l'élève pourrait compléter lui-même durant sa vie entière, l'étude de la religion.
IV. Tel fut à peu près le plan d'études qu'Alcuin traça à ses élèves dans ses premières leçons.
Quant à ses cours eux-mêmes , il les a rédigés , comme on Va vu , dans un certain nombre d'ouvrages dont les plus utiles ont été respectés par le temps. Chacun d'eux porte pomr titre celui des sept arts qui y est expliqué ; ici on peut éire arrêté par uu scrupule. Ces ouvrages contiennent-ils
(1) /6id., p.268.
(2) Epist. cGixi, t. f, p. 285.
réellement la doctrine qu'AIcuin professa dans Pëcole palatine ?0b ne saurait en douter. La forme de Touvrage, qui est celle d'une conférence, nous transporte au milieu d'une école. Cette école n'est pas celle de Tours. « Qu'il me soit per* mis , dit Charles , de t'interroger sur les préceptes de la rhé* torique» (1). Et ailleurs, a Homère, dispute, Homère ne dispute pas. Macbaire court, Machaire ne court pas» (2). Machaire , Homère , Charles , sont autant d'élèves de l'école palatine. L'inscription .qui se lit en tête de la rhétorique nous montre que cet ouvrage a été composé dans l'intérieur du palais. C'était sans doute un résumé des leçons du maître avec une forme plus soignée. Afin de donner à l'ouvrage ua caractère plus sévère, les observations des élèves s'y con^ fondaient le plus souvent dans celles dé Charles ; jamais oi» n'y voit plus de trois interlocuteurs. Espèce de livre-cahier, avant tout il représente un cours. Et quandmême Alcuin aurait corrigé ses leçons avant de les publier, est-ce que les idéea d'un professeur sérieux ne sont pas toujours les mêmes i^ Et les paroles de son ouvrage ne sont-elles pas l'écho fidèle de soQ enseignement et de ses principes ?
Cours de grammaire .
V. Deux jeunes gens , un Frank , âgé de quatorze ans, un Saxon, âgé de quinze ans, s'égarent au début de leurs études : leurs guides sont Priscien et Donat. Un dialogue assez vif s'établit entre eux, en présence d' Alcuin. Celui-ci prend la parole lorsqu'il faut découvrir une cause inconnue,
(1) T. II, p. 313.
(2) Jbid. , p. 343.
préciser uâe régie, définir un mot. Le jeune Frank a pôurlui la vivadté de 8on'âge,resprU railleur, et le désir d'apprendre qui a toujours distingué ses compatriotes. Parcourant toutes les parties du discours, il presse son camarade, qui, avec la tàuiQîtéd'un Saxon, s'irrite de ses instances, évite son interrogateur , lui lâche même des mots un peu rudes ; mais lé jeune Frank les accueille avec des plaisanteries, a Voilà , dit 4e Saxon , voilà, Frank, que tu as assez du substantif appellatif , bien que personne ne puisse satisfaire ton avidité. — Je suis moins avide que tu n'es jaloux: tu neveux rien dire si je ne te presse de mes interrogations. — Interroge , je ne mettrai pas de paresse à te répondre (1). — Les terminaisons dans les substantifs se font d'après des règles spéciales ; mais ii serait long et ennuyeux d'en parler dans une discussion d*enfant. — C'est bien ce que je disais tout à l'heure. — Quoi? — Quoi? sinon que tu es jaloux de mon savoir. — Nullement, frère, je ne voudrais que donner une mesure à ton avarice. — Oui , à mon avarice , et non à ton obstination. — Allons , marche , j'irai avec toi où tu voudras. »
Après une longue discussion sur le substantif : «Me voilà quitte d'une lourde dette , dit le Saxon. — Et dont la solde est fort agréable pour moi, répond le Frank. Passons au nombre.—- Soit. Eh bien I Frank , en sais-tu assez sur le nom ? — J'en saurais assez si les mouches qui sont dans la chambre du maître ne mé remplissaient les oreilles d'une foulé de petites questions. Enfin , si tu le veux, passons , je les chasserai comme je pourrai. » Le Saxon passe en revue le substantif > le pronom, le verbe, sans pouvoir satisfaire le désir
(1) /6id. , p. 268 et suiv.
da jeune Frank. «Le futur, cooliDue*t-il 9 ^t en iri» deraqt aimer. Frank, tu as oe que tu voukia , mais ta curiosité ne te rend pas aimable. — Et toi , ta jalousie ne te rend pas agréable; — Voilà que tu possèdes ipawtaoant lea idées que tu m'as enlevées par force. — Mieux vaut enlever par forœ que de ne rien avoir. » Vient alcurs une nérîe de verbes, de temps , de modes réguliers, irrégulier^ , aeeompaguée d'une formidable nomenclature de changements dans les modes , capable de dérouter la plus fidèle flwWHre, et ds â^^oumger le plus intrépide grammairien : <Tu es mauTaia pear moi, ami Frank, tu vois de quel fardeau tu m'as diajngé, dans quel sentier scabreux et épineux tu m'as condott* Laissemoi respirer un moment. — Je le veux bien » comme dit Virgile : Je te souliigerai de ce poids. ^ Je crains qu'ensuite tu ne m'en jettes un autre. — Ne t'effraye pas, un travail énergique vient à bout de tout. — Alors , achevons notre route. i>
Le Saxon en vient à bout en effet , et , après quelques nouvelles plaisanteries de l'impitoyable interrogateur, beaucoup de citations de Térence et de Virgile , plusieurs re^ pectueux souvenirs à la mémoire deDonat, et une heure de repos que le Frank veut bien aocorder i son adversaire entre le participe et l'adverbe, on arrive enfin i Viuteijectioa. Celle-ci rappelle au Saxon tous les gémissements qu'il a poussés lorsque , après une leçon mal apprise, il était obligé d'implorer i genoux le pardon de son maître. Ce pénible souvenir, en lui fermant la boucbe , dot d^nitivement Tentretien^
VIL La forme même de ce dialogue est historique : elle nous fait connaître celle qu'Alcuin adoptait dans ses leçons ; cette forme était d'abord un exposé du maître , puis une
discussion soit entre les. élèves* soit entre le maître et relève. AlcuÎQ était Saxon , un peu plu$ âgé %ne le roi des Franks^ et, quand on connaît le désir d'apprendre cpu tourmentait ce dernier* on peut dire qu'Mcuin a voulu représenter ainsi et les importunités de son principal élève, et les services d'instruction qu'il lui a rendus lui-même. Ce qui du m^ns est certain , c'est que cette humeur jalouse des.Franks contre ceux qui les dominaient par la science , cette inqui^ tude qu'ils avaient de ne pas tout savoir œ que les maîtres savaient» cette crainte d'une revanche morale prise contre eux, par ceux qu'ils avaient vaincus aveerépée, crainte un peu puérile, mais honorable dsms sa puérilité même, a dû souvent se faire jour dans les discussions de l'écote palatine (1),
VUL Âp^^ès avoir placé la grammaire au début des travaux de l'intelligence , Alcuin étudie de suite les parties du discours. Parfois , soit dans les définitions qu'il accepte des autres gprammairiens » soit dans celles qu'il trouve lui-même» on dirait qu'il omnque de sagacité. Son analyse n'est ni patiente , ni profonde. Il confond des pitiés dont la distinction est aujourd'Jitti certaine* Le substantif» dit-il , donne à diaque être et à chaque chose sa qualité commune ou propre (9). L,e substantif se perd dans l'adjectif avec une pareille définition. Le maître, il est vrai, sent cette confusion, et il lui substitue une défiaition qui lui est propre, qui n'est pas claire, mais où l'idée d'existence est mieux comprise» C'est même alors qu'il dit ce mot : il n'y a qu'une substance , ce sopjt les noms qui diâ^rent, Néanmoins, soit craii^te de quitter
(!) Aie. grammatk. , Frob. , l. II , p. 268.
(2) Ibid., p. 271.
la route f rayëe par Donat et Priscien , soit impossibilité de tirer d'une idée obscure une théorie nouvelle du substantif , il revient aux six changements que peut éprouver le substantif, suivant Donat. Pour lui, saint est substantif aussi bien que sainteté; sage abssi bien que sagesse. Cette erreur ne vient pas seulement de Tamour de la tradition ; elle vient encore de l'enfance des, idées. Les Barbares ignorent Tart d'analyser les objets. Us voient la vie en bloc. Frappés par la multiplicité des phénomènes, ils né songent guère i séparer la substance de ses manifestations, et le plus souvent ils la désignent par ses manifestations mêmes. Toutefois le grammairien distingue le pronom du substantif (1) , et ce^ ' pendant le pronom n'indique que la substance même. Le pronom n'est , il est vrai , que le suppléant du substantif ; 'mais, par sa forme , il se distingue lui-même. Ce substantif raccourci et plus léger doit sortir tout d'abord de l'esprit, et il n'exige aucun travail d'abstraction. Il diffère du sub- ' stantif , à peu près comme la mémoire diffère de la per- " Ception extérieure : il le rappelle clairement. Après quelques tentatives infructueuses pour trouver une nouvelle définition du verbe , le maître en revient encore, comme toujours , * à la définition du grammairien byzantin. Un exemple vau- " dra mieux que toutes ces observations, pour faire connaître ces leçons de grammaire carolingienne. «Maître, s'il te plaît , quel est Tobjet de la grammaire? dis-nous-le. — La grammaire est la science des lettres , la gardienne du langage et du style correct. Elle repose sur la nature , la raison, l'autorité et Fusage. — Gomment se divise^t-elle ?
(1) Ihiâ., p. 279,
-^ On distingue les mots ^ les lettres, les syllabes, les dictions , les discours , les définitions , les pieds , les ac* cents , la ponctuation , les notes , l'orthographe , les analogies , les étymologies , les gloses , les différences , le bar* barisme , le solécisme , les vices de langage , le métaplasme ; les figures , les tropes , la prose , les vers , la fable , Thistoire. — Maître , fais-nous-les bien connaître. — Les mots , les lettres /les syllabes , vous les connaissez. La diction est la plus faible partie d'une phrase dont le sens est complet. Le discours est un arrangement de dictions , offrant à Tesprit une pensée pleine et entière. La définition renferme chaque objet dans sa signification propre : l'homme est un être mortel , raisonnable , capable de rire. Le pied est une composition de syllabe, une mesure certaine de temps. L'accent indique la syllabe où il faut baisser, où il faut élever la voix. La ponctuation , ce sont les points pour distinguer les sens. Les notes sont des figures pour raccourcir les mots, exprimer les idées ou vaquer à différentes fonctions : tels sont , dans la sainte Écriture , Tobelus -i., ou l'astérique *. L'orthographe consiste à écrire correctement les mots. L'analc^ie est la comparaison d'objets semblables ; on prouve alors Tincertain par le certain. L'étymologie est l'oiigine et la raison des mots. La glose est Tinterprétation d'un verbe ou d'un nom. La différence est la distinction de deux pensées, avec interprétation. Le barbarisme est un mot vicieux ; le solécisme une tournure vicieuse. Les vices, c'est ce que nous devons éviter dans le style , et ils sont au nombre de sept. Le métaplasme est une licence de prosodie , une règle violée par nécessité. Les figures sont les ornements du style, ^ les vêtements dont se pare la pensée. Le trope est une dic-
lion transportée <le sa signification propre à une resseaiblance étrangère , par ornement ou par néces^té. Là prose est le discours ordinaire et sans mesqre. Le mètse est appelé ainsi parce, qu'il est mesuré régulièrement par les pieds. Les fables sont des événements fictifs , pour plaisanter ou faire quelque allusion. L'histoire est le récit d*un failpassiç» (1).
Sans doute , au premier coup d'œil , on se dit : voilà un singulier plan de grammaire , et Ton est tenté de révoquer «n doute la sagacité d'un maître qui confondait la fable et rhistoire, dans laquelle rentrait la géogra(Aie, avec la grammaire (2). Jugeons les hommes avec leurs idées, et noq avec les nôtres. Dans ce plan d'éducation des anciens , auquel des sept arts doit-on rattacher la fable et l'histoire , puisque, pour les Carolingiens , la grammaire n'était point seulement la science du langage correct, mai$ encore celle du style , sorte d'étude d'humanités qui occupait logique^ ment cette place, car la pureté touche de près à l'élégance ?
L'homme, dès qu'il peut se connaître lui-même, doit être nû$ en présence de sa pensée. Aussi le maître ne se bome*t-il pas à exprimer des règles , il les raisonne ; il y a, dit il,. les objets que nous percevons par la raison , l'intelligeiice , au moyen de laquelle nous diangeons ces objets en idées, et les mots qui nous servent à exprimer les idées (3). Après cette définition , la grammaire devient l'étude des mots dans leur rapport avec la pensée ; c'est une partie de la logique. Pour l'élever encore au rang d'une science » le maîjtre , avant d'eu
(1) Ibid., p. 271.
(2) La géographie rentrait dans l'histoire; voy. Comment» in Johoft., e. XII, Fn>6.^ t. II , p. 518.
venr ivai définitions des Alexandrins , premier essai de phi* lotogie oomparée^ cherche lui-même des défiËitionsr qu'il appelle pMosophiques (1). Considérée comme sciefice des causes , la ^losophie domine , en effet , tx)utes les sciences spéciales , elle leur montre la source d'où elles émanent , et 1^ guide à de nouvelles découvertes. Alcuin avait donc vu juste : de là ce jugement d'un chroniqueur du 10^ siècle, jugement empreint d'ailleurs d'une admii^ation exagérée : Alcuin a fiait une si belle grammaire , que Donat , Nicom»* que 9 Dosîlhée et notre Priscien > ne paraissent rien ett con^ paraison (3).
VL A l'imitation de Bède , Alcuin fit un ouvrage sur Tor^ biographe (3). Simple dictionnaire renfermant les mots les plus communs , et les plus faciles à défigurer, ce travail n'avait qu'une utilité passagère. Quatre siècles de domination romaine avaient fait oublier presque partout l'ancienne langue celtique ; mais le tudesque et le latin, mis en présence, se modifiaient mutuellement. Le 6 se prononçant comme le t>, on confondait acervus (monceau) avec acerbus (cruel) , avena. (tuyau) avec haben» (rênes), avarus (avare) avec Awari (les Avares), vis (force) avec bis (deux fois) , bile (bile) avec vile (vil) , exuviœ (dépouillés) avec excubiœ (gardes). Alcuin luimême prononçait albus (blanc) comme alvus (ventre). Le v se confondait encore avec l'u ; on disait cauerna pour ca^ vema, caluo pour calvo, ou plutôt calvor. Ce v se confondait encore avecl'/; on disait fotum, firgo, pour votum, virgo. Ces fiiatM venaient des habitudes de langage des conquérants :
(1) Jbid., posstm.
(2) Notker le Bègue , Pez. , Thés, anecdoi,, p. 8.
(3) Alc.opp,, Frob.f'i. il, p. 301.
l'ignorance , apportée avec les invasions , rendait la langue encore plus irréguliëre. Aussi le barbarisme était à la mode ; au point que l'on ne savait plus bien ce qu'il fallait eot^dre parce mot. Âlcuin lui-même désigne ainsi non un mot étranger à la langue latine , mais une locution triviale. Ajoutez à cela que Ton se contentait de parler sa pensée , et que l'écri • ture , qui lui donne une forme plus saisissable que la parole, était un art ^ussi spécial que Test aujourd'hui la peinture. Ainsi la langue latine manquait d'un grand nombre de ses articulations ; et 1 on peut dire du langage des Fraoks ce qu'un chroniqueur dit de leurs chants : ils ne peuvent rendre les notes tremblantes , détacher, les syllabes qu'il faut séparer ; avec leurs voix naturellement barbares , ils brisent les mots dans leur gosier plutôt qu'Us ne les expriment (1).
Composé à xin mom^ent où la langue latine cherchait à se transformer en langue romane, ce dictionnaire contient la racine et Texplication de; plusieurs expressions populaires.' Ennuyeux pour la plupart des lecteurs , il peut foire naître pUis d'une réflexion curieuse dans l'esprit d'un philologue, *
Cours de rhétorique.
VU. Parler ici de l'ouvrage d' Alcuin sur la rhétorique, c'est commettre un anachronisme : Touvrage ne fut composé qu'après le second retour d'Alcuin en France , et lorsqu'on eut achevé ^ans l'école palatine l'étude des sept arts (2). Mais on y étudia la rhétorique après la grammaire ; et où trouver les idées du professeur sur ce dernier art , si ce n'est
(1) Mon. Engol, P. Pithou, p. 35. • • (2; De Rhetor. etvirtut., p. 313.
daos ce traité, composé par l'ordre même de Charles , ce semble, dans le but d'en résumer les règles? GharieS' désira vivement connaître la rhétorique, au dire d'Eginhart(t)? Et Ton voit, en e^, iq^u'outre les leçons de Técole palatine, Âlcuin donna au roi Gfaaples (tes leçons particulières sur. cet art, comme sur plusieurs antres. Dans ces dernières leçons, le roi Charles reprenait les idées de son maître , et; sous forme dlioterrogation, demandait' des explications nou velles. • . •
«Tu nous Tas expliqué jadis , je m'en- souviens, dit Charles; k rhétorique consacre toutes ses forces aux questions civiles. Or, comme tu* le sais bien , à cause des occupations de mon règne , à cause des soins du palais , nous nous trouvons toujours au milieu de pareilles questions ; et il est ridicule d'ignorer les préceptes d'un art dont on doit, être occupé tous les jours. » C'était donc un but tout pratique qu'on chei*obait à atteindre dans cette étude. On résumait les préceptes 4'hier, pour s'en servir demain. Et pour se conformer à ce désir, Alcuin donne à toutes ses règles un caractère positif. Quel est l'objet de la rhétorique ? — Bien dire. — De quelles questions s'occupe-t-elle ï — Dès questions civiles qui peuvent éire traitées par l'esprit, avec ses forces naturelles; Il est nar turel à tous de se défendre et de frapper un ennemi , même iorsqu ils n'ont pas appris le maniement des armes ; ainsi il est D^turel à tous d'accuser les autres , de se justifier soi-même^ ne ^'y fût-on pas exercé. Mais on se sert plus utilement , plus vivement de la parole , quand on l'a cultivée • comme une science, quand on s'y est perfectionné par l'habitude. Le roi
des lèvres trop ouvertes ; prononcez sans effort , également « avec douceur et clarté ; que chaque lettre tombe avec le son qui lui est naturel , chaque mot avec l'accent qui lui appartient. Pas d'éclat immodéré dans la voix , pas de mot brisé par ostentation. Que le ton; comme la parole, convienne toujours à la cause. En parlant , tenons la tête droite, ne topdoDS pas les lèvres; n'ouvrons pas démesurément la bouche , que le visage ne se penche pas en arrière , que les yeux ne s'inclinent pas à terre , que le cou ne soit pas penché , ni les sourcils élevés ou déprimés. Il est laid de mordre ou.de lécher ses lèvres , même en parlant leur mouvement doit être à peine sensible. C'est plutôt avec la bouche qu'avec les lèvres qu'il faut s'exprimer. — Ces qualités, je Favoue , sont honorables et belles ; mais il faut , pour les aoquérir, un travail journalier, un continuel exercice. — Tu l'as dit; pour toutes les parties de la rhétorique ^ il faut un^ exercice énergique et persévérant; car l'art n'est rien sans la confiance qu'il inspire. Que le jeune homme aime la. gloire ; il est grand , qu'il le sache bien , de se faire ratendre seul au milieu d une assemblée silencieuse. Que, pour s'y préparer, dans sa conversation même, ses paroles soient élégantes, honnêtes , claires , simples ; qu'il s'exprime avec naturel , le visage tranquille , la figure composée , sans rire immodéré , sans pousser de cris. Qu'il marche tranquillement , sans soubresaut , sans interruption ; qu'on voit en tout briller, par la fuite de tout excès, sa Sagesse et sa raison. — Gomme dit le proverbe : rien de trop, p
Mais ce sont de bien belles idées qui terminent l'ouvrage. - Aristote, qui n'a vu dans la rhétorique qu'une lutte au moyen de la parole , a décrit , dans la plus délicate partie de
son livré, les passions humaines , leur origine, leur carac^ tère, leur puissance , leur objet. Gicéron recommande aussi la connaissance du cœur humain , de ses douleurs et de ses joies. Âlcuin, comme ces deux grands investigateurs de Tàme humaine, a compris que, sans cette connaissance, les paroles de Torateur ne seraient qu'un vain et ridicule assemblage de mots : pour lui aussi Torateur doit être homme avant d'être écrivain. Seulement les passions, prises à Tétat de sentiment , perdent leur nom sous sa plume : elles se sanctifient, elles se transforment en v^us. Alors il se trouve en présence de la nature même dans ce qu'elle a de plus élevé et de plus pur ; il la contemple dans sa majestueuse simplicité. « 11 faut savoir, dit-il , que certaines choses sont si brillantes et si nobles , que leur seule possession est la plus belle récompense ; il fout les aimer, les honorer pour la seule dignité qui leur est propre. — Ah ! dit Charles, j'aimerais bien les connaître. — Ce sont la vertu , la vérité , l'amour pur. — Mais la religion chrétienne n'en fait-elle pas l'éloge. — Elle en fait l'éloge , elle les honore. — Mais quel rapport ont-elles avec les philosophes ? — Ils les ont trouvées dans la nature humaine; ils les ont cultivées avec le plus grand zèle. — Qu'est-ce qui sépare donc un chrétien d'un pareil philosophe ? — La foi et le baptême » (1).
Infidèle à son propre enseignement , le rhéteur s'élève ici jusqu'à l'idéal même de Téloquence. Que lui a-t-il donc manqué pour comprendre la rhétorique d'une tout autre^ manière? Un siècle plus civilisé , un autre idiome. Mais., du moins, ces principes communiquent nu caractère vraiment
(1) im., p. 329.
moral i sa doctrine. U est vm que son élève cherdiera avaut tout rutilité qu'il peut retirer de Tart aratoire , mais , on peut Taffîrmer, il ne se fera pas i^loire de soutenir les deux opinions contraires sur le même sujet Ami de sa cause sans doute , mais loyal et sincère , il rougirait d'un succès même» s'il le devait à des moyens peu conseiendeux ; enfin il désirera moins l'éclat et réteedue que la darté et la facilité de la pensée. Tel fut, en ^t, le talent du roi Charles , puisque , au dire de son biographe , il s'exprimait si bien qu'il aurait pu passer pour maitre (1).
Cours de dialectique.
VHL La rhétorique touche de près à la dialectique. La miln fermée est l'image de l'une ; la main ouverte , celle de l'autre. L'une conclut avec des arguments serrés , préds , L'autre parcourt avec un style abondant les champs de l'elo^ quence. L'une resserre les expressions, l'autre les développe. La dialectique se définit : une méthode rationnelle pour chercher, définir, discuter la vérité , et pour la distinguer de l'erreur. Alors on change de guide. Aux enseignements de Gicéron, succèdent, i^râce à Boêce, ceux de Porphyre et d'Aristole. Insensé qui voudrait les dépasser! Heureux qui comprendra leurs leçons l Lisez-moi, dit le dialecticien, TOUS qui voulez connaître les pensées des anciens. Qui me prend se dépouille de sa grossièreté. Lecteur, je t'en coulure , ne méprise pas ces trésors de la sagesse que le passager des flots te rapporte de son pays (2).
(1) Eginh., Vit. Kar. M., c. 26.
(2) Frob., t. II, p. 335.
Celte modestie d'Alcuin imus dispense d^analyser sa Dtalectique. NousTavoDS fait connaître en indiquant les auteurs qu'il a transcrits. Qu'il nous suffise d'ajouter que le maître y traite desisagoges (genre, espèce, différenoe, etc.), des oaftégor^, des arpments, des topiques (source des preuves], des p^rihern^énies et des définitions (essai de grammaire raisonnée).
Mathieu Weiss a dit que cet ouvrage était moins une diar leetique qu'une préparation élénientaire à l'élude de cette ftoienee (1). Ce reproche est un éloge. Quelle est l'utilité de la plupart de ces règles? A quoi sert-il de dire plutôt : une femme est i moi , que : j'ai une femmf , pour plaire aux docteurs (2) , et la figure plutôt que la forme des choses inani* mées , pour pldre à Aiistote ? Est-il besoin , pour faire une bonne définition , de passer en revue les dix catégories? Vraiment Alcuin a bien foit de ne pas accumuler subtilités syr subtilités. Il est heureux que l'esprit encore grossier des Franks ne loi ait pas permis de s'y perdre , et il est plus heurécrx que nous ayons eu Port^Royal.
IX. Arrivé à k fin de cette logique, on voit qu'il n'y a pas «n mot de ce qui fait le fond même de la philosophie. On sait que souvent l'accident est plus étendu que la substance, mais on ne sait observer ni l'un ni l'autre ; on sait que les périherménies sont très-subtiles, mais on ne voit pas comment on pourra penser juste; on peut énumérer les quinze espèces de définitions , mais on n'en sait pas faire iine bonne ; enfin tm a fait de la philosophie, et l'on ne se
(1) Hfath. Weiss, Introd. ad Organ. Aristot., 1629.
(2) Frob , t. II, p. 342.
connaît pas. Et Ton se demande si un esprit sérieux pouvait se contenter de si peu.
Un jour, il s'éleva une grande discussion dains l'école palatine. Quelqu'un demanda : qu'est-ce que l'âme ? Chacun dit son sentiment : on ne put s'entendre. Gontrade écrivit à Alcuin d'éclaircir ce sujet. « Je vous aurais répondu volontiers, lui écrivit-il , si je m'étais senti un esprit assez grand pour bien exposer un sujet si difficile. Mais il me paraît indigne de dire que je ne me connais pas moi-même. Or, que suis-je, moi, sinon âme et corps. La chair, tous ceux qui se savent hommes la connaissent. Quant à la nature de l'âme, il en ^t au contraire fort peu qui la connaissent. Et pourtant rien n'est plus nécessaire à l'hoiume qu6 de connaître Dieu et son âme... Il est naturel à l'homme d'aimer Dieu, car il lui est naturel d'aimer le bien, et Dieu est le souverain bien. Or, cet amour, on ne saurait le trouver ailleurs que dans Tâme... seule , elle est noble.... 11 lui convient donc d'être maîtresse... de considérer avec soin les ordres qu'elle doit imposer aux membres, et ce qu'elle peut leur accorder, •d'après les désirs de chacun d'eux.. C'est ce qu'elle distingue par l'intuition d'une raisonnable intelligence » (1).
« Seul entre tous les êtres mortels, l'homme possède la puissance de la raison, la force du jugement et l'initiative de la pensée... La raison qui est le propre de son âme doit commander à la concupiscence et à la colère. Elle possède alors les quatre grandes vertus, la prudence, la justice, la force, et la tempérance. Quand la charité vient les perfec-
(I) Ibid.
ti<MMierf elles rapprochent Tàme de Dieu... Il n'e^t rien de meilleur pour Thomme que de s'unir à Dieu; rameur accomplit cette union... Si Dieu est le souverain bien de rhomme, ce qu'on doit accorder, aspirer à Dieu, c'est bien vivre ; et toutes les règles d'une bonne vie se résument en celle-ci : aimer Dieu. C'est cet ordre de vie que l'on retrouve dans l'homme qui se considère lui-même, qui se de* mande ce qu'il est, où il va, qui gouverne avec une pré^ voyante raison les passions de son cœur et les mouvements de sa chair. Car, si la passion l'emporte sur la raison f l'homme qui consent à ce désordre tombe » (1).: On sent , €B lisant ces paroles, et le respect Avec lequel Âlcuin parle de la raison humaine, et l'action d'une faculté nouvelle qu| cherche i se faire jour. Cette faculté, souvent méconnue au moyen âge, c'est le véritable instrument de toute philo? .Sophie,, c'est la conscience.
Il ne nomme (ms cette faculté, mais il l'observe au moment où elle agit , et ce qu'il y a de singulier , dans une époque aussi éloignée de celle-ci, c'est qu'éclairé par cette lumière intérieure , il reconnaît plusieurs autres fecuhé» qu'il ne nomme pas davantage. Ce . n'est pas une théorie, c'est une étude^ sans autre but que celui de. connaître. Elle lui fait voir d'abord, en s'unissant aux idées religieuses») que l'âme est forte de sa propre autorité, parce que l'essence: même de l'âme est d'un ordre élevé. Quand même elle^ s'avilit, dit*il, pourtant parce que l'intelligence vit en elle^ elle conserve une certaine dignité qui vient de sa nature. Il voit encore l'unité de la substance et de k même manière..* Dans
(1) Ibid., p. t47.
ùts trois facultés, dit-il^ il y a umté. Je feme qMe je oon»* prends» que je veux, que je me sôuyieuis ;îe veu tom" preadré, noie Bouveiiir, vouloir ; je me souviens que jp comprends, que je veuxr que je m» souviens, » Toiilours le même sujet*
Maiis c'est avec la couacieece seule qu'il analyse assez finement plusieurs autres facuUâ^. 1^ La perception extérieure. « Considérons la merveilleuse promptitude de rame i se former des idées sur les eliyets qu'elle perçoit au moyen des sens» Ceux-ci sont comme des messagers qui Idl apportent la connaissance des objets sensibles. Bientôt, avec une inexprimable rapidité, elle s'en forme i elle-même des représentations 9 (1). 2^ La mémoire. « Quand ces images sont formées, elle les dépose dans le trésor de la mémoire. Par exemple , si Ton a vu Rome, on se représente par la pensée Rome telle qu'elle est. Le nom de cette vil^e est-il prononcé, ou songez- vous seulement à Rome, l'âme aussitôt recourt i la mémoire, et reconnaît son idée là où elleTavait enfouie.;. Toutefois elle peut s'en souvenir, soit en cherchant, soit en ne cherchant pas.» 3^ L'analo^^e. «A une lecture , à un entretien , l'âme se représente aussitôt un objet inconnu. Par exemple, il est tel h(H&me parmi nous qui se représente l'image de Jérusalem, bien que Jérusalem soit brès- différente de l'idée qu'il s'en fait. Au moyen des objets connus, nous nous représentons les objets inconnus... L'âme de l'homme procède toujours ânsi, il a en soi toutes ses idées. D 4^ L'abstraction. « Au moment où l'âme veut penser à un iDbjet, elle ne pense qu'à lui seul, non cpi'dle sorte de son
(i) Ibid., p. 148.
88|our, eile re^ en cHeHnéine».. Sourent elle est tellement affectée par une pensée, que tout en tenant les yeux ouiFerto^ elle ne voit pas ce qui est près d'elle, elle ne comprend pas la parole qui retentit, elle ne sent pas le corps qui touche Tob^ servateur » (1). 6^ L'imagination. «Maisceque l'on ne saurait assez admirer, c'est que ce sentiment vif et céleste qu'on ap« pelle esprit ou âme est d'une si grande mobilité qu'il ne se repose jamais , m^ne pendant le soUM&eil ; d'une si grande vitesse, qu'^ un instant il parcourt le ciel , s'il le veut, il franchit kamers^ visite les payset les villes ; enfin il pose devant loi tout ce qu'il veirt, si éloigné que «oit Tobjet. Et To» s'étonne sî Dieu voit à la fois et toujours toutes les parties dm monde, qu'il gouverne partout présent., partout tout entier; quand telle est la puissance de T&me renfermée dans un corps morleU qu'elle ne peut pourtant, en aucune feçon^ rester «ulne les bamèi*es de œ corps paresseux et lourd ! Vile fit |)eut souffrir le repos : il lui faut sa libre faculté de penser. Enfin il croit que la nature de 1 ame est toute spirituelle. « Si l'âme cherche à connaître Dieu ou se cherche ell»«^ même«.. elle se détourne des sens matériels, pour ne pas rencontrer en eux des obstacles dans sa recherche de cq qui est spirituel.,. £Ue gouverna le c<H*ps au moyen des cinq sens, mais elle n'est rien de pareil à eux. Quand nous soU'^ geoos à elle , nous ne devons penser à rien qui soit niatériel (2). Ainsi que Dieu est au-dessus de toute créature, l'âme est aunlessus de toute créature: corporelle... Enfin
(t) lUi., pv 14SL
. (2) ibùLy p. 149, ISO. Au sujet des opinions de plnsiears Pères sur l'âme considéréei comitteune suèMlaoce matéridKe, voy. M. Qiiû* zot, CivilisiUion en France, t. I, p. 172.
Time est un esprit de vie,, non pas de cette vie qu!on re^ trouve dans les animaux, mais de cette vie qui est. le propre d'une intelligence raisonnable ; vie inférieure maintenaDtà celle des anges , mais qui plus tard lui ressemblera , si l'homme se conforme aux lois (1). »
XL Le maître de l'école palatine a traité plusieurs questions de métaphysique dans d*autres lettres.. Plus libre alors que dans son enseignement , il ne craignait pas d'abandonner le sentier de la tradition. Dans la lettre 122^ il entre dans des détails intéressants sur la substance absolue ; et^ dans la suivante , il reprend encore cette questioa au .point de vue de l'incommutabilité divine. On y trouve des teo" dances réalistes prononcées (2).
La 126^, où il prouve que la mort n'est pas une substance , mais l'absence d'une réalité ; la 145®, où il traite des trois espèces de visions ; enfin les sept derniers chapi*
(1) Voici, du reste, sa définition de Tâme. On peut remarquer avec quelle peine il distingue les trois grandes facultés. «Anima «seu anïmm est 9pirUu8 intellectuaiis, rationalis, semper In motu, «semper vivens (intelligence) — ;bonœ, malœque voluntatis capax... «Libero arbilrio nobililatus, sua voluntate vitiatus... Âd regendum «carnis motus creatus (liberté); — Invisîbilis, incorporalis, sine apondere , sine colore , circumscriplus , in singulîs sua) carni9 amembris tolus : in. quo est imago condit^ris spirîtualiter primiativacreationeimpfessa... Misera dum a condltore in seipsam dela- «bitur... Tamen4Bternitatem dignitatemque amittere non potest... a€xit prssentandus Dei judicio. Qui spintus modo curis angitur, amorbo corporis doloribus condolet, modo laetitia hilarescitr, modo acognila recogitat, modo incognita scire qusrit. Alla vult, alla «non vult. In qua est amor naturcUUer (sensibilité), quia amoral aintellecbudiseernendus est, et ratione db.illicitis délectation ibus a4X)hibendus,' ut.ea^amet quae amandasunt» (t. 11, p. 149).
(2) T. I, p. 1t7 et seq. ' , '
très du de Virtuiibus et viUis / ooirtieDiieDt des observations morales. et ontologiques d'usé certaine portée.
XIL L'arithmétique , la géométrie , la musique et Tastro* nomie , terminent cette sorte de cycle de lascience d'alori. Les deux premières n'étaient enseignées ni entièrement ni par principe ; ces sciences étant abstraites avant tout , les Barbares ne se sentaient aucun goût pour elles. Soit par nécessité , soit par ennui, le maître lui-même entourait ses explications de faits qui pouvaient intéresser l'imagination , et chaque problème étdt une histoire (1). Même manière en géométrie ; là l'histoire devenait plus pratique encore. C'était un champ dont il fallait évaluer l'étendue en arpents, un autre champ dont on voulait savoir s'il pourrait nourrir un certain nombre de moutons. Le tout était mêlé d'énig'mes semblables à celles qui ai[nusent les enfants au début des études scientifiques. Un traité qu'Âlcuin avait écrit sur la musique est perdu ; il la définissait la division des sons, la variété des voix , la mesure dans le chant. Mais il était une science qu'il affectionnait entre toutes , si toutefois l'on peut donner ce nom à une étude sans objet positif ; c'est celle de l'interprétation allégorique des nombres. Ceux-ci renfermaient un sens caché, ceux-là étaient de bon augure, cesautres expliquaient un mystère. Le nombre trois et le nombre six surtout étaient les deux clefs de tous les secrets de la nature ; qui connaissait leur puissance , leur sens occulte , était assez savant, assez riche. Le bon Alcuin était plus fier de cette science que de celle dû cœur humain. Il en parlait à voix basse, én.téte-'à-tête, à l'oreille; mais; il en parlait
(1) Voy. ^prMèfnes, Frob., t. Il, p. 441 etse^.
toujoijffs , et à tout le monde ; il en avaii même ai^iis qaeique chose aaroi Charles, qui n'y avait rien compris, et restait émerveille. Alcuin ne manquait pas d'enpemis ; on lui lançait force plaisanteries ; mais il résistait bravement, et, à la pre* miére occasion , il se jetait de plus belle dans Texplicatioa des luimbres. Que des lois mystérieuses présidient à la naissai|ce, au. développement de tous les êtres sortis des mains ée Dieu , qu'on les imagine jusque dans les . œuvres de l 'hoiime , fussent^Ues mauvaises , parce qu'alors elles sont leeontnanre du bien et le rappellent , cela n'est pas.eo de^hors de l'inq^ossible ; mais, à coup sûr, cela ne petit être rdP}e|t d'ime science , parce qu'on ne peut jii étudier ses lois ni descendre de là jusqu'aux événements qui-en découlent, jqafu'aux faits qu'elles expliquent. L'Evangile n'en dit rien; la eonsdence reste muette , et , bien que plusieurs aodens aient songé à des études de ce genre , cependant l'on se peut expliquer cette prédilection d' Alcuin pour la signification des nombres que par un peu de religion mal éclairée et i^eaucoup de p^icfaapt à une subtilité d'analyse , que Ton retrouve , chose singulière , dans les nations germaniques, alors même <)u'elles ne savaient pas encore abstraire.
Xlll. Si Alcuin procédait en astronomie comme en arithmétique , il est bien à craindre que l'imagination n'ait été pour beaucoup dans son système. Les mêmes principes appliqués i l'étude (les astres conduisent droit à l'astrologie. La lé* gende dje saint Liudger rapporte que le roi Cbaiies, et ses maître Alcuin, étaient en train de considérer les astres, lor9qu'ils aperçurent une flamme qui s'élevait dans le ciel , au milieu de l'obscurité de la nuit , et qui était l'âme de Liud-
f^. Oq pDiirrait dire que le légendaire racoûte ce qu'il veutf si on ne trouvait dans les ouvrages d'Âlcuin cette définition de l'astrologie : c'est l'étude des astres ^ de leur nature, de leur pmssance , ainsi que la connaissance de la révolution du deL Enfin , quand Alcuin en parle , il n'en dit pas de i mal , il s'en fent de beaucoup. On lui accordera donc , si l'on veut 9 cette autre faiblesse ; on le placera en tête de cette longue suite de savants qui ont voulu connaiU^ Viu» fluence réciproque des êtres les uns sur les autres ; pourvu qu'on ajoute que, si la science est impossible^ la loi est juste, pourvu que Ton considère comme l'erreur d'une belle ftme de vouloir chercher la vérité partout où Ton voit une loi vitale, et enfin pourvu qu'on dise qu' Alcuin ne s'en tint pas à cette partie mystérieuse , et qu'il enseigna quelque peu la véri-» fable astronomie. Quelque peu , car à ce sujet ses idées sont bien indécises , ses calculs bien hasardes , ses réponses bien insuffisantes , et c'était jouer de malheur, car c'était ju6t&» ment cette science-là que le roi Charles aimait le mieux. A fm*ce de chercher, il était même devenu beaucoup plus fort que son maître , et l'accablait d'une foule de questions qui faisaient son tourment , parce qu'alors il était obligé de de» mander du temps pour répondre. La plupart de ses ouvrages astronomiques, fruits de veilles laborieuses, sont perdus aujourd'hui ; il y a des pertes plus regrettables. Voici néan^ moins quelquesi'^unes des ses opinions , reproduites surtout de Denys le Petit , de Bède , et de Pline.
Le système général est celui de Ptolémée; Alcuin ne soupçonne même pas les objections qui lui ont été faites par
(1) MabilL, s. iv, c. v, p. 23.
plusieurs anciens. Il ne connaît pas ou il n'accepte pas une opinion célèbre de Martian Gapella. La terre est donc le le seul point fixe de Tunivers.
Tous les autres corps sont appelés ou étoiles fixes , quand leur oours est régulier, ou planètes , si on les voit errer, s'arrêter ou reculer dans le large cercle du zodiaque. C'est là la véritable signification de ce dernier mot. Elles sont au nombre de cinq ; pourtant le soleil et la lune sont de véritables planètes (1).
Le soleil est un peu plus gros que la terre , dit on.
C'est rinfluence de ses rayons qui rend irregulières les révolutions des planètes.
Ces irrégularités ne doivent pas étouner, même quand on ne les trouve pas constatées dans les ouvrages des anciens. Peut-être, nous qui habitons les contrées du Nord, ne voyonsnous pas le lever et le coucher des étoiles , comme ceux qiii habitent l'Orient et le Midi , où fleurirent les maîtres qui ont fait connaître le cours du ciel et des étoiles.
Si on se demande ce que faisaient, avec de pareils principes, les astronomes du 8® siècle, pendant une bonoe partie de la nuit , quelquefois du jour, qu'ils passaient à considérer le ciel, ils étudiaient ce qu'il y a de plus saillant dans le rapprochement ou Téloignement du soleil et des planètes , des planèies et des signes du zodiaque. Ainsi Mars resta caché l'année 797 , depuis le mois de juillet jusqu'au même mois de juillet de l'année suivante. Alcuin le cherche inutilement partout. Grande inquiétude pour nos observateurs et surtout pour le roi Charles ; enfin il reparait. Le
(1) Epist, Liix, 97, et les deux lettres suivantes, et de Cursu et êcUtu lunœ, Il , p. 35ô.
roi Charles , qui croyait un peu i rastrologie , comme plusieurs grands hommes, et même comme plusieurs autres, qui avaient moins de raison de placer leur destinée dans une étoile , regrette vivement l'absence de son astronome, et lui écrit : « Que penses-tu de Mars, qui. Tannée dernière, caché dans le signe du Cancer, a été interceptée aux regards des hommes par la lumière du soleil. Est-ce le cours régulier de sa révolution ? Est-ce l'influence du soleil ? Est-ce un prodige? Aurait-il fait en deux années le cours d'une seule? Car récemment , au moment oit le soleil quittait le signe du Lion, 'nous l'avons vu dans le Cancer. S'il a accompagné le soleil^ quelle est cette course. si rapide? S'il s'est arrêté pendant une année entière dans le Cancer, quand le soleil s'en allait dans les autres signes, pourquoi n'a-t-on pu Tapercevoir dans le Cancer?» Qqelque temps auparavant, Alcuin lui-même avait vu Mars^ et il l'avait vite écrit au roi Charles : « Cette étoile de Mars , que nous avons si longtemps cherchée, la voilà qui vient de briller ; le soleil l'avait tenue bien longtemps , mais il Ta lâchée par la terreur du lion de Némée. On a vu en même temps la canicule se mon^ trer resplendissante, astre si cher aux médecins qui en espè'rent des récompenses. » Mais , voyant que Charles ne s'était pas contenté de cette réponse, plus enjouée que savante, il se' reprend et ne pense pas que l'étoile de Mars ait été inter* ceptée aux regards humains par la lumière du soleil. Le Cancer, en temps opportun et suivant son cours naturel, a été intercepté, avec l'étoile de Mars, aux regards des hommes, par l'objection de la terre ; il n'y a là nul prodige*. L'observateur revient ensuite sur l'influence des rayons da.
soleiU ^ui rend irrëgulières les révolutions des étoiles errantes, et cite, pour confirmer son opinion, des vers dont le dernier a ce sens ; « Le soleil les gouverne et fixe dans leur limite kur course indéterminée.» A peu près dans le même temps, le roi Charles remarque un changoment dans la forme du globe lunaire : « Pourquoi, écrit-il aussitôt i Alcuin, pour* quoi la lune apparaît*-elle plus, petite qu'elle ne doit être quand on calcule curieusement le nombre des nuits ? Est-ee obliquité du zodiaque ? Est-ce irrégularité dans la course de cet astre? Est-ce une diminution insolite de cet astre, qui enlèverait ainsi une part de sa lumière d'une façon qu'on n'au« rail jamais vue dans les siècles passés ? » Alcuin était moios que le roi disposé à croire aux miracles. U donne de œ phénomène deux raisons , dont la principale est que la lune , à la fin do chaque cycle de dix-neuf ans , doit paraître plus pe» tite qu'on ne le croirait si on ne consultait que son âge» Il a, du reste , remarqué la même diminution dam le Bélier et dans les signes qui Fentoureot. Mais quel que soit le phénoinène en cpiestion , et qui avait déjà bien préoccupé Alcuin , la lune paschale doit nécessairement rester immuable. U ne peut pas se faire que les anciens docteurs n'en aient pas tenu compte , surtout ceux du concile de Nicée , qui ont fait tant d'études au sujet de cette lune , afia que la trèssainte fête de H résurrection soit à jamais célébrée avec ensemble dans tout l'univers, a Voyez si c'est le saut de la lune, voyez ai c'est la proximité de l'année bissextile. Bienheureux ceux qui ont Pline ! Moi je suis obligé de tout trouver dans le ciel ou dans ma mémoire. A la maison , une vapeur aqueuse tombe sur mes yeux ; si je sors , j'ai les yeux pleine
de poussière au milieu des plaines venteuses de la Bâlgi* que» (1). Notre astronome était alors à Saint^Josse , dans le Ponthieu , à trois quarts d'heîire de la mer, au milieu de campagnes toujours blanchies par un sable fin , toujours re* mue'es par les vents.
XIV. En dehors des leçons du professeur, les élèves se réunissaient quelquefois pour trouver dans le charme de la conversation un délassement à leurs études, réunions sans doute irrégulières et spontanées. La conversation se resse^ tait bien vite de leur goût pour la science. Le sujet était sérieux, la forme frivole, énigmatique, et les questions telles que pouvaient le désirer la gaieté et la subtilité germanicpie. Là ils reprenaient leurs habitudes d'hommes du Nord, Le dialogue entre Alcuin et Pépin, qui rappelle les chants de l'Edda, fournit un exemple de ces conversations (2).. G'est sans doute alors qu'on se proposait ces énigmes, si fbrt i la mode du temps de CharlenmgDe (3).
xy. On donnait quelquefois le nom d'académiciens à tous les lettrés du temps qui faisaient ou avaient fiait partie du cortège, ou qui, par leurs discours, par leur iiâiienee, par leurs recherches, contribuaient, espoir beaucoup trop ambitieux, à la construction de V Athènes nouvelle. 8aQs doute, si Ton veut réserver le nom d'académie à une âssem-
(1) EpisL, t. XXI.
(2) Disputatio Pippmi cum Albino seolasUco^ Frob., t. Il , p. 362.
(3) Cf. M. Ampère, Hisi. liUér., L III, p. 78. C'est le sens que nous (ionnoasau mot scrupea dans le vers où Théodulfe djl en pajc- Uni d*Alcuin :
£t œoJo sit faciiic, modo scrupea qaaestio Ftacci, Scrupea, barbare, énigmatique.
{Theodulf. opp., p. iSô.)
b\ée savante, se rëuaissant i certains jours, dans un même lieu , on ne peut rien trouver de pareil dans les œuvres d'Àlcuin. Mais une académie a pour objet d'entretenir et d'exciter rémulation parmi les beaux esprits; elle dirige le langage, et met à l'étude d'importantes questions ; en un mot, elle est .dans la république des lettres ce qu'est une assemblée dans un état bien policé. Or Gharlemagne , au dire du moine de Saint-Gall , offrait des dignités non pas à la noblesse titulaire, mais à celle du cœur et de l'intelligence. Lui, Alcuin, Théodulphe, Laidrade, firent tous leurs efforts pour polir le langage. Enfin on proposait des questions i tous les lettrés de l'époque. On a conservé les réponses d'Amalaire de Trêves, d'Odilbert de Milau, de Laidrade, de Théodulphe et d'Alcuin, sur les cérémonies du baptême. D'autres fois, c'étaient des questions de grammdre et surtout d'astronomie, genre d'exercice qu'Alcuin aurait bien voulu voir moins en honneur. A cet ordre de travaux, se rapportaient encore les questions sur la Pâque, sur Tinterprëtation des deux glaives, etc. etc. Orales ou écrites, la plus parfoite indépendance présidait à toutes ces discussions. On se réjouissait, pour l'honneur du temps, d'y pouvoir admettre avec fruit des laïques ; l'abbé de Tours constatait ce progrès avec un vrai plaisir, il invitait tous ceux qui résidaient au palais i profiter de la belle bibliothèque du roi (1). Telle était la réunion toute morale de savants que la postérité a nommée Académie palatine. Fréderik Lorentz s'est trop pressé de la relouer au rang des fables (2) ; car, si l'on ne veut s'arrêter qu'au mot lui-même,
1) Aie. ep., cxxv, l. I, p. 184i (2) Aie. leb., p. 171.
Chartemagae est bien autre chose que le fondateur d'une académie, d'une universités puisqu'il les a toutes préparées; il est avec Alcuin^ son intelligent ministre, le restaurateur des lettres en Occident.
XVI. Tel est Tensemble des études professées dans Fécole palatine. Là tout décèle une origine, mais c'est Torigine de quelque chose de grand. Les hommes distingués de cette époque avaient un ardent désir de posséder les sciences an-» tiques. Les obstacles allumaient leurs désips ; ils voulaient Tantiquité toute entière et tout de suite. D'un professeur en renom on demandait sans doute, quels talents. a-t-il? Mais d'abord, quels livres nous apporte*t-il ? A quoi ses leçons nous serviront^elles? De là le côté pratique des leçons d'Aïcuin; de là cette ignorance pleine de bonne volonté qui recherche la pensée partout avec foi et avidité. Dans les contrées de TEurope occidentale, s'agitaient alors, comme au milieu de la nuit, instincts et sentiments, préjugés et superstitions, i^ées cachées dans les livres, esprits qui cherchaient à saisir ces idées, religion vieillie, religion nouvelle. Un rayon de lumière sillonne enfin ces épaisses ténèbres. Les deux mondes en présence se reconnaissent et se saisissent. L'étreinte a commencé quand la religion a dit : je suis la lumière, je suis la force; car aussitôt Tintelligence de l'homme a répété : je suisi aussi la force et la lumière. Dans cette sorte de premier enivrement, on passait rapidement d'une science à l'autre. On voulait les voir toutes, sans songer à les reprendre là où les anciens les avaient laissées , pour les perfectionner ; imposant assemblage de doctrines que l'on regardait avec admiration, sans songer encore à les approfondir.
XVII. Déjà pourtant on envisageait la philosophie eomme Texplication suprême de toutes choses , et Ton se complaisait dans les subtilités de la dialectique. Sans s'en rendre compte , les savants dealers sentaient le ptix de l'analyse , et sans la bien connaître , ils la cherchaient. Aussi se perdaient-ils en divisions , en définitions. Dans leur empressemeot , ils se servaient même de Tanalyse comme d'un flambeau , pour éclairer des objets qui ne supportent pas cette lumière. De là cette science des nombres, qui s'est à peu près perdue dans les âges suivants, et cette science de l'astrologie, qui, au contraire, a prospère'. Enfin l'analyse dégénérait souvent en nne subtile recherche ; souvent aussi elle n'était qu'on simple objet d'étude, une partie de la logique, au lieu d'être considérée comme un instrument de découvertes.
XVIII. La seienee moderne a retrouvé le passage où Porphyre a posé le problème du réalisme et du lîominalisme (1). Roseelin et Duns Scot ouvrirent et fermèrent la dîscussioD proprement dite à ce sujet : mais cette division jetée sur un grand développement intellectuel , pour en faciliter l'étude, ne saurait en eitobrassef la vaste étendue. U est admis aujourd'hui que Jean Scot Érigène était réaliste : pour lui , la vie véritable réside dans les genres (2). Si telle était Topinion du dernier maître des écoles carolingiennes , celui qui les ouvrit ne devait - il pas avoir la sienne ? Alors quelle étaitelle ?
Ce qui jette de l'obscurité sur ce problème , c'est le peu de soin avec lequel les écrivains de ce temps inséraient daais
(1) if. Cousin^ Philosophie scolastique, p. 83-84.
(2) Voyez le remarquable jugement de M. Hauféau sur \e de Di visione naturœ de J. Scot ^ Philosophie scolastiq., 1. 1 > p. lU etsuivj
leurs livres les mots de nature, de sukâtance, etc. Pour Alcuia , une nature est quelquefois un genre , et, d'autres fois » un individu. On appelle également hommes , dit-il, Socrate, Platon , Gicéron : car il n'y a qu^une espèce d'hommes, suivant la nature , ils ne sont multiples que quant au nom' bre (1). Ce sentiment est celui d'un chrétien sur l'unité de la race humaine. Aristote pousse Alcuin dans une autre direction. «Qu'est-ce que le genre ? — Ce qui diffère par les espèces : c'est un terme commun pour désigner les substances qu'on étudie. — D'où vient le mot substance ? — Il vient de ce que chaque objet subsiste dans sa propriété. Ce que l'on connaît par les sens^ les sages ont vouiu quoh rappelle oiaia , c'est-à-dire substance ; ce que la seule réflexion de Vâme peut percevoir, on l'appelle (ju(x6^ê7ixoç , accidents
il règne dans ce passage une certaine confusion ; mais qui n'y reconnaît l'influence aristotélique fortement prononcée. Le professeur ne voit la substance que dans Tindividu : l'individu , c'est ce qui est en soi. Ce qui change , au contraire, ce qui partout est moins , c'est l'accident , c'est le genre. Enfin l'intelligence perçoit la réalité , sans doute , mais c'est dans la matière qu'est l'oùdia. Ici on se rappelle que le maître d'York possédait dans sa bibliothèque des ouvrages d^Aristote. Ces ouvrages n'étaient peut-être que les traductions de Boêce , cependant ce n'étaient pas les manuscrits qui lui manquaient , car le pape Paul I avait envoyjé i Pépin le Bref le texte même de la dialectique d'Aristote (2) ;
(1) Ffob., I. II, p. 336.
(2) Voici les paroles de Paul: «Direximus praeeelleotia? veslrae (f libres quantos reperire poluinujs,id est aiiliphonale et responsale, «in dialecU canif granimalicamAns(oteIis,Diooysiiareopagila&libros,
et , si l'on en juge par l'empressetnent qu'on avait mis à les demander, on dut les conserver avec le plus grand soin dans la bibliothèque du roi. D'autre part, Alcuin savait assez de grec pour les lire , puisqu'il citait du grec à Gharlemagoe, qui le parlait , puisqu'il était le nraitre de Tune de ces écoles anglo-saxonnes dont les élèves , au dire de Bède , parlaient le grec aussi facilement que leur langue maternelle (1). Oo a vu , et c'est l'essentiel , qu'il faisait grand cas d'Aristote , qui reproduisait fidèlement sa doctrine, d'après Boêce , Isidore de Séville et le faux Augustin , et la considérait comme le plus beau présent qu'il eût fait aux Franks. A ces marques, on peut reconnaître qu' Alcuin , dans son enseignement, était nominaliste.
Nous ne parlons , bien entendu , que , du dialecticien , et de la direction qu'il imprime à* ses élèves en leur enseignant la logique ; car, si nous nous adressions au théologien , au chrétien , nous aboutirions à une théorie bien différente : aU essence, écrivait-il un jour à Arnon , c'est ce qu'on peut dire proprement de Dieu : il est toujours ce qu'il est; seul il possède la vie véritable... Disons, librement, la nature de Dieu : elle est la seule vraie nature , nature éternelle qui ne peut se changer en aucune autre» (2). Nous voilà si loin d'Aristote que ce passage est le contrepied formel du premier. Ici le chrétien ne voit qu'une seule véritable substance , Dieu ; là le péripatéticien plaçait la substance avaot
«geometrjam, orlhographiam , grammaticam, omnes grœco eloaquio scriptores, née non et horologium noclurnum.» Cad. Carolin., Jac. Gretser. opp., l. VI , p. 719 ; Cf. Jaffe, regest, Pontif., p. i^-
(1) Bede, Eccles. histor,, I. IV, c. ii.
(2) i4/c. ejoisi., cxxii, Frob , 1. 1, p. 176.
'tout, dans les objets: matériels. S*il. appliquait sa méthode théologique à son enseignement profane , il verrait la vie là où il voyait la mort. Mais non; Alcuin apportait des écoles anglo-saxonues , d'une part , la méthode aristotélique , et , d'autre part, les principes évangéliques que Rome av^it comprimés quelque peu en leur prêtant ainsi un rapport de forme avec l'instrument logique du Stagyrite. Méthode, idée chrétienne, le maître de l'école palatine les introduisait toutes deux chez les Franks avec un égal respect : c'était là son œuvre. Mais, comme lalargeur de l'idée chrétienne forme un vif contraste avec la rigueur aristotélique , tôt ou tard oelle-là devait faire éclater celle-ci. De là toutes les grandes luttes des âges suivants, au milieu desquelles triomphèrent tour à tour Aristote et le Christianisme , ou ce que le platonisme renfermait d'analogue aux principes chrétiens. Ainsi fut inaugurée la scolastique.
Gomme Alcuin , en professant la dialectique , prenait Aristote pour guide, il n'est pas étonnant de voir ses élèves suivre la même direction. Raban-Maur tourne et retourne les problèmes des universaux , il l'explique dans deux gloses sur X Introduction de Porphyre , et sur V Interprétation d'Aristote (1). Il reconnaît déjà l'existence de deux écoles , et distingue deux solutions différentes. 11 aboutit alors à un nominalisme assez ferme pour que Jean Scot, réaliste à titre d'Irlandais , l'attaque indirectement comme, une doctrine opposée à la sienne. On peut considérer comme une ébauche de ce genre le petit traité de Fridugise, intitulé du Néant .et de$. ténèbres pour savoir s'ils existent. Dans ce traité
(1) M. Cousin les a publiées et discutées dans son savant ouvrage sur la scolastique, p. 104, 31 1-320.
d'ailleurs prétentieux et dépourvu d'intérêt , FridD^se répond aux maîti*es qui avaient succédé i Alcuin dam Técale palatine , c'est-à-dire aux Irlandais. Ils avaient apporté dans cette école les questions qui les intéressaient davantage» celle de la raison opposée i l'autorité , et celle de la substance qui possède seule la vie , tandis que les phénomènes ne sont rien , et enfin une plus grande importance accordée aux simples conceptions de la pensée. L'un d'eux , sans doute , Clément Scot , à qui Gharlemagne donne le titre de sage grec , soutenait que la mort avait reçu le prix de la Rédemption du monde , ce qui tendait à faire croire que la mort de Jésus-Christ n'était pas entièrement volontaire. Alcuin le battait avec ses propres armes ; il lui demandait si , pour pouvoir recevoir une rançon , la mort était une créature , une substance , et il répondait qfi'elle n'est rien. Il appelait en même temps son adversaire un sophiste d'Athènes, qui avait rapporté cette question de V école de Platon{i). Enfin qu'est-ce au fond que cette doctrine du nominalisme , si on la considère non plus dans les objets qu'elle examine , mais dans les dispositions morales de ceux qui les étudient ? C'est le sentiment plus ou moins consciencieux et profond de la force individuelle ; c'est elle qui remue et qui fonde à toutes les époques de rénovation.
XX. La plupart des élèves de l'école palatine obtinrent , dans la suite , des dignités politiques , ambassadeurs , archevêques, missi dominid. Quand le maître quitta son école pour gouverner le monastère de Tours , rien n'avait été décidé au sujet de son successeur. Ils pensaient que ses meilleurs élèves
(1) Ah, ep., Gxxvi, t. I, p. 186.
continueraient ses leçons, sons la direction d'É^nbirt (t). Celui-ci entendait le grec et écrivait bien le htîn ; il avait étudié les sept arts à côté du roi Câiarles , il possédait même mieux que lui quelques parties (2) 4 enfin il était devenu^ depuis le départ d'Angelbert, Tintime confident du prince, ceint qui devinait le mieux sa pensée , celui qui la voilait avec le plus d'adresse 9 quand la |M)litique engageait le roi à ne pas Texprimer.
L'abbé de Tours avait encore pensé que plusieurs de se» élèves 9 promus alors à de hautes dignités dans Tordre épisr copal et dans Tordre monastique , viendraient lui apporter des nouvelles de la cour, et égayer, par leurs récits , la solitude complète de leur maître. Ils mirent assez d'indifférence même à lui écrire. Le roi Charles hésita longtemps avant de aommer un maître dans Técole palatine, Sqn goût pour Ta&lronomie était plus vif que jamais: cette science était la seule qu'il n'eut pas épuisé avec Âlcuin. U avait entendu parr 1er des luttes des Anglo-Saxons et des Irlandais.. Geux-^cî avaient bien approfondi les merveilleux secrets qu'à dési^ rait connaître ; leurs [conclusions étaient opposées à celles d'Alcuin ; rafin ils connaissaient très-bien les langues an<ciennes. Mais, quel chagrin profond il allait causer à son maître ! Quelle récompense pour tant de dévouement , et quel retour pour une si tendre amitié ! A la fin, son goût Tem*porta : il fit vepir des Irlandais , et se mit aussitôt à travailler avec eux. La masôère orientale de calculer la Pâque et toutes les doctrines hiberniques triompherai à.la conr.
(1) Aie. carm,, ccxxviii, Frob., t. II, p. 228.
(2) Aie. episL, Lxxxv, Frob.y t. I , p. 126.
XXI. Quelle ne fut pas la surprise du savant Anglo-SaxSn , quand il sut que son successeur était Clément d'Irlande ! Fier de sa science nouyelle , Charles écrivait à son ancien maître, pour avoir son avis sur des questions qu'il voyait sous un nouveau jour. Il montrait quelquefois ses lettres un peu em« barrassées à ses jeunes Irlandais^ qui en riaient de tout leur cœur. Et Charles le faisait entendre à Âlcuin avec des mots un peu durs, ail fallait savoir se corriger avec humilité... On avait mauvaise grâce à répéter toujours la même chose, i» Ces reproches , pleins d'ingratitude , blessèrent Âlcuin. Il n'osa plus s'exprimer librement. Il parla de son peu de mérite. «J'ai feit , dit*il , en parlant d'une de ses lettres , ce que vous m'aviez ordonné , comptant plutôt sur une récompense que sur un blâme injurieux pour prix de mon obéissance. Heureux encore que le désir de me corriger m'ait valu une de vos lettres... Je sais que rien ne peut changer vos sentiments affectueux , que votre amitié , loin de diminuer, augmente toujours. B C'était un trait pour lui reprocher son infidélité. «Ah I que je suis lourd ! Combien je me suis oublié ! J'ai sans doute mérité les coups de fouet de vos jeunes gens. Le vieil Entelle, accablé par l'âge, a déposé le ceste. Il a cédé le terrain à ceux qui sont dans la fleur de l'âge. Sans doute l'un de ceux-ci a rudement frappé le vieillard; un nuagea passé devant les yeux du vieiUard. » Puis , quittant ce ton ironique pour s'abandonner à l'impétuosité de ses sentiments anglo-saxons : « Ah ! le maladroit ! l'ignorant ! Moi qui ignore qu'une école égyptienne fonctionne dans le glorieux palais de David. Je m'en vais, j'y laisse des Romains ; qui donc y a in-
(1) Epist. Lwn , Frob., 1. 1 , p. 90.
IroMt furtivement les Égyptiens ? Mais je connais bien led . calculs de Memphis; il esterai que je n'ai plus de penchant pour la tradition de Rome. Je fais commencer Tannée à la naissance du Christ, aloi*s que la lumièlre va grandir, comme les Latins ; et non pas, comme les Égyptiens (ce qui veut dire ténèbres), au moment où les ténèbres s'épaississent. Je sais qu'autrefois, avec Moïse, j'ai quitté les ténèbres de TÉgypte, et qu'aujourd'hui je suis dans la terre promise, dans la terre de lumière et de' bonheur, avec Jésus*Ghrist pour guide, et pour présent la liberté. Et vraiment, selon la parole de mon guide, Notre Seigneur à tous, je ne suis nullement disposé à rentrer dans les ténèbres de l'Egypte. » Peut-être Alcuin songea t-il alors à s'en retourner dans son pays , ou à se retirer à Fulde. C'eût été céder la palme aux Égyptiens. Il aima mieux leur tenir tète , et dominer Charles lui-même par la supériorité de sa tolérance et de sa. raison. Il avait tout oublié, quand il écrivait les vers où il applaudit i la distribution que Charles avait faite des dignités de la cour, et c'est sans rancune qu'en parlant des grades accordés à ses élèves , il dit encore : « Que fera Beseleel (Eginhart), si instruit dans les chants d'Homère ; pourquoi , je vous prie, ne dîrige-t*il pas l'école sous le nom de son père?» Tousses désirs eussent alors été satisfaits.
.XXII. Ainsi on faisait encore quelque cas d'Alcuin à la cour. Fridugise(Nathanâel) était archidiacre, c'est-à-dire directeur de la chapelle, place qui avait été celle d'Angilbert (1). Nathanael continua les études de Lucie ou Gisèle , sœur de Charlemagne, de Colombe ou Rothrude, sa fitle
(I) Epist. GLixi, Aie, I, p. 256.
aioée , et de quelques^ autres princesses , tourtes f]'iwe jgdtade beauté. Avec elles, le plus grand danger n'était pas deibiye unefauie d!orthographe. Alcuin tremUail pour rinexppnîeiice du jeune professeur. ^Je t'en prie, mon cher .fils, lui écrivait-il, fais en sorte que Ton voie briller las,cieiiee<{uejet'ai communiquée ; mais que ta sagesse et ta religion soiprit ma gloire devant les hommes et ma réjsompense devant [>Wu. Que les colombes couronnées ne s'approchent pas de tfi» lénétres, ces colombes qui voltigent à travers les chpoabnes des palais; que les.coursiers indomptés.n'envabis^ent paston cabinet d'étude ; ne t'amuse pas à voir les dansas des ours. Que tes paroles soient modestes et vraies, ta voixd^ujse, ton silence prudent. Fais bien atteutiQO à toirt ce que tu diras» (1). A la cour de Gharlemajgfne, ces avis valaient de l'or (2) : Fridugise le comprit. Son vieux maître était ensuite obligé d'exciter sa timidité. « Salue ma sœur Lucie et ma^le Colombe. Supplie-les de ne pas publier ma vieillesse 4aiis leurs saintes prières , ni lejor sahit en faisant de bonnes (bqvres. Ne l^ur dérohe pas la beauté de tes sa|[es doçti^tînes. Arrose les .fleurs que leur bopne volonté ,te présQQ||e^ ^t-ril rien de plus beau que les fleurs de la sagesse? Ëtl^ç i^ .ae flétrissent jamais. Est il rien de plus riche que les trésors de la science (3)? Jamais ils ne s'épuisent. » En même temps, Alcuin s'amusait un peu des plaisanteries de Théodi^phe contre Clément (4], quoique l'ensei^emeat de l'Irlaqdais eût
{!) Epist. cLxxxvi, p. 249.
{2) 'C. Pcischits. Ratberi., in Ftt. S. Adalhard, McMlL, AcU, s. iy, p. I, p. 321.
(3) Aie, ep. cLxixv, p. 248.
(4) Théod,, carm., p. 188.
acquis bientôt beaucoup de célébrité. Ces dignités accordées à ses élèves favoris, Famitié d'Éginhartf qui le défendait à la cour (1), et les attentions du roi Gharies, qui, pour le besoin de sa politifue, retrouva des paroles àimaUâs pour son maître , rendirent à celui-ci une partie de sa gaieté et tout son courage. Parfois cependant il se laissait aller à de grandes tristesses. Ces idées que ses ancêtres avaient combattu pendant plus d'un siècle , il<les Yoyail triompher dans une cour où lui , Alcuin , il avait , pendant douze ans . tenu le premier rang. C'était avec des Irlandais que Charles tra-* vaillait à une révision des Évangiles sur le texte grec ou même sur le texte syriaque , s'il faut en croire Tévéque Thégan (2). Il lui semblait alors que ses sueurs n'avaient produit aucun fruit, que sa vie s'était consumée en efforts inutiles. L'imagination , qui avait toujours été très-vive en lui , <et qu'il n'avait dominée qu'à force 4'énergie, le 9efm* tait à ses premières années , à ses jeunes espérances po«r jamais évanouies , et , lui montrant tous ces visàgesl qui changeaient autour de lui , elle lui exagérait la fuite rapide des années ^ et fûsaii en quelque sorte retentir i ses orttUes le pas inexorable du temps. « Ah ! quels heureux jours, écritftit* il alors à ses anciens élèves, quels heureux jours nous passions, quand nous travaillions ensemble, quand nous nous livrions ansË. exercices à la fois agréables et sérieux des belles^lettres. Maintenant tout est changé. Le vieillard est resté , engendrant de nouveaux enfants, et gémissant de voir les premiers dispersés» (3).
(1) Théodulf., app., p. 186.
(2) Thégan^ op.; Pithou, op., c?ii.
<3) Ptob,^ t. f i êp. ^.hXVJL , p. 242.