‹ Alcuin et son influence littéraireChapitre 8 sur 21 · II · texte numérisé non relu

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selon les secours de Dieu..., afin que la règle religieuse, amenant avec elle Thonnéteté des mœurs , le zèle pour enseigner et pour apprendre , donnât aussi de la régularité et de la beauté au langage. Que ceux qui désirent plaire. i Dieu en bien vivant cherchent aussi à lui plaire en bien parlant ; car il est écrit : C'est sur les paroles que tu ser«s justifié ou condamné (2). Car, quoiqu'il soit mieux de bien faire que de savoir, cependant il faut savoir avant de faire. Chacun doit donc comprendre ce qu'il veut foire, et l'âoie comprend d'autant mieux ce qu'elle veut faire, que la langue,

(1) Abbé Lebeuf, Supplément à la dissert., e(c.

(2) S. AfdH^A., c. xn,v. 37. * /.

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trop rapide , ne va pas exprimant des mensonges. Et si tous les hommes ddvent éviter les mensonges ^ combien doivent s'en abstenir, antantque possible, ceux qui sont choisis spécialement pour être les serviteurs de la vérité; Or, dans ces années, plusieurs monastères nous ayant adressé des écrits, dans lesquels on nous aùnonçait que les frères priaient pour nous dans les saintes cérémonies..., nous avons remarqué que, dans la plupart de ces écrits, les sentiments étaient bons et les paroles incultes ; car ce qu^une pieuse dévotion inspirait bien an dedans , une langue mal habile , et qu'on avait négligé d'instruire , ne pouvait l'exprimer sans faute au dehors. Nous avons alors commencé à craindre que de même qu'il y avait peu d'habileté à écrire, de même l'intdligaace des saintes Écritures ne tùt beaucoup moindre qu'elle ne devait être ; et nous savons tous très-bien que , si les erreurs de mots sont souvent dangereuses , les erreurs d'idées le sont bien davantage. Donc nous vous exhortons nonseulement à ne pas négliger l'étude des* lettres , mais à les cultiver..., pour être en état de pénétrer facilement et sûrement les mystères des ^ntes Écritures^ Gomme il y a dans les saintes Écritures des allégories , des tropes , et autres choses semblables , chacun comprendi^ , sans aucun doute , le sens spirituel d'autant plus vite qu'il sera mieux instruit dans la science des lettres. Qu'on choisisse pour cette <BUvre des hommes qui aient la volonté et la possibilité d'apprendre , et le désir d'instruire les autres ; qu'on apporte à ce soin autant d'attention que nous mettons nous-méme d'intérêt à le prescrire. Notre souhait est que vou? soyez ce que doivent être des soldats de l'Église , religîeuK Se cœur, savants dans votre langage..., afin que si fou va vous

voir pour invoquer le nom du Seigneur, ou admirer la noblesse de la vie religieuse , on s'édifie en vous voyant , on s'instruise en vous entendant parler ou chanter, et qu^on retourne chez soi en rendant grâce au Seigneur tout-puissant. Ne manque pas, si tu veux obtenir notre faveur, d^envoyer un exemplaire de cette lettre à tous tes suffragants et à tous les monastères , et qu'aucun moine , hors de son •monastère , ne rende des jugements , et n'aille dans les assemblées et dans les placites. Adieu 9(1).

A ce dernier ordre , à cet effort que le législateur semi- Uarbare fait sur lui-même pour faire comprendre à des ignorants l'utilité des lettres , et la parfaite harmonie qu'elles établissent entre les paroles , les actions et les idées de l'homme , on reconnaît Gharlemagne ; mais à l'estime (pie l'auteur de celle lettre encyclique professe pour le sens allégorique dans l'explication des Écritures , à l'idée qu'il a maintenant du véritable professeur qui doit avoir le dé$ir d'instruire les 4iommes , enfin à ce rapport que Charlei établit entre la pureté de l'expression et la justesse de h pensée, il est facile de reconnaître aussi l'élève d'Alcuin. En 787, à son retour de Rome , le roi des Franks ramena avec loi des maîtres de grammaire et de calcul , qu'il répartit sqr les différents points du royaume (2). C'est à cette même année que le moine d'Angoulême écrivait ce mot souvent cit4;J «Charles ordonna qu'on répandit partout l'étude des belleilettres ; car, avant lui , il n'y avait eu en Gaule presque aucune culture des arts libéraux » (3). Dès alors, en effet, tout

-j(l) Baluz., Cap. reg,, t. I, col. 201.

(2) Vit. KaroL M. a monach. cœnob. Egolism, P. Pitkou, p. 36,

(3) Ihid.

décèle les grandes préoccupations du gouvemement ; tout atteste ses efforts pour répandre partout les lumières. On a pbcé des maitres dans les écoles ; on n'oubliera rien pour engager les élèves à les écouter. On ordonnera aux évéques et aux abbés de faire venir dans leurs écoles des enfants non-seulement de condition servile , mais encore de condition libre. Les livres sont mal écrits , pleins de fautes ; on les transcrira , ne fût-ce que pour les apprendre. Charles envoya alors à différentes églises Thomiliaire, que Paul diacre avait corrigé. «Préoccupé, disait le roi, de rendre meilleur Tétat des églises , nous nous efforçons , avec la plus persévérante ardeur, de relever l'étude des lettres, presque anéanties par l'insouciance de nos ancêtres. Nous enga- *geons tous nos sujets, autant qu'il nous est possible , à cultiver les arts libéraux , et nous leur en donnons l'exemple > Nous avons déjà , avec le secours de Dieu , exactement corrigé les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament , corrompus par l'ignorance des copistes. Et comme le recueil d'bomélies pour l'office nocturne était rempli d'incor* rections, nous n'avons pu souffrir que dans les lectures divines de discordants solécismes vinssent déchirer l'oreille. Nous avons voulu revoir et corriger ces lectures, et noustm avons confié le soin au diacre Paul, notre cher client... Il nous Ji offert , en deux volumes, des lectures exemptes de fautes, adaptées à chaque fête, et qui suffiront à toute rannél^(l)'. Dans le même but , Alcuin empbyait ses 4oisirs à corriger un autre recueil d'homélies. Enfin , en 7«9 , dans un grand pladte d'Âix-la-Ghapelle , le roi des Franks revenaajft sur

(1) Baluz, Capilid., t. I. p. 203, el MabilL,, Annal. , LXXVI , N. un.

les prescriptioos de son encyclique : < Que votre lumière brille devant les hommes , disait^^il aux ëvéques réunis , qu'ils voient vos bonnes œuvres » et gbrifient votre Pèfe , qui est dans les cieux. Que les ministres de l'autel attirent beaucoup d'hommes au service de Dieu , qu'ils s'ear tourent de jeunes gens non -seulement de condition servile, mais fils d'hommes libres; qu'on établisse des éccto de lecture pour les enfanta ; que les psaumes , la note , le tkapt , le calcul , la grammaire , soient enseignés dans tous les monastères et dans tous les évéchés... Ne souffrez pas que vos enfants gâtent les livres soit en les lisant , soit en les transcrivant. S'il faut écrire un évangile , un psautier, un missel, que Ton confie ce travail à des hommes d'un âge mûr, et qu'ils y mettent toute leur attention » (1 ).

IX. Si le ro^ Charles eût gouverné des peuples moins barbares,il aurait pu non-seulement remettre en honneur les arts et les sciences, mais encore faire naître une belle littérature, comme il le désirait. Mais ici tout était à créer ; avant de faire des élèves , il fallait faire des professeurs. Voilà pour»quoi ces mesures n'amenèrent pas des résultats aussi brillants qu'on pourrait le croire , si on confondait les temps ; V9ilà pourquoi elles furent moins utiles que l'institution de certaines écoles auxquelles on accorda une préférence mar^ quée , l'école palatine et celle de Tours , par exemple. N*aj^ Ions fias toutefois considérer le roi Charles comme un génie 9^ supérieur à ses contemporains , qu'il se perd en théories inutiles. C'est alors que Benoît d'Aniane formait des lecteurs 9t ét|^lisaait des grammairiens dans ïécole de son monas-

(1) Baluz, Capital,, t. I. p. 237.

1ère 9 qui comptait ptus de trois cents moines (1). Camarade de Benoit d' Aniane à Técole palatine , Adalhart fondait Técoie de Gorbie , qui acquit bientôt une grande célébrité. En 793, Angilbert apportait, dans la bibliothèque de Saint- Ricquier, deux cents volumes (2) ; comment eût-il pu négliger l'école? Leitrade relevait celle de Lyon, et formait des élèves au chant, , à la lecture y à Tinterprétation des Écritures sur le modèle de Técole du ^lais (3). Enfin , pour abréger, en l'an 797, Théodulphe , évêque d'Orléans, dirigeait quatre écoles établies dans son diocèse , l'un dans sa cathédrale de Sainte-Croix , les autres dans les monastères de Saint-Aignan , de Saint-Benoit et de Saint-Liphart. La pensée du prélat libéral se faisait jour quand il ordonnait a à tous les curés de tenir école ouverte sans recevoir aucune rétribution , à moins que les parents des enfants ne voulussent leur montrer leur l'econnaissance et leur bonne volonté »(4). Que d^écoles on pourrait joindre à celles-là ! Mak eUes suffisent pour faire voir que la volonté du roi fut exécutée, sinon aussi largement qu'il le voulait^ du moins dans les localités soumises à des hommes intelligents. Plusieurs années après , il est vrai , ont réitéra l'ordre d'ouvrir des écoles au concile de Ghâlons ; mais on voyait avec péhie le relâchement qui s'emparait alors des esprits , et on vou iait forcer à l'obéissance ceux qui s'y étaient soustraits jusque-là.

(1) Vie, Ben9d^û,fki€kn., c* x\^n et c. xixrr.

(2) In ÀngifberL, Script. Mabill, , AcL ^ s. iv , p. i , p. 1^ ( >) Ex Leid. ad CaroL, epist. in edit. Baluz. , t. II, p. 127.* (4) Theodulp, Opp,, ed, lac. Sismond.; Paris , 1646 , p. 10.

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