GO
Fis. 80. — Une écaille de la rangée marginale, — Fig. 81. — Une écaille de la rangée operculaire. — Fig. 82. — caille de la région moyenne des polypes. — Fig. 83-85. — Divers types d’écailles du
cænenchvme.
leur bord postérieurest déchiqueté et épaissi. Une bande marginale seule conserve une épaisseur uniforme ; tout le reste de l’écaille, à la face interne, est armé de nombreuses saillies à contour irrégulier, très varié, plus grandes que celles des écailles marginales. La plus grande largeur
de ces écailles est 0mm,60; leur plus grande hauteur, 0mm,45. Les écailles
OS ALCYMONATRES
de la face adaxiale ont les mêmes caractères, mais sont notablement plus pelites.
Sur l'axe principal, les écailles imbriquées ont des formes diverses ; elles sont, en général, de forme allongée (fig. 83, 84 et 85), avec leur bord antérieur assez régulièrement denté et légèrement cannelé sur une bande marginale. Leur face interne est renforcée par des verrues abondamment mamelonnées, beaucoup plus étendues que dans les écailles précédentes.
Leurs dimensions, assez variées, oscillent, en général, entre Omm,55 et Onm,50 en longueur et entre Omm,25 et Onm,35 en largeur. L’axe, “de couleur jaune assez clair, surtout dans la région distale, est finement cannelé à la surface ; 11 mesure à la base, dans la partie conservée, 2mm,2 de diamètre; il a élé rompu à une distance du point d'attache qu'il est impossible d'indiquer.
Par le fait que les polypes sont ici groupés en verticilles de # ou b, que lesécailles marginales ne sont pas en nombre supérieur à 6, l’Aleyonaire de l'Antarctique décrit ci-dessus se classe dans le genre Sfenella Gray. Ce genre a été divisé par J. Versluys (1906) en quatre sous-genres : Pterostenella, Stenella s. st., Parastenella et Dasystenella. Le dernier de ces sous-genres est ainsi caractérisé par l’auteur : Verzweiqung nicht federartiqg, sondern mit dicht gestellten, allseitig gewendeten Kurzzweigen, und dadurchvom Habitus der T'houarella der Antarctica-Gruppe.Le Gorgonidé du «Pourquoi Pas ?» se range dans ce sous-genre Dasystenella, qui, Jusqu'ici, n'est représenté que par une seule espèce : D. acanthina, draguée par le «Challenger » au large de Rio-de-la-Plata, sur un fond sableux, à 1 080 m. de profondeur. Le zoologiste hollandais qui a vu l’exemplaire du British Museum, sans l'étudier complètement, dit que, par son aspect, la S/enella acanthina Wright et Studer rappelle beaucoup la Thouarella variabilis, mais que, par ses verticilles de 3 à 5 polypes, elle se distingue très nettement de ce groupe de Zhouarella, dont les polypes sontisolés. D’après les figures du mémoire de Wright et Studer, il n'y a pas 8 écailles marginales, mais seulement 6, 4 ou 5. C’est là une différence importante vis-àvis du genre 7’houarella, comme le fait remarquer J. Versluys, qui est d’accord avec Wright et Studer pour placer l'Aleyonaire en question dans le
oepre Sfenella.
APBOMIONPAMIPRESE 69
Il y aégalement, dans les polypes de lAleyonaire de l'Antarctique sudaméricaine, 6 écailles marginales seulement. En outre, ces écailles, sans avoir la même forme chez la Sfenella acanthina et chez l'Alevonaire de la baie Marguerite, ont les mêmes caractères dans les deux formes. Il suffit, pour s'en convaincre, de comparer la figure donnée ci-dessus à la grande écaille de la figure 10, planche XX du mémoire de Wright et Studer (1889) relatif aux Aleyonaires du « Challenger ».
On reconnait fort bien le développement si frappant de la carène tranchante, à la face interne. Maisla physionomie de la coloniede l'Antarctique est très différente de celle de la Zhouarella variabilis, à en juger d’après les figures 2 et 3, Taf. XX du mémoire de W. Kükenthal concernant les Alcyonaires de l'expédition antarelique allemande; d’après J. Versluys, cette Z'houarella ressemble à la Dasystenella acanthina. D'abord, la ramification est beaucoup moins dense iei que chez la T’houarella variabilis ; dans l’espèce antarctique, les branches sont assez distantes les unes des autres, et l’ensemble est lâche. De plus, les polypes sont, en général, rabattus vers les axes des ramifications et non pas placés obliquement par rapport à ces axes, nettement séparés d'eux, comme l'indique la figure 3, planche XIV, du mémoire de Wright et Studer. Il est vrai que ces auteurs disent (p. 59): 7e spicules on the body of the polyp vary greatly in size, those on the side nearestthe axis being markedly smaller, and enablingq the polyp to be folded in on itself; c’est ce qui est réalisé ici. En outre, iln°y a que à spicules dans chaque série, y compris l’écaille marginale, au lieu de 7.11 y a également des différences très nettes dans la forme des écailles. Il s’agit donc ici d’une Dasystenella nettement différente de la seule espèce cornue jusqu'ici de ce sous-genre, la Dasystenella acanthina Wright et Studer. Je propose d'appeler cet Alcyonaire nouveau de l'Antarctique Dasystenella Liouvillei, la dédiant à M. le Dr J. Liouville, qui a recueilli l'intéressante collection d'Alcyonaires du « Pourquoi Pas? ». On peut remarquer que les deux seules formes aujourd’hui connues du sous-genre Dasystenella ont été trouvées, la première au voisinage de Rio-de-la- Plata, la seconde dans l'Antarctique sud-américaine. On n’a signalé
jusqu'ici aucune autre espèce de S/enella dans les mers antarctiques.
70 ALCYONATRES.
Genre ÂHOPALONELLA Roule.
Rhopalonella pendulina Roule.
(PL. LL, fig. 15-16 : PI. V, fig. 21-25 : PL. X, fig. 56-57.) 1908. — Rhopalonella pendulina Roule, Expédition antarctique française (1903-1905), Alcyonaires, p. 4, PL. I, fig. 5, 6, 7,8.
L'examen des Alcyonaires rapportés par le « Pourquoi Pas ? » m'obligeait à voir ceux de la première expédition dont l'étude a été confiée à L. Roule. En regardant de près les exemplaires de Ahopalonella pendulina,une particularité biologique a attiré vivement mon attention et m'a conduit à examiner les caractères morphologiques de cet Alcyonaire, type du genre nouveau créé par L. Roule.
Toutes les colonies de la Æhopalonella antarelique ont été recueillies dans un nid de Cormoran, à l’île Booth-Wandel, de sorte que leur provenance exacte estrestée inconnue, mais le bon état de conservation de tous les exemplaires fait supposer, comme Roule l'écrit avec raison, que les Cormorans les avait pêchés dans le voisinage, non loin du littoral. Le seul qui soitentier mesure 34) millimètres de hauteur et 60 millimètres environ dans sa plus grande largeur, au niveau où les ramifications sont les plus fournies (PI. V, fig. 21). Certaines colonies peuvent prendre de bien plus grandes dimensions. Ainsi, l’un des fragments, de 25 centimètres de hauteur, porte encore de longues branches à son extrémité inférieure ; il lui manque une notable partie de la région basilaire ; il appartenait à une colonie de taille beaucoup plus considérable que la précédente. L'axe unique de celle-ci est de couleur brune, avec de fines cannelures à sa surface, là où il est dénudé ; il est assez souple et de nature cornée: il mesure 2 millimètres de diamètre à sa base. La plaque adhérant au support sur lequel vivait Ja colonie a 6 millimètres dans sa plus grande dimension. Sur plus d’un tiers de sa longueur à partir de la base, l'axe porte des sortes d'épines qui ne sont que les parties inférieures des branches tombées. Le reste estcouvert de branches dont la longueur décroit lentement et régulièrement de la partie moyenne, d'une part, vers le sommet de la colonie, d'autre part, vers la base de la région couverte par les branches,
de sorte que l’ensemble a la forme d’un fuseau très allongé et, comme Îles
ramifications sont très denses, l'aspect de la colonie rappelle, comme le dit Roule, celui d’une brosse rince-flacon. Les branches s’insèrent tout autour de l’axe, à tous les niveaux et sans régularité ; on n’observe aucune constance dans l'alternance.
Dans les régions inférieure et moyenne de la colonie, les branches s'insèrent presque normalement àl’axe ; les ramifications flexueusesretombent vers le bas dans la partie distale ; à la partie supérieure de la colonie, l'angle des branches et de la partie de l’axe principal qui les surmonte, devient deplus en plus aigu, et les branches se redressent versle sommet. Au voisinage de ce dernier, les branches sont indivises ; il en est de même d’un certain nombre de branches à des niveaux très variés dans la colonie ; mais, dans la région moyenne surtout, la plupart des branches se ramifient plus ou moins abondamment. La branche principale est très courte et donne naissance à deux, trois, quatre branches du second degré quipeuvent se ramifier elles-mêmes une ou deux fois. La distance du point d'insertion de cette branche principale à l'extrémité des ramilications de divers ordres, supposées étendues en ligne droite, n'excède pas » centimètres. Ces branches de divers ordres, ramifiées ou non, ont des aspects variés (PL. IL, fig. 15-16; PI. V, fig. 22-25). Quelques-unes sont uniformément grèles et conservent sensiblement le même calibre dans toute leur étendue ; mais la plupart d’entre elles se renflent plus ou moins fortement dans leur région basilaire, quelquefois même dans leur moitié inférieure, et prennent la forme de massue, fait que Roule a exprimé dans le nom donné à cet Alcyonaire, Ahopalonella, de 56:20, massue. Beaucoup d’entre elles aussi se renflent dans leur région distale; l’accroissement de diamètre tient ici à l’accumulation des polypes dans la partie dilatée ; celui de la base est dû à une tout autre cause, comme on le verra plus loin. Aussi, le nombre des polypes, sur une longueur donnée, varie-t-1l notablement suivant la région considérée de la branche. Il est d'ailleurs extrêmement difficile à indiquer d’une facon très précise, à cause de la superposition partielle des polypes dans les parties renflées. Ainsi j'ai compté 70 polypes environ sur | centimètre de longueur dans la région dilatée du sommet (fig. 86) et une quarantaine dans certaines parties grêles (fig. 87).
Les deux élargissements, proximal et distal, se rencontrent, du reste,
72 ALCYONAIRES.
assez fréquemment sur les mêmes branches. Les polypes s’insèrent tout autour des branches de divers ordres, très serrés les uns contre les autres, particulièrement danslesrégionsrenflées du sommet des branches,
à des niveaux très voisins les uns des autres, au point de former parfois
ISSS y
Sa
Fig. 86. — Disposition des polypes dans la région terminale des branches. — Fig. 87. — Disposition des polypes dans la partie moyenne des branches. — Fig. 88. — Un polype avec son armature de
spicules.
presque des verticilles ; mais, nulle part, la disposition complètement verticillée n’est réalisée.
La plupart des polypes sont incurvés sur leur face adaxiale, de façon à se redresser le long de la branche, parfois même às’orienter parallèlement à celle-ci, sans la toucher. Les plus grands atteignent à peine 1"m,5 de longueur, la plus grande largeur n’excédant pas 0mm,6. Les tailles de ces polypes sont très variées le long d’une même branche, et même dans une portion localisée de celle-ci (fig. 87). Ils s'évasent un peu, en général, vers le haut (fig. 88). Le bord libre des calices est constitué par 6 sclérites en forme d’écailles; sur la face abaxiale ou externe, convexe et sur les côtés, il y a #écailles du type représenté par la figure 89 pour la face interne ;
les 2 écailles de la face adaxiale sont du même type, mais un peu moins
ALCOYONATRES. 73 saillantes que les précédentes. Ces écailles, de forme allongée, ont une longueur moyenne de Omm,55, leur plus grande largeur étant de Omm 30.
En avant, elles se rétrécissent graduellement pour se terminer en pointe
Fig. 89. — Une écaille de la rangée marginale du calice , face intérieure. — Fig. 90. — Une écaille de la seconde rangée, immédiatement en arrière des marginales, vue par la face extérieure. — Fig. 91. — Une écaille de la rangée operculaire. — Fig. 92. — Une écaille de la région moyenne des polypes. — Fig. 93-94. — Petits sclérites des polypes, situés sous les écailles de la surface. — Fig. 95-97. — Divers types de sclérites du cœnenchyme.
mousse. Le bord libre, dans cette partie antérieure, avec de fines dents, présente de légères cannelures ayant ces dents pour points de départ. Sur la face interne de la région antérieure, est insérée une carène très saillante ; celle-ci, sur son bord libre, porte une plaque disposée presque parallèlement à la surface de l’écaille et dont la forme rappelle le profil d’une poire très allongée. Dentelée sur tout son pourtour, cette plaque
déborde un peu en avant de la pointe terminale mousse de l’écaille et se
Expédition Charcot. — Gnavier. — Alcyonaires. 10
74 ALCYONAIRES.
termine en arrière, en se rétrécissant graduellement, avec la carène qui la porte. La partie postérieure de l’écaille, dont le bord est déchiqueté et épaissi, est couverte de verrues de formes et de dimensions variées, serrées les unes contre les autres. Immédiatement en arrière des marginales, les écailles ont une forme un peu différente de celle des précédentes, représentée par la figure 90 vue par la face externe lisse. Elles sont pourvues, comme les autres, sur la face interne, d’une carène à plate-forme et de verrues à contour irrégulier ; mais elles sont plus larges et un peu plus courtes, leurs dimensions moyennes étant de 0mm,48 de longueur et de Omm,40 de largeur. Dans les nombreux polypes que j'ai étudiés, je n’ai jamais trouvé plus de 6 écailles à l’opercule ; mais il est fort possible qu'il yenait 8,àen juger par leurs dimensions, qui sont inégales ; Les plus grandes ont Omm,35 de longueur et Omm,20 de largeur fig. 91): Leur forme rappelle celle des écailles marginales. La partie antérieure, rétrécie, a ses bords crénelés. La face externe est lisse ; la face interne est armée d’une carène médiane, antérieure, à bord libre denté, très saillante en avant et de très nombreuses verrues de configurations diverses à la partie postérieure qui est déchiquetée sur son pourtour.
Il est à remarquer qu'ici les écailles qui recouvrent le corps du polype, imbriquées comme d'ordinaire, ne sont pas disposées en séries longitudinales, comme chez les Sfenella etles Thouarella, ni en séries transversales, mais plutôt en spires. En arrière des écailles, à carène et à plateforme, la pointe antérieure disparait (fig. 92). Le bord antérieur et surtout les bords latéraux sont sinueux et légèrement cannelés ; en arrière, le bord est plus épais et découpé irrégulièrement. À part une bande marginale étroite qui reste unte, toute la face interne est couverte de saillies de formes très variées présentant, en certaines régions, une disposition rayonnée autour d’un nucléus central. Toute la surface du polype est couverte d'écailles ; celles-ci, sur la face adaxiale, sont sensiblement plus petites dans tous les sens, ce qui donne une certaine souplesse à cette face du polype concave du côté de l'axe. Une coupe transversale du polype peut intéresser 7 ou 8 écailles ; on trouve, en outre, sous ces dernières, de petits sclérites à contour très irrégulier, avec des saillies peu
nombreuses à la face interne (fig. 93 et 9%);
: leurs dimensions moyennes
ALCYONATRES. 75
sont, en longueur, de 50 à 60 4, en largeur de 30 à 35». Enfin l'écorce de l'axe est consolidée par des sclérites de taille et de configuration très diverses, à contour irrégulier, couverts presque entièrement, sur la face interne, de verrues de dimensions variées (fig. 95, 96 et 97).
Le genre Ahopalonella Roule peut être actuellement caractérisé ainsi :
Colonies avec axe principal; branches insérées tout autourde ce dernier, isolées, les unes indivises, les autres portantdes rameaux de deuxième et même de troisième ordre.Polypesfixés tout autour des branches, incurvés vers la ramification qui les porte, très serrés les uns contre les autres, surtout au sommet des branches, mais non verticillés. Écailles des polypes non disposées en séries longitudinales, plusgrandes sur la face abaxiale que sur la face opposée, dont aucun point ne reste à nu. Une coupe transversale de la région transversale du polype, dans la région moyenne, rencontre 7 ou 8 écailles. Écailles des polypes à bord denté et légèrement cannelé, avec de nombreuses verrues sur la face interne. Marginales munies d'une carène médiane antérieure très saillante soutenant, sur son bord libre, une plate-forme effilée en arrière. Écailles de l’opercule, de tailles inégales, de forme allongée, rappelant celle des marginales, avec une forte carène antérieure sur la face interne. Écailles de l'écorce, imbriquées, comme celles des polypes, de formes très variées, mais plus petites que celles-ci.
Avec son opercule et ses polypes isolés, le genre RAopalonella Roule appartient à la sous-famille du Primnoinæ Versluys. Par ses branches insérées de tous les côtés sur l’axe, par ses polypes isolés, par son aspect général, cet Alcyonaire rappelle, comme Roule l’a dit avec raison, Îles T'houarella du groupe de la T’houarella antarctica, plus par le facies général que par la forme et par l’armature des polypes; la disposition de ses écailles et les caractères tout particuliers des écailles marginales à plate-forme ne sont pas sans analogie avec ce que l’on observe chez la Thouarella antarctica (Valenciennes), dont l’arête médiane des mêmes écailles porte des plates-formes multiples et dont la disposition des polypes sur l'axe rappelle également celle qui est réalisée chez la Rhopalonella pendulina Roule.
Par ses branches serrées les unes contre les autres et insérées de tous
76 ALCYONAIRES.
les côtés sur l’axe principal, par ses 6 écailles marginales, il paraît se rapprocher aussi des Sfenella du sous-genre Dasystenella, dont les polypes sont verticillés, ce qui n’est pas le cas ici. La disposition des écailles sur les polypes n’est d’ailleurs pas du tout la même dans les deux types.
Un grand nombre de branches, avons-nous dit, présentent des renflements généralement situés dans la partie basilaire, ce qui leur donne une lorme de massue. La dilatation occupe une portion très variable de la longueur des branches ; elle diminue à la base, parce que, dans cette région, les polypes ne sont pas répartis tout autour des branches, mais seulement sur la moitié environ du pourtour. Les parties élargies ont une teinte jaune orangé assez marquée, tandis que les régions distales sont incolores. Si l’on enlève le cænenchyme dans ces régions renflées, on voit de chaque côté de l'axe de la branche, à la base des polypes, des corps globuleux de contour varié, le plus souvent elliptique, dont la couleur, d’un jaune orangé très vif, se laisse voir par transparence à travers le cœnenchyme et les spicules qu'il porte. Certains de ces corps ont jusqu'à 1 millimètre de longueur et Omm,75 de largeur (fig. 98). Tous ces
corps jaunes se montrent composés de deux
parties de volume très inégal. A la surface,
ee: en un point dont la position na rien de Fig. 98. — OEufs situés à la base des . r ; polypes, à la partie inférieure COnstant, on voit, dans une dépression‘en renflée de cerlaines branches. s | forme de cuvette, une petite masse blanche,
lormantune légèresaillie à la surface, enveloppée dans une membrane à travers laquelle on voit très nettement un corps sphérique opaque (fig. 56, PI. X). Cette cellule est simplementposée dans la cuvette, à laquelle elle ne tient que très faiblement, car, lorsqu'on cherche à extraire le tout de la cavité correspondante, très fréquemment elle se détache de son support et reste adhérente à la paroi qui la recouvrait. Si l’on fait une coupe
intéressant à la fois la cellule superficielle et la masse jaune qui la sup-
ALCYONAITRES. 77
porte (fig 57, PL. X), on constate que le noyau sphérique est composé d’une très fine substance granuleuse homogène ; la cavité qui le contient se montre vide dans toutes les coupes que j'ai examinées. Quant à la masse jaune qui est entourée par une membrane assez épaisse, dans laquelle on distingue plusieurs couches superposées, elle se montre entièrement composée de sphérules réfringentes et ne possède pas de noyau. L'ensemble est donc constitué par l’ovule accompagné d’une masse relativement considérable de vitellus qui sert vraisemblablement à alimenter les premiers phénomènes de développement. On se trouve, ici, en présence d’un phénomène d’incubation qui offre à signaler cette particularité, que l'œuf est pourvu d’une énorme réserve extérieure à lui de vitellus nutritif. Il serait intéressant de suivre le processus de formation de cette réserve et aussi la marche du développement aux dépens de cette matière de réserve. Malheureusement le matériel recueilli doit être conservé aussi intact que possible et n’a pas été préparé en vue de recherches histologiques approfondies. Exceptionnellement, il existe deux de ces corps jaunes correspondant à un même polype, mais, dans ce cas, l’un d’eux est beaucoup moins développé que l’autre.
Il est à remarquer aussi que, dans les régions où se développent les cellules sexuelles femelles, les polypes ont la même armature que les polypes normaux ; mais, au lieu de s’évaser vers le haut et d’avoir leurs écailles marginales saillantes, ils sont fermés à leur partie supérieure, en forme de dôme, les écailles marginales rabattues les unes vers les autres ; c'est une attitude qu'on observe, en général, chezles polypes incubateurs.
Des faits semblables d’incubation sont, jusqu'ici, tout à fait exceptionnels chez les Gorgonidés. J. Versluys (1906) a cependant décrit une cavité incubatrice située entre les polypes et la branche qui les porte, — d’un tout autre caractère, par conséquent, que celle de la #hopalonella pendulina Roule — chez la Plumarella dehicatissima Wright et Studer, que le «Challenger » dragua près de Port-Grappler (côte ouest de Patagonie), à 252 m.
de profondeur.
Genre PRIMNOELLA Gray.
PI MIT, fig. 37; PI. NIIT, fig. 38; PL: X, fig. 58-59.) Primnoellà Kükenthali Gravier.
1913. — Primnoella Kükenthali Ch. Gravier. Deuxième Expédition antarctique fran-
78 ALCYONAIRES.
çaise (1908-1910), Alcyonaires (2 note préliminaire) (Bull. du Mus. d'hist. nalur., &t. XIX, p. 591).
Dans le Port-Lockroy (chenal Peltier, le long de l’île Wiencke. Latitude : 649 50’$. ; longitude : 63° 30° W.), le dragage du 28 décembre 1908, par 3 mètres de profondeur, sur un fond de roches et de graviers, la température du fond étant 00, à ramené à la surface une colonie de Primnoella (PI. VIE, fig. 37). A la partie inférieure, l'exemplaire est complet; on voit, en effet, à la base, l’amorce de la plaque par laquelle il était fixé à son support, dont il a été séparé vraisemblablement par la drague. En quelques points, la partie vivante a été détachée, ce qui a mis à nu l'axe qui est ferme, mais souple. A l’autre extrémité de l'axe, les verticilles ont de 12 à 15 polypes, ce qui semble indiquer que l’on est encore assez loin de la partie terminale. La colonie, à laquelle manque la partie supérieure, mesure 31 centimètres de longueur.
Un autre exemplaire provenant de la première expédition antaretique française (4903-1905), de dimensions moindres que le précédent, a sa partie inférieure en bon état; le premier verticille, qui compte 9 polypes, se montre à 6 centimètres environ au-dessus de la plaque basilaire de fixation. Au-dessous de ce verticiile, on voit plusiears renflements de plus en plus distants et de moins en moins marqués, à mesure qu'on se rapproche de la base, et qui étaient les amorces de verticilles futurs. Au lieu de se recouvrir partiellement les uns les autres, les verticilles inférieurs sont absolument distincts les uns des autres ; ils se rapprochent graduellement et rapidement à mesure qu’on s'éloigne de la base.
Autant qu'on en peut juger d’après l’exemplaire de Port-Lockroy, dont l’état de conservation laisse à désirer,les premiers verticilles commencent à 7 centimètres environ de la base; quant au nombre des verticilles, 1l dépasse 100, bien que la partie supérieure fasse défaut. La colonie a la forme d’un fuseau longuement étiré; le diamètre de la région moyenne ne dépasse pas 5 millimètres ; l'ensemble est très grêle. Dans cette région, la hauteur des verticilles est de 2mm,5 à 3 millimètres au plus ; ces verticilles, qui se recouvrent partiellement l’un l’autre, ne laissent voir aucun point de la tige qui les porte. Dans la région supérieure et surtout dans
la région inférieure de la colonie, les verticilles sont moins serrés.
ALCYONATRES. 79
L’axe (fig. 58 et 59, PL. X) est très grêle; à la base de la colonie, son diamètre n'excède pas 0mm,8; ce dernier est de Ümm5 à l’extrémité supérieure. L’axe est parcouru par des sillons longitudinaux superficiels assez irréguliers, tant en largeur qu’en profondeur ; il est flexible dans toute son étendue.
Dans les verticilles les plus développés, on compte de 16 à 20 polvpes. On constate de fréquentes inégalités dans la taille des polypes d'un même verticille ; certains polypes sont notablement plus petits que Îles autres, comme s'ils s'étaient formés postérieurement à leurs voisins qui Îles recouvrent presque complètement, ou comme s'ils avaient été arrêtés dans leur accroissement. Quoi qu'il en soit, ils sont tous fortement incurvés vers l'axe, avec lequel la plupart d'entre eux ne sont cependant pas en contact direct, ce qui donne aux verticilles un aspect globuleux (fig. 108).
Sur la face abaxiale convexe et sur le scôt s, chaque polype est pourvu de quatre rangées de selérites en forme d’écailles (fig. 99), au nombre de 18 à 20 dans chaque rangée. La forme typique des écailles des rangées médianes est représentée dans la figure 100; elles ont, en moyenne, 20m,5 dans leur plus grande largeur
e) et [mm,7 dans leur plus grande longueur, avec
de très fortes dents simples ou multilobées, de
Fig. 99. — Polype vu latéralcnent, avec son armature de spicules en forme d'écailles à bordsirrégulièrementdentelés
sorte que le contour est irrégulièrement et profondément dentelé. En outre, sur la face externe, cesselérites, relativementtrès épais, présententde grosses saillies dontun certain nombre sont ramifiées. Ces sclérites imbriqués ont leur bord libre très saillant, ce ‘qui donne un caractère hirsute très spécial à l’armature du polype. Dans lapartie basilaire des polypes, et surtout sur les côtés, ces sclérites abaxiaux sont plus irréguliers ; quelques-uns ont, de chaque côté, des prolongements plus ou moins divisés dans leur partie terminale (fig. 101 et 102). En revanche, à la rangée
marginale supérieure, les écailles ont un contour plus régulier (fig. 103),
80 ALCYONAIRES.
avec des sailliesrelativement insignifiantes sur la face interne. En général, l'alignement des rangées d’écailles est moins parfait à la base que dans la partie supérieure des polypes. Sur la face adaxiale concave, il y a
707 ÉOP.
=) Fig. 100. — Écaille de la région moyenne des polypes. — Fig. 101-102. — Écailles de la partie basilaire
des polypes.
également quatre rangées d’écailles, deux de chaque côté. Les deux rangées internes ne sont pas au contact immédiat l’une de l’autre ; il y a une bande médiane ventrale qui reste à nu. Ces écailles adaxiales sont beaucoup plus minces et plus petites que les autres et n’ont que de très légères saillies sur la face interne (fig. 104). Les plaques operculaires sont de taille exiguë, de forme plus allongée que les précédentes, minces, à contour presque entier, avec de toutes petites saillies à la face interne (fig. 105). Elles n'obturent, dans aucun polype, l’ouverture supérieure, comme ellesle font, parexemple, chezla Primnoella australiensis, d'après la figure 56, page 53 du mémoire de J. Versluys (1906) sur les Primnoidæ de l'expédition du « Siboga ». Au sommet d’un très grand nombre de polypes, on voit poindre le faisceau de tentacules pennés.
L’écorce de la tige porte des sclérites de taille et de forme très variées
ALCYONAIRES. 81
(fig. 106 et 107), qui ont leur face interne garnie de très grosses saillies mamelonnées, de mêmes caractères que celles des sclérites des polypes.
DE, re ZOS. 7ZOZ.
Fig. 103. — Écaille de la rangée marginale des calices. — Fig. 104. — lcaille de la face adaxiale des polypes. — Fig. 105, — KÉcaille de la rangée coperculaire. — Fig. 106-107. — Écailles de l'écorce de la
tige.
On trouve, en outre, dans l'écorce, comme dans le polype, de nombreux selérites de petite taille et de configurations diverses.
Dans la partie supérieure de la colonie, on voit, fixées sur elle à divers niveaux, un certain nombre de Crustacés Décapodes (PI. VITE, fig. 38). La plupart ont leurs pattes céphalo-thoraciques antérieures enserrées entre les polypes d’un verticille, ou entre ces polypes et l’axe qui les porte; quelques-uns sont pris.de la même façon par leur abdomen. Il semble bien que ces Crustacés ont été capturés par l’Alcyonaire.
Un second exemplaire ou plutôt un simple fragment d’une colonie qui devait être de grande taille, à en juger par le diamètre des verticilles, qui
Expédition Charcot. — GrAvier. — Alcyonaires. 11
82 ALCOMOINAMIRES"
atteint près de 5 millimètres, a la même provenance que le précédent ; il mesure Dm,» de longueur. Il à dû séjourner dans un liquide à réaction acide, car toute l’armature de spicules a disparu, et l'axe a perdu une partie de sa consistance. Sur ce fragment qui appartenait probablement à la résion moyenne d'une colonie, s’est fixée une éponge siliceuse qui recouvre presque entièrement 6 verticilles consécutifs. Le même fragment possède 3 verticilles intercalés entre de plus anciens. La figure 108 représente l’un de ces verticilles. D’après W. Kükenthal, la formation de nouveaux verticilles se fait particulièrement dans la partie supérieure de la colonie, mais ne fait pas défaut dans les parties inférieures. Comme dans la colonie décrite précédemment, on ob-
serve de fréquentes inégalités
108. Pto dans le développement des poly- Fig. 108. — Un verlicille jeune intercalé entre deux pes. Quelques-uns, atrophiés ou
verticilles de taille normale,
nouveaux venus, n'arrivent pas à la moitié de Ja hauteur des plus grands.
Par sa forme, la disposition de ses polypes et son armature de spicules, l’Aleyonaire décrit ci-dessus se place dans le genre Primnoella Gray. I est toutefois un caractère général chez les Primnoellidæ, indiqué par J. Versluys et par W. Kükenthal, non réalisé ici, concernant les caractères des selérites des polypes. J. Versluys (1906) dit, dans la diagnose du senre : Polypenschuppen inner zart und nicht grosz. W. Kükenthal (1912) dit, à ce sujet : Die Polypenschuppen sind meist zart, tandis qu'ici ces
écailles sont robustes et épaisses. Par la section presque circulaire des
ALCYONATRES. 83
polypes, par la disposition de ses rangées dorsales de spicules, par l'existence de plus de deux rangées de spicules visibles dorsalement, cette Primnoella se rattache au groupe des converæ, admis par J. Versluys et par W. Kükenthal, dans lequel ce dernier réunit les espèces suivantes : Primnoella flagellum Studer, Primnoella antarctica Kükenthal, Primnoella magellanica Studer, Primnoella Murrayi Wright et Studer, Primnoella divaricata (Studer) et Primnoella distans Studer. Elle ressemble assez à la Primnoella australasiæ Gray | telle que la représentent Wright et Studer (4889), PI. XVIIE, fig. 1 et 1 «|, par son aspect, par sa taille et aussi par le nombre de ses polypes, de 16 à 20 à chaque verticille. Mais elle s’en éloigne par le nombre des écailles à chaque rangée abaxiale : 9 dans l'espèce du « Challenger », de 18 à 20 dans l'espèce de l'Antarctique sud-américaine. De cette espèce, comme de toutes les autres (Carinatæ de Wright et Studer; Compressæ de Kükenthal), elle se distingue nettement par l’armature de sclérites des polvpes qui, avec leurs crénelures profondes, hérissent la surface d'autant de pointes mousses et lui donnent une physionomie toute spéciale et même une place à part dans la famille.
W.Kükenthal a fait observer avec raison qu’on peut considérer comme général chez les Primnoella ce caractère des spicules des polypes indiqués par J. Versluys (4906) : /hre Auszenfläche ohne Skulpturen, ohne stachelartige Leisten am freien Rande. Ce caractère ne s'applique pas à la Primnoella Murrayr, dont les spicules abaxiaux sont armés d’une pointe antérieure très saillante, et pas davantage à la Primnoella décrite ci-dessus. Le savant zoologiste de Breslau fait remarquer que, chez les Compressæ, les spicules abaxiaux sont toujours beaucoup plus larges que hauts et d’une forme plutôt rectangulaire ; chez les Convexæ, 11s sont plutôt en forme de disque. Ter, les écailles sont plus larges que hautes, comme chez les Compressæ, bien que, par d’autres côtés, l'Alcyonaire de l'Antarctique soit plutôt à classer parmi les Converæ. I x a d’ailleurs, comme l’indique Kükenthal, une autre forme de passage réalisée dans la Primnoella distans Studer, qui appartient aux C'onvexræ par la forme circulaire de la section transversale des polvpes et qui se range dans les Compressæ par ses deux seules rangées de spicules visibles dorsalement. |
Pour la nouvelle espèce de Primnoella de l'Antarctique, J'ai proposé
84 ACMONATRES;
le nom de Xükenthali, la dédiant au Pr W. Kükenthal, auteur de tant de travaux importants sur les Alcyonaires.
Au point de vue zoogéographique, Kükenthal rappelle que la plupart des espèces de Primnoella proviennent de la pointe sud de l'Amérique, d'où quelques-unes ont remonté vers le nord le long de la côte orientale. L'une d'elles, la Primnoella distans, s’est même avancée au delà de l'équateur, jusque dans les Antilles. En outre, deux espèces, Primnoella biserialis et Primnoella australasiæ, vivent sur les côtes sud de l'Australie, en Tasmanie, en Nouvelle-Zélande. Entre ces deux régions, à l’île Bouvet, existe la Primnoella antarctica Kükenthal. Les Prinnoella ne paraissent pas être de véritables animaux de profondeur. Du groupe des Compressæ aucune n’a été trouvée au delà de 315 mètres. Deux espèces (Pr. biserials Wright et Studer et Pr. australasiæ Gray) ont été draguées à moins de 35 brasses (63 mètres) de la surface. Dans les Converæ, deux espèces vivent au-dessous de 100 mètres (Pr. magellanica et Pr. divaricata) ; les deux espèces qui ont été retirées des profondeurs les plus considérables (1 100 mètres) sont la Pr. magellanica Studer et la Pr. Murrayi Wright et Studer. En général, dans les régions antarctiques ou subantarctiques, la profondeur où les Primnoellase fixent estmoindre que dans les contrées plus rapprochées de l’équateur et plus chaudes, ce qui ne leur est pas particulier, car 1l en est de même pour d’autres animaux, pour les Annélides Polychètes, par exemple. Aïnsi, la Ahodine Lovéni Malmgren, que l’on trouve dans les mers antaretiques, non loin de la surface, a été recueillie parla « Valdivia » en pleine région équatoriale (latitude: 20587 N.; longitude : 460 50'E.), près de la Somalie italienne, à 1362 mètres de profondeur.
La « Scotia » a rapporté du Burdwood Bank la Primnoella Scohæ Thomson et Ritchie et la Primnoellamagellanica Studer. La « Discovery » a ramené du Victoria Land la Premnoella divergens Hickson, qui paraît être une forme intermédiaire entre les genres Primnoella et Caligorgia. Enfin le « Gauss » à dragué à 385 mètres de profondeur la Primnoella vanhüffeni Kükenthal, qui a plusieurs traits de ressemblance avecla Primnoella magellanica Studer. |
A'LCYONATRES: 85
Genre CALIGORGIA Gray.
Caligorgia ventilabrum Studer.