‹ Alde Manuce et l'hellénisme à VeniseChapitre 14 sur 103 · IE · texte numérisé non relu

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En commençant ses études , Alde fut astreint, par un pédagogue inintelligent, à apprendre par cœur la Grammaire latine rhythmique d’Alexandre de Ville- Dieu (1), la seule alors en usage, et 1] la prit en tel dégoût que plus tard 1] crut devoir la remplacer par une grammaire plus méthodique, qu’il composa luimème, et qui eut un grand succès en Îtalie et dans les pays étrangers.

Après avoir terminé ses études latines à Rome sous les habiles professeurs Gaspar de Vérone et Domizio Calderino, il vint suivre à Ferrare les lecons du célèbre professeur de grec Baptiste Guarini, de Vérone, à qui Alde a témoigné sa reconnaissance dans sa préface de Théocrite, qu'il lui dédia en 1495.

Alde, voulant propager le goût des lettres ct faire apprécier son savoir, entreprit, à Ferrare, de lire ct d'expliquer publiquement les meilleurs écrivains grecs et latins; il continua plusieurs années ce cours, qu’il faisait pour une nombreuse réunion de jeunes gens, parmi lesquels était Hercule Strozzi, dont plus tard Al imprima les poésies et composa l’épitaphe en vers latins.

Lors de la guerre entre Hercule d’Este, duc de Fer-

(1) 11 le dit lui-même dans la préface de 56: Rudimenta Grammati ces lingux latinæ ; 1501 (1502 n. st.).

SA JEUNESSF. 7

rare, οἱ Venise, Alde quitta Ferrare à l’approche de l’armée vénitienne, en 1482, et se retira à la Mirandole, chez l'illustre Jean Pic, son condisciple à Ferrare, principem ætatis nostræ doctissinum, quod amaret literatos vtros et faveret ingenits, ainsi que l'écrit Alde à Ange Politien en 1485. Il y reçut pendant deux années cette hospitalité généreuse qu'offraient alors les grandes familles italiennes à quiconque se distinguait dans les lettres et les sciences.

C’est chez Pic de la Mirandole qu’Alde se lia d’une amitié sincère avec Emmanuel Adramyttenos de Crète (1), et son intimité avec ce savant se fortifia dans l’étude et la connaissance approfondie de la langue grecque et de ses antiques monuments littéraires. En déplorant avec lui les malheurs.de sa patrie subjuguée par les Turcs, Alde s’éprit d’une telle passion pour elle qu’il crut devoir s’honorer du titre de pht/hellène que l’on voit imprimé sur ses premiers livres (2).

(1) Lettre d'Alde à Politien, le 5 novembre 1485 (Omnia Opera Ang. Politiani; Venetiis, Aldus, 1498, in-fol., liv. VIF, sign. 1 11), où il déplore la mort d'Emmanuel : « Erat enim homo et moribus apprime ornatus et græcis litteris saneque doctus, meïique amantissimus. Non possum igitur non mœærere, tali amico orbalus.....» Adramyttenos 86 rendit avec Pic de la Mirandole à Pavie au commencement de l’année 1485, et il y mourut bientôt après.

(2) Sur le tome II d’Aristote, de 1497, on lit éypdpn ἐν Ἑνετίαις, ἐν οἰχίᾳ ΓΛλδον τοῦ Mavouriou, “Pœouaiou xai φιλέλληνος. Le poëme de Musée, publié antérieurement et comme précurseur de l'imprimerie d’Alde, porte également le nom de φιλέλλην. S'il ne se trouve point au Psautier sans date, qu’on a rangé parmi les autres précurseurs de son imprimerie, c'est sans doute qu’Alde aura craint d’apposer ce nom de « philhellène » à un livre cafholique.

La correspondance qu’Alde eut alors avec Politien nous fait connaître sa modestie et son ardent désir de se mettre en rapport avec tous ceux qu’enflammait l’a- οὐ mour des lettres à cette grande et belle époque de leur renaissance en Europe 1). Rien de plus touchant et de plus glorieux pour les lettres que les sentiments de sympathie qu’elles faisaient naître et antretenaient alors dans toutes les classes de la société, en constituant ainsi la véritable République des lettres.

C’est un honneur pour Alde d’avoir été choisi par Pic de la Mirandole pour diriger l'éducation du fils de sa sœur, le jeune prince de Carpi, Alberto Pio, et de son frère puîné, Leonello; ce choix, après deux ans passés dans l'intimité, constate les rares et solides qualités, et aussi le grand savoir que Pic de la Mirandole avait reconnus en Alde.

(1) 11 lui écrivait (lettre citée ci-dessus) : « Hisce tuis impulsus laudibus, non potui ad te non aliquid litterarum dare, ut facerem te certiorem, me ila esse tuum, ut posses de me constantissime polliceri. Incredibilis enim erga doctissimum quemque meus est amor, qui memet coegit, ut ad le scriberem, peteremque, ut me pro tua erga studiosos viros humanitate inter tuos, mi Angele, connumerares. »

Voici l’aimable réponse d’Ange Politien :

« Cupio præsens te præsente frui aliquando, siquidem absens ita delectas. Accipio vero jam nunc inter amicos, et quidem primi ordinis. Nec non explorandus ultra quem Picus noster receperit; ille inquam Picas, cujas nunquam nec cessavit ingenium, nec erravit judiciam. »

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