SES ÉLÈVES. II
adressée au plus jeune des princes dont Alde dirigeait aussi l'éducation ; elle est intitulée : « {dé Manuccrit « Bassianatis Latini, ad Leonellum Ῥώμη Magnifi- « cum præstantique ingento puerum, atque adeos qui « bontesse cupiunt sibique aditum et ad virtutem et « ad Cœlum patere expeditissimum, Parænesis. »
Ce sont de sages maximes en grec et en latin, où sont mèlés des préceptes tirés en grande partie d’'Hésiode ; voici le commencement :
Virtuti et magno callem qui affectat Olympo Hæc legat et servet quæ mea seripta sonant,
Atque viri pariter servent juvenesque senesque Et tu præcipuc cui damus ista puer.…
et les deux vers de la fin :
Tu quoque si vitia effugies, Christumque sequere Virtutemque coles, ibis ad astra puer.
Il paraît que, pour mieux entretenir l’émulation des jeunes princes et leur rendrg l'étude plus agréable, Alde admettait quelques jeunes élèves distingués par leur mérite à prendre part aux leçons qu’il leur donnait ; c’est ce que rappelle un professeur de Bologne, dans la dédicace de l’un de ses ouvrages au prince Albert de Carpi, où il lui parle des fortes et brillantes études faites en commun sous leur bien-aimé précepteur Aldus Manutius Romanus (1).
(1) « Nulla oblivio delere poluit quam plurima et honcstissima, quæ lecum, in mansuetiorum rudimentis, sub felici memoria Aldi Manutii
Les marques d’affection et de reconnaissance que ne cessaient de lui manifester les deux princes de Carpi nous ont été conservées dans leurs lettres, et se résument même par la souscription affectueuse qui les terminent; celles d'Albert sont ainsi signées : ALBERTUS Pius, et suivies de cette indication : £r- ‘cellentissimo præceptori amantissimo meo domino Aldo Manutio Pio (quelquefois de Ps); d'autres fois il signe : Déscipulus Alb. Carpri, et l'adresse porte : Vobili ac doctissimo viro D. Aldo Manutio Pio præceptort amantissimo.
Son frère Leonello appelle Alde son père : che vi tengo come padre, et signe ses lettres : Filius Leonellus Pius ; puis à la suite on lit : αἱ Mag® M. Aldo Pio Manuci, come padre honorando.
Ces sentiments de vénération et d’amitié survécurent même à la mort de leur précepteur.
Plus tard, c’est au prince Albert de Carpi, son élève et son protecteur, qu’Alde a dédié la plupart des ouvrages importants qu’il a publiés, et particulièrement le plus grand monument dont les lettres grecques fussent encore redevables à l'imprimerie : le texte d’ARISTOTE. Chacun des cinq volumes in-folio qui en composent l’ensemble est précédé d’une préface en forme d'hommage au prince de Carpi, qui lui en témoigna sa reconnaissance par des
Romani, præceptoris nosiri, conferebam. » (Dédicace de Jacques Béranger de Carpi en tête de son traité Jsagoges Analomes sux.)
SES ÉTUDES. "13 marques d'affection et par le don d'importantes propriétés (1).
Loin du bruit des armes et des disputes théologiques, Alde, tout en donnant ses tendres soins à l’éducation des princes de Carpi, put se livrer à ses études favorites. Mais les grands littérateurs de l’antiquité grecque ne suffisaient plus à sa curiosité. C’était précisément l’époque de la rénovation des doctrines de Pläton et des luttes passionnées entre ses partisans et ceux d’Aristote : les académiciens et les péripatéticiens. La discussion des plus grands problèmes qui puissent intéresser le genre humain devait forcément entraîrer un esprit généreux οἱ éminent comme celui d’Alde : il se mit à étudier la philosophie, ce qui résulte de la lettre suivante que Pic de la Mirandole lui adressa de Florence, le 1 1 f6vrier 1490 (1491 nouv. st.) :
« Je t'envoie, plus tard que je ne l'aurais voulu, l'Homère que tu m’as demandé; mais, mon cher Alde, je suis tellement absorbé par mes occupations que j’ai à peine le temps de respirer; dès longtemps, comme tu le sais, je me suis adonné tout entier aux lettres, et elles m’imposent l'obligation de lire et de
(1) Fertilissimos elamplissimos agros dono promisil. Préface adres-
ste par Alde au prince Alberto Pio, en tête du t. 1Id’Aristote, de Physico audilu.
dicter, avec tant d'attention que ma santé s'en ressent. Tu me mandes vouloir l'appliquer à la philosophie; mais rappelle-toi que c’est à cette condition : jamais la philosophie ne doit nous éloigner de la vérité des mystères. La philosophie cherche la vérité, la théologie la trouve, la religion la possède (x). Adieu. »
Les dernières phrases de cette lettre nous rappellent que Pic de la Mirandole, qui fut ami de Marsile Ficin, ce grand admirateur οἱ premier traducteur de Platon, tenta de rapprocher les doctrines de ce philosophe de celles d’Aristote, et de concilier les déductions de la philosophie avec les révélations de la religion, tentative hardic qui, sans l'élévation de son rang, l’eût exposé à la persécution. Crovyant trouver dans les écrivains orientaux la source de la sagesse humaine, il tomba dans les rêveries du mysticisme et de la Cabale (2 .
Alde sut préserversonintelligencedecctteaberration et des crovances à l'astrologie, alors si communes. On
(1) « Tu, quod le scribis facturum , accinge ad philosophiam, sed ἃς lege, ut meimineris, nullam esse pailosophiam quæ ἃ mysteriorum veritate n03 avocel ; philosophia veritatem quærit, theologia invenit, religio possidet. » (Joannis Pici Mirandulx liber epistolarum illustratus a Cellario; Cizæ [Zeitz en Prusse], 1682.)
Jean Pic de la Mirandole mourut à trente-deux ans, le 17 novembre
(2) Un des censeurs de la cour de Rome, qui porta contre Pic de la Mirandole l'accusation d’hérésie, prenait Cabale pour un nom d’hoinme οἱ le présentait comme un grand criminel qui ἃ fait des écrits contre le: doctrines de Jésus-Christ.
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