‹ Alde Manuce et l'hellénisme à VeniseChapitre 21 sur 103 · FONDATION DE SON IMPRIMERIE · texte numérisé non relu

FONDATION DE SON IMPRIMERIE

mobilier, lui répétant que la plus grande partie du chäteau était à sa disposition, qu’il y serait le maître, et il pense qu’Andrea d’Asola, beau-père d’Alde, ne s’y refusera pas, parce qu'il sait « combien nous vous aimons tous (1) ».

Le refus qu’Alde ἃ dü opposer à toutes ces sollicitations affectueuses s'explique aisément. A cette époque tourmentée par des guerres incessantes, Alde devait chercher pour son imprimerie un refuge moins exposé que la ville de Novi, qui se trouvait souvent sur le passage des armées. Cette sécurité relative, il pensait la trouver plus sûrement à Venise, grâce à sa position topographique. D’ailleurs, pour l’exécution de ces grands projets, il avait besoin de se trouver au centre des lumières, dans une ville opulente, dont les relations commerciales s’étendaient au loin, surtout dans la Grèce, et d’être en contact facile avec les sommités de l'intelligence.

(1) Me dispiazeria bene, et attristaria, se altro loco c'e questo vi elegessi per habitare, ... recercaremo tuto il Castello, nel quale acid siati accommodato, sel serà biso;no, io dividerd per m:tà le camere ne el qualle io habito ... et de tute quelle stanze uvi ne sereste patron, ma interim non doveti restare de inviare li instrumenti, et altre vostre robe necessarie. et cosi mi conforto et prego a fare, nè il parere di vos-

tro socero falla in questo, sichè satisfali, et a lui, et a nui altri che vi amamo. » Lettre du 12 mars 1510. (Voir Renouard, p. 422 et 423.)

C’est donc à Venise, près de l’église Saint-Augustin (apresso Sant’ Agostino), qu’Alde fonda son imprimerie avec le puissant appui du prince de Carpi et l’'encouragement des patriciens, amis des lettres.

De même qu’à Rome les premiers imprimeursavaient déjà reproduit la plupart des chefs-d’œuvre de la langue latine, de même Alde l’Ancien voulut reproduire tous ceux de la littérature grecque, et il fut secondé dans ses travaux par un grand nombre de ces illustres savants échappés aux désastres de la Grèce, qui trouvèrent dans l'imprimerie d’Alde une autre patrie.

Le grand nombre de préfaces écrites en grec soit par eux, soit par Alde lui-même, donne lieu de croire que dans son imprimerie on parlait aussi fréquemment en grec qu'on parlait en latin dans la maison des Estienne.

On voit même par les instructions données en grec aux ouvriers, soit pour les impositions et l’assemblage des feuilles, soit pour la brochure à la grecque (1), que c'était en majeure partie des Grecs qu'il occupait comme ouvriers à ce genre de travail, surtout aux

(1) Voir plas loin, p. 99.

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