SES COLLABORATEURS
premiers temps de son imprimerie, où les szonatures sont indiquées en grec au bas des pages.
Quant aux ouvriers compositeurs, comme on n'avait encore imprimé à Venise que deux auvrages en grec, et que la langue grecque n’était connue que d’un petit nombre de personnes dans les classes élevées, 1] dut être bien difficile de pouvoir instruire et former des ouvriérs capables de lire des manuscrits grecs, souvent si difficiles à déchiffrer, et à se reconnaître au milicu de cette foule de lettres accentuées et du grand nombre de ligalures qu’Alde semble s’être fait un plaisir de multiplier à linfini pour mieux imiter les manuscrits; car, aussi bien pour les livres grecs que pour les latins, ce fut là le premier but de l’inprimerie dès son origine. Il est donc naturel de croire que ce furent tout d’abord des savants grecs qui se dévouèrent à cette tâche difficile, et qu’Alde les choisit particulièrement parmi les calligraphes crétois réfugiés à Venise, au milieu desquels s’est distingué l’un des premiers Jean Grégoropoulos dont je parlerai souvent dans cet ouvrage.
Une fois la première installation faite, Alde dut se préoccuper de la recherche des manuscrits grecs. Déjà Jean Lascaris, envoyé deux fois par Laurent de Médicis auprès de Bajazct II, ce sultan initié à la philosophie par les écrits d’Averroës, avait rapporté à Florence deux cents manuscrits, sauvés de la destruction, lors de la prise de Constantinople, et d'au-
tres qu’il avait recueillis en parcourant la Grèce. Alde, de son côté, s’en procurait par ses correspondances ou dans les bibliothèques de ses nombreux et savants amis.
On ne se rend pas assez compte des services immenses rendus ἃ la civilisation par les bibliophiles éclairés, dont la passion, incomprise du vulgaire, a sauvé et sauve encore tant de travaux littéraires et artistiques du passé.
Chaque découverte d’une œuvre nouvelle, conservée miraculeusement dans quelque monastère, était alors accueillie avec enthousiasme, et l’on put croire un moment que tous les chefs-d’œuvre de l'antiquité allaient successivement être sauvés du néant. Cet enthousiasme redoublait à mesure qu’on voyait sortir des presses d’Alde, dans leur primitive beauté, et multipliés par l’art typographique, tant d’écrits poétiques, philosophiques, scientifiques dont on ne connaissait plus les auteurs que de nom. On ne doit donc pas s'étonner des efforts surhumains que fit Alde pour accomplir une telle mission, encouragé dans ses travaux par une admiration qui fut aussi grande durant sa vie que les regrets furent universels quand sa mort vint les interrompre.
La vie d’Alde Manuce se trouve tellement mêlée aux ouvrages qu’il a imprimés, que j'ai cru devoir indiquer année par année ses principales publications. C’est d’ailleurs dans ses préfaces qu’on trouve le plus de renseignements sur sa vie et sur le mouvement littéraire concentré dans son imprimerie.
Par l’époque où :l est né, Alde se rattacire aux origines de lPimprimerie, et aussi par son mariage avec la fille d'André Torresano d’Asola, acquéreur en 1479 de l'imprimerie de Nicolas Jenson, notre célèbre graveur de la monnaie de Tours, envoyé par Louis XI à Mayence, le 3 octobre 1458, pour pénétrer les secrets de l’art naissant de”l’imprimerie, et qui vint s'établir à Venise dès 1470 (1). On est d’ailleurs redevable à Alde de plusieurs progrès, particulièrement de nouveaux types grecs et du caractère cursif dit chancelleresque, dont il enrichit l’imprimerie et qu’il fit exécuter sous sa direction par les plus habiles graveurs.
Aussi, en dédiant à Paul Manuce le ΧΙ" livre de ses Pandectes, le savant Gesner lui dit : « Avant ton
(1) Jenson y avait été précédé en 1469 par Jean de Spire, ainsi qué le constate le document découvert par Morelli, où, dans le Nofalorio Collegio, il est dit, à la date du 18 septembre 1469, que l'imprimerie à Venise ἐπὶ dies magis celebrior ct frequentior fiel per operam, slu: dium el ingenium magislri Joannis de Spira. |
« père, on n'avait imprimé, si je ne me trompe, au- « cun livre grec, ou du moins très-peu, ct, en tout « cas, très-imparfaitement. C’est à l'Allemagne qu’on « attribue l’origine de l'imprimerie ; mais 1l n’y ἃ pas « moins de mérite à perfectionner une invention, « comme l’a fait Alde, qu’à en être l’auteur (1). »
En effet, on peut dire qu’excepté Florence où Démétrius de Crète rapporta, pour l’impression de la première édition d’Homère, les caractères qui lui avaient servi pour imprimer ἃ Milan en 1476 le premier livre grec, /a Grammaire de Lascaris, il n'existait nulle part dans les imprimeries de types grecs, et c’est pour la première fois qu'on les vit apparaître à Venise chez Alde avec ce luxe de ligatures imitant les jeux de la plume, et, comme il dit lui-même, περί mentientes.
Trois opuscules en grec, sortis de l'imprimerie d'Alde sans date ni nom d'imprimeur, sont annon- 7 ,
(1) « Exemplaria Græca anle patrem tuum, aut nulla, ni fallor, aut pauca, nec ex industria, {ypis publicata sunt. Prima hujus inventio Germaniæ nostræ adscribitur; sed non minor virtus est, tueri et perficere rem inventam, quod Aldo debemus, quam invenire. »
Ainsi s'exprime Conrad Gesner dans sa Bibliotheca universalis, sive Catalogus omnium scriptorum locuplelissimus, in tribus linguis lalina, grxca et hebraica, ouvrage d’une science bibliographique telle qu'Ebert, dans son admiration, s’écrie : O bibliogra phorum quidquid est, assurgile huic lam rolendo nomini !
cés par lui comme autant de précurseurs ou spécimens des grands ouvrages qui allaient sortir de ses presses. Ce sont :1° le poëme de MuséE; 2° la Ga- LEOMYOMACHIA ; 3° un petit PSAUTIER. |
Les caractères. sont ceux qui servirent ensuite à ses autres éditions ; mais, dans ces trois opuscules, on ne voit point encore ce luxe de ligatures qu’Alde s’est plu ensuite à prodiguer, particulièrement dans les cinq volumes in-folio de son édition d’Aristote. Ayant sans cesse sous les yeux la calligraphie des manuscrits grecs et la belle écriture de Musurus, il voulut que l'impression püût lutter avec ces modèles (1).
Ce n'est pas sans regret, lorsque j'admire les belles impressions grecques des Alde et surtout les beaux types grecs de Garamond dans les chefs-d’œuvre d'impression de Robert Estienne, que j'ai vu mon père, d’accord avec mon respectable maître et vénéhable ami, le docteur Adamantios Korais, renoncer à l'emploi des ligatures, quand il grava pour l’impression de l’Élien, qui est le premier volume ou Πρόδρομος τῆς Ἑλληνικῆς βιδλιοθήχης de ce célèbre hel-
(1) Je possède plusieurs lettres de Jean Musurus, l'ami d’Alde et son collaborateur le plus érudit, où l’on peut admirer sa belle écriture, qu se complaîft à ces jeux calligraphiques, difficiles à lire aujourd’hui, mais qui réjouissent la vue de ceux qui en ont contracté l'habitude. Ayant eu occasion de les montrer à l’un de ses descendants, M. Constantin Musurus, ambassadeur de Turquie en Angleterre, il m’engageait à donner une petite édition d’Homère à l’imitation des plus beaux manuscrits, el me remit, écrites de sa main, les ligatures les plus élégantes que, selon lui, l’on devrait adopter.
léniste, le beau caractère grec qui est resté jusqu’à ce jour le type consacré pour les impressions grecques en France et qui a été adopté par la Grèce régénérée. Mais je crois que la typographie a renoncé pour jamais à l'emploi des ligatures, et en effet cette quantité de types de formes diverses, où les signes abréviatifs sont multipliés à l’infini, exigeait des frais considérables en gravure et en fonte, et rendait leur emploi difficile aux compositeurs. Pour en contenir l’assortiment, il fallait une casse d’énorme dimension, ou les répartir en plusieurs casses, ce qui était un inconvénient non moindre.
Le poëme de Musée, même format que la Galéommyomachie, est accompagné d’une traduction latine par Musurus. Les caractères latins de cette traduction paraissent très-fatigués, et je ne crois pas les avoir vus reparaître ailleurs. Quant aux caractères grecs, sauf l'absence du luxe des ligatures, ils forment la base principale de ceux qu’Alde employa depuis. Les lettres initiales sont fleuronnées dans le style byzantin. Deux petites gravures sur bois représentent le voyage périlleux de Léandre.
Ce petit volume in-4° composé de 22 feuillets, dont dix feuillets pour le grec, doit être considéré comme le premier livre sorti des presses d’Alde, ce que prouve incontestablement la préface grecque d’Alde Manuce, réimprimée aussi dans l'édition de 1517, in-8°.
En effet, Alde y dit : Μουσαῖον τὸν παλαιότατον ποιητὴν ἠθέλησα προοιμιάζειν τῷ τε Ἀριστοτέλει καὶ τῶν σοφῶν τοῖς ἑτέροις αὐτίκα δι᾿ ἐμοῦ ἐντυπησομένοις. « J'ai voulu que le poëme de Musée ouvrit la marche à l’Aristote et aux autres philosophes que je compte bientôt imprimer. »
Cependant sur le premier catalogue d’Alde, daté du 1" octobre 1498, le poëme de Musée n’est rangé qu'après le Théocrite et même l’Aristophane qui venait de paraître cette même année #dibus quintilis. D'après la description qu’en donne Dibdin, l’exemplaire de lord Spencer diffère de celui que nous possédons à la bibliothèque Mazarine.
Voici la traduction de la préface grecque d’Alde, qui se trouve en tête du poëme de Musée (1) :
Aide le Romain aux studieux salut.
« J'ai voulu que le plus ancien poëte, Musée, fût le précurseur d’Aristote et des autres grands génies que je vais bientôt imprimer, et cela parce que ce petit poëme est à la fois le plus aimable et le plus éloquent, et surtout parce que vous verrez combien Ovide l’a heureusement imité dans les lettres écrites par Héro et Léandre.
« Acceptez donc ce livret, maïs non gratis. Il faut qu’on me donne de l'argent, afin que je puisse vous gratifier de tous les plus excellents livres de la Grèce; ainsi donc
(1) Cette préface, ainsi que toutes celles des éditions originales d’Alde et antres, sont reproduites dans le recueil de Botfeld : Præfaliones εἰ Epistolæ, etc.; Cantabrigiæ, 1861, in-4.
donnant donnant : car je ne saurais imprimer sans argent, et même beaucoup d’argent ; fiez-vous à ceux qui l'ont appris à leurs risques et périls, et surtout à Démosthène s'exprimant ainsi : « Il faut de l’argent, sans lui tout est stérile. » Ce n’est pas que j'en sois avide, et, si j’en parle ainsi, c'est bien malgré ma répugnance. Pourtant, sans argent pourrais-je jamais combler vos plus ardents désirs? Pour moi, je m'efforcerai d’accomplir ma tâche sans épargner ni labeur ni dépense. "Epfwoûe. »
À la fin de ce poëme, on lit en lettres capitales :
Imprimé à Venise aux frais et par la dextérité (δαπάνῃ καὶ δεξιότητι) d'Aide le Philhellène et le Romain.
La GaLEoMyoMacuiA, petit in-4° de dix feuilles, est d’une extrême rareté. On n’en connaît qu’une dizaine d'exemplaires, dont six en Angleterre, un à la bibliothèque publique de Vienne, un autre dans celle de Florence, un autre dans celle de Trivulzio à Milan, et celui de la bibliothèque Mazarine, qui était relié avec deux anciennes éditions, l’une d'Ésope, l’autre
de Phalaris (1).
(1) Renouard a raconté le commencement des péripéties que cet exemplaire a éprouvées et sa disparition de la bibliothèque Mazarine. Dans le catalogue d’une vente de livres (la vente Libri, en 1847), se trouvait un exemplaire de Galeomyomachia, accompagné d'Ésope et de Phalaris. Cette apparition éveilla l’attention des administrateurs de cette bibliothèque; le volume fut donc réclamé et réintégré en son lieu et place avec ses deux annexes. Mais, depuis, tous deux ont
‘ dispara de la bibliothèque Mazarine, et l'on soupçonne fort que la
Galeomyomachia, remise en place après avoir été coupée et détachée,
Brunet signale encore un exemplaire acheté 1,105 fr. en 1846 à la vente Delasize, de Rouen, par M. Yemeniz; mais il n'a pas reparu à la vente de la collection de ce bibliophile.
La Galeomyomachia est précédée d’une préface en grec, adressée aux Lecteurs par Aristobulos Apostolios (1), où il leur dit que, de même qu'Homère n'avait pas dédaigné de composer le petit poëme de la Batrachom)omachia (Combat des rats et des grenouilles), pour amuser les enfants, et, en leur inspirant le goût des lettres, les inviter à s’instruire ; de même un poëte, dont il ne cite pas le nom, composa une Galeomyomachiu (combat des chats et des rats). Le hasard lui ayant fait tomber dans les mains ce petit poëme, 1] crut devoir le publier comme un héraut, χήρυχα, précurseur des œuvres de la Grèce « qui vont être imprimées, et dont on pourra jouir sans aucune peine, de même que les abeilles vont en se jouant recueillir le miel des fleurs ».
Dans cette préface, Aristobulos annonce l'intention
ne soit qu’un fac-simile de l'original, admirablement exécuté, ce qu'un examen attentif me porte à croire. Mais il faudrait avoir sous les yeux une autre édition pour la confrontation de ce mystérieux exemplaire.
(1) Aristobulos Apostolios fut un des principaux correcteurs et collaborateurs d’Alde. Si l’on en croit le catalogue de notre Bibliothèque de France (rue Richelieu), il serait l'auteur du poëme de la Galeomyomachia (Calal. de la Bibl. royale, p. 561 et 624). Mais c’est une erreur évidente du rédacteur du catalogue, qui a pris l’éditeur pour
l’auteur. Villoison, dans ses Anecdola græca, attribue cet opuscule à
Théodore Prodrome.
d'imprimer l’Zontia (1) de son père, Michel Apostolios (2).
Le PsAUTIER en grec est aussi l’un des trois précurseurs de l’Académie d’Alde. S.-L. Geret, dans son commentaire sur la dissertation d’Unger, de Aldi
(1) Cette Ἰωνιά (Violier), recueil de préceptes moraux, de proverbes et d’apophthegmes, était restée inédite jusqu'en 1832 où Ch. Walz l’a publiée à Stuttgart d’après les manuscrits.
Celui que nous possédons à notre Bibliothèque de France, contient cette indication : « Extat Apostolii opus inscriplum ’lww seu Viola- « rium, complectens tum paræmias, ordine alphabetico dispositäs, tum « sententias, historias et apophthegmata, partim ex veterum, partim ex « recentioram scriplorum monumentis collecta. » — « Codex est Arsenii « Monembasiæ archiepiscopi, qui opus a patre inchoatum absolvit et « Leoni X, P. M., nuncupavit., manu exaratus et Ægidio Columnæ, Carα dinali, oblatus. »
La partie des Proverbes contenue dans ce manuscrit a été publiée sous le nom d’Apostolios (Michel) à Bâle, chez Hervag, en 1538; réimprimée, avec des additions et une traduction latine, chez les Elzévirs en 1619, in-#°, et plus tard par eux en 1653, revue par Heinsius.
(2) Ce Michel Apostolios, accueilli favorablement par Bessarion dès son arrivée à Venise, après la prise de Constantinople par les Turcs, paraît avoir été d’un caractère bienveillant, ainsi qu'on en peut juger par sa réfutation de l'écrit fort acerbe de Théodore Gaza. Cependant, par suite d’une disgrâce, abandonné par Bessarion, il tomba dans une misère telle qu’il ne se désignait pas autrement que comme βασιλεὺς τῶν τῇδε Πενήτων, le roi des Pauvres d'alors. De retour en Crète, il employa son talent comme calligraphe à copier des manuscrits dont on possède plusieurs qui portent cette inscription :
Μιχαῆλος ᾿Αποστόλης Βνζάντιος, μετὰ τὴν ἅλωσιν τῆς κατρίδος, πενίᾳ σνζῶν, καὶ τήνδε βίόλον μισθῷ ἐν Κρήτῃ ἐξέγραψε. — « Michel Aposlo- « lios de Byzance, devenu pauvre après la captivité de sa patrie, ἃ « écrit ce livre en Crète, dont il a été payé. »
Lambecius dit qu’il y a dans la bibliothèque de Vienne un manuscrit contenani quarante-cinq lettres de Michel Apostolios écrites à Chrysoloras, Gémiste Pléthon, Chalcondylas, Bessarion, Argyropulos, Marc Musurus, Calliergi et autres. — Elles mériteraient d’être publiées.
Pa Romanti vita, meritisque, ete., Vittemberg, 1753, in-4°, p. CXXXXII et CXXXXII, croit l'impression du Psautier antérieure au Musée, et même à la Grarnmaire de Lascaris, publiée par Alde en. 1494.
Ce Psautier, petit in-4, publié sans date, ni nom d’imprimeur, et annoncé, de même que la Galéomÿyomachie et le Musée, comme l’un des précurseurs, est aussi rangé par Maittaire au nombre des trois premiers livres qui devaient servir de spécimens de l'imprimerie d’Alde. Mais Renouard, ayant vu que le petit caractère grec de la préface de Decadyos qui se retrouve employé dans la Grammaire grecque de Bolzanus en 1497, et aussi dans le Dictionnaire grec de 1497, était neuf dans ces deux ouvrages, tandis que dans le Psautier il lui paraissait déjà usé, l’a regardé comme imprimé postérieurement à cette grammaire et à ce dictionnaire, c’est-à-dire de 1497 à 1498; date qui du reste ne saurait être postérieure, puisque ce Psautier figure au catalogue d’Alde daté de 1498. Cette opinion me paraissait même fortifiée en ce que l'examen de la préface de Decadyos m’avait fait découvrir que cette publication n’y était pas précisément annoncée comme un précurseur de l'imprimerie d’Alde, mais comme précurseur des livres sacrés qu’Alde avait alors la ferme volonté de publier en hébreu, en grec et en latin, et dont il aurait donné les Psaumes de David comme modèle et précurseur. J'avais donc cru devoir me ranger à l'avis
de Renouard; mais, après plus mür examen, ayant reconnu que dans l’exemplaire que je possède le petit caractère servant pour la préface du Psautier n’est nullement usé, tandis qne dans la grammaire d’Urbain de Bellune, que je possède également, il se montre plus fatigué, je pense que l'opinion de Maittaire est préférable.
Dans cette préface, adressée par le diacre Justin Decadyos aux Grecs de la Grèce, τοῖς ἐν Ἑλλάδι Γραιχοῖς, il fait le plus grand éloge d’Alde Manuce, et s'exprime ainsi :
« Alde, dont la vie et la littérature sont si honorables ainsi que son zèle et sa sollicitude en faveur de la Grèce, a créé par son esprit ingénieux cette harmonie et cette industrieuse combinaison des lettres, qu'aucun des calligraphes les plus habiles ne saurait égaler…
a Dans mes conversations avec Alde, ajoute-t-il, sur ce qu'il y avait à faire en faveur des lettres, j'ai trouvé en lui non-seulement des conseils et des encouragements, mais la volonté d’y concourir, et il m'a donné à ce sujet les meilleures espérances, en m’annonçant l’heureuse nouvelle que bientôt, avec l’aide de Dieu, il imprimerait en hébreu, en grec et en latin le Pentateuque de Moïse, l’Ancien Testament et les écrits inspirés par l'Esprit saint. Je me suis senti transporté de joie en pensant à la résurrection de ces monuments menacés par le temps et par les vicissitudes humaines, et j’ai béni cette belle et bonne intention, car ce n’est pas l’amour de l’argent qui l’anime (nous connaissons tous sa générosité), mais un saint zèle. Ayant donc trouvé en lui un coopérateur pour ces honorables publications, j'ai cru ne pouvoir mieux faire que
de commencer par imprimer le premier livre des Psaumes divins du Prophète-Roi, comme précurseur des écrits inspirés de Dieu.
« Rien, en effet, n’égale leur divine beauté dont saint Jean Chrysostome disait « qu’il vaudrait mieux pour le monde que le soleil s’éteignit que si les Psaumes de David cessaient d'être chantés dans les églises ».
u En recevant ce livre, célébrez donc avec moi Alde, le Philhellène, l'inventeur, selon l’expression qui convient, du caractère de ces lettres (1), et qui m'a secondé avec tant d’ardeur. »
Ce Psautier est imprimé en rouge et en noir, ce qui a nécessité deux tirages. La retombée des initiales en rouge au milieu du texte est très-régulièrement exécutée (2).
En tête et à la fin sont deux pièces de vers grecs en l'honneur de David dont l’image gravée sur bois est figurée assez bizarrement dans l’encadrement du titre.
(1) Ἐφευρέτῃ τούτων γραμωάτων γεγενημένῳ χαραχτῆρος (ὡς εἴρηται). C'est probablement pour la première fois que le mot caractère fut pris dans cette acception pour être employé comme un terme d'imprimerie. Ainsi ce mot conserve ses deux sens aussi bien en grec qu’en français. Δεινὸς χαραχτήρ, « c'est un grand et noble caractère, » dit Euripide en parlant de Polyxène (Hécube, 379). .
(2) Une ligne a été omise au feuillet ἐ (iota); on y ἃ remédié, quand on s’en est aperçu à la fin du tirage, et, afin d'y obvier, on a recomposé (pour un certain nombre d'exemplaires) en plus petit caractere cette ligne omise et les deux suivantes. Dans mon exemplaire, la place de la ligne omise et restée en blanc a été écrite à la main, d'où résultent trois sortes d'exemplaires.
1494 (1495 n. st.) (1).
C’est le dernier jour de février 1494 (1495 n. 5.) qu’Alde Manuce fit paraître, dans le format in-4°, la GRAMMAIRE GRECQUE DE LAscaRis. Le caractère qu'il y employa laisse beaucoup à désirer sous le rapport de la forme et de la fonte; il est très-inférieur à celui qui a servi aux opuscules sans dates appelés les précurseurs, à la Grammaire de Théodore Gaza et au Théocrite, publiés en janvier et en février de l’année suivante, et à l’Aristote, dont le premier volume parut en novembre 1495. On y remarque cependant quelques lettres qui s’y retrouvent les mêmes (2). Quant au caractère romain placé en regard du texte grec de la Grammaire de Lascaris, on ne l’a point vu reparaître dans les livres imprimés par Alde. Il est beau et même supérieur à celui de la traduction latine du poëme de Musée, mais inférieur à celui qu’on voit au recto de la première page du Théocrite (3).
(1) Dans l'indication chronologique des livres -sortis des pressés d’Alde, je ne suivrai pas, comme a fait Renouard, l’ordre des dates de leurs souscriptions exprimées d’après le calendrier vénitien, qui peut offrir une année de différence avec notre manière de compter, mais l'ordre réel des publications, en ramenant toutes les dates à notre calendrier actuel.
(2) Les capitales grecques sont identiques dans toutes ces impressions.
(3) Mon père a signalé la beauté de ce caractère romain, qui parut pour la première fois dans le Théocrite d’Alde. Voy. la Note bibliogra-
ANNÉE 1494 (1495 N. sT.). 63
Alde a joint à cette édition de la grammaire de Lascaris deux préfaces adressées aux Studieux. Dans la première, il déclare son édition préférable à celles que Lascaris avait données précédemment, et informe le lecteur qu’il publie cette édition sur un exemplaire corrigé par Lascaris lui-même en plus de cent cinquante endroits, exemplaire que deux jeunes patriciens, Pierre Bembo ct Angelo Gabrielli, lui ont rapporté de Sicile, où 115 s'étaient rendus pour étudier sous Lascaris. Alde y ajouta plusieurs traités utiles, entre autres l’explication des ligatures ou signes abréviatifs employés par les calligraphes pour faire briller leur habileté, et dont la parfaite imitation embellit l'impression de ce volume. |
Pour faciliter à la jeunesse l'étude de cette grammaire, Alde a placé en regardune traductionlatine(1), et, conformément aux sages conseils qu’il a toujours donnés, « d’élever l’âme en instruisant l’esprit », il y a ajouté des préceptes religieux et moraux. Ce sont des Prières en grec, l'Évangile de saint Jean, les Vers dorés de Pythagore, les poésies gnomiques de Phocylide, avec la traduction faite par Alde de verbo ad verbum; il annonce qu’il espère pouvoir plus tard leur donner plus d'extension.
phique et typographique sur le Théocrile d’Alde, à la suite de sa traduction en vers des Bucoliques de Virgile (volume gravé, fondu et imprimé par le traducteur) ; Paris, 1806, in-8°, p. 248.
(1) Faite par Johannes Monachus Placentinus (Craston de Plaisance).
Ces additions forment la seconde partie de l’ouvrage avec des signatures distinctes.
À la fin de la première partie, on lit cette souscription : Zmpressum est Venetiis summo studio, litteris ac impensis Aldi Manuti Romani, anno 1494, ULTIMO FeBruaARiT; et au vingt-quatrième feuillet de la seconde : Venetiis, 1495, ocravo Mani. Cette différence, choquante au premier abord, prouve précisément qu’Alde suivait le calendrier vénitien qui commençait l’année le 1° mars, car 1] n’aurait certes pas mis un an à imprimer une cinquantaine de pages de cette seconde partie, dont le contenu était d’ailleurs annoncé sur le titre de la première. Or le dernier jour de février 1494, more veneto, était le dernier jour de l’année vénitienne 1494, et correspond à aotre dernier jour de février 1495; par conséquent la seconde partie, datée du 8 mars 1495, a été imprimée non pas un an, comme on pourrait le croire, mais seulement huit jours après.
Avant la souscription de cette seconde partie, se trouve cet avis adressé par Alde à l’Aimable jeunesse amie des Belles-Lettres :
α Je vous ai donné tout ce que promettait le titre de ce « livre; sachez-nous en gré et témoignez-le par votre em- « pressement à l’acquérir. Deux avantages en résulteront a pour vous : d’abord celui de vous instruire, puis celui « de me donner le moyen de vous fournir sans retard « d’autres livres encore plus importants. »
Dans la seconde préface, où il fait le plus grand éloge de la Grammaire de Lascaris, il nous dit que c'est sur des instances réitérées, et pour venir en aide aux études de la langue grecque, qu’il s’est décidé à publier cet ouvrage dans des temps aussi malheureux, où la guerre qui envahit toute l'Italie menace le monde d’une commotion générale. « Mais j'ai fait « vœu, ajoute-t-il, de consumer ma vie à l'utilité pu- « blique ; et Dieu m'est témoin que tel est mon plus « ardent désir. A une vie paisible j'ai préféré une vie « laborieuse et agitée : l’homme n’est pas né pour « des plaisirs indignes d’une âme généreuse, mais « pour des travaux qui l’honorent. Laissons aux vils « troupeaux l'existence des brutes. Caton nous l’a dit, « la vie de l’homme est comparable au fer ; faites-en « un emploi constant, il brille; n’en usez point, 1] sc « rouille (1). »
Tels sont les sentiments qui animaient ces hommes de fer, les Alde et les Estienne! Ils avaient le droit de parler ainsi, puisque leurs œuvres ont égalé leurs engagements.
1495 (1495-1496 n. st.)
Huit mois plus tard, le 1° novembre 1495 parut le premier volume de la première édition grecque
(1) Ces deux préfaces ont été reproduites par Renouard.
vw
d’ARISTOTE, l'Organon, c’est-à-dire les livres de logique et de dialectique.
« Pour se faire une idée des difficultés et de la har--
« diesse d’une pareille entreprise, dit avec raison
A.-A. Renouard (p. 377), qu’on se représente les nombreux traités formant les cinq volumes in-folio des œuvres d’Aristote, alors tous inédits, et dont les divers manuscrits étaient ou presque illisibles ou défigurés par l’ignorance des copistes, souvent mutilés et oblitérés en partie, et presque tous présentant des lecons différentes. Tout ce monceau d’écrits entre les mains d’un éditeur que nulle publication antérieure ne pouvait aider ni diriger en rien, et qui se trouvait à tout moment arrêté par des doutes pour la solution desquels il ne pouvait le plus souvent attendre de secours que de sa propre sagacité et de sa critique. Qu’on veuille bien considérer ensuite que, non-seulement pour la volumineuse et difficile édition d’Aristote, Alde a été contraint à ce travail; mais que pour la multitude innombrable de ces éditions grecques, il a presque toujours eu semblable tâche à remplir, et on sentira combien il serait injuste de lui reprocher quelques erreurs typographiques qu’il aura laissé échapper en petit nombre, ou quelques leçons un peu douteuses depuis rectifiées, soit à l'aide de meilleurs manuscrits, soit par les ingénieuses conjectures d’autres savants, venus après lui, et dont quel-
« ques-uns ont consumé leur vie entière à la révision « d’un seul ouvrage. »
Dans la dédicace à son généreux protecteur Alberto Pio, Alde annonce qu’il a été secondé dans ses grands travaux sur Aristote par plusieurs savants, οἱ particulièrement par Alexandre Bondini (Agathemeros), dont une préface en grec, insérée à la suite de l’épître d’Alde, est adressée à l'ami de l’ontologie, τῷ’ τῶν ὄντων ἐραστῇ (le prince de Carpi).
Alexandre Bondini, plus connu sous le nom d’ 4gathemeros (Ἀγαθήμερος, lu bonne journée, traduction faite par lui-même deson nom en grec) (1), y proclame la supériorité de la philosophie péripatéticienne, sans laquelle on ne peut qu’errer, dit-il, et jamais atteindre au bonheur de posséder la vérité.
« Longtemps, dit-il, je m'étais uniquement adonné à la poésie et à la rhétorique, pensant que c'était le suprème bien de l’ontologie (τὴν τῶν ὄντων εἶναι τὸ ἀκχρόν) ; mais maintenant, ὁ mes amis, étudiez Aristote, lisez-le, relisez-le sans cesse si vous voulez être heureux! Gardez une reconnaissance infinie pour Alde le philhellène, à qui vous devez un tel labeur, si soigneusement exécuté, si parfaitement imprimé et corrigé, et aussi
(1) Dans une lettre inédite que je possède, écrite par Zacharias Caliergi à Marc Musurus, datée de 1499, il traduit le nom de Bondini par Εὐήμερος. Dans la préface du tome Ier, Alde signale ainsi Bondini : artium el medicinæ doctor egregius. 11 est remarquable pour l’histoire de la médecine que ce soit aussi un médecin célèbre qui a puissamment contribué à la traduction latine des œuvres complèles d’Aristote, que publia en 1483 le beau-père d’Alde, en 3 vol. in-fol., douze ans avant l’édition grecque.
un faible souvenir de mes efforts à lui venir en aide pour la correction. »
A la suite de cette préface est un avis en grec de Cartéromachos, pour encourager à l'étude de la philosophie.
Alde, dans sa dédicace en latin au prince de Carpi, insiste de nouveau sur la nécessité de l’étude du grec, à laquelle il voit avec plaisir s’adonner la jeunesse :
a Si jadis, dit-il, on vit à Rome Caton, déjà vieux, donner l’exemple d'apprendre le grec, chez nous aussi maintenant les vieillards, malgré leur grand âge, en font autant; et parmi la jeunesse le grec est appris à l’égal du latin. Aussi les manuscrits grecs sont avidement recherches, mais ils sont si rares, que c’est avec l’aide de Dieu que j'espère pouvoir remédier à cette misère, en consacrant toute mon activité, toutes mes ressources pour venir en aide aux amis des lettres; et dans quels temps! lorsque les armes sont bien plus maniées que les livres; je n’aurai, cependant, de cesse que quand j'en aurai fait une ample récolte. Nous te dédions donc ces ouvrages, car tu es de nos jours pour les lettres un autre Mécène, et je pourrais dire de toi avec Horace :
O et præsidium et dulce decus meum !
« Dans cette dure carrière où je m’engage, c'est toi qui m'as soutenu et protégé, et si les.amis des lettres grecques me sontredevables, ils ne le sont pas moins envers toi, dont la passion pour les livres grecs est telle que tu n'épargnes aucune dépense pour les acquérir; imitant en cela ton oncle, Pic de la Mirandole, cet homme d'un admirable génie et d’un très-grand savoir, que la mort vient de nous enlever, avec Hermolaüs Barbaro et Ange Politien, ces
hommes supérieurs de notre siècle, et dont le triumvirat littéraire pouvait rivaliser avec ce que l’antiquité eût pu lui opposer en ce genre, Tu seras leur émule, jeune homme, rien ne te manque pour cela, ni le génie naturel, ni l’éloquence , ni les livres, ni le savoir en grec, en latin, et aussi en hébreu auquel tu te livres avec ardeur, ni même les précepteurs, puisque les plus habiles sont les préférés. »
Les livres qu’il annonce au prince de Carpi devoir suivre l’Aristote, sont les grammairiens, les poëtes, les rhéteurs, les historiens, et tout ce qui peut aider à l’instruction et sauver de leur ruine les monuments httéraires. Ces conseils, ces encouragements publiquement annoncés, honorent à la fois et le précepteur et l'élève.
En tête du volume, sont trois épigrammes en vers grecs sur l’Organon d’Aristote. La première (1), qui est ancienne, est d’un anonyme. Elle dit que : « ce livre est celui de l’esprit et de la raison humaine ; « comparable au feu, il illumine la vérité et consume « l'erreur ».
Dans la seconde, qui est de Scipion Cartéromachos (nom grécisé que s'était donné Fortiguerra), Alde, faisant allusion à la découverte des manuscrits d’Arislote enfouis aux temps anciens dans un caveau, à Scepsis, d’où on les retira endommagés par l’humi-
dité, annonce que maintenant, grâce à lui, ils re-
paraissent dans tout l'éclat d’une beauté divine (1). Dans la troisième , 4{de s'exprime ainsi :
« Ὁ vous, amis des Muses! amis de la vertu! et vous
« aussi, les amis d’Alde! réjouissez-vous, voici le di-
τὸν δ᾽ αὖ τοσσούτον μετὰ χάλλεος ΓΑλδος ἔφηνες Ὡς Baoderov νῦν δαιμόνιόν τε δοκεῖν.
« Un des anciens habitants de la ville de Scepsis, Nélée, disciple d’Aristote et de Théophraste, y avait transporté les œuvres d’Aristote, dont il avait hérité de Théophraste à qui Aristote les avait données en le désignant comme chef de son école. Les héritiers de Nélée, gens ignares, les tinrent enfermées sous clé sans plus y songer; mais plus tard, ayant appris avec quel empressement les Attales, ces rois dans la dépendance desquels était Scepsis, faisaient rechercher les livres pour former la bibliothèque de Pergame, ils cachèrent les œuvres d’Aristote dans un caveau sous terre. Ce fut longtemps après que les héritiers de ces indignes possesseurs les retirèrent pour les vendre, ainsi que les écrits de Théophraste, à un très-haut prix, à Apellicon de Téos; mais les manuscrits d'Aristote avaient été endommagés par les mites et par l’humidité. Cet Apellicon, qui était plutôt un bibliophile qu’un savant, tâcha de réparer de son mieux le dommage et fit une copie de ces manuscrits en remplissant fort mal les lacunes; ce qui rendit ces livres très-fautifs..... Après la mort d’Apellicon, Sylla, lorsqu'il prit Athènes, s'empara de la bibliothèque qu'il transporta à Rome, où Tyrannion, grand admirateur d’Aristote, obtint du bibliothécaire la comrmunication de ses manuscrits, que des libraires firent transcrire par de mauvais copistes et sans prendre soin de collationner les copies avec l'original. Ce qui malheureusement n’est que trop commun pour les livres vendus à Rome et à Alexandrie. »
Ce récit de Strabon, qui nous donne des renseignements précieux sur le sort auquel les livres étaient exposés dans l’antiquité, rappelait tellement à ma mémoire la ville de Scepsis, qui doit aux manuscrits d’Aristote le peu de célébrité dont elle jouit, que j’eus un vif désir de l'aller visiter lors de mon second voyage dans la Troade; ce que je fis avec quelques-uns de mes amis, jeunes alors, et depuis amiraux de France,
[.... τοὺς δ᾽ ἤδη χάτεχεν φυσίζοος aix].
(Votes d'un Voyage dans le Levant en 1816 et 1817, p. 120.)
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« vin Anistote; bientôt viendra Alexandros suivi du « célèbre Ammonios, et de bien d’autres non moins « illustres, si toutefois la Parque veut bien ne pas « trancher trop tôt le fil d’or de ma vie (1). »
L’Introduction de Porphyre aux Catégories d’Aristote est ainsi terminée : Exavos, τιμὴ καὶ δόξα Χριστῷ Ἰησοῦ τῷ λυτρωτῇ ἡμῶν. Et le volume finit par cet autre hommage à la divinité : Τῷ Θεῷ δόξα τε χαὶ χάρις. Ἀμήν.
Le 8 janvier 1495, style vénilien, et par conséquent le 8 janvier 1496, Alde publia la GRAMMAIRE GRECQUE DE THÉODORE ΟΑΖΑ, suivie de divers traités de grammairiens grecs, d’Apollonius, surnommé Aÿoχολος (le difficile) (2), et d'Hérodien, de Numeris.
Αὐτίχ᾽ ᾿Αλέξανδρος, x’ ᾿Αμμώνιος εἰς sic (εἴσ᾽) ἄρα κεῖνος. Καί τοι Ἰωάννης ἔσσετ᾽ ὁ γραμματικός.
(2) Le bourru, selon A.-A. Renouard; difficile, me semble rendre plus exactement δύσχολος, surtout lorsque je me rappelle la peine que j'avais à comprendre le texte de ce grammairien, et à paraphraser en grec sa syntaxe, exercice que m'avait donné mon respectable maître le Dr Koray, mais pour lequel il était grand besoin qu'il me vint souvent en aide, car, malgré l’éloge qu’en fait Alde : « Apollonio, si eum {δὲ legendo feceris familiarem, magnopere delectaberis et proficies. Estnam doctus, elegans, varius ac peracutus, » etc., je le trouvais fort difficile. et cette étude m’agréait beaucoup moins que celle d’'Homère ou de Dé-
Dans sa préface dédiée au lecteur, Alde, tout en signalant le mérite de cette utile publication, avoue que l’étude de cette grammaire pourra effrayer les lecteurs par sa difficulté et son aridité. « Non sum nescius, studiose Lector, hanc Apollonii Theodorique grammaticen visum cri tibi primo duriusculam atque insuavemm, deinde cum eam accurate relegeris et facilem et jocundam, ....... merninerts illius per- “τ proverbii : NIHIL ESSE VOLENTI ARDUUM (1). » Alde nous dit avoir revu la grammaire d’Apollonius sur plusieurs manuscrits, mais que, déçu dans son espoir d'en avoir des meilleurs, il l’a publiée sans ‘y rien ajouter, sans y rien retrancher, et 11 termine
mosthène. Cette traduction ou paraphrase, restée inachevée, a ἀΐ se retrouver dans les papiers de Koray, transportés, après sa mort, ainsi que sa bibliothèque, à Chios, sa patrie.
Sylburge a donné en 1590 une seconde et très-bonne édition d’Apollonius. Quelques autres de ses traités ont été publiés dans ces derniers temps. On doit savoir grand gré à M. Egger, à qui les lettres grecques sont si redevables des services qu'il leur a rendus, de nous en avoir donnée une analyse et des extraits en français, dans son mémoire sur Apollonius Dyscolos, en 1854, 1 vol. in-8.
(1) Voici le jugement qu’en porte M. Egger : « Apollonius, le seul « d’entre les grammairiens fondateurs de la grammaire philosophique, « dont il soit resté de longs écrits, est, au jugement des anciens, le plus « habile des philologues qui ayent traité de l'analyse du langage; la cri- « tique littéraire ne tient pas la plus petite place dans ses livres. Chez « lui, pas un jugement qui dépasse les questions de logique et d’exac- « litude grammaticales, même s’il parle d'Homère ou de Pindare, pas « 16 moindre mouvement de style qui témoigne des plaisirs d’une lec- « ture passionnée : tout est froid et subtil; c'est la grammaire dans « son extrême sécheresse avec un savoir immense et souvent une vé- « rilable profondeur. » Apollonius Dyscolus. Essai sur l’histoire des théories grammaticales dans l'antiquilé, par Egger, membre de l’Institut » Paris, 1854, in-8.
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l'avis au lecteur par le dicton d’Isocrate : ᾽Εὰν ἧς φιλομαθὴς, ἔσῃ πολυμαθής (sois ami du savoir, et tu auras grand savoir) (1).
Alde n’avait point encore de petits caractères grecs ; dans cette préface, le mot μέσα est grossièrement figuré, et dans mon exemplaire, le mot πάθη est écrit à la main, la place ayant été laissée ex blanc.
Cette grammaire, qui fut souvent réimprimée, a joui longtemps d’une grande renommée. C’est chez Alde qu’elle parut pour la première fois. Théodore Gaza, né à Thessalonique, professa avec éclat en Italie où il mourut; c’est sans doute à Ferrare qu'il connut Alde. Parmi les papiers et correspondances en grec que je possède, provenant de l’imprimerie d’Alde, je trouve cette épitaphe composée, peut-être par Alde lui-même, en l'honneur de Théodore Gaza: |
Κεῖτ᾽ ὁ μέγας ποτ᾽ ἀγὼν l'an Θεοδώροιο ἀμφὶ Μούσαις τ᾽ Αὐσονίαις ἠδ᾽ “Ελιχωνιάσι.
«a Théodore Gaza, né en Grèce et nourri en Ausonie, « n’est pas moins redevable aux Muses de la Grèce qu’à
(t) C'est la réponse que fit devant moi mon ancien et savant ami Letronne à quelqu'un qui lui demandait comment il avait pu savoir lant de choses. — « C'est bien simple, je suis né curieux. »
a celles de l’Italie. La Grèce l’a enfanté, l’Ausonie a « nourri, en lui sont réunis le génie et la langue de tou- « tes les deux; aussi, en mourant sur le sol italien de la « Grande Grèce, il voulut faire mème honneur à l’une a et à l’autre. »
C’est au mois de février 1495 (1496 πη. st.) qu’Alde fit paraître sa première édition de THÉOCRITE, suivie de Bion et de Moschus, d'Hésiode, de Théognis et de divers poëtes gnomiques, en un vol. in-f°. Dans sa préface , adressée à son précepteur, Baptiste Guarini, dont il vante les vertus et le mérite (1), Alde semble aller au-devant des reproches de ceux qui ignorent les difficultés qu’il eut à vainere pour publier le premier un aussi grand nombre de textes grecs médits.
« Veuillez, dit-il, ne pas m'imputer à moi, mais « aux manuscrits, les fautes que vous pourrez remar- « quer tant dans ce livre que dans d’autres que je pu- « blie dans l'intérêt des études et des amis des lettres ; « car je ne prétends nullement à l’honneur de restituer « ce que les OEdipes même auraient peine à deviner « (ronenim recipio me emendaturum libros).Les tex- « tes manuscrits sont souvent mutilés et intervertis à tel « point, que les auteurs eux-mêmes, s’ils revoyaient le « jour, ne pourraient s’y reconnaître ou corriger les
(1) Baptiste Guarini fut aussi le précepteur de Josse Bade; on lui doit la première édition du commentaire de Servius sur Virgile. Son père, Guarini de Vérone, est l’auteur de la traduction latine de Strabon, qu'il exécuta en 1466, ainsi que le constate le manuscrit que je possède. C’est à lui qu’on ἃ attribué la découverte du manuscrit de Catalle.
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« fautes; je me borne donc à donner ces textes un peu « plus corrects qu’ils ne le sont dans les manuscrits. « C'estceque j'ai pu faire pour l’Apollonios (Dyscolos). « Dans cette circonstance j'ai cru qu’il valait mieux « donner ces textes tels quels plutôt que rien du tout, « et pour peu que, dans un passage incorrect, la resti- « tution parüt douteuse, c’est très-rarement, pour ne « pas dire jamais, que je me suis permis d’y rien « changer ; plus tard, il ne manquera pas de person- « nes qui à loisir proposeront des corrections. Mais ils « seraient aussi ingrats qu’injustes, ceux qui m’accu- « seraient de négligence, et je ne leur souhaite, pour « toute punition, que de prendre ma place et d’avoir « le souci d'imprimer des textes grecs; bientôt ils « changeraient de langage (1). »
Les éditions d’Alde ont le grand avantage de nous donner souvent le texte de manuscrits qu’on ne possède plus aujourd’hui ; aussi sont-elles toujours consultées des savants éditeurs qui veulent établir un texte d’après les sources originales. Ces avantages rachètent, et au
(1) On est désarmé par cet aveu et cette modestie; aussi mon père, dans une discussion un peu vive qu’il eut avec A.-A. Renouard au sujet du mérite comparé des Alde et des Estienne, tout en signalant les uombreuses erreurs commises par Alde dans la première édition de Théocrite, reconnaît qu'il en a rectifié une partie au moyen d’un second tirage fait la même année, ce qui constitue en quelque sorte deux éditions. Les détails littéraires, typographiques et bibliographiques, donnés par mon père dans la Nofe bibliographique et typographique qui termine sa traduction en vers des Bucoliques de Virgile, publiée en 1806, sont indispensables pour distinguer la première de la seconde édition et se reconnaître au milieu du désordre des signatures.
delà, les fautes typographiques et les erreurs qui ont pu lui échapper. | | | En ajoutant à Théocrite et Hésiode une série de poésies gnomiques, Alde rappelle que les Sentences de Théognis sont citées par Platon dans son Traité des Lois, et par Isocrate dans ses discours. A celles de Phocylide, cet ancien gnomique qu'Isocrate, dans ses Conseils à Démonique, range parmi les éthographes, Alde crut devoir joindre une traduction, faite par Planude en vers grecs élégants, d’un écrit commençant par : «Cum ego animadverterem », attribué à Caton (on ignore lequel) ; mais, quel qu’en soit l’auteur, Alde le déclare excellent. C’est par l’entremise d’un aimable et savant jeune homme, Françcois Roscius, qu’il apprit l’existence du manuscrit de cette traduction écrite sur vélin depuis plus de trois siècles, et dont les caractères étaient très-effacés par la vétusté (1). Il se trouvait à Vérone, « cette mère et « nourrice de tant d'hommes excellents en mérites « divers, » ce qui donne occasion à Alde de rappeler ce dont il est redevable à cette ville, patrie de son maitre vénéré Guarini, et 1] lui dit : « C’est sous Gas- « par de Vérone, cet excellent grammairien, que j'ai « appris à Rome les lettres latines, et c’est sous toi, « Guarini, que je me suis perfectionné dans les lan-
(4) C’est par erreur qu’Alde attribue trois cents ans et plus à cette traduction faite, dit-il, par Planude, car ce savant grec vivait dans la première moitié du quatorzième siècle, et par conséquent cent cinquantie ans seulement avant l'édition de Théocrite d’Alde.
ANNÉE 1495 (1496 N. sT.). 77 « gues grecque et latine à Ferrare. À qui pourrais-je « mieux dédier ce livre, qui contient tant d'œuvres « morales, qu’à toi qui, pour notre époque, es un « autre Socrate ? Tu ne saurais le nier, puisque c’est « la vérité même. Pardonne-moi donc si je me suis « permis de mentionner tes vertus, qui nous sont « connues, mais que j'ai voulu faire connaître à « tous. » |
Le livre de l’Ærna, par Pierre ΒΕΜΒΟ, parut aussi au mois de février de la même année. C’est une des plus belles impressions d’Alde , et le premier ouvrage tout latin sorti de ses presses. Le caractère romain, gravé par François de Bologne, qui a servi à cette édition, cst le même que celui dont on voit un spécimen sur le titre de l'édition de Théocrite publiée le inëéme mois. Ce caractère, qui reproduit les belles formes des types de Nicolas Jenson, fut employé par Alde pour l'impression des Diaria de bello Carolino , 1496, et du livre de Pic de la Mirandole : De imaginatione, en avril 1501. Le sujet du dialogue intitulé l'Ætna est le voyage fait en Sicile par Pierre Bembo, avec un ami, pour assister à une éruption de ce volcan. Bembo y rappelle le souvenir des heureux moments qu’il a passés à Messine, près de Constantin Lascaris, dont il admire le goût passionné pour . les arts, l’éloquence et la philosophie sublime, et 1l dit de lui : Vrhil illo sene humanius, nilul sanctius.
Cette année 1496 (style vénitien) fut consacrée en majcure partie à préparer l'exécution des tomes IE, ΠῚ et IV d’Aristote et autres grands ouvrages qui parurent l’année suivante.
Mais Alde, préoccupé de la crainte de voir des contrefacteurs compromettre cette publication et celles qui allaient la suivre, crut devoir adresser cette sup-
plique à la seigneurie de Venise (1) :
« Alde Romain, habitant dans cette noble ville, expose humblement et révérencieusement :
« Attendu qu'ayant fait graver (intagliare) dans ce pays des lettres grecques de toute beauté et de toute sorte, pour lesquelles il a dépensé en grande partie sa fortune dans l'espoir d'en retirer quelque avantage, et que, durant plusieurs années qu’il a consacrées à l’exécution desdites lettres, il a trouvé, par la grâce de Dieu, denouveaux moyens pour pouvoir imprimer très-bien et beaucoup mieux en grec que ne le pouvait faire la plume, ce qui sera un grand honneur, utilité et commodité pour Venise, cette felicissima cittä : le suppliant, craignant que par envie on ne lui fasse une concurrence et que d’autres recueillent le fruit de ses secrets et fatigues, d'où résulterait pour lui un grand dommage, supplie Votre Seigneurie de daigner lui con-
(1) C'est ἃ M. Armand Baschet qu'on est redevable de cette pièce italienne, dont je donne la traduction, et qu'il a découverte, ainsi que plusieurs autres, dans les archives de Venise. Voir la lettre originale dans : Aldo Manuzio. Lettres el Documents. 1495-1515. Armand Baschet collegit el adnotavil; Venetiis, 1867, in-8. (Tiré à 160 ex.)
céder la gràce que pour tous les livres grecs, aussi bien avec que sans commentaires en latin, et aussi pour les livres latins traduits du grec, etc., nul autre que le suppliant puisse les réimprimer, faire réimprimer et-en porter les exemplaires dans tout le domaine et autres lieux de Votre Illustre Seigneurie durant vingt années, et qu'on ne puisse faire usage du secret dudit suppliant ni introduire pour être vendus les livres qui seraient imprimés avec ses procédés secrets dans ledit domaine pendant ledit temps sous peine de perte de ces exemplaires, et de dix ducats par chacun d'eux, laquelle amende sera appliquée par moitié à l'hôpital de Saint-Antoine et l’autre moitié à la délivrance du mont-de-piété (affrancation del monte nuovo). Telle est la demande adressée comme grâce ἃ Votre Seigneurie, à laquelle le suppliant se recommangle (1).
« Le 25 février 1495 (more veneto, date qui correspond - au 25 février 1496). »
C'est pendant cette année 1496 (2) que parut, au mois d'août, le Taesaurus CornucoriÆ ET Horti Aponipis, in-f°, recueil de grammairiens grecs, tous inédits, où les règles de la grammaire sont rangées en ordre alphabétique par Guarino Favorino, en latin Guarinus ou Varinus, Favorinus ou Camers (3). A ce
(1) Au bas on lit : Quod supplicanti concedatur ut pelitur.
(2) A.-A. Renouard range à la date de 1496 cet ouvrage, dont il donne ainsi la date : M III D, ce qui indiquerait 1497. Mais c’est par suite d’une erreur, ou d’un chiffre I tombé à son exemplaire, qu'il a mis la date Μ ΠῚ D; mon exemplaire porte M IIII D. Cette manière de dater en chiffres romains ἃ été blâmée par Paul Manuce dans une de ses lettres à son fils : « ΠΧ in luogo di VIII ἃ sforzato; non si fa: e « a questa raggione si scriveria IIIX per VII, ne credo che si possa « abbreviar più che uno, come IX, IV, e simili». Lettere inedite, XXIV.
(3) Cet érudit, né à Favora, était élève de Politien et de Jean Las-
8o ALDE MANUCE.
titre poétique de Θησαυρὸς, κέρας Ἀμαλθείας, Alde ajouta celui de : καὶ χἥποι Ἀδώνιδος, les Jardins d'Adonis. C’est sous l'impression des troubles et des malheurs dont menaçait l'Italie l'invasion de Charles VIII, qu'Alde, Ældus Manucius Bassianas, écrivit sa préface en latin, adressée à tous les Studieux :
« C’est une rude tâche que d'imprimer correctement les livres latins, et plus dure ‘encore les livres grecs ; mais rien de plus pénible que d’y apporter tous les soins qu'ils exigent dans ces temps malheureux. Depuis que je me suis imposé ce devoir (voici déjà la septième année), je puis affirmer, sous la foi du serment, n'avoir pas joui pendant tant d'années , même d'une heure de paisible repos.
« Chacun vante mon industrie, son utilité, sa beauté, son honorabilité; cela est vrai, mais pour vous donner de bons livres, c’est une vie de labeur qu'il faut y consacrer ; pourtant, j’y suis résigné et je m’en console quand je vois ma peine profiter à tous de plus en plus, et les livres sortir des prisons où les enfermaient ces enterreurs de livres, βιθλιοτάφοι, et ètre mis en vente, puisque je ne pouvais obtenir des possesseurs de me les confier même pour une heure. Mais mon vœu s’accomplit; de temps à autre on vient m'en offrir de gré à gré, on en met en vente chez les libraires, et on m'en adresse un grand nombre. Ainsi donc, si quelqu'un avait le goût assez dépravé pour s’en affliger, il crèvera de dépit et d'envie et il ira se pendre, quand bientôt il verra sortir de mes presses des volumes d’Aristote, accompagnés de ses commentaires que j'ai tous réunis.
caris: il fut choisi par Laurent de Médicis pour être le maitre de son fils Jean, depuis Léon X.
« Courage donc, et redoublez d'efforts et de dévouement pour les belles-lettres ; quant à moi, avec l’aide de Dieu, dont la puissance est infinie, je ne cesserai de vous venir en aide en vous fournissant toute sorte de beaux et bons livres. En voici un de toute utilité : c’est la Corne d'Amalthée, ce sont les Jardins d'Adonis, qu’on peut appeler à juste titre un Zrésor, puisqu'on y trouve tout ce qu'on peut désirer pour se perfectionner dans la connaïissance des lettres grecques... Il a été revu par Guarinus (ou Varinus) et Charles Antenoreus, Florentin, et aussi par Politien et par Frère Urbain (de Bellune). »
Ce titre de Jardin d’Adonis rappelle celui que MM. de Port-Royal ont donné au Jardin des Racines grecques, dont la première édition parut en 1657, avec un prologue en vers qui a disparu dans les éditions suivantes (1). Souvent, quand j’apprenais les Racines grecques, Ambroise Didot, mon aieul, m'en récitait ce passage qui est une imitation
de ce que dit Alde des Jardins d’Adonis (2) :
Entre en ce JARDIN, non de fleurs Qui n'ont que de vaines couleurs, Mais de RACINES nourrissantes Qui rendent les âmes savantes.
Après une dissertation sur les excltiques, Îles verbes irréguliers, les contractions et la tendance à abréger les mots, Alde ajoute :
(1) C'est à Lancelot de Port-Royal qu’on est redevable des premières éditions du Jardin des Racines grecques.
(2) « Propter summam, quæ in eo esl, rerum bonarum. »
« La Prononciation n’est pas la mème à Rome qu’à Milan, en Calabre ou en Sicile. Elle diffère aussi à Florence, à Gènes, à Venise; elle y varie mème beaucoup et aussi à Brescia et à Bergame. Le mot latin caput est prononcé à Rome capo , et chez les Vénitiens, en retranchant 16», cao, dont les Padouans ont fait co, par une crase. De même de cenanto on fait cenao, puis ceno, et ainsi d’une foule d’autres. Pareillèment les Grecs disent communément τοῦ χέρατος, d'où les Joniens, par la suppression du τ, χέρχος, et les Doriens xépux, par une crase. Plût à Dieu que les Latins pussent en faire autant
que les Grecs! »
Et, comme exemple des r2étamorphoses que peuvent subir les mots il cite celui qui est formé de ἅμα et ἶσος, d’où ἅμισος, changé en ἥμισος, et au comparatif ἡμισύτερος, QUI, par une seconde forme, devient ἡμισίων, par une troisième ἥσσων, et attiquement ἥττων ; d’où il résulte que dans ἥττων 1] πὸ reste plus une seule des lettres primitives.
A la suite de cette préface d’Alde, Politien en adresse une autre à Varinus, où il l’engage à ne pas retarder la publication de ce livre qui sera aussi profitable aux Grecs qu'aux Latins, et 1] lui envoie une épigramme en quatre vers grecs qu’il pourrait, lui dit-il, placer en tête du Cornucopia :
« Ce n’est pas avec un fil [d’Ariadne], mais à l’aide d’un livre ingénieux que Varinus, Italien et non Grec, est
venu en aide à la Grèce égarée dans son propre labyrinthe; on ne saurait s’étonner si, à l’exemple des cicognes, la jeunesse aujourd’hui vient secourir la vieille Grèce. »
Aristobulos, fils d’Apostolios, l’un des membres de PAcadémie aldine, y a joint cet autre quatrain :
Λείρια δ᾽ ἱμερόεντα πονήσας εἵλετο ταῦτα, A προτιθείς γε λέγει πᾶσιν ᾿ ᾽Οδμὴν Aabere |
« C’est en faveur des hommes d’étude que Guarino est venu dans ce Jardin, où il a cueilli les fleurs d’Eustathe (1) et d’autres auteurs. 11 a pris la peine d’y réunir ces lis aux aimables couleurs, et, vous les présentant à tous, il vous dit : Jouissez de leur parfum. »
Cartéromachos en fait autant et loue le savoir de Varinus en dix vers grecs; enfin la page se termine par ces quatre vers d’Alde :
Λῇς γνῶν᾽ “Ἡσίοδον, καὶ Σιμιχίδαν καὶ “Ὅμηρον, Ποιητάς τ᾽ ἄλλως : τὰν λάδε πραξομέναν᾽ Κεὶς γὰρ Aartolôx γλυχερὸν δῶ xeiç τε πορευσεῖ
« Veux-tu connaître Hésiode, Simichide (Théocrite), Homère et les autres poëtes, prends ce livre, il te conduira au paisible séjour d’Apollon, et dans les bois des Piérides, hantés des rossignols. »
(1) Eustathe, le célèbre commentateur d’Homère, figure aussi dans ce recueil pour son traité sur les dialectes d’'Homère.
Il est fait mention de ces Jardins d’Adonts et de la Corne d'Amalthée dans une lettre de Musurus que je possède, et dans l’édition si remarquable de l’'Ervuoloywôv μέγα (Etymologicon magnum), que Musurus ἃ donnée chez Zacharias Calliergi en 1499.
À la suite de la préface d’Alde, de celle d’Ange Politien à Varinus et de ces épigrammes grecques, vient une préface en grec de Scipion Cartéromachos (Fortiguerra) de Pistoie à Varinus Camers. Elle commence ainsi : Ἷ
« S'il est beau de se distinguer quand on écrit dans « sa propre langue, il est encore plus remarquable « d'écrire dans une langue étrangère, surtout dans la « langue grecque; et, quand on vient apporter un « secours inespéré à la Grèce expirante, qui ne sau- «‘rait se sauver par elle-même, elle doit voir sans « déshonneur que c'est l'Italie qui lui vient en aide « dans un si grand naufrage, puisque l'Italie elle- « même est une colonie grecque. »
Ces prolégomènes poétiques se terminent par une longuc épître en grec de Varinus à Pierre de Médicis
le Magnifique.
Au mois de septembre de cette même année, parut à Venise un volume devenu très-rare, les DIARIA DE BELLO CAROLINO. Il est imprimé avec le mére caractère que l'Ætna de Bembo, mais il paraît moins neuf et moins interligné ; le papier est aussi moins
favorable à l’impression. Quoique le nom d’Alde n’y figure pas, on ne saurait douter qu'il n’ait imprimé cette pièce historique. Cette relation de l’expédition de Charles VIIT en Italie, faite par un contemporain, Alexandre Benedetti (Benedictus) de Vérone, docteur en médecine, qui a assisté à la bataille de Fornoue (1495), dont il nous donne un récit trèscirconstancié , est fort intéressante. Je citerai seulement un détail de la description affreuse qu’il fait des morts, des blessés, des mourants, du pillage, de la violation des droits de l’humanité et des débris ensanglantés sur les champs de bataille. Il raconte que, parini ces débris, il remarqua, « au milieu « des livres sacrés, des tableaux ornés de pierres pré- « cieuses, et des anncaux enrichis de pierreries, un beau « manuscrit où étaient peintes au naturel les diverses « courtisanes de tout âge dans leurs différents costu- « mes, selon les villes où un amour effréné avait con- « duit le possesseur de ce livre, qui voulut ainsi en « conserver la mémoire ».
L'auteur, dans son épître adressée au chevalier Sébastien Badoer et à Jérôme Bernardo, conseillers tous deux du sénat de Venise, a soin de dire que, tout en écrivant la vérité, 1] l’a cependant quelquefois adoucie, se souvenant que la vérité engendre les haines et souvent hâte la mort (1); et que c’est à la pos-
(1) Nos tamen intentionem non occullamus, quum strabonem quem-
térité exempte de ces craintes à la rétablir, alors que les os et la cendre sont à l'abri de la rage des méchants.
L’'épitre finale porte cette date : Venetis M. IT. D. Sexto Cal. Septemnbris.
1497 (1497-08 n. st.)
C’est sous la date de 1497 (more veneto) que parurent les 2°, 3° et 4° volumes d’ARISTOTE. À ce propos, il est essentiel de remarquer qu’Alde n’a point indiqué de tomaison ni à son Aristote ni à la plupart des autres ouvrages sortis de ses presses et composés de plusieurs volumes. Les chiffres d’ordre n’ont été attribués aux volumes de cette édition d’Aristote que par les bibliographes, et cet ordre ne cor. respond pas du tout à celui de leur publication par Alde, détail assez important qui n’a été constaté par personne. C’est ainsi que le volume désigné comme tome IV, qui est daté de juin 1497, a paru sept mois avant le tome ΠῚ, daté de Janvier 1497, à la maruère vérutienne, qui correspond au janvier 1498, selon le calendrier actuel, et ce tome ΠΙ ἃ précédé d'un mois l'apparition du tome II, daté de février 1497, soit de février 1498. Ainsi donc, selon l’ordre de la tomaison attribuée aujourd’hui aux œuvres d’A-
piam, pælum : vel claudum alium jnfirmum talis parcius appellamus. Voy. la posiface d'Alexandre Benedictus.
ristote , l'ordre de publication des volumes à été le suivant : tome [°, tome IV, tome IIT, tome II et tome V. C’est pourquoi dans mon analyse je suivrai l'ordre réel d’apparition de ces volumes, comme plus important pour l'exposition du développement de l'imprimerie aldine.
Après une interruption d’environ dix mois depuis la dernière publication d’Alde, parut un second volume d’Aristote (t. IV). Ce volume, très-épais, composé de deux parties, peut être relié séparément. La première partie contient l'Histoire des plantes de THÉOPHRASTE ; la seconde, les problèmes, la mécanique et la métaphysique. Dans la dédicace au prince son élève, Alde fait un magnifique éloge de la philosophie et une sortie contre les faux philosophes, ignorants, pervers, irréligieux, et qui, plus rapprochés de la bête que de l’homme, n'ont rien de commun avec la vertu, puisque, comme l’a dit Platon : Μὴ καθαρῷ γὰρ καθαροῦ ἐφάπτεσθαι οὐχὶ θεμιτόν. 1] dédie ce volume d’Aristote à son élève le prince de Carpi, parce qu’il'le voit se livrer avec passion à l'étude de la philosophie, et il l’assure qu'il peut compter sur son ardeur à conduire à bonne fin cette grande entreprise à laquelle 1] se consacre tout entier. « Es nam tu mihi optimus testis, an potiores Her- « culis ærumnas credam, sævosque labores, et Ve- « nere, et cœnis et plumis Sardanapali. Natus nam
« homo est ad laborem, et ad agendum semper « aliquid viro disnum, non ad voluptatem, quæ « belluarum est ac pecudum. »
Un petit ouvrage, devenu très-rare, parut aussi en juin de cette année. Il est intitulé : LiBezLuüs DE Ερι- DEMIA quam Îtali morbum gallicum, Galli vero napolitanum vocant, in-4°, par Nicolas Leoniceno Vincentino (1). C’est le premier livre qui ait été publié sur la maladie récemment introduite en Europe, à laquelle, dit Leonicenus, les médecins n’ont point encore donné de nom, mais qui est connue sous le nom de maladie française, parce qu’elle fut introduite en Italie par les Français lors de leur récente invasion (2).
Dans sa préface, qu’il adresse à Jean-François de la Mirandole (3), comte de Concordia, son protecteur, Leoniceno nous fait savoir que cet ouvrage est la reproduction développée d’une thèse qu'il avait soutenue à Ferrare. Les circonstances n'ayant pas permis à Jean-François de la Mirandole d’y assister, malgré le désir qu’il en avait manifesté, l’auteur crut lui être agréable en lui dédiant ce volume.
(1) Nicolas Leonicenus, Vincentinus, du lieu de sa naissance Lonigo (Leonicum), dans le Vicentin, mort en 1524, était philologue, philosophe et médecin des plus distingués.
(2) Il ἃ été réimprimé le mois suivant à Milan, in-4, et assez souvent depuis.
(3) Jean-François Pic de la Mirandole, mort en 1533, était le neveu du célèbre Jean Pic de la Mirandole, dont il a écrit la vie, et, comme lui, il s'occupa de philosophie religieuse.
Témoin des grands travaux entrepris par Alde et de son zèle infatigable, Leoniceno nous transmet l'admiration qu'il en éprouve et que le temps ἃ confirmée. « Je ne saurais, dit-il, assez louer Alde Ma- « nuce le Romain, dont le génie est non moins re- « marquable que le savoir, et qui, par ses labeurs et le « secours de son art, s’occupe de nous imprimer, par « milliers de volumes, toute la science des Grecs : « grammaire, poésie, art oratoire, philosophie, mé- « decine même, et fait revivre, en les améliorant, « les écrits de tous les hommes les plus éminents de « l’antiquité, en sorte que désormais ils sont à l’abri « des ravages du temps qui les aurait anéantis. N’est- « il pas digne de l’immortahité, celui qui rend éter- « nels tant de grands génies (1) ? »
Alde imprima vers la même époque un opuscule du même auteur : DE TiRO SsEu VIPERA, adressé à Alexandre Agathimeros ou Bondini, médecin de Venise et collaborateur d’Alde à son Aristote. Il ne porte ni le lieu ni l’année de l'impression, mais 1] sort sûrement des presses d’Alde.
(1) « Quocirca nunquam satis laudari posset Aldu3 Manutius Romanus, vir non minore ingenio, quam doctrina, qui sua industria atque labore, omnem Græcorum sapientiam, grammaticam, poeticam, oratoriam, philosophiam, et medicinam etiam, innumerosis voluminibus curat imprimenda, qui tot doctissimorum hominum lucubrationes, quæ non multis post annis erant interituræ, ita reficit atque restaurat, ut nulla unquam possint temporum vetustate aboleri, dignus profecto immortalitate, qui tam multis viris præstantibus dat æternitatem. » Feuillel 11, verso.
Quatre petits ouvrages en latin, aujourd’hui extrémement rares , mais de peu d'intérêt littéraire, parurent cette année, format in-/°.
Dans le premier, publié sous le titre bizarre d’Épi- PHYLLIDES (1), mot grec qui signifie les grappillons (botrrunculi), Laurent MaïoLi, professeur public de philosophie à Ferrare, a réuni une séric de syllogismes que le duc Hercule d’Este envoya à Alde pour qu’il en exécutât l'impression. Alde s’y refusa d’abord, prétextant que le livre n'était pas assez bien écrit, mais, sur les instances du prince, il s’y décida, en le dédiant à la jeunesse studieuse et l’engageant à étudier ces élucubrations pour en profiter, σὲ c'est possible. Après cette épitre d’Alde à la jeunesse et celle de Maioli à Alde, vient une épître dédicatoire de l’auteur au jeune cardinal Hippolyte d’Este, alors âgé de dix-huit ans, fils du duc Hercule d’Este. Elle contient un renseignement nouveau, constatant que ce jeune cardinal d'Este avait fait un premier voyage en Hongrie avant 1497 (Cum tuas ex Pannonia iucundissimas mil litteras accepi, lui dit Maioli), tandis que les biographes ne parlent que d’un seul voyage dans ce pays, exécuté par lui en 1518.
Le second, qui traite de la Conversion des propo-
(1) J'ignore où Renouard a puisé l'indication du titre de ce volnme, titre qu'il annonce ainsi : Epiphyllides, i. BoraxuncuLt ET RACEMULI ἐπ dialecticis, landis que mon exemplaire porte simplement Epiphyllides in dialecticis. Le volume n’a que 58 ff. imprimés; le 54e doit ètre blanc.
ANNÉE 1497. OL sitions selon les péripatéticiens, est précédé d’une épitre de L. Maioli adressée au juge Hybletus de Flisco.
Le troisième est une traduction latine d’un fragment d’AvERROËS. De ces trois opuscules, imprimés avec le même caractère, le second seul est daté (Venise, Alde, juillet 1497), mais, à la fin du troisième, se trouve un registre de réclames pour tous les trois, ce qui prouve qu’ils ont été imprimés à la même époque, pour ne former qu’un volume en trois parties. |
Le quatrième opuscule, daté aussi de 1497, est de Laurent Maïoz:, sur les GRADES de la médecine. 1] ne porte pas le nom d’Alde, mais, comme 1] est imprimé avec les mêmes caractères que les précédents, on doit lui en attribuer l'impression. Ce Laurent Maioli était probablement frère de Th. Maioli, le célèbre bibliophile, cet heureux rival de Grolier, et qui à son exemple mettait sur ses admirables reliures : Th. Maiol et amicorum. A l'exemple des Grolier, des De Thou, des Letellier et des grands seigneurs amis des lettres, Maioli acquérait chez Alde plusieurs exemplaires de la même édition pour lui venir en aide, comme doit faire tout généreux protecteur, et il les distribuait à ses amis.
En tète de ce dernier ouvrage est une préface de Maioli à Louis-Marie Sfortia.
La même année, au mois de septembre, Alde
donna, en un volume in-folio, [AMBLIQUE, PRrocLus, PorPHYRE, SyNÉsius et autres philosophes néoplatoniciens. En tête est une préface adressée par Marsile Ficin au cardinal Jean de Médicis, depuis Léon X.
Le 5 décembre suivant, parut un petit Livre D'HEURES de la Vierge, en grec, format in-16, fort bien imprimé en rouge et en noir. Il est devenu extrêmement rare.
Alde imprima aussi, en décembre 1497, le Dic- TIONARIUM græcum copiosisstimum secundum ordinem alphabeti, cum interpretatione latina, dont la première partie est la reproduction du Lexique greclatin de Craston, où il ajouta une nomenclature alphabétique des mots latins correspondant aux mots grecs, ce qui est en quelque sorte le premier essai d’un Dictionnaire latin-grec et grec-latin; mais son usage est fort incommode puisqu'il faut aller chercher à la fin du volume l’équivalent en latin des mots du texte grec; et ce qui rend cette recherche presque impossible , c’est que, comme dans tous les ouvrages jusqu'alors publiés par Alde, aucune page n’est chiffrée. Cet inconvénient, dont il fut frappé, lui fit recommander, dans un avis à la fin de son Lexique latin, de numéroter à la plume chacune des pages du Lexique grec, pour pouvoir s'y reconnaître :
c’est ce qui a été fait dans l’exemplaire que je possède (1).
Dans sa préface, adressée aux Studicux, Alde nous dit avoir rassemblé des matériaux pour publier un Lexique plus complet que celui qu'il imprime, mais que, pour bien exécuter un pareil travail, 1] faudrait un loisir que ses multiplés occupations lui interdisent, et aussi le concours de savants spéciaux , afin de traiter convenablement, et κατὰ χυριότητα, chaque expression. « Comment, en effet, avoir les connaissances nécessai- « res dans les arts libéraux, en médecine, en jurispru- « dence, οἱ, quant à la botanique, ne serait-il pas « honteux d’en parler, quand on n’en connaît que « les laitues et les choux ? Suffire à cette tâche serait « impossible; 1l faut donc attendre la publication du « Grand Étymologique , de Suidas, de Pollux, de « Pausanias, de Stephanus Byzantinus, que je vais « bientôt metlre sous presse, ainsi qu’une foule d’au-
teurs et les meilleurs en tous genres. En ce mo- « ment même, dit-il, mes types impriment dix des « comédies d’Aristophiane (2), accompagnées d’excel- « lents commentaires; sous peu, Suidas sera im- « primé, et je réunirai en un seul volume toutes
(1) C’est au tome II d’Aristote, qui parut trois mois après ce dictionnaire grec, qu'Alde ἃ introduit la pagination régulière au haut des pages, mais seulement après les soixante-quatre premières pages qui, étant déjà imprimées, n'ont pu être chiffrées.
(2) Il espérait alors pouvoir compléter la Lysistrata dont il avait recueilli un fragment, qu'il jugea trop incomplel pour étre adjoint aux neuf comédies dont se compose son édition d’Aristophane.
" «les Lettres les plus célèbres; j'attaquerai ensuite « la Rhétorique d'Hermogène, les Progymnasmata « d'Aphthonius et leurs commentateurs, et ceux « d’Aristote, et aussi tout ce qui nous reste de Ga- « lien... enfin je donnerai bien plus que je ne pro- « mets, mais aussi, par un juste retour, venez- « moi en aide, et, s? cupitis Aldum vestrum openi « vobis et pereunti doctrinæ tmpressorio ære facr- « lus allaturum, ære vestro emere hbros nostros, « ne parcite impensæ, alors vous pourrez bientôt « posséder l'antiquité tout entière. N'oubliez donc « pas ce que prescrit Hésiode :
Καὶ δόμεν ὅς xev δῷ, xat μὴ δόμεν ὅς χεν μὴ δῷ" Δώτῃη μέν τις ἔδωχεν, ἀδώτη δ᾽ οὔτις ἔδωχεν. »
A la fin de cette préface sont deux quatrains en grec, l’un de Cartéromachos, l’autre de Marc Musurus, en l’honneur d’Alde. |
Voici celui de Musurus :
Third” ἐπεριδμαίνεσχε τιθηνήτειρα Πελασγῶν Γλῶσσα, χαὶ ἅ θυγατὴρ Αὐσονὶς ἀμφὶ βίόλου,
'Τῆσι ταλαντεύων τρυτάνην ὅτ᾽ ἰσόῤῥοπον εἶδε, | Euvèv εἴην ἀμφοῖν τὸ χτέαρ ἴἼλλδος ἐφη.
« La langue nourricière des Pélasges et sa fille la « langue ausonienne se disputaient ce livre; mais « Alde, les pesant dans la balance, vit ses plateaux « rester en équilibre, et déclara que ce livre était « un bien commun à toutes deux. »
ANNÉE 1497 (1498 x. sr.). 95
Ce volume contient aussi un recueil des mots ayant
des significations toutes différentes, par CYRILLE, et
le traité d’Ammonios : Dé differentia dictionum per literarum ordinem.
C’est vers le commencement de l’année 1498, selon notre style, qu’Alde fut atteint de la maladie pestilentielle qui causa de si grands ravages et acquit toute sa force à l’époque de l’Ascension , au point que cette fête ne put être célébrée. Alde, se voyant en danger de mort, fit le vœu de se faire prêtre s’il parvenait à guérison. Heureusement 1] recouvra la santé et fut relevé de son vœu quelque temps après, mais les travaux de son imprimerie se ressentirent des conséquences de ce fléau et de la maladie d’Alde.
Le traité des /nstitutions de la GRAMMAIRE GREC- QUE, daté de Jarwier 1497, c’est-à-dire 1498 de notre style, et qui fut entrepris par Urbain Bozzani, dit de Bellune, à la demande d'Alde, offre pour la première fois les règles de la grammäire de la langue grecque données en latin (1); il est dédié à Jean-François Pic de la Mirandole, digne, par son amour pour les let-
(1) C’est dans cé volume in-4° que parut pour la première fois, avec date, un petit caractère grec dont j'ai retrouvé l'emploi dans les pre-
mières impressions d’Alde : le Diclionnaire grec in-fo, daté de décembre 1497, et dans deux ouvrages sans date : le Musée et le Psautier.
tres, de son oncle, le célèbre Jean Pic de la Mirandole, universellement nommé le Phenix de la science; désignation que lui donne Alde, et qui lui a été maintenue. Une médaille commémorative a été frappée en l’honneur de Bolzani, après la publication de ce livre de toute utilité à l’époque où il parut, et qui ἃ été souvent réimprimé.
Le troisième volume d’ARISTOTE, qui parut le même mois que l'ouvrage précédent, se compose de vingtquatre traités sur des sujets divers, et contient l'Histoire des animaux. 11 est précédé d’une préface, adressée à Albert Pio, où Alde rend compte de l'ordre dans lequel il a cru devoir ranger les écrits d’Aristote et de Théophraste, d’après les conseils de François Caballus de Venise (1), aussi savant en philosophie qu'en médecine. Il engage le prince à étudier surtout l'Histoire des animaux, placée en tête de ce volume, et d’en comparer le texte grec avec la traduction latine faite, quelque temps auparavant, par Théodore Gaza qui, « bien que Grec de nation, excelle dans la connais- « sance des deux langues ». « Cette étude, dit-il au « prince, vous sera non moins profitable qu’elle le fut « pour bien apprendre le grec à Hermolaüs Barbaro « et à Pic de la Mirandole, votre oncle, à Jérôme « Donat, à Ange Politien, ces hommes si distingués « par leur profond savoir. »
(1) François Caballo professa la médecine à Padoue el mourut en 1540.
ANNÉE 1497 (1498 x. 51.) 97
Dans sa préface au prince de Carpi, en tête du seconp volume, daté de février 1497 (1498 n. st.), Alde rend compte de ses efforts pour réunir les meilleurs manuscrits d’Aristote, qu’il a comparés avec soin afin d'adopter les meilleures lecons. Quant aux manuscrits de THÉOPHRASTE, ils sont, dit-il, tellelement rares qu’il n’a pu s’en procurer qu'un seul dans toute l'Italie. Alde déplore dans cette lettre la mort prématurée, à l’âge de trente-deux ans, de Jean Pic de la Mirandole « dont l'immense savoir n'aurait point eu de bornes s’il eût prolongé sa carrière », et il témoigne sa reconnaissance et son affection pour son élève le prince Albert Pio, neveu de Pic de la Mirandole. Il veut que tous les amis des lettres sachent que c’est encore plus à Alberto Pio qu’à Alde lui-même qu'ils sont redevables de la publication de tant d’ouvrages grecs et latins (1). Aussi est-ce à lui qu’il dédiera tous les volumes concernant les écrits d’Aristote et de Théophraste.
(1) « Nam non modo assidue adjuvas provinciam nostram opibus tuis, sed agros quoque fertilissimos amplissimosque te mihi donaturum palam dicis. Immo oppidum amœænum ex tuis ila meum futurum polliceris, ut in eo æque ac tu jubere possim. Quod facis ut bonorum librorum et latine et græce commodius faciliusque a me ibi fiat omnibus copia, constituatur etiam Academia in qua, relicta barbarie, bonis litteris, boaisque artibus studeatur.…. Non sperno, princeps liberalissime, ingentia munera tua. Veniam equidem non invitus quocunque jusseris ac fecum quem a teneris (ut aïunl) unguiculis educavi instituique, incumbam studio sapientiæ, quam philosophiam græco vocabulo appellamus..… Utinam viveret ille Johannes Picus, avunculus tuus, quem immatura morte raptum semper deflebimus! Nam sua, quamvis magna, tomen adhac crescenti doctrina, superaret omnium fortunam. »
Parmi les savants les plus distingués qui se sont intéressés à cette publication, il cite avec éloge l’Anglais Thomas Linacer, Gabriel Braccio (Brasichellensis), Justin (Décadyos ?) de Corcyre, Nicolas Leoniceno, qui, à la demande d’Alde, ἃ collationné les textes sur les manuscrits qu’il possède, et Laurent Maioli, de Gênes, aussi célèbre comme médecin que comme philosophe (1). Alde termine sa longue épitre au prince de Carpi en annonçant qu’il va donmer bientôt tous les commentateurs d’Aristote , les œuvres complètes de Platon, et tous les écrits d’Hippocrate, de Galien et des autres médecins, puis tous les mathématiciens ; οἱ qu’il s’efforcera, si Dieu lui prête vie, « de ne le laisser jamais manquer de bons « livres de littérature et de science ». Mais Alde ne put, de son vivant, mettre à exécution son projet de publier les œuvres complètes de Galien, dont 1] s’occupa seulement à rassembler les matériaux. L'édition complète ne parut qu’en 1525, en 5 volumes in-fol., par les soins de son-leau père André d’Asola (2).
Sur le dernier feuillet du second volume d’Aristote, se trouve l'indication, en grec et en latin, du registre des cahiers qui composent ee volume. Pour que ces renseignements fussent donnés en grec, il fallait qu’Alde employät des Grecs dans ses
(1) Philosophorum zælalis nostræ medicorumque facile princeps. (2) In ædibus Aldi et Andreæ soceri.
ateliers, même pour l'assemblage des feuilles οἱ la reliure ou brochure des volumes. A.-A. Renouard, dont je ne saurais trop louer l'exactitude scrupuleuse et si persévérante dans le cours de ses longs travaux sur les Alde et les Estienne, ne parle point de ces indications placées par Alde au feuillet 268 du volume, non plus que d’un autre avis au relieur, également en grec, qui se trouve entre les pages 15 et 16 des Rhetores Attici, 1513, 2 vol. in-fol.
L'expression de broché à la grecque, connue en librairie οἱ dans tous les ateliers de brochure, se rattache probablement à ce mode d'opérer venu de Constantinople. Dans une lettre inédite de J. Arigon adressée à Zacharias Calliergi, il lui demande de lui envoyer les Géorgiques (d’Hésidde) pour qu’il les fasse relier à la grecque, ἵνα ἑλληνιστὶ συνδεθήσεται.
Alde nous dit que ce volume ἃ été « excriptum (sic) Venetiis, manu stamnea (sic), ὧλ domo Alt Manutit Roman et græcorum studiosi, mense 7165 bruario M. III. D. » (1). Cet avis, répté en grec, également avec l’expression singulière d’inprimé avec une main. d'étain (καττιτερίνη χειρὶ), ine donne tout lieu de croire que les premiers caractères fondus par Alde furent exécutés en étain, ou du moins que l’étain
(1) La date est aussi marquée en lettres grecqués majuscules et aussi en minuscules :
en majuscules, x.HHHH.Dlaaaa.nit, soit 1497,
en minuscules, α, v’, ç, ζ. soit 1197.
y prédominait sur le plomb ; car je ne pense pas qu’on employät alors le mélange du plomb avec l’antimoine, métal récemment découvert, dont l’alliage donna une bien plus grande solidité aux caractères d’imprimerie (1).
A.-A. Renouard remarque en effet que le caractère grec, qui n'avait servi qu’à l'impression des deux opuscules, le poëme de Musée et la Galéomyomachie, parait déjà usé dès l'impression de la grammaire de Théodore Gaza, imprimée en janvier 1495 (1496, n. st.), ce qui fait présumer, dit-il (p. 405), qu’alors on employait pour la fonte des caractères une matière très-peu forte, qui n’était presque que du plomb. Ces fontes d’ailleurs étaient peu considérables.
On voit par une lettre de Paul Manuce, du 20 mai 1970, publiée pour la première fois par Renouard,
(1) Si l’ingénieux Schæffer, l'associé de Fust et de Gutenberg, eut l’idée de cet alliage du régule d’antimoine qui augmente considérablement la dureté des caractères, et si quelques-uns des ouvriers de leur atelier connurent ce procédé, il dut être tenu secret par eux, car alors, plus que jamais, les nouveaux procédés étaient cachés, surtout en ce qui concernait l’imprimerie.
Mon père, pour son procédé de s{eréolypage, composa un alliage de quarante parties d’étain et de cinquante parties de règule d’antimoine, alliage auquel il ajouta une dixième partie de cuivre afin de rendre la fonte des caractères plus dure, ce qui permettait d’enfoncer, à l’aide d’un balancier , une page tout entière dans une plaque de plomb vierge, d’où on retirait par le clichage la reproduction en relief de cette page, en sorte que l'impression s'opérail, comme dans l'origine de l’imprimerie, sur des planches immobiles (l'impression tabellaire).
Ces caractères en matière dure (étain, antimoine et cuivre) avaient l'avantage de durer trois fois plus que les caractères ordinaires. Maintenant on remplace le cuivre par le fer.
que, même à cette époque, les caractères d'imprimerie duraient peu, puisqu'il recommande qu’ils soient tout neufs : « Voglio che la lettera sia nuova /fammante » (1), et qu’on s'assure s’ils le sont réellement, qu’autrement ils seront déjà vieux quand on arrivera à la moitié du volume, c’est-à-dire dans quatre mois.
En examinant le Théocrite, qui parut en février de celte même année 1495 (1496, n. st.), avec le prenier volume d’Aristote, en novembre, je ne doute pas que les premiers caractères d’Alde furent fondus en étain, plus ou moins mélangé de plomb, et que’ probablement la fonte en fut faite dans ses ateliers et sous ses yeux; car alors toutes les parties qui constituent l’art typographique s’exécutaient par les soins de l’imprimeur qui très-souvent gravait lui-même ses caractères et faisait faire les fontes chez lui, fabriquait son encre et s’occupait de tous les détails techniques. J’ajouterai que ces poinçons furent gravés, contrairement à ceux de Jenson, avec un talus très-obtus, ce qui en rendait la fonte bien plus facile, mais aussi l’impression moins nette : les contours indécis s’empâtant plus ou moins sous l'inégalité de l’encrage et du foulage de la presse (2). L’encre d’Alde, si noire et qui
(1) Éclatante, flambante, et, comme disent les Anglais, sylver type (caractère d'argent), c'est-à-dire brillant comme de l'argent, expression figurée qui a fait croire que quelques livres avaient été imprimés avec des caractères d'argent.
(2) Je me rappelle que mon père me conduisit, bien jeune encore, à
s’est si bien conservée jusqu’à nos jours, est bien supérieure à celle des Junte (1).
Le papier employé par les Alde était fabriqué à Fabriano, petite ville de tout temps renommée par l’excellente qualité de ses papiers (2) ; il réunissait toutes les conditions désirables : finesse, blancheur, solidité, et il était très-bien collé, ce qui permettait d’y ajouter des notes et additions que les savants se plaisaient à inscrire sur Îles marges. Parmi le grand nombre d'exemplaires ainsi annotés, il en est plusieurs qui
l’Imprimerie (alors nalionale) pour me montrer les poinçons d’un grand caractère persan, provenant de l'imprimerie de la Propagande; leurs talus taïillés à pic devaient produire une netteté dont les caractères d’Alde sont dépourvus, surtout dans ses premières impressions grecques; aussi la fonte devait en être bien’ plus difficile. J'ai vu souvent mor docte père, pour montrer à ses ouvriers fondeurs comment il fallait s’y prendre afin de mieux faire venir tel ou tel délié d’une lettre, qu'il avait gravée avec très-peu de {alus, pour qu’elle donnât une impression plus pure, saisir le moule des mains mêmes des ouvriers, et, par son expérience et sa dextérilé, obtenir facilement le résultat auquel ils n’avaient pu atteindre.
(1) Je conserve encore la recette de mon aïeul Ambroise Didot pour faire l'encre; on en a modifié les bases de mille manières sans cependant qu’elle soit devenue plus noire et plus brillante que celle des Alde et des Estienne, et je me rappelle mon oncle Pierre Didot et mon père faisant cuire sur les bords de la Seine l'encre destinée à l'impression du Racine et du Virgile in-fo, exécutés au Palais national du Louvre, et, plus tard, mon jeune frère consommant des centaines de paquets de : bougies allumées au-dessous de plaques de cuivre pour y recueillir un noir le plus pur destiné à l'impression de l’édition de la Henriade, dont les types gravés par mon père étaient fondus sous sa direction.
(2) Colle et Fabriano sont les deux localités où les premières papeteries s’établirent en Italie, et j'ai constaté avec plaisir à la première des expositions universelles (celle de Londres, 1851) que les papiers fabriqués par M. Miliani à Fabriano soutenaient leur antique réputation. (Rapport du Jury par Amb. Firmin Didot, p. 84.)
contiennent des variantes de manuscrits et des notes précieuses sous le rapport littéraire, mais la plupart des bibliophiles préfèrent les marges exemptes de toute écriture. |
On pourra juger par la correspondance vénitienne de Lorenzo da Pavia avec la charmante Isabelle d’Este, marquise de Mantoue, du soin apporté par Alde au choix qu’il faisait de son papier pour des exemplaires destinés à cette princesse, qui doit être placée au premier rang des bibliophiles.
En juin 1498 parut le cinquième volume de l’Aris- ΤΟΤΕ, contenant les Éthiques qui terminent la publication des œuvres de ce philosophe.
Dans la préface adressée à son protecteur, le prince Alberto Pio, 1] lui dit qu’il aurait voulu pouvoir réunir dans cette édition tous les textes grecs dont on a la traduction latine de Léonard l’Arétin. « Pour les « retrouver, dit-il, j'ai eu recours à Rome, à Flo- « rence, à Milan, à la Grèce et jusqu’à la Bretagne, « enfin où n’ai-jc pas envoyé ! C’est surtout à Venise « que j'ai puisé. Après l’achèvement de ce volume, « j'ai attendu six mois vainement ce qui manquait en- « core. Ces efforts convaincront, je l’espère, l’ingra- « titude, l’envie, la malveillance de la difficulté de « publier correctement les œuvres d’Aristote ; mais,
. « ajoute Alde avec amertume et tristesse, toujours le « monde fut ingrat pour ses bienfaiteurs (1). »
C’est seulement dix ans après, en 1508, que la Poëétique et la Rhétorique d’Aristote, dont Alde n’a-
(1) Voici la liste des ouvrages d’Aristote qui composent l'ensemble de la grande publication d’Alde.
1er pol. l’’Opyavov (novembre 1495).
Πορφυρίον εἰσαγωγή. — Κατηγορίαι. — Περὶ ἑρμηνείας. — ᾿Αναλυτιχῶν προτέρων πρῶτον, --- Δεύτερον. — ᾿Αναλυτιχῶν δευτέρων πρῶτον, — Δεύτερον. -- Τοπιχῶν πρῶτον, --- Δεύτερον, --- Τρίτον, --- Τέταρτον, --- Πέμ- TTOV, --- Ἔχτον, — δδομον, --- Ὄγδοον. --- Περὶ σοφιστιχῶν ἐλέγχων.
29 vol. (février 1497).
3° vol. (janvier 1497).
᾿Αριστοτέλους περὶ ζώων ἱστορίας. --- Περὶ ζώων μορίων. --- Περὶ ζώων πορείας. --- περὶ ψυχῆς. --- Περὶ αἰσθήσεως καὶ αἰσθητοῦ. — Περὶ μνήμης χαὶ τοῦ μνημονεύειν. --- Περὶ ὕπνου καὶ ἐγρηγόρσεως. --- Περὶ ἐννπνίων. — Περὶ τῆς κατ᾽ ὕπνον μαντιχῆς. — Περὶ ζώων χινήσεως. --- Περὶ ζώων γενέσεως. --- Περὶ μακροδιότητος χαὶ βραχυδιότητος. --- Περὶ νεότητος καὶ γήρως, χαὶ ἀναπνοῆς ζωῆς καὶ θανάτον. --- Περὶ πνεύματος. — Περὶ χρωμάτων. — Φυσιογνωμιχῶν. --- Περὶ θαυμασίων ἀχονσμάτων. --- Περὶ Lrvopévouc χαὶ Ζήνωνος καὶ Γοργίου δογμάτων.--- Περὶ ἀτόμων γραμμῶν. — Θεοφράστον περὶ ἰχθύων. --- Περὶ λίθων. --- Περὶ χόπων. --- Περὶ ὀσμῶν. --- Περὶ ἱδρώτων.
Ce volume se compose de 457 feuillets.
Le 4e vol. (juin 1497); il se divise en deux parties :
Première partie : Θεοφράστον περὶ φυτῶν ἱστορίας (20 livres). — rrepi φυτῶν αἰτιῶν (6 livres); en tout (226 feuillets).
Seconde partie : ᾿Αριστοτέλους προδλημάτων (38 livres formant 116 feuillets). — ᾿Αλεξάνδρον ἀφροδισιέως προδλημάτων (2 livres forment 42
ANNÉE 1498. τοῦ
vait pu se procurer de manuscrit, furent publiées par lui en tête des Rhetores græcr.
L'édition princeps d’ARISTOPHANE, in-folio, qui parut au mois de juillet de cette année, est un monument littéraire et typographique non moins remarquable. Alde, malgré tous ses efforts, n’avait pu recueillir que neuf comédies : le P/utus, les Nuées, les Grenouilles, les Chevaliers, les Acharnes, les Guépes, les Oiseaux, la Païrx, les Ecclesiazousæ. Les scolies qui accompagnent ces neuf comédies ont été recueillies par Marc Musurus dans divers manuscrits ; à ces scolies d’autres de moindre valeur ont été ajoutées dans les éditions postérieures, mais Brunck dit qu’on ne doit pas les confondre avec celles de l'édition d’Alde (Sincera habentur sola in editione Aldina). En tête du volume est une épiître dédicatoire adressée par Alde à Daniel Clary de Parme, alors professeur en grec et en latin dans l’opulente ville de Raguse; Alde y démontre « combien sont dans l'erreur ceux « qui, s’occupant de philosophie, de médecine et de
feuillets). — ᾿Αριστοτέλους μηχανιχά. --- Τῶν μετὰ φυσικά (13 livres). — Θεοφράστον τὰ μεταφυσιχά. Ces trois parties forment 121 feuillets.
5e vol. (juin 1498).
La Rhélorique ne parut qu'en 1505 et la Poétique d’Aristote qu’en 1536, in ædibus heredum Aldi, in-8° ; cependant il y est fait indirectement allusion dans la préface d’Aristophane.
« science, se croient habiles sans savoir le grec, et se « contentent delire Aristote, Thémistius, Simplicius, « Hippocrate, Galien, dans des traductions latines, « bien qu’on sache qu’elles sont inexactes et incom- « plètes…. J’espère que bientôt, « erplosa barbarie, « rejectisque ineptits, » je vais faire briller dans tout « son jour ce qui n'était accessible qu’à bien peu de « gens. Aristote n’a pas écrit seulement sur ce qui « concerne la dialectique, la philosophie naturelle, « surnaturelle et morale, mais encore sur la rhétori- « que et la poétique. Je t’adresse donc, mon cher « Clary, toi qui professes à Raguse avec un grand « succès aussi bien le grec que le latin, conformé- « ment aux préceptes de Quintilien, les neuf co- « médies d’Aristophane que tu liras avec plaisir et qui « rendra ta tâche plus facile en intéressant la jeunesse « à cette lecture. Je n’y joins pas la dixième, la « Lysistrata, n'en ayant retrouvé qu’à peine la « moitié. A ces neuf pièces sont joints d'excellents « commentaires très-anciens.
« Rien, à mon avis, ne saurait être plus utile pour « bien savoir la langue grecque que l’étude d’Aristophane, et telle était aussi l'opinion de Théodore « Gaza, ce savant si accompli, qui, interrogé sur l’au- « teur que devrait lire assidûment quiconque voudrait
CS
« bien savoir le grec : — « Aristophane suffit, sous « tous les rapports, répondit-il; c’est l’attique par
« excellence. Saint Jean Chrysostome lui-même en
Pan
« faisait tant de cas, qu’on prétend qu’il ne cessait « de lire et relire les vingt-huit comédies d’Aristo- « phane (qu’on possédait alors), s’en servant comme « d’un oreiller, et c’est de cette façon qu'il acquit, « dit-on , cette éloquence et cette sévérité de style « qu’on admire en lui. On doit donc, selon moi, les « lire avec autant de plaisir que celles de Térence « dont Cicéron faisait sa lecture habituelle, et qu’il « appelait son fanuler, l'ayant toujours avec lui. » L’enthousiasme que fit naître cette apparition d’Aristophane , sortant simultanément des presses d’Alde avec les œuvres d’Aristote, est signalé par Musurus dans sa préface, qu’il écrivit en grec à la suite de celle d’Alde. Ce morceau est très-travaillé et à la manière des anciens rhéteurs, dont il ἃ l'élégance, comme tout ce que Musurus ἃ écrit en grec. Mais la traduction que j'en donne ne saurait offrir qu’une faible idée de ce style coloré où la valeur des mots et leur agencement, s’écartant à dessein de l’usage ordinaire, exigent une cerlaine tension d'esprit, qui, malgré la décevance du style, fait éprouver au lecteur quelque
fatigue.
Voici cette préface : ’
Marc Musurus de Crète, salut aux Lecteurs.
« Philhellènes !
« En ce moment nous sommes redevables à Alde de livres grecs qui nous font connaître la nature des êtres,
distinguer les vices des vertus, et parvenir par le raisonnement à la vérité. Pour nous donner ce qui nous est resté des écrits d’Aristote , il n’a été épargné aucune dépense ; et maintenant, pour gratifier de son mieux les amis de la véritable instruction, il a cru convenable de donner quelque délassement à ceux qui s'appliquent à la philosophie quand leur esprit est fatigué par la lecture des subtilités de la psychologie et de la métaphysique. À cet effet, il vous invite à assister à la représentation des comédies d’Aristophane, sans vous obliger de vous transporter pendantles fêtes de Bacchus à Athènes, et il vous les rend accessibles en tous lieux et à jamais, tant Alde, remplissant ses fonctions de chorége, y a déployé de largesse ! Mais comment trouver des expressions qui puissent atteindre à la hauteur de ce grand poëte qui, par les grâces de ses paroles et ses plaisanteries pleines de charme, entraîne à soi quiconque veut s’instruire ! Ceux qui aspirent à la vertu, il les encourage par des éloges, et ceux qui, mal éduqués et dévoyés du chemin de la vertu, ne sont plus des hommes sérieux, il les combat par des allusions pleines d’àäcreté, ou bien tout à découvert et, comme il le dit lui-même, en Hercule, recourant aux grandes paroles et à une fine raillerie. Accusateur intrépide, il s'attaque mène aux généraux coupables, et c’est en captivant l’esprit de ceux qui se livrent à lui qu’il insinue dans leur cœur le sentiment de ce qu’on doit préférer, de ce qu'on doit éviter.
a Sans s’attacher à certains endroits où il fait figurer le surnaturel, il suffira de savoir que ce surnaturel n’effraye que le bas peuple. Quant à ceux qui se sont familiari- 868 avec Aristophane, la variété d’expressions appropriées à toutes les nuances de la pensée reste tellement empreinte dans leur mémoire, que, si quelqu'un d’entre eux, dans la conversation, voulait imiter Aristophane, cette réminiscence, imprégnée encore de la senteur du thym attique, le ferait croire né et nourri au sein même de la
Grèce. Cette supériorité d’Aristophane est telle qu’il y aurait folie à moi de ne pas reconnaître combien il m'est impossible de parvenir à faire son éloge (1); Aristophane lui-mème n’y pourrait suffire.
« Quant aux commentaires, il faudrait y consacrer beaucoup de temps et de peine pour leur donner une meilleure forme. Ils étaient, vous le savez, fort en désordre. J'ai pris soin seulement de corriger les épreuves. Quant aux fautes commises par le compositeur, elles étaient plus compliquées que les têtes de l’hydre de Lerne, et il m’eût fallu le secours d’lolas; pour une retranchée, d’autres renaissaient : tantôt c'était un caractère à substituer, tantôt à supprimer ou à changer; mais, si nous avons ainsi fant roulé le tonneau, sera-ce pour l’utilité des Grecs? je ne saurais le dire. Bien peu d’entre eux ont conservé quelque étincelle de la félicité passée. Quant aux autres, en vain on agirait sur eux, enchaînés qu'ils sont aux nécessités de la vie et à suffire au tribut exigé par nos barbares ennemis ! Quant aux Italiens qui s’appliquent à se rendre attiques en leur langue, nous serons, je le sais, les bienvenus de ceux-là seulement qui siégent dans l’illustre sénat de l’aristocratique Venise, et aussi des patriciens nobles par leur caractère, car, on le sait, les comédies d’Aristophane sont les images du gouvernement d'Athènes dont Venise offre la ressemblance. .
« C'est à vous, lecteurs, d'apprécier nos peines et d’excuser ce qui a pu dans le cours de ce labeur nous échapper : il ne faut pas scruter ces détails avec la minutie d’un changeur d'argent (ἀργυραμοιῤικῶς). Heureux possesseurs de tant d'ouvrages déjà publiés, c’est en excitant le zèle
(1) Musurus ajoute : « 1] est inutile que ce poële soif soulenu en apportant la pierre à la corde tendue. » Proverbe grec faisant allusion à l’usage des cordiers qui pour mieux tendre la corde ajoutaient l’épaisseur plus ou moins grande d’une pierre; ce qui pourrait être rendu par le proverbe : « Ce serail porler de l’eau à la rivière. »
de ceux qui dirigent cet art bienfaiteur de la vie (l’imprtmerte, τῆς βιωφελῶς ταυτησὶ μηχανῆς), qu’on verra les livres sortir en foule de l’atelier d’Alde, et, comme l’a dit le proverbe :
« C’est à la louange que les arts doivent leurs progrès ».
Il n’est pas sans intérêt de connaître l'opinion qu’on se faisait d’Aristophane alors qu’à Constantinople οἱ dans quelques parties de {a Grèce les lettres étaient encore florissantes. On s'étonne toutefois de voir Alde engager Clary, professeur dans l’opulente Raguse, à faire lire par ses élèves Aristophane, et à leur faire apprendre par cœur ce modèle de la perfection, lui rappelant que saint Jean Chrysostome portait toujours avec lui les vingt-huit comédies d’Aristophane qu’on connaissait alors, et que, pour: les lire sans cesse, il les plaçait sous son oreiller (1). De ces vingt-huit comédies nous n’en possédons plus que onze. Deux
(1) Nous ne retrouvons aucune tracé de ce fait avancé par Alde; il doit pourtant avoir sa source, soit dans la tradition conservée encore aux quinzième et seizième siècles et perdue depuis, soit dans quelque document qui nous échappe. Or on sait que, dans sa jeunesse, saint Jéan Chrysostome s'était adonné aux plaisirs mondains , aux lectures profanes, et même qu'il fréquentait le théâtre, lorsque saint Basile vint le soustraire à ces séductions. Quelques biographes, quelques littérateurs, auront pu consigner ce fait, et, par cela même qu’il blessait les idées reçues et contrastait avec la vie de saint Jean Chrysostome, les scribes auront pris soin de l’effacer dans leurs copies.
Un de mes amis, savant helléniste, a remarqué dans plusieurs ouvrages des soustractions dans un même but. L’indication de ces supressions faites dans le corps de l'ouvrage se trouvait dévoilée par la table, où on avait négligé d’en effacer la trace.
manquent à l'édition d’Alde, Lysistrate et les Thesmophoriazousæ , qui toutes deux n’ont paru qu’en février 1515 chez Philippe Junte.
Lorsqu'on vit pour la première fois apparaître chez Alde ces neuf comédies d’Aristophane, et deux autres dix-sept ans après, on pouvait espérer que la totalité se retrouverait, ou du moins les dix-sept autres que connaissait saint Jean Chrysostome, et qu’il en serait de même pour le théâtre de Ménandre. Malheureusement, depuis 1515, rien n’a pu être découvert, sauf quelques fragments, et cependant ces chefsd'œuvre de Pesprit humain doivent exister, sinon sur la terre, du moins enfouis très-probablement sous les laves d’Herculanum (1).
(1) En voyant à Naples, en 1817, au retour de mon premier voyage de Grèce, dérouler et reproduire avec un art et une patience admirables, parcelle par parcelle, un de ces vo/umina calcinés, j’espérais qu’on rencontrerait, parmi le grand nombre de ceux qui composaient la seule bibliothèque d’Herculanum qui ait été retrouvée jusqu’à ce jour, mais qui malheureusement est presque entièrement consacrée à la philosophie épicurienne, quelqu'un des chefs-d’œuvre littéraires dont la perte est si regrettable. Peut-être un heureux hasard fera-t-il découvrir un jour une bibliothèque autrement composée. Depuis longtemps la (ranscription de plusieurs de ces volumina était prête à étre gravée par la taille-douce ; mais la dépense en arrélait la publication. Ne pourraiton pas recourir à la photographie, qui suppléerait parfaitement, ce me semble, le procédé long et dispendieux de la gravure? Néanmoins la publication de ces Herculanensia Volumina se continue, bien que lentement. La première série, formant onze volumes, parut à Naples de 1793 à 1856. Le texte grec y est accompagné d’une traduction latine et de commentaires. Cetle série n'a été tirée qu'à cent exemplaires. En 1861, on a commencé une s:conde série qui ne donne que le texte des papyrus. 11 en a déjà paru sept volumes et deux fascicules du huitième.
Le recueil des OEUVRES COMPLÈTES DE POLITIEN, qui parut en juillet, est un des livres qu’Alde a le mieux imprimés, εἴ 1l y ἃ joint une préface à Marino Sanuto, où les regrets que lui cause la mort de Politien sont si bien sentis, si bien exprimés, qu’au dire de Maittaire, qui l’a insérée en entier dans ses Annales de la typographie, « cette préface d’Alde pro- « longera l'existence des œuvres de Politien, enlevé « aux Muses par une mort prématurée » (1). Cette édition, quoique plus ample que celle de Florence, 1499, est moins complète que celle de Bâle, apud Épiscopium, 1553, in-fol., et qui est la seule où, selon Renouard, se trouve l’histoire de la conjuration des Pazzi (Pactianæ conjurationis), « omise sans « doute à dessein par Alde, qui devait cependant la « connaître, nous dit Renouard, puisque, dès 1478, « ce récit, dont Politien est l’auteur, avait été imprimé
in-{° sans nom de lieu ni d’imprimeur. » « Mais,
ma
« ajoute Renouard, Alde aura craint de se compro-
Le
« mettre auprès de la cour de Rome, en réimprimantun « récit historique qui enveloppait un souverain pontife dans la complicité d'un assassinat prémédité (2). »
C’est le 11 août 1498, que, par sa lettre au patriarche de Venise, le pape Alexandre VI releva Alde
(1) « Poliliani non multà antè præmatura morte erepii, operibus omnibus vitam reddidit longiorem, his præmissà ad Harinum Sannutum Leonardi filium, patritium Venelum, epistolà. »
(2) Renouard, Annales des Alde, p. 17.
du vœu qu’il avait fait #x articulo morts (1), pendant la peste qui a sévi au commencement de cette année.
« Vénérable frère,
« Notre aimé fils Alde Manuce, citoyen de Rome, nous a exposé qu'il y a quelque temps, lorsque sévissait la peste, se trouvant en danger de mort, il fit vœu, s’il en réchappait, d'entrer dans les ordres sacrés de la prètrise. Ayant recouvré sa santé, comme il ne persiste plus dahs son vœu et que, vu son état de pauvreté et l'impossibilité de subsister autrement qne par son labeur et par ses travaux manuels qui le faisaient vivre, il désire rester séculier, nous avons accueilli ses supplications. Nous commetions donc et commandons à ta Fraternité que tu absolves en notre nom ledit Alde du vœu prononcé, s’il t'en adresse humblement la requête et s’il en est comme il le dit, eu exigeant en retour d'autres actes de piété qu’il semblera bon à ta conscience d'imposer, et cela tout obstacle cessant. -
«a Donné à Rome, le 11 août 1498, an 6° de notre pontificat (2). »
(1) C’est au commandeur Gar, directeur des Archives de Venise, qu'on en doit la découverte parmi les leltres adressées ai Capi dei Dieci (archives de Venise). Une copie de cette pièce si intéressante m'a été communiquée en 1868 par M. Armand Baschet.
(2) « Venerabili fratri, etc. — Venerabilis fraler, salutem; etc. Exponi uobis fecit dilectus filius A/dus Manulius civis romanus, quod ipse alias pestifero morbo correptus vovit, si ab eo evaderet, se sacros etiam presbiteratus ordines suscepturum. Cum vero liberatus dicto morbo fuit, et dicto voto non perstiterit, considerans 86 valde esse pauperem, nec aliunde se sustentare posse, nisi mediantibus laboribus suis et operibus manudlibus quibus sibi victum quærit, desiderai in sæculo remanere. Nos igitur, ejus in hac parte supplicationibus inclinati, Fraternitati tuæ commitlimus et mandamus, ut eundem Aldum, si ita sit et id a (6 hu-
Une pièce de douze feuillets, petit in-4°, très-élégamment imprimée avec les caractères de l’Ætna, parut en septembre chez Alde; elle contient un Discours prononcé le mois précédent par REeucazix de Pfortzheim devant le pape Alexandre VI, en faveur de Philippe , duc Ce Bavière.
Dans le Catalogue des éditions d'{lde, daté du
folio, les livres sont rangés sous quatre divisions :
octobre 1498, qui consiste en un placard :in-
la Grammaire, la Logique, la Philosophie et l’'Écriture sainte (1). C’est le premier catalogue qui ait été publié en librairie.
Sur l’exemplaire, peut-être unique, que possède notre Bibliothèque de France, on lit, écrit de la main du neveu d’Alde, François d’Asola : 7 primo indice’ de la bona anima di M. Aldo.
En annonçant ses livres imprimés dans les Zhermes, Alde a voulu peut-être désigner ainsi ses ate-
militer petierit, abobservatione voti præmissi, auctorilate nostra absulvas, illudque in aliæ pietatis opera sibi commutes, prout conscientiæ tuæ, quam desuper oneramus, videbitur experiri. In contrarium facientibus non obstantibus quibuscumque.
« Dala Romæ, etc., die 11 augusti, 1498 anno 6°. »
(1) En voici l'intitulé :
« Hæc sunt græcordm voluminum nomina, quæ in Thermis Aldi Ro mani Venetiis impressa sunt ad hunc usque diem, seu primum octobris M. 10. Nam cum quotidie aliquis peteret quinam græci libri formis excusi sint, ac quanti veneant ad minimum, quod vel ipse scire cuperet, vel ad amicos id cupide efllagitantes mitteret, pertædebai toties idem scribere occupatissimum hominem. »
liers, échauffés en hiver par des poêles pour faire sécher le papier et rendre l'encre plus maniable aux ouvriers pressiers, à moins que ce ne soit par métaphore comme s’il eût voulu faire entendre que dans ses ateliers fervet opus, prælaque sudant.
L’impossibilité, nous dit Alde, de suffire aux demandes qu’on lui adressait soit de vive voix, soit par lettres, lui suggéra d’imprimer ce catalogue où les prix sont marqués à chaque livre. Ainsi la Grammaire de Lascaris (1494, in-4°) est cotée 4 marcelli (1); la Grammaire de frère Urbain (1497, 1in-4°), le même prix; le Thesaurus Cornucopiæ, in-fol., un ducat
(1) Le marcello, monnaie vénilienne en argeut frappée sous le doge Nic. Marcello, en 1473, était, à la fin du quinzième siècle, du poids de 64 grains et valait dix sous courants ou la moitié d’une livre de Venise, « ce qui, dit A.-A. Renouard, équivaudrait, pour la représentation effective de la matière d'argent, à 68 centimes de notre monnaie actuelle ».
« Le numinus aureus ou ducat, qui, vers 1526, commença à être « nommé zecchino, élait en 1474 du poids de 69 grains τὸ, et valait « 12 marcelli 3, ou 6 livres 4 sous de Venise : l'or et l'argent étant « alors dans la proportion d'environ 11 3 à 1, tandis qu’ils sont actuelle- « ment, pour la monnaie, dans celle de 15 et demie à 1.
« Pour le livre qu’Alde vendait 3 marcelli, il recevait donc 192 grains « d'argent monnoyé ou l'équivalent de 2 fr. 4 cent. de notre monnaie. « L'Aristole complel, qui était marqué dans le 1er catalogue 11 ducats « ou 136 marcelli et 5, se payait en argent un prix égal à 92 francs « 75 cent, (*) et en or un prix correspondant à 128 fr., différence occa- « sionnée par les rapports alors moins éloignés entre la valeur relative « de l'or et de l'argent. »
« Quelle était la chèrelé relative de ces volumes par rapport aux autres « objets de dépense de ces temps-là? L'examen de cette question exi- « gerait des détails qui sont hors de mon sujet (Renouard). »
Nous avons une base pour connaître le prix de revient des livres im:
(*) D’après le compte établi ci-contre.
d’or et demi; le Théocrite, in-fol., 3 #2arcelli; le Musée, dont un bel exemplaire vaudrait aujourd’hui
primés par Alde: c'est le memoire ou faclure des livres que cinquante ans plus tard Paul Manuce et deux autres imprimeurs exécutèrent pour l’Académie della Fama.
Une lettre de Paul Manuce à cette académie nous apprend que le papier fabriqué à Fabriano coûtait sept livres de Venise la rame; soit, en adoptant le calcul de A.-A. Renouard, 9 fr. 53 c. en argent actuel (la livre de Venise étant alors de 1 fr. 36 c.). .
Le nombre du tirage pour les impressions de l’Académie était de 1,125 exemplaires, soit deux rames et un quart par chaque feuille de 16 pages in-8°.
L'imprimeur Cornelio faisait payer la feuille y compris le papier 10 ducats seulement, et Paul Manuce 12. Cette différence de prix fut cause que, par le même principe d'économie qui fait quitter aujourd’hui un habile imprimeur dès qu’on trouve ailleurs un prix inférieur, l’Académie della Fama s'adressa à deux autres imprimeurs travaillant au rabais.
Le prix de 10 ducats ou 62 livres de Venise mettait la feuille à 84f.32c. Sur lesquels déduisant le prix des deux rames et quart à
9 fr. 52c. sit... ..................... 21 42 Restait pour la composition et l'impression . . . . . .. 62 90
Ce qui serait un prix élevé comparativement à ceux d’aujourd'hui. Paul Manuce faisait payer la feuille 12 ducats, soit 74 livres
de Venise οἱ en francs. ..............,..... 100 1.64 c Sur lesquels il faut déduire pour le papier . . . . . . .. 21 42 Restait pour la composition et l'impression . . . . . . .. 79 22
La feuille in-8°, payée à Paul Manuce 100 fr., était, il est vrai, d’une plus grande dimension, et le caractère romain employé pour les impressions de l’Académie della Fama étail plus petit que celui de l’Aristote in-fo, mais, si l'on tient compte de la différence du prix de la composition des caractères grecs, où Alde prodiguait à dessein les ligatures et mulüpliait les formes des lettres simples, afin de rendre ses impressions entièrement conformes aux manuscrits ; si l’on lient comple aussi de la différence du tirage, moindre de moitié pour l’Aristote, ce qui proportionnellement augmente le prix de revient de chaque feuille, les frais de composition restent les mêmes dan: l’un et l’autre ca;; on voit que le prix de revient de l’Aristole devait étre encore plus élevé. Alde l’Ancien avait donc fixé un très-bas prix à la vente des volumes de l’Aristote.
de 7 à 800 francs, se vendait un rarcello (68 centimes). Je reproduis ce catalogue rarissime à l’Ar- PENDICE.
M. Baschet a trouvé aux archives de Venise (1) une copie non achevée d’une supplique adressée à la fin de cette année à la Seigneurie de Venise. Alde y annonce vouloir publier un grand nombre d’ouvrages grecs inédits, Suidas, Démosthène, Dioscoride et autres.
C'est à cette époque qu’Alde, dans sa lettre du