LOI POUR LA NOUVELLE ACADÉMIE
« Vu les nombreux avantages qui doivent naturellement résulter pour les amis de l'instruction, à s’entretenir en grec, il a unanimement semblé bon à nous trois, Alde le Romain, Jean le Crétois, et à moi troisième, Scipion Cartéromachos, de décréter une loi défendant de converser entre soi autrement qu’en langue grecque. Que si quelqu'un s'exprime différemment parmi nous, soit à dessein, soit par inadvertance, soit même par oubli de la loi, soit par quelque autre cas fortuit, 11] payera comme amende une petite pièce d'argent. Il n’est établi aucune amende pour les solécismes, à moins toutefois qu’ilsne soient commis à dessein et de propos délibéré.
« Le délinquant payera l’amende immédiatement, sans remise au lendemain ou au surlendemain : s’il ne paye aussitôt, la somme sera doublée, puis quadru- : plée, s’augmentant toujours, proportionnellement au délai. |
« Celui qui ne tiendra nul compte de la loi ou qui
négligera de payer sera expulsé de la Société des hellénistes comme indigne de siéger parmi les sages, et désormais sa rencontre sera regardée comme sinistre.
« L'argent payé sera chaque fois déposé dans une bourse ou boîte consacrée à cet usage. La garde en sera confiée, soit à l’un de nous, soit à quelque autre personne désignée par nos suffrages et jugée digne de cet emploi. La boîte sera soigneusement fermée et scellée, pour plus grande sûreté. Quand on voudra l'ouvrir, elle sera apportée en public, et l’argent compté, s’il suffit à la dépense d’un banquet, sera remis dans les mains d’Alde, qui, avec cette somme, nous traitera non comme des imprimeurs, mais comme 1] convient de traiter des hommes qui déjà réalisent le beau rêve d’une nouvelle Académie, et l’ont instituée à la manière de Platon. Si au contraire l’argent ne suffisait pas, il sera remis dans la boîte, jusqu’à ce que la somme soit assez forte pour suffire aux frais d’un banquet.
« ]l ne sera permis d'amener parmi nous comme convive aucune personne indigne de la Société des philhellènes , c’est-à-dire aucun homme sans instruction, ou dépourvu de toute littérature grecque, surtout s’il est étranger à la nouvelle Académie, et ignorant les règles par nous établies. Mais si un étranger ou quelqu'un du dehors, retenu ici pour quelque affaire, instruit et sachant le grec, venait parmi nous, comme il arrive souvent, il sera de même soumis à nos règlements. S'il résiste à la loi ou s'élève contre elle, aussitôt, sans être admis à se justifier, il sera condamné sans rémission comme indigne et expulsé de la nouvelle Académie, sans pouvoir jamais être des nôtres, à moins de se repentir de sa faute et de se soumettre à nos lois, et même sous quelque
ho APPENDICE.
caution. Si c'est au contraire quelqu'un qui ne sache pas le grec, soit pour ne s’y être point encore adonné, ou n'être pas à même de le parler, et qui l’étudierait encore, ou voudrait l’étudier; qu’'alors, admis parmi nous, il s’habitue peu à peu à parler en grec comme nous. S’il troublait l’ordre, et surtout s’il se permettait de tourner notre assemblée en ridicule, qu’il soit exclu à perpétuité, sans pouvoir jamais y rentrer, même malgré ses instantes supplications.
« À proposé la loi :
« Scipion Cartéromachos. de la tribu des Lecteurs.
« Ont recueilli les suffrages :
« Alde le Romain, chef de ladite Académie, et Jean de Crète, de la tribu des Correcteurs, faisant fonctions de présidents.
« Ont donné leurs suffrages :
« Tous les membres de la nouvelle Académie, dont Baptiste, prêtre de la tribu des Ecclésiastiques ;
« Paul Vénitien, de la tribu des Nobles :
« Jérôme, de Lucques, médecin, de la tribu des : Médecins ;
« François Rosetto, de Vérone, de la tribu des Professeurs, |
« Et beaucoup d’autres qui, ayant le désir de s’instruire et de faire partie de la nouvelle Académie, n'y sont encore admis que de nom.
« Puisse-t-elle prospérer en tout, ainsi que ses adhérents (1)! »
(1) Au nombre des membres qui faisaient partie de l’Académie fondée par Alde, et dont nous avons donné la liste p. 149, il convient d'’ajouter Henri-Urbain, moine allemand, qui, dans sa lettre dont j'ai donné la traduction à la p. 290, a témoigné à Alde le désir d’y figurer.
ACADÉMIE ALDINE. δι