‹ Alde Manuce et l'hellénisme à VeniseChapitre 41 sur 103 · COMITÉ GREC · texte numérisé non relu

COMITÉ GREC

Souscription francaise en faveur des Grecs.

« La prise de Constantinople par les Turcs, au milieu du quinzième siècle, jeta la consternation dans l’Europe. Ceux d'entre les ” Grecs qui purent échapper à ce désastre, donnèrent à l'Italie, en échange de l'hospitalité, les connaissances précieuses dont ils étaient demeurés les dépositaires ; et la lecture des chefs-d'œuvre de la Grèce ranima le goût des beaux-arts, des sciences et des lettres, dans tout l'Occident, L'Europe, en acceptant le bienfait, a contracté envers les Grecs une dette sacrée : le moment est venu de l'acquitter.

« Qu'ont fait les Mahométans, depuis la conquête, pourqu'on oubliât que l'abus de la force est le seul droit qu'ils aient acquis sur ces heureuses contrées ? Depuis plus de trois siècles, ils tiennent la nation grecque dans un état d’oppression tel qu’il n'en existe pas un second exemple parmi les peuples civilisés ; aujourd’hui il semble qu'ils aient juré de l’exterminer.

« La cause des Grecs est celle de l'humanité, des lettres, du christianisme et de la liberté : c’est la cause de la civilisation contre la barbarie.

« Quelle autre que la patrie de tant de grands hommes en tous genres, aurait pu conserver ses mœurs, ses lois, sa langue et sa religion après un si long esclavage ? Ce peuple, dont le nom ne semblait plus qu'un souvenir, vient de reprendre son rang parmi les nations civilisées. L’élite de sa jeunesse, en succombant avec gloire, atteste assez qu'elle est encore digne de ses ancêtres , et les triomphes de sa marine naissante sur les forces navales des Turcs nous rappellent les faits glorieux de l'antiquité.

« La lutte dans laquelle les Grecs sont engagés fixe l’attention de l’Europe ; partout des souscriptions s’établissent en leur faveur. La France, cette terre si noble et si généreuse, serait-elle la dernière à imiter ce bel exemple ?

« Chacun sentira qu'il ne s’agit point ici des droits des souverains, ni de la forme des gouvernements, mais de savoir si une nation doit périr parce qu’elle s’est lassée d’un joug intolérable et qu’elle n’a pas voulu renoncer à la foi chrétienne.

« Dans des temps plus paisibles, lorsque le sang des Grecs ne coulait pas par torrents, l'Ââme noble et pure de Fénelon ne craignit pas

de manifester la généreuse indignation que lui inspirait le sort de ce peuple infortuné. Voici comment il s'exprimait dans une lettre où il annonçait le dessein de sc consacrer aux missions du Levant (1) :

« La Grèce entière s'ouvre à moi, le sultan effrayé recule ; déjà le Péloponnèse respire en liberté, et l’Église de Corinthe va refleurir; la voix de l’apôtre s’y fera encore entendre. Je me sens transporté dans ces beaux lieux et parmi ces ruines précieuses, pour y recueillir, avec les plus curieux monuments, l'esprit même de l'antiquité. Je cherche cet aéropage où saint Paul annonça aux sages du monde le Dieu inconnu ; mais le profane vient après le sacré, et je ne dédaigne pas de descendre au Pirée, où Socrate fait le plan de sa république. Je monte au double sommet du Parnasse; je tueille les lauriers dev Delphes, et je goûte les délices du Tempé.

« Quand est-ce que le sang des Turcs se mélera avec celui des « Perses sur les plaines de Marathon, pour laisser la Grèce entière « à la religion, à la philosophie et aux beaux-arts, qui la regardent « comme leur patrie? »

RER A Ὁ ἃ ἃ 3

« Aujourd'hui que les Turcs ont comblé la mesure de leur cruauté, qui pourrait ne pas partager de pareils sentiments ?

« Un assez grand nombre de jeunes Grecs venus en France pour v étudier les sciences et les arts, privés maintenant de toute communication avec leurs familles, qui sont en partie ou ruinées ou massacrées, ont besoin par suite de ces événements que l'on vienne à leur secours, soit pour pouvoir continuer leurs études, soit pour retourner en Grèce y défendre et y consoler leurs familles.

« La disposition générale des esprits sollicitait depuis longtemps l'annonce d’une souscription pour seconder des vues aussi philanthropiques, et témoigner tout l'intérêt qu'on prend en France en faveur d'une nation infortunée, combattant pour ce que des hommes ont de plus cher : la liberté religieuse, politique et civile.

« Diverses sociétés s'étaient déjà formées à cet effet; elles se sont

(1) Lettre de Fénelon, archevêque de Cambray. (Voyez Histoire de Fénelon, par M. le cardinal de Beausset, Lome I, p. 43.)

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