‹ Alde Manuce et l'hellénisme à VeniseChapitre 53 sur 103 · DIALOGUE · texte numérisé non relu

DIALOGUE

PERSONNAGES DU DIALOGUE : l’Amateur de livres, le Vendeur de livres, le Livre.

— Dis-moi, libraire, as-tu imprimé quelque livre nouveau ?— Certes, en voici un tout nouveau et tout petit. — Contiens-tu quelque poëme bucolique, ou un produit de La muse d’Ascra ? Livre, réponds à ma question. — Je fais le procès aux rhéteurs et aux doctes et célèbres écrivains, même au Mæonide, qui tous se volent réciproquement. — Mais commence par me mettre en main une drachme avant de prendre ce livre. Tu vois ici réunies bien des choses rares. Combien la vie est courte et pleine de misères ! C’est ce dont Simonide te convaincra, et aussi Ménandre et Philémon, et celuilà même qui a traité des Misères de la vie ; et aussi Psellus dans ses ‘ambes sur les Vertus et les Vices: et les trois Introductions relatives à Tantale, au Sphinx, à Circé l’enchanteresse, et des vers qui, pour être devinés, réclament une surnaturelle intelligence. Ar- . sénios de Monembasie a fait le choix de ces pièces. — Tiens, libraire, voici la drachme, prends-la donc. — Et toi, en t'en allant d'ici, tu dois être satisfait de

ton acquisition. Si bientôt tu reviens, tu pourras jouir de bien d’autres livres, surtout des Apophthegmes des nourrissons de la sagesse.

Ce petit recueil se compose des écrits suivants :

De PorPayre : Que les philosophes et les poëtes se pillent réciproquement ; — des STROMATES DE CLÉMENT : Que les philosophes, les rhéteurs, les historiens et les poëtes se transmettent dans leurs vers et leur prose leurs larcins mutuels; en vers: — de SImonine, élégie héroïque : Que la vie est une dérision; en vers; — de PxiLÉMoON, même sujet, trois pièces; — de Mé- NANDRE, même sujet, deux pièces; — de ΜΙΜΝΕΆΜΕ, même sujet, deux pièces ; — de TimocLÈs, une pièce; — de Dipxize, deux pièces ; —de PuiLéras, une pièce; — de Marc PomPée, une pièce ; — d’EuParon, une pièce ; — d'EURIPIDE, quatre pièces ; — d’'HÉsione, une pièce; — d'APOLLODORE, une pièce ; — de Tnéocnis, une pièce; — VERS POLITIQUES, une pièce ; — de So- TADES, Que la vie est pleine de soucis; en prose; — de TéLès, Sur la vie ; en prose ; — d’un ANONYME, l'Image de la vie; en prose ; — de PseLLus, les lambes (au nombre de trente distiques) sur les Vertus et les Vices ; — du même Micner PseLzus, Récit sur Tantale ; en prose ; — du même, Récit sur Circé voulant métamorphoser Ulysse ; — l’ÉNIGME pu Spxinx ; — de ProcHoproDRoMoS, un huitain en vers rétrogrades; en voici le premier :

Σοφὸς ἔγωγε ἤδη ὧν ἂν ὦ ἤδη ἔγωγε σοφός " et le dernier :

Et sept vers héroïques de Jean Tzetzès contenant chacun les vingt-quatre lettres de l’alphabet.

ZACHARIAS CALLIERGI. 573

Morelli et Chardon de la Rochette ont exprimé l’opinion que cet ouvrage n’est pas sorti des presses de Calliergi, comme on l’avait cru, mais bien de l’imprimerie fondée par le pape Léon X à Monte Cavallo à Rome, et dirigée par J. Lascaris. J’ai vérifié que les caractères ne sont pas les mêmes que ceux des autres ouvrages sortis du même établissement.

En 1523, Calliergi imprima à Rome le Dictionnaire composé par Guarino Favorino Camers, évêque de Nocera, célèbre lexicographe, auquel on doit aussi le Thesaurus Cornucopiæ, imprimé par Alde en 1496 (voir plus haut, Ὁ. 79 et suiv.) : Μέγα καὶ πάνυ ὠφέλιμον Δεξιχὸν ὅπερ Γαρῖνος... ἐξελέξατο. Ce dictionnaire a été réimprimé souvent sous le nom de Varinus.

Morelli a aussi attribué à Calliergi une édition des Erotemata de Chrysoloras, in-8°, de 64 ff.; mais elle a été imprimée avant 1500, à Florence, avec les caractères d’Alopa.

A partir de 1523, on ignore les destinées de Zacharias Calliergi.

Érasme a fait son éloge, et dit que c'était un jeune homme très-savant (1). Leonardo Crasso nous apprend qu'il avait composé des odes, de petites pièces de vers et diverses compositions d'imagination, et qu’il était habile interprète des anciens.

(1) Epist. LXXIIL, ep. 5.

Voici des vers qui furent composés en Italie en son honneur :

Hic ita Parnassi pertiogit labra bicornis Fonte, et sic sumptas inde ministrat aquas

Gloria ; quod cantus non solum fertur ad ipsum, Illic sed Vatum cætera turba nitet.

La famille de Calliergi compte plusieurs autres membres distingués par leur instruction, parmi lesquels on remarque Antonios Calliergi, dont le mérite a été signalé par Nicolas Sophianos (4), qui le déclare un puits de science (ἐνδοξότατον καὶ δοχεῖον τῶν ἀρετῶν). Giraldi rapporte avoir entendu François Porto faire de lui cet éloge : « Parmi nos compatriotes « crétois (2), l’un des plus distingués est le célèbre « Antonios, chez qui les vertus s'unissent à l'amabi- « lité et à l'instruction des Vénitiens les mieux « doués.» Giraldi vante aussi son mérite comme poëte et ses rares vertus (3).

Je possède un manuscrit grec du quinzième siècle, qui renferme un grand nombre de pièces inédites,

(1) Auteur de la traduction en langue vulgaire du Traité de Plutarque sur l'éducation des enfants, imprimé chez Barthelemy Calliergi, en 1544, 2 janvier. Il est l’auteur d’autres écrits.

(2) François Porto, Φραγχίσχος Πόρτος, était né à Rhétymne en Crète. 11 fut envoyé dans le Péloponnèse pour étudier. Devenu orphelin, ses parents le rappelèrent en Crète, d’où Georges Calliergi le fit venir en Italie et l’envoya terminer ses études à Padoue. IL s’y distingua tellement qu'il devint directeur de ce collége. M. Sathas donne la biographie fort détaillée de ce célèbre philologue du djix-septième siècle, Ρ. 169-172. Théodore de Bèze a composé en vers son éloge.

(3) Antonios a écrit une Histoire de Crète jusqu’en 1303, dont les hisloriens véniliens font souvent mention, Voy. Sathas, p. 175.

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parmi lesquelles se trouve le recueil des lettres de Michel Apostolios, dont une copie existe aussi dans notre Bibliothèque de France et une autre à Vienne. Les deux lettres suivantes, que je reproduis, prouvent l'élégance de son style. Elles sont adressées à un Pierre Calliergi, peut-être le parent de Zacharias.

To Καλλιέργη.

[TRADUCTION

Quoique un temps bien long se soit écoulé depuis que nous ne nous sommes vus, ami si cher et si honoré, du moins le charme de tes entretiens et les saintes lois de l’amitié te rendent toujours présent et me font te voir des yeux de l’esprit; j'entends le son de ta voix et retiens les paroles que dans nos entretiens nous échangions réciproquement, soit ici, soit là, où tu jouis maintenant du doux murmure des frais et clairs ruisseaux, du roucoulement des rossignols, du chant des cigales, et où tu vois les arbres Œœuverts de fruits abrités par l’ombre de leur vert feuillage, et les vignes pliant sous le poids des raisins (1), enfin de tous les biens que te réservent une longue et saine vieillesse.

Mais, puisque tout est commun entre amis; comme dit le proverbe, pourquoi ne fais-tu pas venir près de toi ton cher Michel (Apostolios) pour jouir ensemble paisiblement de tous ces biens dans les temps où nous vivons, quand on a si grand besoin de ces consolations de l’âme? Pour te procurer ce btenfait, toi dont le nom en est la signification (καλὸν ἔργον), envoie-moi soit un cheval, soit une mule, pour pouvoir fêter ensemble l’Assomption de la Vierge. Adieu, ὃ le meilleur des hommes, toi qui es doué de tous les avantages de l'âme et du corps!

(1) En Italie comme en Grèce, les vignes sont suspendues en gutrlandes d’arbre en arbre, ce qui donne au paysage un aspect bien antrement pittoresque que celui de nos vigoes soutenues par de simples échalas.

ZACHARIAS CALLIERGI. 577

To Καλλιέργη.

É , -“ , 4 δὶ \ , € + 4 γώ σε φιλῶ μὲν παρόντα, εἰ ὃὲ χαὶ σπάνιον ὁρῶ χαὶ , ὃ ῦ A ᾽ν » φΦ , “ Ν ὃ , συγγίνομαι, δι᾽ ἃς αἰτιας οὐχ ἀγνοεῖς * ὅμως ἥδομαι TE 4 ’ Lé ee ’ ε 4 χαὶ χαίρω πλησίον σε ἔχων, καὶ ὅταν βουλοίμην ὡς σὲ ἀφιχόμενος ποθῶ δ᾽ ἀπόντα" χαὶ ποθῶν ἀνιῶμαι, μὴ δυνάμενος ὁρᾶν τὸ ποθούμενον. Εἰ μὲν γὰρ Δαίδαλος περιῆν, χαὶ περιών μοι παρῆν, ὃς μόνος ἐκ μηχανῆς ἄνθρωπον εἰργάσατο πτερωτὸν, ἴσως ἂν καὶ αὐτόν με πεποίηχεν, ὡς σὲ βουλόμενον ἥξειν, πολλοῖς τε δώροις πεισθεὶς χαὶ συχναῖς παραχλήσεσιν " ἐπεὶ δ᾽ ἐχεῖνος μὲν ἐξ ἀνθρώπων ᾧχετο πάλαι, καὶ αὖθις ἐπιδιῶσαι τό γε νῦν ἔχον ἀδύνατον, ἐμοὶ δ᾽ ἀνάγχη σὲ τὸν καλὸν χἀγαθὸν Πέτρον ὁρᾶν, τίς ἂν γενοίμην, ἢ πῶς ἂν ἐμαυτὸν παραμυθησαίμην, σοῦ γε ἀπόντος δυναμένου; ἀλλὰ γὰρ οἷόν με τὸν ἐπιλήσμονα ἔλαθεν, ἔχω τὸν παραυυθησόμενον, ὦ φιλότης! Τίνα δὴ τοῦτον ; σαυτὸν πάντα ἄριστον, ὃς ἀντὶ Δαιδάλου γενόμενος, ὅτι xai βε- (αιότερον, ἵππους ἔχων χαὶ ἡμιόνους ὅσους ἂν βούλοιο, τότε δὴ τότε μετάπεμψον, ὅτε τὴν τοῦ θεοῦ πανηγυρίζεις

Ta présence m'est chère, et si je ne puis en jouir que bien rarement, tu sais quelle en est la cause. Mon bonheur est si grand quand tu es à mes côlés,

qu'il égale mon regret quand je ne puis aller te re-

voir. Ne pas voir ce qu'on aime est un grand sujet de tristesse ! Si Dédale, lui qui fit un homme ailé, existait encore , il eût pu aussi me donner des ailes pour satisfaire à mon désir, et n'aurait pu résister à mes prières, à mes présents; mais 1] n’est plus de ce monde et ne saurait revenir. Cependant il me faut revoir mon très-cher Pierre. Mais que faire ? que vais-je devenir? comment me consoler, puisque toi qui le pourrais, tu restes ainsi éloigné de moi? Mais que dis-je, oublieux que je suis! puisqu'on m'oublie ainsi, j’ai quelqu'un qui peut me consoler, et ce quelqu'un, c’est toi, cher ami, qui possèdes un moyen bien plus sûr que celui de Dédale, celui du grand nombre de tes chevaux et de tes mules. Tu m’enverras donc chercher en temps et lieu, quand viendra la fête de la Vierge ; alors j'aurai le bonheur de te voir et je jouirai réellement de la fête.

Enfin un André Calliergi commandait une galère vénitienne à la bataille de Lépante en 1572.

La correspondance des Crétois et les recherches que j'ai faites dans notre Bibliothèque de France me prouvent qu’à l’époque de l'invention de l'imprimerie, l’île de Crète était féconde en habiles calligraphes, qui consacraient leur talent à la reproduction des manuscrits. La famille des Grégoropoulos nous en offre un exemple.

Notre BIBLIOTHÈQUE DE FRANCE possède :

De GEorces GRÉGoRoPouLos, père de Jean et de Manuel Grégoropoulos, deux manuscrits, contenant l’un la Batrachomyomachie, l'Iliade d'Homère et les Vers dorés de Pythagore, etc. (4), l’autre, les Commentaires sur la Genèse (2).

De Maxuez GrécoropouLos, fils du précédent et frère de Jean Grégoropoulos, beau-frère de Musurus, le manuscrit n° 1884 : Alerandri Aphrodisiensis problemata physica, daté de 1503. On lui attribue aussi les mss. n* 132 et 148.

Il existe peut-être quelques manuscrits de JEAN

(1) Manuscrit n° 1805, ancien fonds grec.

(2) Manuscrit n° 130. Silvestre, Paléographie universelle, en donne le fac-simile de la première page, décorée d'une ornementation style byzantin, peinte en rouge. ᾿

GrécoroPocLos ; son écriture était très-belle, à en juger par sa nombreuse correspondance.

Notre Bibliothèque de France possède aussi un manuscrit de JEAN Raosos, prêtre otiginaire de Crète, qui fut le calligraphe employé par Alde comme scribe de son Académie, dont 1] écrivit les statuts. Ce manuscrit, en deux parties, contient : la première, la . Tactique d'Élien, et la seconde, les Proverbes de Grégoire. Rhosos l’écrivit à Rome, en l’année 1457 (1).

Micuez DaAuaskixos, autre calligraphe crétois, ἃ écrit le manuscrit de la Préparation évangélique d'Eusèbe (2).

Antoine DauwiLas, habile calligraphe crétois, se réfugia en Italie après la prise de Constantinople, et séjourna à Milan, d’où 1] prit le nom de Μεδιολανεύς. Il était fort instruit, et c’est lui qui a recueilli les Scolies de Thucydide. Voici ce que dit M. Sathas (Νεοελληνικὴ φιλολογία, t. I, p. 106) :

« Il a écrit plusieurs manuscrits. Sur celui de l’Z/iade d'Homère, on lit à la fin : « Antoine Damilas, né en Crète, a écrit ce livre non sans le salaire, et avec l’aide et aux frais et par les soins bienveillants de maître Laurent de Florence (3). »

« Sur un autre manuscrit qui contient les Souvenirs d'Hiéroclès, on lit : « Ce livre a été écrit et par- « fait par moi, Antoine le Milanais, qui dois prendre ce

(1) Ms. n° 2524, ancien fonds grec.

(2) Ms. n° 467, ancien fonds grec.

(3) ᾿Αντώνιος Δαμιλᾶς, Κρὴς τὸ ἔθνος, καὶ τοῦτο ἔγραψα, οὐχ ἄνευ μέντοιγε μισθοῦ, συνδρομῇ καὶ ἀναλώμασι, καὶ τῇ ἄλλῃ ἐπιμελείᾳ μαγίστρον Aavpevtiou τοῦ xal ἐκ Φλωρεντίας.

« nom quoique Crétois de race, et bien que je sois issu « de parents anciens habitants de la Crète, où je suis

« né, où j'ai été nourri, où j'ai atteint l’âge viril, et où.

« j'ai joui de tous les bienfaits dont elle m'a comblé, « ete le dis sans mentir 1). »

De 1489 à 1495, de retour en Crète, il écrivit plusieurs manuscrits qui sont à l’Escurial (2).

Quel est cet Antonios Damilas (dit le Milanais), et peut-il avoir quelque rapport avec Démétrios (dit aussi le Milanais), à qui nous sommes redevables de l’Homère de Florence de 1488? C’est ce qu'il est difficile de savoir. (Voy. p. 39 à 44, ce qui concerne Démétrius.)

On connaît le mérite éminent du célèbre calligraphe crétois AnGE VERGÈCE, qui exécuta à Fontainebleau plusieurs manuscrits grecs pour François [°°, 118 ornent maintenant notre Bibliothèque de France.

C'est d’après la belle écriture d'Ange Vergèce, qui servit de modèle à Garamond pour l'exécution dés types royaux employés par Robert Estienne, que le Jeune Henri Estienne apprit à imiter ces jeux de l’art condyliographique, où il excella.

Antoine de Βαϊ parle ainsi d'Ange Vergèce dans ses poésies :

Ange Vergece, Grec à la gentille main, Pour l'écriture grecque écrivain ordinaire,

(2) Miller, Catal. des Mss. grecs de l’Escurial, pp. 93, 94, 157 et 54.

De vos gran père et mère et le vostre eut salaire Pour à l'accent des Grecs ma parole dresser Et ma main sur le trac de sa lettre adresser.

Ange Vergèce fut non moins savant en laün, et il traduisit le Traité de Fluviorum et montium nomiδ. ὁ ΡὃῸὃΘθ6[1ΠΓΡ᾽

Son célèbre manuscrit des Cynégétiques d'Oppien, suivi du traité de la chasse de Xénophon et de Philé, nous offre le plus beau spécimen qu’on puisse voir de son écriture; il est catalogué Gr. 277, et signé aussi par Ange Vergèce (1) :

᾿Ἐγεγράφει τὸ παρὸν βιθλίον ἐν Λευχιτίᾳ τῶν Παρησίων ἐκὶ βασιλέως “Eopixou B° χειρὶ Ἀγγέλου Βεργιχίου τοῦ Κρητὸς. a”, φ΄, vo”.

« Ce livre a été écrit sous Henri II par Ange Vergèce, dans la « ville de Lutèce des Parisiens. 1554. »

Cette date prouve que le double catalogue, écrit en grec, des manuscrits grecs de la bibliothèque de Fontainebleau, τῆς ἐν τῇ ᾿Ἐννεαχρούνῳ βασιλικῆς βιδλιοθήχης, dont l’un, écrit par Ange Vergèce, est rangé dans l'ordre alphabétique, et l’autre, écrit par Constantin Palæocappa (2), rangé par ordre de matières, fut rédigé antérieurement à 4554, puisque ce célèbre manuscrit d’Oppien, dont la magnifique reliure est aux armes de Henri II avec les attributs de Diane de Poitiers, écrit par Ange Vergèce à cette date, ne s’y trouve pas mentionné. C'est à tort qu’on croyait que la description qui est faite dans ces deux catalogues d’un manuscrit

(1) Cette page est reproduite dans la Paleographie de Silvesire.

(2) 11 est possible que ce célèbre calligraphe , attaché aussi à la bibliothèque de Fontainebleau, soit venu de Crète avec son compatriote Ange Vergèce.

des Cynégétiques d’Oppien suivi de Philé, catalogué n° 218, relié aux armes de Henri II unies à celles de Diane de Poitiers, et orné aussi de figures peintes, se rapportait au manuscrit d’Oppien écrit par Ange Vergèce, en 1554.

Ce qui a pu causer cette erreur, c'est que tous deux, de même format, et reliés aux armes et emblèmes de Henri II et de Diane de Poitiers, méritent la désignation portée sur le catalogue d’Ange Vergèce de πάνυ τερπνὸν χαὶ χαλὸν, charmant et très-beau. La supé- ‘ riorité d'exécution du manuscrit daté de 1554, écrit et signé par Ange Vergèce, est incontestable. L’admirable beauté de la reliure, où le style vénitien se déploie dans toute sa grâce et sa splendeur, dénote un artiste de premier ordre. Ne trouvant parmi nos belles reliures françaises de cette époque rien de-semblable, je pense que pour l’exécuter on fit venir à Paris quelque artiste vénitien, à moins qu'on n’eût envoyé à Venise le manuscrit écrit à Paris par Ange Vergèce, avec les instructions nécessaires pour retracer sur cette belle reliure de style oriental les emblèmes de Diane de Poitiers, qui y est représentée en pied, sous la figure de la Diane chasseresse, peinte dans un écusson. On peut juger de la beauté de cette reliure par la gravure qui la reproduit dans la même dimension au tome V des Mémotres de l’Académie des Inscriptions.

La bibliothèque de Sainte-Geneviève possède un manuscrit d'Oppien et de Philé écrit aussi par Ange Vergèce, qui, au-dessous de son paraphe, l’a daté de 1566. La représentation des animaux y est mieux exécutée que dans le manuscrit d'Oppien de la Bibliothèque de France. Ce beau manuscrit d'Oppien et de Philé est couvert aussi d’une belle reliure vénitienne, mais

moins riche que celle de la Bibliothèque de France, et malheureusement les deux médaillons en ovale qui, comme dans l’Oppien de la Bibliothèque de France, devaient représenter des figures allégoriques fort bien peintes , ont été enlevés (1).

Deux peintures, chacune dans un écusson de même forme ovale, ornent une charmante reliure vénitienne d’un manuscrit de petite. dimension que je possède, et qui a été écrit avec la même perfection par Ange Vergèce. Ce manuscrit, intitulé : Εὐδοκίας τῆς Αὐγούστης Ὁ μηρόχεντρα (Centons d'Homère

. recueillis par la princesse Eudoxie), est l’un des

plus beaux ornements de ma Bibliothèque : sur l'un des plats est représentée Minerve; sur l'autre Mercure, ces deux divinités avec leurs attributs. Ce manuscrit paraît avoir été destiné primitivement pour le roi de France ou pour une personne de la famille royale, à en juger par le charmant ornement peint en tête du manuscrit, où l’on voit trois fleurs de lis. L'inscription finale porte qu'il a été écrit à Venise en 1539, au mois d'Élaphébolion. Au-dessous, Vergèce a écrit en un monogramme : Ἄγγελος (2).

Je possède aussi deux peintures de la même main et d'une plus grande dimension placées au centre d’une superbe reliure vénitienne de format petit in-&°,

(1) C’est ce que signale Camus dans sa Nolice sur quatre manns-

crils grecs (Notices des manuscrils, 1. V, Ὁ. 635). Mais je le crois dans

l'erreur quand il dit que ces médaillons devaient porter l’écusson du riche propriétaire de ce livre, qu'il croit proveair de la bibliothèque de Séguier.

(2) Montfaucon a décrit ce manuscrit dans sa Palæographia græca, p. 293. Je l'ai acquis à la vente de Brunet, qui l'avait acheté à celle de son ami et son collaborateur Parizon.

où elles s’ajustent à une ornementation très-gracieuse qui les entoure. Cette reliure, comparable à celle de l'Oppien écrit par Ange Vergèce, en 1534, recouvrait probablement “quelque manuscrit de sa main. Il n’en reste plus que les deux plats, sur l’un desquels la

peinture représente Pirame et Thisbé, et sur l’autre

la Naissance de Bacchus.

Notre Bibliothèque de France possède plusieurs

autres manuscrits écpits par Ange Vergèce. L'un, de

format petit in-8° (n° 2143), Ἀριστοτέλους Ἠθιχῶν Ntχομαχείων, porte sur les plats de son ancienne reliure en maroquin rouge deux médaillons. représentant, l’un les armes du cardinal de Lorraine, l’autre sa pyramide, avec sa devise : Te stante virebo. La peinture des en-têtes et des lettres initiales est conforme pour l’art et la beauté à celle des deux précé-

dents manuscrits. La tradition les attribue, ainsi que la

peinture des lettres initiales, à la fille d’Ange Vergèce. On les retrouve dans tous les manuscrits écrits par ce calligraphe.

Un autre manuscrit (supplément grec, n° 32), écrit aussi par Vergèce, contient les Ὀρφέως ‘Apyovauruxà, les Hymnes et le Traité des pierres. Les en-têtes et les ᾿ lettres initiales sont d’un goût exquis et ont même plus d'importance que les précédents ; ils ne me semblent pas de la main de la fille d’Ange Vergèce, et je les crois exécutés par quelque artiste français dont je trouve des similaires dans d’autres manuscrits de ma bibliothèque.

I] existe des manuscrits d'Ange Vergèce dans les bibliothèques de l’Escurial, de Vienne et de Milan.

On peut juger du mérite calligraphique de P4zæo-

CAPPA, COnnu aussi sous le nom de Pacôue (Pachomas {e moine), par l’admirable manuscrit du traité d’Athanase sur la Providence, dont Silvestre, t. II, nous donne le fac-simile de la première page, où sont peintes les armes du cardinal de Lorraine : j'en ai parlé dans mon Étude sur Jean Cousin, p. 227. Ce beau manuscrit appartient à la bibliothèque de Reims.

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