‹ Alde Manuce et l'hellénisme à VeniseChapitre 56 sur 103 · FRANCE · texte numérisé non relu

FRANCE

Paris.

Pour les impressions grecques, la France ne s’est laissée devancer dans toute l’Allemagne que par la ville d’Erfurt. Le premier livre grec publié à Paris est intitulé : A/phabetum græcum ou Liber gnomagyricus (βίδλος ἥ γνωμαγυριχὴ) , imprimé à Paris en 1507, le 12 août (pridie Idus Auguisti), chez Gilles de Gocr- MONT, qui prend le titre d’/ntegerrimus ac fidelissimus primus græcarum ltcrarum Parisis impressor. Ce début est modeste : le volume ne se compose que de 14 feuillets in-4; les caractères grecs sont encore médiocres. L'initiative de cette publication appartient à François Tissard, d’Amboise, savant professeur qui avait fait ses études grecques en Italie. Son but était de fortifier chez les jeunes élèves les études latines par la connaissance du grec; aussi son volume n'eslil qu'un petit traité élémentaire des principes de la langue grecque, accompagné, à l'exemple des grammaires grecques publiées par Alde, des Vers dorés de Pythagore, des poésies gnomiques de Phocylide, etc. La préface latine de Tissard nous fait connaître toutes les difficultés qu'il eut à surmonter avant d’arriver à l'impression de ce petit livre. Voulant exciter le zèle de l’Université de France, qui n'avait pas encore de cours de grec, il dit aux écoliers : « Les Italiens nous « appellent des Barbares, et se révoltent de ce que « nous voulons imposer notre loi à l'Italie et subju- « guer une nation si savante et si versée dans les « belles-lettres. »

Ce premier livre grec eut un succès véritable, puisque Gourmont, qui avait d'abord hésité à en entreprendre l'impression, fit paraître successivement, dans l’espace de cinq mois, quatre ouvrages grecs plus importants : la Batrachomyomachie (8 octobre), in-4; — les Œuvres et Jours, d'HÉsione (5 novembre), in-4, de 28 ff.; — une édition de la Grammaire grecque de Curysozoras (7 décembre), in-4, de 82 ff.; — Héro et Léandre, de Musée (sans date), in-4, de 8 ff. L'édition de TéocriTe, publiée sans date, doit être rapportée aussi à l’année 1507 ou à la suivante.

L'arrivée à Paris en 1509 de Jérôme Aléander, appelé par Louis XII pour enseigner la langue grecque (voir la notice que j'ai consacrée plus haut, p. 441- 443, à ce savant membre de l’Académie aldine), donna encore plus d’essor à l’activité de l'imprimerie grecque de Gourmont. Trois opuscules de morale de PLv- TARQUE parurent èn 14509, par les soins d’Aléander. Son élève, Vatable, y donna une nouvelle édition de la Grammaire grecque de CarysoLoras en 1512.

Mais, malgré le zèle de ses collaborateurs, Gourmont ne trouva pas en France les mêmes moyens d’action dont disposait l'Italie. Dans la préface de son Dictionnaire grec-latin, publié aussi chez Gourmont en 1512, in-fol., Aléander se plaint amèrement de la pénurie des caractères grecs à Paris, ce qui avait interrompu son travail souvent pendant plusieurs jours.

On ne connaît pas encore tous les livres grecs imprimés par Gourmont. Malgré des recherches scrupuleuses, je trouve une lacune de 1512 à 1516, date

à laquelle a été imprimée la Grammaire grecque de Théod. Gaza. Le premier livre de cette grammaire a été réimprimé par Gourmont, en 1531, à Saint-Denis (Dionysiæ), ce que les bibliographes spéciaux n'avaient pas remarqué.

Le développement rapide des études grecques en France encouragea la fondation d’autres imprimeries grecques à Paris. Pierre Vidoue (depuis 1524), Wechel (depuis 1529), Vascosan (depuis 1532), Tiletan (depuis 1537), Conr. Néobar (depuis 1541), et enfin les Estienne, par leur grand savoir et [leurs immenses travaux helléniques, ont été les dignes émules et les successeurs des Aldes.

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