LXIV ISABELLE D'ESTE
« De educandis liberis, était ici, il prendrait plus de plaisir « encore à connaître le généreux esprit de cette illustris- « sime Madonna qu'il ne ressentit de tristesse lorsqué le « comte Carolo Malatesta persuada de jeter dans le fleuve « la statue de Virgile »; puis, appuyant sur ces mots, il « dit : « Regardez, Messieurs; voyez la magnanimité de « cette jeune femme qui, sans être une femme de lettres, « décide de relever la statue d'un tel homme et de faire « honneur et gloire à cette ville, sa patrie, d’où le mème « comte Carolo, qui pourtant, lui, était un lettré et un α homme d'expérience, avait cherché de l’enlever (1) et «avait voulu outrager le poëte et cette terre si noble. « Cette femme est véritablement digne de régner, digne « de louanges, digne de tous respects. Assurément, si « j'eusse appris plutôt à la connaître, elle eût eu sa page « dans mon livre de Magnanimitate. »
La base de la statue devait porter, d’après l'avis de Poutano, cette inscription : Publius Virgilius Mantuanus, puis Isabella Marchionissa Mantuæ restituit. Mais tout ce projet ne fut pas mis à exécution, et il ne nous en reste que le beau dessin de Mantegna, appartenant à M. His de la Salle (2).
On a conservé l'inventaire, écrit vers le milieu du seizième siècle, d'objets trouvés dans le cabinet de travail d'Isabelle d'Este, cabinet situé dans la vieille cour près la Grotte (en corte vecchia appresso la Grotta). Nous y trouvons (3) la description de quatre tableaux de Mantegna, de deux toiles de Lorenzo Costa, de deux autres du Corrége et d'une toile de Pérugin. Notre Musée du Louvre possèdeaujourd’hui deux de ces Mantegna (n°1106, 1107),
(1) Malgré ces paroles évasives de Pontano, le fait est réel.
(2) Ce dessin a été donné en fac-simile par la Gaelle des Beaux-Arts.
(3) Voir cet inventaire en italien, accompagné d’une traduction française et de notes, dans le Cabinet de L'Amateur et de l’Antiquaire, dirigé par M. Eug. Piot, (. IV (1846), p. 375-380.