BIOGRAPHIE DES HOMMES CÉLÈBRES
qui se trouvaient répandues dans ces parages , et entre autres Maroa et, plus au sud, le fort San Carlos, le poste militaire le plus méridional des frontières espagnoles, et qui est situé à peine à 2 degrés de latitude de l’équateur. Là Humboldt se trouva sur le point intermédiaire d’où il aurait pu descendre aussi rapidement le fleuve des Amazones jusqu’aux côtes du Brésil , que remonter le Cassiquiari et rOrénoque, pour atteindre de nouveau les rives septentrionales du Caracas.
C’est ce dernier chemin que Humboldt préféra pour continuer ses recherches. La navigation sur le fleuve du Cassiquiari, à travers les Mosquitos, fut très pénible, parce que ces peuplades augmentaient à mesure que Humboldt s’éloignait du Rio Negro (les eaux noires). Il ne rencontra que de misérables établissements de chrétiens sur la rive orientale et sur la rive occidentale qui est presque inhabitée, et les hommes qu’il découvrit mangeaient les fourmis qui vivent dans le pays avec le môme plaisir qu’éprouvent les habitants de la Nouvelle Hollande à manger leurs araignées. Il trouva encore une preuve de la barbarie de mœurs des habitants, dans l’habitude répandue parmi eux de manger de la chair humaine, et, peu d’années avant l’arrivée de Humboldt, un alcade indigène avait mangé une de ses femmes, après avoir préalablement mis la plus grande sollicitude à l’engraisser. Les reproches que les Européens firent aux Indiens à l’égard de cette abominable coutume n’eurent aucun résultat, et Humboldt dit lui-même qu’il en avait été de même que si, dans notre Europe civilisée, un brame du Gange était venu nous reprocher notre coutume de manger la viande des animaux. Ici Humboldt voyageait particulièrement au milieu de races indiennes qui se
regardent les unes les autres eoinme des êtres d’une nature toute differente, et qui, pour eela, se eroient le droit de se tuer eomme on immole un jaguar sauvage dans la forêt. Quoique llumboldt fût familiarisé avee l’aspeet splendide d’nne nature tropicale, il se sentit encore surpris eu continuant sa route sur ce Cassiquiari si beau, si large, si périlleux aussi, lorsqu’il faisait de vaines tentatives pour aborder les rives protégées par une barrière impénétrable de végétaux et de plantes rampantes. Ayant les mains toutes gonflées par les piqûres d’insectes, lui et ses compagnons étaient forcés de se frayer un passage à coups de haches, pour élever un abri, parce que la pluie et le brouillard ne leur permettaient pas de rester sur la barque , et, tandis qu’en pleine mer on a souvent à sc plaindre de la privation d’eau potable, Humboldt au milieu de ces splendides forêts éprouva la privation de combustible parce que le bois vert et plein de sève ne pouvait prendre feu.
Humboldt dit que ce voyage sur le Cassiquiari a été la plus pénible de toutes ses pérégrinations dans l’Amérique.
Enfin, au milieu de nombreuses privations qui n’entravèrent que médiocrement le besoin scientifique de visiter la célèbre bifurcation de l’Orénoque, Humboldt suivi de scs compagnons, atteignit de nouveau le lit de l’Ofénoque, le 21 mai 1800, à trois milles .au dessous de la mission d’Esmeralda. Cette bifurcation du fleuve impétueux lui parut un spectacle grandiose, et il oublia tous les périls de sou voyage en présence de ce rocher de grauitélevé de 7,800 pieds, contre lequel les deux bras du fleuve se séparent, car l’importance du résultat compensait la durée du voyage et enrichissait notablement la science. C’est alors que Humboldt rassembla de nombreux matériaux et des détails instructifs
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pour constituer une hydrographie comparée, de même que l’histoire de ses découvertes fournit à l’histoire de la géographie d’importantes additions. C’est dans ces contrées qu’il résolut la question des conditions physiques du sol terrestre, qu’il saisit la similitude entre les phénomènes du vieux monde et ceux du sol de l’Amérique centrale et qu’il fournit à la science un important aperçu sur l’analogie des formes de la nature et sur les lois qui dirigent le globe, dans la distribution des eaux qui s’y ramifient.
Humboldt trouva dans la mission Esmeralda, ce poison terrible qui y est très répandu et que l’on nomme le curare, poison vanté pour l’usage de la guerre, de la chasse et qui est d’un efl'et merveilleux, comme remède interne, contre les maladies des intestins; c’est le plus mortel de tous les poisons avec celui du Ticuna, sur le fleuve des Amazones et celui de l’Upa, à Java.
Les Indiens tirent ce curare des fruits d’une plante de ce nom, qu’ils recueillent en célébrant certaines fêtes, comme, par exemple, seraient chez nous les vendanges. Ce sont des hommes spéciaux, hommes au poisott, qui sont chargés de l’extraction de la matière toxique. Ce principe vénéneux fut pour Humboldt un nouvel et intéressant sujet de recherches immédiates qui lui démontrèrent que ce poison appliqué sur une blessure et se mêlant immédiatement au sang, tue, tandis que pris à l’intérieur c’est un remède précieux pour fortifier l’estomac. Le préparateur de ce poison eut l’imprudence, en présence de Humboldt, de prendre une petite quantité de ce toxique avec un doigt atteint sans qu’il le sût, d’une écorchure, et tomba étourdi par terre; mais des frictions avec du muriate de soude, le rappelèrent à la vie. Humboldt faillit lui même être la victime de ce poison qui.
renfermé dans un flacon mal bouché s’était répandu dans son linge. Il remarqua heureusement, au moment de mettre au bras, la présence du toxique qui l’aurait infailliblement tué, parce que ses orteils étaient ensanglantés par des piqûres d’insectes. Bonpland ayant préparé pour la chasse aux oiseaux, des flèches trempées dans ce poison, et assisté avec Humboldt aux fêtes curieuses accompagnées de danse et d’orgies, que l’on célèbre en récoltant le curare, les deux voyageurs se remirent en route.
Humboldt avait précisé sur les lieux mêmes le point de jonction de l’Orénoque avec le fleuve des Amazones, avec cette conception savante qu’il avait acquise, soit en pénétrant jusqu’aux cataractes, soit au moyen d’informations prises auprès de la garnison de San-Carlos, qui avait entrepris une expédition pour découvrir les sources de l’Orénoque. Il quitta donc cette contrée complètement inconnue avant lui et qui n’avait été pour les anciens narrateurs de voyages qu’un pays entouré de fables. La découverte des sources mêmes de l’Orénoque était réservée à un naturaliste moderne, le voyageur Schombürgk qui, a visité ces contrées, chargé de cette mission par la société géographique de Londres. En quittant la Mission d’Esmeralda, le 23 mai 1800, Humboldt et ses compagnons redescendirent le cours de rOrénoque, sans être précisément malades, mais ils finirent, à la suite de fatigues excessives, qu’augmentaient une mauvaise nourriture et la persécution des insectes, par tomber dans un état complet de faiblesse et d’abattement. Il leur fut difficile d’éclairer leur direction sur le fleuve, car ils ne rencontrèrent aucun être vivant ; des plaines à perte de vue et de temps eu temps de hautes montagnes, voilà ce qu’ils vo^'aient, ce qui leur faisait sentir d’autant plus pro-
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foiidémeiit leur abandon que des inscriptions gravées sur le roc et des sculptures grossières sur les blocs de granit rappelaient le souvenir d’hommes cultivés qui avaient vécu dans ces contrées, monuments manifestes de la civilisation passée d’une race d’hommes qui avait existé là et s’y était éteinte. Quoique épuisé de fatigue et de plus en plus abattu, mais ne laissant passer inaperçu aucun phénomène intéressant de la nature, Humboldt parvint à traverser les grandes chutes d’eau du Maypura, passage qui exigea deux journées. 11 prit terre le 21 mai, sur le bord occidental du fleuve, auprès de Puerto de la Rrpédicion, pour visiter la grotte d’Ataruipe, qui est probablement la nécropole de tout un peuple disparu et où, dans un temps très court, il put compter au delà de six cents squelettes humains bien conservés, couchés symétriquement et inhumés dans des corbeilles faites en feuilles de palmier.. Il observa ces sépultures et leurs particularités, emporta plusieurs squelettes et plusieurs crânes, dont les indigènes superstitieux ne consentirent, qu’avec la plus grande répugnance, à se charger, et abandonna, livré à de silencieuses contemplations, par une nuit calme et sous un ciel étoilé, ce séjour où la vie d’un peuple s’était elîacée, où une race d’indiens s’était anéantie. — Malheui-eusement ces squelettes ne sont pas arrivés jusqu’en Europe, car, comme nous l’apprendrons plus tard, ce premier envoi de collections, qui formait environ le tiers de son butin fait en Amérique, fut perdu dans un naufrage.
Humboldt revint une seconde fois sur ses pas avec sou ami, et tenta le passage de la chute d’eau d’Atnres sur une légère embarcation. La variété des tableaux de la nature qu’oflraient les séries de chutes qui se succédaient de mille eu raille, rendaient ce voyage aussi beau que dangereux.
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Humboklt fit connaissance avec les Otomaqucs, qui liabitf ut Uruana et qui mangent de la terre, ce qui lui offrit un nouveau type de l’existence humaine, car il est frappant que les hommes puissent prendre goût à de l’argile froide et grasse, pendant qu’ils vivent au milieu des contrées les plus belles et les plus fertiles et qu’ils aillent chercher, en outre, l’ivresse et la folie dans l’usage de la poudre de Niopo, qui s’extrait des écorces d’un Mimosa, quand ils ne devraient pas SC laisser atteindre par l’abrutissement que produit sur les hommes civilisés l’usage du tabac à priser. Après un voyage de 75 jours, où les voyageurs parcoururent 375 milles géographiques avec une barque légère, sur les cinq grands fleuves l’ Apure, l’Oréuoque, l’Atalypo, le Rio Negro et le Cassiquiari, sous un ciel ardent, au milieu de dangers journaliers, cruellement tourmentés par les insectes, ils arrivèrent enfin, vers la mi-juin, à Angostura, capitale de la province de la Guyane. Les tribulations qu’ils avaient éprouvées s’effacèrent vite de leur souvenir à l’accueil amical que leur fit le gouverneur de la province; mais ils se sentirent trop affaiblis pour résister plus longtemps à l’atteinte d’une fièvre nerveuse. Pendant plus d’un mois Humboldt fut retenu à Angostura par cette maladie, et l’état de Bonplaud fut si dangereux, qu’il-eut à peine la force de se traiter lui-même et de recouvrer peu à peu la santé.
Mais de nouveaux projets appelaient encore Humboldt et son ami à l’exécution de nouveaux voyages.