‹ Alexandre de HumboldtChapitre 15 sur 18 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

SÉJOUR ALTERNATIF A BERLIN ET A PARIS. — MISSION DIPLOMATIQUE. — VIE EN COMMUN DES DEUX FRÈRES. — MORT DE GUILLAUME DE HUMBOLDT. — TRAVAUX LITTÉRAIRES. — POSITION DE HUMBOLDT AUPRÈS DU ROI FRÉDÉRIC-GUILLAUME IV. — DISTINCTIONS. — COUP n’œiL RÉTROSPECTIF.

Après le retour de Humboldt à Berlin, c’est à dire après le 3S décembre 1829, commença le grand travail littéraire sur les importants matériaux que lui et ses compagnons de route avaient préparés pour livrer à la presse, les résultats de leur voyage. Quoique Humboldt eût adopté pour résidence Berlin, sa patrie, il dut bientôt, pour l’édition de son ouvrage sur l’Asie, faire un long séjour à Paris, car là vivaient les amis et les savants dont la collaboration personnelle était nécessaire à l’exécution de sa grande œuvre littéraire. Humboldt passa donc alternativement son temps à Paris et à Berlin. Eu 1830, l’état de paix de l’Europe fut violemment ébranlé par la révolution française; les peuples eurent une soif soudaine de nouveaux événements ; le sentiment de la vie politique se réveilla, la nation polonaise réclama sa liberté, et, de même que l’Allemagne en

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général, la Prusse en particulier se trouva dans une situation critique. La pensée de Humboldt ne s’était jamais préoccupée de politique, mais lui qui se trouvait dans d’étroites relations personnelles avec le roi François Guillaume IV, dont la confiance sans bornes lui était acquise, lui dont la sphère scientifique se rattachait à deux nations, puisque les Fran- * çais le considéraient comme une sommité de leur littérature nationale et le revendiquaient comme une gloire de leur pays, prétention que soutenait aussi l’Allemagne, à laquelle il appartenait naturellement par sa naissance , Humboldt dans ces circonstances critiques où la France et la Prusse virent momentanément s’altérer leurs anciennes relations, parut être l’intermédiaire naturel des deux nations qui étaient également fières de lui. C’est pourquoi Frédéric Guillaume IV envoya Humboldt à Paris, au mois de septembre 1830, avec la mission diplomatique de complimenter Louis Philippe et la nouvelle dynastie. En février 1831 , il y revint encore avec une mission de même nature, pendant que son frère Guillaume était retiré, d’après l’ordre du roi, de la vie privée à laquelle il avait été contraint par l’aveuglement, la direction hétérogène et les aspirations démagogiques d’adversaires influents. Son entrée dans le conseil d’!Êtat, la décoration de l’aigle noir qui lui fut décernée, furent une sor}.e de restauration ; Alexandre de Humboldt , la veille de son départ pour Paris, le 26 septembre 1830, l’exprima en ces termes : « C’est une satisfaction qui efface les soupçons émis autrefois sous le chancelier d’État Hardenberg. » Il est très vraisemblable qu’Alexandre de Humboldt utilisa sa position confidentielle auprès du roi pour l’éclairer sur son frère Guillaume, et produire en sa faveur cette restauration.

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A partir de cette époque , les deux frères vécurent entièrement l’un pour l’autre et les joies du cœur comme celles de l’esprit jaillirent de cette source de mutuelle amitié; l’échange qu’ils faisaient du récit de leur existence était devenu plus personnel, plus immédiat; on se dédommagea de la sorte des longues séparations d’autrefois, dans la communauté la plus intime de la science et du sentiment. Écoutons ce que dit, à ce sujet, le biographe de Guillaume de Humboldt : Guillaume avait maintenant son frère Alexandre auprès de lui ; combien ils avaient de choses à se dire, eux qui avaient été si longtemps séparés et qui, ce que l’on comprend facilement, n’avaient jamais une seule fois pu se montrer, par écrit, le fond de leur cœur. Les lettres qu’ils s’écrivaient étaient rares et vides comme un paysage sans eau et sans verdure, car, comme il arrive habituellement, même à la fin, ils ne se communiquèrent pas ce qu’ils avaient osé se dire sans crainte. Avec quelle joie Guillaume dut-il donc voir son frère revenir dans sa patrie, et plus jeune et plus vigoureux, poursuivre sa carrière auprès de lui. Nous savons comment, dès leur jeunesse, ils marchèrent à leurs études, la main dans la main, comment, appartenant à une carrière qui les éloignaieut tant l’un de l’autre, ils se suivaient encore l’un l’autre se ralliant dans une commune direction, comment enhn, même dans des recherches de caractère opposé, la conformité des natures et des côtés par lesquels ils se touchaient se fit toujours reconnaître. Lorsque l’un se plongeait dans l’étude des lois de l’intelligence et de l’histoire de la vie, ou parmi les débris des peuples et de langues évanouies, et, dans son ardeur au travail, semblait souvent détaché du reste du monde, tandis que l’autre s’imposait la tâche d’agrandir le

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domaine du monde physique, tous deux devaient encore se rencontrer dans l’étude de la nature de l’esprit humain, des races humaines , et de la différence des langues. Mais malgré la grande distance qui séparait leurs travaux, on pouvait reconnaître l’harmonie égale de leurs descriptions, la forme et la direction de leur pensée, enfin l’art et la beauté de leur exposition, la communauté évidente de leur origine et la connexion intime de leurs existences. Ne soyons donc pas étonnés, si l’on honorait ces deux frères du nom de Dioscures allemands.

En 1831, Alexandre de Humboldt doit aussi être allé à Weimar, et avoir fait visite à Goethe, car nous trouvons dans une lettre de Goethe à Guillaume de Humboldt, datée du 1er décembre 1831, ce passage : » Je suis fort reconnaissant envers M. votre frère, auquel je ne sais quel nom donner, des quelques heures de franche et cordiale conversation qu’il m’a accordées. Car, quoique sa manière d’envisager les faits géologiques et d’en tirer des conclusions soit tout à fait contraire à mon système cérébral, j’ai néanmoins vu avec un intérêt et un étonnement véritables comment les choses dont je ne puis me convaincre s’enchaînent rationnellement dans son esprit, et forment avec la masse énorme de ses connaissances, un tout qui entre parfaitement en harmonie avec son estimable caractère. »

Dès l’année 1830, Guillaume de Humboldt avait vu avec bonheur la santé florissante de son frère cadet et y avait rattaché l’espoir que celui-ci lui survivant conserverait et surveillerait l’héritage littéraire de son frère Guillaume. Aucune main ne lui paraissait, pour cela, meilleure que celle d’Alexandre. Le destin ne devait accorder que peu d’années à cette réunion fraternelle, pendant laquelle

Alexandre se mit en relations d’esprit très étroites avec les amis des deux sexes de son frère, entre autres Goethe, Wolf, madame de Varuhagen, Koretf, Cotta, Gentz, etc. Parrrii les amis de Guillaume, beaucoup avaient déjà quitté ce monde (Niebulir et Stein en 1831, Goethe et Gentz, en 1833, puis après eux, Hegel et Schleierraacher), lorsque Guillaume lui-même, dans l’hiver de 1834 à 1835, fut frappé de paralysie. Il vivait, à eette époque, dans son château de Tegel, en société de sa fille aînée Caroline, non mariée, de la générale Adélaïde de Hedemann (qui vivait déjà depuis quelques années avec son mari auprès de son beau-père) et, enfin, de madame de Bulow. Pendant ce temps, Alexandre habitait Berlin et attendait impatiemment chaque nouvelle de l’état de son frère, car il regardait comme sérieux cette faiblesse nerveuse, cette position courbée et ce tremblement de tout le corps.

Dieflénbach et Kust lui donnèrent leurs soins, mais un refroidissement qu’il gagna, le jour anniversaire de la naissance de sa femme, sur la tombe de celle-ci, fut cause de sa mort. 11 mourut, le 8 avril 1825, dans les bras de son frère. Pendant l’agonie de ce frère chéri A. de Humboldt écrivit à Varnhagen une lettre qui exprime sa douleur fraternelle (1),

(1) Lettre de Humboldt, page t-28. Cette lettre dit :

« Berlin, dimanche, 6 heures du matin, le 5 avril 183 j.

• Mon cher Varnhagen,

« Vous qui no craignez pas la douleur et la cherchez mentalement dans la profondeur des seiiliments, recevez dans ces moments pleins de tristesse quelques mots de la part de celte affection que les deux frères vous ont vouée. Le malade n’est pas enroro délivré de scs soulTranres. Je l’ai quitlé, hier soir à onze heures, cl j'y rerours en hâte. La journée d’hier a été moins pénible. Un étal de demi sommeil, c’est à dire un sommeil long mais très agité, et à chaque réveil des paroles d’affection, de consolation, et toujours cette grande clarté

BIOGnAPUlK DES DOMMES CÉLÈBRES. l'J

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et immédiatement après la mort de Guillaume il adressa de Tegel, le 10 avril, une lettre à Arago, de Paris, dans laquelle il lui dépeint d’une manière aussi touchante la douleur de l’homme qui survit à son frère (1). Depuis lors, Alexandre de Humboldt s’acquitta du plus beau des devoirs envers la sainte mémoire de son frère, en s’occupant du legs littéraire de celui-ci, et en prenant des mesures pour le livrer à la publicité.

Alexandre de Humboldt retourna bientôt exclusivement aux travaux scientifiques, et il se passa rarement une année sans qu’il jetât quelque nouveau regard sur le domaine de la nature, sans qu’il découvrît quelque nouveau trésor scientifique. Prenant en main l’héritage de son frère, il adopta pour travail les recherches que Guillaume avait faites sur la langue Kawi, car il en avait autrefois rassemblé lui- même les matériaux pour son frère, et la publication de cet Ouvrage lui tenait sérieusement au cœur. Il revit ainsi lui-même ce travail tout en apprêtant celui d’autres collaborateurs qui souvent donnaient suite à une pensée, à un fait isolé fourni par de Humboldt y mettaient la dernière main et en tiraient de précieux résultats. Ses travaux sur le voyage en

(Vtisprit qui saisit et distingue tout et qui observe son état. La voix était très faible, rauque et délicate comme celle d’un enfant, c'est pourquoi on lui a encore posé des sangsues au larynx. — Il a sa parfaite connaissance. — iPenseï souvent à moi, disait-il avant-hier, avec beaucoup de lucidité. — J’étais très . heureux, ce jour a été bien beau pour moi, car rien n'est plus snblime que l’amitié. Bientôt Je serai prés de notre mère, je jouirai de l'aspect d'un monde d'un ordre supérieur, r — Je n’ai pas l’ombre d’e.spoir, je ne croyais pas que mes vieilles paupières continssent tant do larmes. Il y a huit jours que cela dure. >

(1) Voici un passage do cette lettre : • Je suis dans le plus profond abattement. Dans les plus grandes douleurs on pense à ceux qui nous sont les plus chers. Je me sens un peu soulagé en vous écrivant. Je reste bien isolé. J’espère que j’aurai euiin le boubeur de vous embrasser celte année. i

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Asie n’en réclamèrent pas moins son activité toute particulière et exigèrent en même temps une correspondance étendue avec ses amis de Russie et de Paris, tout en rendant nécessaire sa direction constante dans les travaux que d’autres fournissaient à son intention.

Il s’occupait en outre de la continuation des écrits qu’il avait commencés autrefois et des Examens critiques (1). En 1838, il publia, dans la Revue trimestrielle de Cotta, un Traité d'économie politique sur les vacillations de la production de l’or, qui était une application des recherches qu’il avait faites dans l’Oural. En 1839 et en 1840 il traça une nouvelle carte hypsométrique des chaînes de montagnes et des volcans de l’Asie centrale. Ce travail fut ébauché et exécuté avec une remarquable exactitude, et a été réuni à l’édition complète de ses Recherches sur l'Asie. Cet ouvrage éprouva un certain retard à paraître, tantôt à cause des petits voyages que faisait Humboldt notamment à Paris et dans d’autres capitales soit de l’Allemagne soit de l’étranger, tantôt parce que un événement qui le touchait tout particulièrement, c’est à dire la mort du roi de Prusse Frédéric Guillaume III lui causa des distractions de toutes sortes et le détourna de ses relations habituelles.

Sa position auprès du plus haut personnage du pays, se maintint cependant encore après l’avénement au trône du roi Frédéric Guillaume IV. Il n’y eut rien de changé,' car celui-ci , comme prince royal, avait été déjà autrefois en

(1) Ces Recherches critiques sur le développemcnl historique du la connaissance géographique du Nouveau Monde et lus progrès de l’astronomie nautique dans lu XV* et le xvi' siècle, parurent dans l'origine, en français, et furent traduites en allemand par Idcler. Elles rerifurmaienl les importants résultats d^trenle années de loisirs cl en quelque sorte lus p!err**s fondamentales d’une histoire de Christophe Colomh qu'il avait songé A écrire.

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relations personnelles avec Humboldt et y avait trouvé la satisfaction des besoins de son cœur comme de ceux de son esprit. Le prince royal d’alors avait à la fois honoré Humboldt de sa considération et de son amitié, car son goût pour les arts et la faveur qu’il accordait aux études esthétiques et à la culture de l’esprit, l’avaient attiré vers le savant, malgré les routes difléreutes que chacune des deux personnes avait adoptées en politique comme en religion.

Alexandre de Humboldt fut aussitôt le conseiller intime du noiu'eau roi, son compagnon et son collaborateur scientifique. Depuis cette époque il a toujours vécu près de lui, l’accompagnant à Berlin, à Potsdam, à Sans-Souci, et le suivant même, malgré son âge avancé, dans tous ses voyages de courte ou de longue durée. C’est ainsi que la cour-de Prusse a su s’embellir et s’honorer d’une étoile, brillante de la plus haute intelligence, quoique l’on ne puisse pas nier que cette position exceptionnelle de Humboldt à la cour, sans parler des précieuses années de la vie que l’on ne doit dépenser qu’avec réserve, ne ravirent bien des heures à la science et tout particulièrement à l’achèvement de son grand ouvrage qui reste incomplet.

Jusqu’à ce moment Humboldt n’a cessé d’occuper son espri t de l’étude de la géographie astronomique et mathématique qui à aucune époque n’a fait des progrès aussi remarquables que dans la période d^ Humboldt. Par la spéciabté de ses découvertes intellectuelles en Amérique, il fit entrer cette branche de la science dans une voie toute nouvelle; ce fut l’objet constant de ses travaux dans lesquels il encourageait encore d’autres savants. 11 se rendit ainsi lui-même de plus en plus familier avec la géographie de l’Amérique et avec l’histoire de l’astronomie nautique, dans le x\e et le xvie siècle.

ALEXANDRE DE FIUMBOLDT.

La découverte du Nouveau Monde, au xv® siècle, avait en quelque sorte doublé l’œuvre de la création, et introduit dans la science de l’Ancien Monde une foule de sujets nouveaux qui contribuèrent successivement à changer la physionomie et les relations de l’Europe. Cette époque intéressait tout particulièrement Humboldt, car depuis la découverte de l’Amérique, l’espèce humaine avait fait un pas intellectuet et matériel. De nouvelles routes s’ouvraient pour le commerce , de nouveaux horizons dans une nature nouvelle. Personne plus que Humboldt n’avait les qualités nécessaires, pour continuer l’histoire de ces grands et hardis voyages de découvertes. Lui qui découvrit une seconde fois l’Amérique partit aussi d’Espagne pour la haute mer, et arriva dans les mêmes contrées où Colomb avait jadis abordé et avait foulé le Nouveau Continent. Lui qui, quarante ans auparavant, voulait écrire une histoire des deux parties de l’Amérique, lui qui l’avait commencée et qui plus tard , à la vérité , l’abandonna , et par conséquent avait acquis une connaissance spéciale de l’état du pays et de sa population , qui avait surtout pris pour travail de prédilection des recherches dans les archives de l’Amérique et dans les bibliothèques de l’Europe, Humboldt était l’homme par excellence pour fournir un tableau de l’aspect cosmographique du xv® siècle et de la méthode astronomique de ces temps. Son instruction et la profondeur de sou esprit mettaient à même de produire une œuvre de ce genre. Avec les nombreux éléments nouveaux qui se rapportent à l’histoire de la géographie et à celle des temps primitifs, en signalant partout avec précision les points de ralliements intimes qui existent entre les idées et les opinions de la fin du xv® siècle et celles du

UlUCIUrilIE LZS UOUUZÜ CÉLÈBRES.

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temps d’Aristote, d’Êratosthènes et de Strabon (malgré la barbarie du moyen âge), il consigna dans les recherches critiques, que nous avons mentionnées plus haut, les résultats remarquables qu’il obtint avec une prodigieuse perspicacité, et à un point de vue très élevé, à savoir ; de signaler partout dans leur liaison, les progrès de l’esprit humain. C’est ainsi qu’il introduisit dans l’histoire des decouvertes du xv® siècle, les grandes pensées qui s’éveillaient en lui, sur la vie et sur l’histoire. Il fut aussi l’apologiste scientifique de son prédécesseur Christophe Colomb dont, comme nous le savons, les contemporains et la postérité voulaient déprécier les services. Les travaux de Humboldt ont entièrement mise hors de doute que Christophe Colomb, de son propre mouvement, et poussé par son propre génie, a entrepris la grande œuvre de sa découverte, qu’il avait mis en ordre et utilisé la tradition et les hypothèses des temps passés, jusqu’à ce qu’elles fussent devenues une réalité et le mobile d’entreprises hardies et de libre commerce.

Humboldt ayant terminé pour l’impression, en 1S40, scs dissertations académiques sur son ascension au Chimborazo et sur l’élévation moyenne du continent, puis un mémoire critique sur quelques pointsimportants de la Guyane, entreprit de nouveau, mais à un point de vue plus ample qu’autrefois, l’ouvrage qu’auparavant il avait esquissé, puis interrompu en 1828, sous le titre de Cosmos, et qui est une description générale du monde physique. 11 s’occupait en outre de la publication de l’ouvrage laissé par son frère Guillaume, tout en travaillant comme membre de la commission académique chargée de la publication des œuvres de Frédéric le Grand, lorsque Fr. Guillaume IV le détourna pendant quelque temps de ses travaux, au mois de janvier 1 812, pour un voyage à

AI-EXANUKE UE HtMHüLDT.

la fois intéressaut et honorifique. Le roi lui accordait la distinction de se l’adjoindre comme compagnon dans un voyage en Angleterre où l’appelait le baptême du prince de Galles.* Humboldt eut dans ce voyage l’honneur d’être distinguo par son roi et d’être reçu avec considération par la cour d’Angleterre, mais le voyage du roi fut lui-même honoré dé la présence de Humboldt, et l’intelligente Angleterre lui rendit hommage partout où il se fit voir. *

Alexandre de Humboldt reçut de la part du roi une nouvelle distinction à la fin de mai 1842, pour le 102™® anniversaire de l’avcnement au trône de Frédéric le Grand. A cette même époque, Frédéric Guillaume IV institua une classe civile pour X Ordre du mérite (que Frédéric le Grand avait spécialement créé pour les services militaires) et qui devait dès lors comprendre aussi les premiers savants et les premiers artistes du monde, pour les décorer d’un signe de la reconnaissance royale. Trente chevaliers furent appelés à voter pour le choix des personnes de nationalité allemande qu’ils déclareraient digne d’être décorées de cet ordre. Oh établit comme condition que trente savants ou artistes allëmands au plus formeraient et constitueraient cet ordre au complet. Outre ces trente personnages allemands, l’ordre devait aussi être conféré à des étrangers de distinction (1).’ Alexandre de Humboldt comme le plus grand savant de l’époque et réunissant dans sa personne les connaissances dé

toute une Académie, fut nomme chancelier de l’ordre. Hans

(1) Sous Frédéric le Grand, il n’y eut que cinq membres non mililaires qui obtinrent cetordre ; Vollaire, Mauperluis, Algarotli, le ministre de Marchai et nn conseiller provincial de Silésie, nommé d’Eckwricht. Apris ISlti, le roi Frédéric Guill.inme 111 ne le conféra presque plus, parce que, pendant la pai* c.’élait une occasion de distinciinn militaire; celui qui le reçut le dernier, fii( l'arctiiduc Frédéric d'Autriclie pour son action dVelal à Acre, en |S',1.

cette esquisse biographique, nous avons très peu parlé des qualités personnelles de Humboldt, parce que chaque lecteur est fondé à penser qu’un pareil homme, placé au pinacle de la renommée scientifique et uni par les relations les plus intimes avec des princes de tous les pays, devait nécessairement obtenir des signes extérieurs de leur reconnaissance pour ses mérites. Et, en effet, non seulement il reçut les plus nombreux témoignages honorifiques de la part des princes et des corporations savantes, mais il les eut en partage, même de très bonne heure dans la vie.

Nous avons parlé plus haut de sa promotion au conseil privé du roi, avec le titre d’Excellence, et nous ajoutions que non seulement en général toutes les Académies célèbres des sciences et des arts, ainsi que toutes les sociétés éminentes du monde recherchaient comme un grand honneur de compter Humboldt parmi leurs membres, mais que les princes de tous les pays s’empressaient de lui payer le tribut de leur considération, ce qui était en même temps un hommage rendu à la science, en lui conférant leurs ordres les plus élevés. Mais à propos de Humboldt, toutes les manifestations extérieures sont ce dont ou s’occupe le moins, car l’éclat de son génie et de sa renommée surpasse celui de toutes les décorations que l’on ne voit que très rarement briller sur sa poitrine. Humboldt vit maintenant dans les localités qu’habite son royal ami. A Potsdam, à Berlin, dans tous les châteaux royaux, une demeure lui est ouverte, et il ne se passe pas un jour, quand sa santé le lui permet, sans qu’il aille voir le roi. Malgré ses 81 ans, il travaille encore sans relâche dans les heures de liberté que lui laisse son existence à la cour, il est vif et ponctuel dans sou énorme correspondance et répond avec la plus aimable

ALEXANDRE DE UUMBOLDT.

modestie aux lettres du savant le plus obscur. Les habitants de Berlin ei de Potsdam le connaissent tous personnellement ; ils lui témoignent autant de respect qu’aij. roi luimême. Marchant d’un pas sûr et prudent, 1a tête un peu penchée en avant, et d’un air pensif, d’une figure bienveillante et d’une grande expression de dignité et de noble douceur, ou bien il baisse les yeux, ou bien il répond avec une politesse, avec une amabilité dépouillées de tout orgueil, aux témoignages d’affection et de respect des passants. Vêtu simplement et sans recherche, portant quelquefois une brochure dans ses mains qu’il tient derrière le dos, c’est ainsi qu’il chemine souvent à travers les rues de Berlin et de Potsdam, et dans les promen.ades, seul et sans prétention (charmante image d’un riche épi courbé sous le poids de ses nombreuses graines dorées). Mais partout où il se 'montre, il reçoit les témoignages de la considération générale; souvent le passant s’écarte avec précaution, dans la crainte de troubler les pensées de cet homme vénéré; l’homme vulgaire lui-même le regarde attentivement, et dit à l’autre : » c’est Huraboldt qui passe. « Et celui qui a pu parler avec lui n’oublie jamais plus l’impression produite par sa conversation facile, claire, naturelle et dégagée, car, dans tout ce qu’il dit, brillent la gravité et la solidité des pensées autant que la lucidité d’un savoir incontestable; rien ne rappelle en lui l’orgueil du savant d’Allemagne, la raideur et l’outrecuidance pédantesque de beaucoup d’observateurs allemands. Humholdt s’est formé sur le monde entier. Ses manières ont quelque chose de noble, d’ouvert, de français; la franchise et l’abandon Lui qui est en relation avec toutes les

nations s’est transformé en un tout harmonieux dont la vie emprunte à tous les pays leurs formes les plus nobles.

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Dans une vieillesse avancée, il recherchait encore volontiers les bancs de la jeunesse des écoles, pour y réparer, comme il avait l’habitude de dire avec bonne humeur aux étudiants, le temps qu’il avait perdu dans sa jeunesse. C’est ainsi que dans le semestre d’hiver de 1834-1835 on le trouvait à 9 heures du matin dans l’Auditoire n® VIII où Bœck professait à cette heure l’histoire Je la littérature grecque et de l’antiquité. Là Huraboldt s’asseyait au quatrième ou au cinquième banc, à la hauteur de la fenêtre, tirait d’un portefeuille peu apparent un bout de papier et prenait des notes. Il lui arriva un incident comique ; un jour qu’il était arrivé trop tard, les étudiants qui, par erreur le prenait pour un autre, raccueillirent par des trépignements. Il fréquentait aussi le cours public de Ritter, sur la physique générale, même par le plus mauvais temps, et il arriva bien souvent que Ritter citait son nom à propos de questions de physique et de géognosie ; tous les étudiants souriaient alors au vieil auditeur et se sentaient rehaussés par son voisinage et transportés avec lui dans de communs travaux.

Avec le nom de Humboldt, tout un monde s’ouvre devant le savant ; involontairement on le voit debout sur le sommet des Cordillères et de l’Altaï et, semblable à un prophète révélateur, plonger son regard dans tous les domaines ouverts de la nature, dans les profondeurs des mers et dans les espaces illimités du ciel. Dans son activité, Humboldt représente un soleil scientifique qui projette ses rayons sur toute la terre et dirige, réchauffe et vivifie tout, au profit de la science. Il est en correspondance constante et en rapports fervents avec tous les ministères qui s’occupent quelque peu de la pratique des sciences , avec toutes les académies savantes. En outre son heureuse extraction, comme fils d’une

famille opulente, noble et considérée , sa position influente à la cour d’un prince d’un esprit élevé lui facilitent toutes ces relations; la bienveillance de tous les gouvernements lui est acquise, là où l’on écouterait tout au plus, un homme de génie qui, né dans le sein de la bourgeoisie, planerait au dessus de ses pareils. C’est pour cela qu’il n’était possible qu’à Humboldt d’enfermer le monde dans une ceinture d’observations magnétiques, comme on vient de le faire sous son impulsion. La généralisation de ses observations sur les déviations de l’aiguille aimantée fut pour tous les gouvernements comme une affaire d’honneur. Il fut assez influent pour faire établir sur toute la zone moyenne du vieux eontineut,de Pékin à Lisbonne, une série de stations, d’observatoires magnétiques, qui, depuis 1840, ont été augmentés et continués dans l’hémisphère méridional jusqu’aux limites du pôle sud.

Si maintenant nous jetons un regard en arrière sur la vie de cet homme illustre que la Providence a choisi comme l’instrument spécial de la révélation scientifique, alors seulement nous connaîtrons tout entière l’image de son génie, comme nous l’avons décrit en termes généraux, dans la préface de cette biographie. Essayons à présent encore une fois d’envisager ce génie dans ses traits principaux et d’une manière générale. 11 fut pour tant de branches de la science, le premier qui apporta la lumière et l’intelligence, que l’on ne sait par où commencer à l’étudier. Mais on peut dire de lui, en général, qu’il a le premier régularisé et débrouillé le chaos d’observations éparses sur le monde ancien et sur le monde nouveau et tout remis à la vraie place qui lui appartenait, pour en faire une branche intelligible de l’ensemble du règne de la nature. Sa critique au regard pénétrant imposa

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des lois là où régnait l’irrégularité, rattacha les faits isolés aux groupes avec lesquels il leur reconnut l’affinité et soumit ainsi l’ensemble de la création, dans ses grands traits naturels, aux recherches de l’esprit humain. 11 fut ainsi, comme le prouve sa vie, le fondateur de la géographie comparée, le fondateur d’une nouvelle théorie de la formation du globe et, avec son ami Léopold de Buch, fit connaître de quelle façon remarquable le travail des volcans a dû agir et agit encore sur la forme de la terre. Il abandonna comme incompatible avec l’expérience et le neptunisme de son maître, Werner, et fit envisager d’une manière nouvelle les terrains volcaniques. Il fut le fondateur de la Géographie des Plantes, science tout nouvelle sur les lois du développement des plantes. Il découvrit un nouveau monde, avec des manifestations de phénomènes nouveaux, une vie nouvelle, des mœurs nouvelles, des langages nouveaux et des débris parlants d’une antiquité que l’on ne connaissait plus. Il fut encore le réformateur de l’enseignement de la cartographie, en donnant une reproduction plus exacteetune description plus sensible de certaines grandes contrées. Il fut enfin le créateur d’une méthode nouvelle pour l’étude des sciences naturelles en général créée par lui, perfectionnée par ses contemporains et qui, aspirant à l’universalité, recherche les rapports intimes des diverses branches entre elles, épie en quelque sorte la nature dans ses mystérieux laboratoires, etavec une subtile expérience, dégagée de toute explication et de tout préambule spéculatif, ne recherche que les faits, les coordonne , les combine, et se sert de la liaison intime des causes et des effets entre eux et avec le tout, comme d’un guide pour l’intelligence des lois qui y président.

Il fut le fondateur de la nouvelle école qui rattache la

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science physique à l’histoire de l’homme et qui, dnns ses procédés d’observation a été riche en résultats imprévus. Cette méthode d’observation, d’une exactitude mathématique, commença avec Humboldt; elle est actuellement la méthode dominante des plus notables observateurs, mais elle a malheureusement conduit à l’empirisme le plus ridicule ceux qui n’ont su s’approprier que la méthode de Humboldt et non son génie de combinaison et de haute aptitude d’observation.

Jetons-nous encore un regard sur sa manière d’écrire, sur l’art et sur la forme de la description, sur le côté artistique de l’écrivain, nous y trouvons une nouvelle confirmation de cette sentence bien connue ; le style, c’est l’homme. Deux nations, l’Allemagne et la France se font une gloire d’adopter Humboldt comme un écrivain classique, car dnns la langue de chacun de ces deux peuples il était également grand par la noble simplicité et la flexibilité de style de ses descriptions. Tous ses écrits, quoiqu’ils traitent souvent de sujets d'une grande sécheresse , et où l’énoncé rigoureux de faits qui parlent d’eux-mêmes ne prête pas beaucoup à la beauté de la forme d’une description, se distinguent pourtant par un style qui dans sa simplicité et des phr<;ses dépouivues de recherche, est aussi facile, aussi coulant, aussi intelligible, qu’il est vif, frappant et relevé quand le sujet le comporte. Ses dissertations scientifiques ont un caractère de certitude et de solidité de preuves, ses tableaux de la nature ressemblent, sans le secours de beaucoup de mots, à ses peintures vivantes du pays, pleines de fidélité, et dont l’impression nous frappe immédiatement; et ce qui redouble leur charme et leur intérêt, c’est que généralement l’on y trouve tour à tour, d’ingénieuses explica-

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tions de la nature et de ses grands phénomènes, tandis que la partie narrative concernant ses voyages est souvent entremêlée d’aperçus et de sentences où la fraîcheur, la verve de la saillie atteignent quelquefois les proportions de la fantaisie, et ses plus simples tableaux des scènes de la nature et de la vie des peuples s’élèvent souvent au sublime de la poésie.

C’est un talent qui lui est tout particulier, de rendre avec une fidélité frappante, ce qu’il y a de sublime dans le succès de la nature, dans une description dégagée de tous les ornements de la rhétorique, que ces tableaux représentent ou le calme ou les orages de l’océan, les savanes de l’Amérique centrale, les forêts vierges des tropiques, les solitudes et les gorges des chaînes de montagnes du Mexique et du Pérou ou les pics neigeux et les sommets des cratères volcaniques dénudés de toute végétation. Là où il décrit un fait isolé, quelque phénomène, une découverte, son regard envisage aussitôt la nature dans tout son ensemble; il sait brièvement, avec précision, sans s’égarer dans les détails, dans les ornements poétiques ou l’exagération , exciter notre admiration sur la beauté de la nature, qu’il expose à nos yeux ou les charmes ou la majesté d’un paysage, ou un minéral, une plante, ou une loi de formation. Par son inaltérable fidélité de reproduction qui donne l’expression pure des objets, comme la nature les met devant ses yeux et comme son esprit et son cœur en sont normalement impressionné, en dehors d’une sentimentalité maladive , ou des singularités subjectives , Humboldt fascine le lecteur et l’amène à une telle intuition des pays tropicaux que l’on oublie si l’on a vu soi-même ces tableaux de la nature ou, si l’on ne les a connus que par les descriptions qu'on en a lues.

Humboldt est le représentant d’une objectivité aussi pure

que son talent de reproduction; c’est un miroir concave qui réfléchit les rayons qu’il a concentrés en lumière de la plus grande pureté, mais qui dans le fond possède le centre idéal et collecteur.

Dans le récit de son voyage aux régions équinoxiales de l’Amérique, il inaugura une méthode d’exposition qui tout en n’étant pas absolument neuve, a été employée par lui avec le plus grand bonheur, et s’est élevée entre ses mains, à la sublimité de l’art.

Cette méthode qui depuis, a trouvé plus d’un imitateur, consiste en ce qu’il sème les récits de ses excursions et de ses impressions de voyage de nombreuses interruptions, pour jeter un regard plus profond sur ce qu’il a vu, sur ce qu’il a éprouvé, et faire participer le lecteur, eu traits généraux et au point de vue de la nature en grand, aux résultats qu’il a préalablement recueillis de ses propres expériences; ainsi le lecteur dans ces sortes de temps d’arrêt du voyage est éclairé sur tout ce qui précède et préparé à comprendre ce qui doit suivre.

En procédant ainsi, de pareils exposés, surtout lorsqu’ils se rattachent comme halûtuellement à des impressions personnelles, à des intérêts propres au voyageur, perdent leur personnalité, leur subjectivité, mais surtout aussi la monotonie de laquelle à l’ennui, il n’y a qu’un pas.

Hvmboldt n’aime pas à mettre son individualité sur le premier plan; le but qu’il s’impose toujours est d’imprimer au récit des événements dont il est l’acteur un caractère scientifique, et nous devons tout particulièrement faire ressortir qu’il laisse toujours clairement voir et distinguer ce qui est le fruit de ses observations propres et ce qu’il emprunte à des sources étrangères ou appelle en aide à ses

BIOGRAPHIE DES HOMMES CÉLÈBRES

explications. Ce caractère de ses descriptions est en parfaite harmonie avec sa modestie et la scrupuleuse délicatesse scientifique qui non seulement distingue ses actes et tout ce qui lui est propre et le porte à tout mettre à sa place, mais encore lui fait respecter les trésors de la science d’autrui, en les utilisant comme un emprunt ouvert qu’un échange réciproque met à notre disposition, au profit de la science objective.

Quand Humboldt écrit, alors, et on le remarque à la lecture de chaque page de ses œuvres, son heureuse mémoire laisse déborder une si grande quantité de matériaux scientifiques, que sa pensée ne cesse, pour ainsi dire, de comparer, de citer, de rectifier, d’affirmer ou de contredire. La masse de ses connaissances jaillit continuellement à son esprit, lorsqu’il ne veut peut-être citer qu’un fait isolé de son expérience. Il résulte de là que ses écrits, particulièrement ceux qui consistent en descriptions scientifiques spéciales, où se mêlent peu de récits, se rattachent, dans le texte qui coule abondamment de sa main, à un riche appendice qui embrasse toutes les sciences, toutes les périodes chronologiques et qui abonde en remarques , en citations , en comparaisons, en désignations d’auteurs. Cet appendice surpasse souvent en vigueur le texle de la description propre et s’enchaîne à elle comme un précieux collier de perles au fil qui rattache celles-ci entre elles. Ce sont précisément ces remarques qui nous font admirer son universalité sans exemple, son instruction et la réalité de ses connaissances. Humboldt a su toujours observer un tact intelligent dans la composition de ses œuvres universellement connues. Le texte original de ses œuvres est écrit en français, langue qui sert de moyen de communication dans

tout le monde civilisé. Cela a permis à toutes les nations de le comprendre facilement; il a été rapidement connu et répandu dans les pays les plus éloignés. Mais il en résulta aussi cette grande impression que ses écrits produisirent sur un public plus relevé par son instruction, impression qui se généralisa aussitôt pour manifester en même temps ses effets dans tous les pays. Ces écrits exercèrent une influence des plus singulières sur le rapide développement du goût qui s’éveillait généralement pour la physique et les études comparées, et aiguillonnèrent de plus en plus l’intérêt pour les procédés qu’employait Huraboldt dans l’observation et l’explication des phénomènes naturels. Ses ouvrages ont été traduits en plusieurs autres langues, comme, par exemple, en allemand, par Wimraer, en anglais, par Williams et Mac-Gilliorny. Des écrits isolés ont été traduits en allemand, sous la direction de Humboldt lui -même, par exemple , les résultats de son voyage en Asie , ouvrage exécuté par Mahlmann. D’autres ont été incorporés dans des abrégés ou des traductions populaires en langues de différents pays. Humboldt, dans scs dernières années, a commencé à publier un ouvrage gigantesque dans son plan et qui n’est pas encore achevé; c'est une sorte de testament d’une laborieuse existence scientifique de soixante années, un legs fait à l’univers, et sur lequel, dans le chapitre suivant, nous allons tout particulièrement fixer notre attention.

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