CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
pètes de l’océan, soit au sein des froids glaciers ou des paisibles vallées, dans les forêts vierges comme dans l'immensité des espaces célestes, s’applique tranquillement à la conquête de la science de l’univers, et fait jaillir les rayons lumineux qui éclairent des connaissances plus élevées, mais qui se sent aussi entraîné par l’éternel besoin de connaître les beautés sublimes de la nature à travers la nuit, la lumière, les volcans, la campagne, l’océan et les couleurs si cbangeantcs et si bigarrées de la nature.
Mais ces impressions concentraient son esprit au lieu de le distraire, elles le conduisaient dans la profondeur des phénomènes, au lieu de le captiver à la surface, elles lui donnaient du charme h rattacher à ses liens naturels la partie détachée de son tout et h comprendre le tissu mystérieux et créateur des forces de la nature.
Avec les résultats acquis par son expérience, il déborda comme un fleuve sacré, par dessus les rives austères de la science mystérieuse des prêtres , dans les champs du monde civilisé et rompit la digue qui sépare la science de la vie, il ne voulut pas travailler pour la littérature, mais pour l’humanité.
C’est ù ce point de vue qu’il faut comprendre l’exclamation d’un enthousiaste , lorsqu’il s’écrie quelque part : « Humboldt a exactement la même signification que conquérant du monde, réformateur, fondateur de religion. »
En déchiffrant l’esprit de la nature et en l’expliquant à l’humanité, Humboldt apporte incontestablement de grandes modifications dans les idées et
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dans la direction de la vie des pcnitles, et la réalité se révèle de plus près à l’esprit de l’homme,.. Humboldt voulait donner le plus grand développement possible îi l’importance des sciences naturelles; ce qui le prouve, c’est que, dans son adresse de félicitations aux naturalistes allemands à Berlin, on trouve ces [)aroles : « Toute exclusion qui pourrait faire ressortir la différence de religion ou de condition sociale est proscrite ici : L’Allemagne est, pour ainsi dire, représentée, dans cette unité d’esprit et, de meme que les connaissances du vrai et l’accomplissement du devoir sont le but le plus élevé de la moralité, de même ce sentiment de l’unité ne doit être affaibli par aucun de ces liens qui rendent cher h chacun sa religion, son pays, les lois de sa patrie. » C’est ainsi qu’il travaillait pour la masse; ses actes se liaient à l’iiistoire de l’humanité, et il lit nettement reconnaître les limites qui séparent la fatalité de la liberté, le génie de l’esprit des masses, enlin la différence qui distingue une période de temps d’une autre. Il embrassa dans sa pensée la destinée de riiomme, voulut saisir l’esprit caché sous le voile des phénomènes; c’est ce (|ui lui fit rechercher le germe de la vérité même dans les temps les ))lus obscurs, rectifier l’erreur, et arriver îi la connaissance de l’inconnu. -
Il s’élève ainsi à la hauteur du présent en franchissant les degrés de tout le passé, et ce n’était pas une phrase vide de sens, quand on disait h propos du Cosmos : « Pour rendre possibles les recherches de llumboldl, il eût fallu que les Phéniciens et les Grecs
CONSIllÉRATIONS GÉNÉRALES.
construisissent 2,000 ans plus tôt des vaisseaux et Aristote la voûte descieux; que Copernic, Kepler et Galilée dressassent leur camp, dès le commencement de l’ère nouvelle, contre les préjup;és des peuples et l’inquisition de l’église; il aurait fallu inventer des instruments pour franchir et mesurer l’espace, et mettre le génie de l’histoire de concert avec la philosophie pour attaquer et briser les bornes du monde.»
Telles sont les observations générales auxquelles on est amené, quand on compare l’histoire naturelle, * avant Ilumboldt, avec celle qui par son concours a pris aujourd’hui le développement et la sublimité d’uu tableau cosmique du tout et de la partie. A cela vient se joindre l’intluence que ses œuvres littéraires ont exercée sur la direction dominante des intérêts spirituels, dans le monde savant, car sa manière de comprendre la structure de l’univers, soutenue par sa position sociale exceptionnelle avait tourné les regards des hommes instruits sur la vie de la nature, d’où il était résulté une époque littéraire qui caractérise notre temps et fait de l’histoire naturelle un moyen de perfectionnement moral et d’affranchissement intellectuel du peuple, au protil commun de la civilisation. Nous exposerons par des faits, dans les chapitres suivants, comment cela a pu avoir lieu.
Mais avant de poursuivre la vie privée de Htimboldt en temps et lieu, nous serons conduit, en jetant un regard rapide sur reiisemble de ses travaux, à eu apprécier l’intluence sur l’esprit de l’époque, ce qui nous donnera l’intelligence conq)lète de son individualité.
TÎNTRODUCTION.
Le coup (l’œil général que nous venons de jeter, nous a fait voir que le vaste domaine de l’histoire naturelle , dont les limites s’étendent à l’infini, comprend : la connaissance de la terre et de ses habitants, la découverte des grandes lois naturelles, auxquelles obéissent les corps de l’unifers, les hommes, les animaux, les plantes et les minéraux, la découverte de formes nouvelles dans la vie, l’indication précise de régions inconnues jusqu’ici et de leurs produits, la connaissance de peuples, de mœurs, de langages nouveaux et des traces historiques.de leur civilisation, travail qui, soutenu par une activité inépuisable , une grande patience d’observations couronnées des plus riches résultats, conduisit Humboldt à créer une géographie physique. Ses recherches et ses découvertes s’étendaient, dans leur marche incessante, sur toutes les branches des connaissances savantes et pratiques et trouvèrent leur application dans de nombreuses circonstances de la vie. Ses tableaux de la nature vivante élevèrent l’âme et éveillèrent le goût des voyages.
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BIOGUAPHIE DES HOMMES CÉLÈBRES
Ils étaient si riches, en enseignements nouveaux, si gracieux, si pleins d’une fantaisie attrayante dans leurs admirables deseriptions que de nombreux jeunes gens enthousiasmés pour la beauté de la nature, que des hommes, poussés vers l’étude des sciences naturelles, que même bien des âmes féminines, séduites par l’attrait des régions tropicales et par l’admiration de ce qui est grand, apprirent à prononcer avec respect le nom d’un homme dont la personne était environnée aux yeux de bien des gens de l’éclat enchanteur du mystère et du surnaturel, quand ils le suivaient dans les descriptions de ses navigations aventureuses et de ses périlleuses excursions à travers des contrées sauvages et brûlantes. Une telle personnalité (quoiqu’elle appartînt depuis longtemps aux régions élevées du monde civili^ et ne fût inconnue que des couches inférieures de la société) est bien digne d’être connue du peuple et faite pour éveiller dans le sentiment national allemand l’orgueil de posséder un pareil homme. Mais ce n’est pas seulement l’homme instruit, se livrant à des études savantes qui doit s’enorgueillir de savoir apprécier un homme comme Alexandre de Humboldt, il faut que tout bourgeois allemand apprenne à comprendre et à estimer ses héros scientifiques. Pendant que l’homme instruit s’arrête avec respect devant l’image du maître qu’il admire et auquel depuis longtemps il a donné sa confiance, et voit en lui le fondateur d’une science nouvelle, dans laquelle il a mis au jour le Cosmos, Essai
iNTRonuaiox.
d’uiic description physique du monde, il faut aussi que le simple bourgeois se familiarise avec les trésors intellectuels de sa patrie; c’est une loi du progrès des lumières et du per-, fcctiounemeut fie notre époque et, de même qu’un peuple admire ses grands capitaines, il faut qu’il se glorilie de ses savants. C’est un sentiment national que chacun doit éprouver en particulier; c’est pour remplir cette mission de parler à l’esprit populaire que nous voulons entreprendre de faire connaître à la masse du peuple les plus grands savants de l’Allemagne.
Lorsque nous écrivions ces lignes pour la première fois, nous savions que Humboldt lui-même devait la lire, et il nous avait écrit, un jour, le 2 septembre 1850 : » J’ai comme mon frère Guillaume, un grand déplaisir à toutes les glorifications auxquelles on assiste de son vivant. » — Nous donnerions une bien mauvaise idée de la manière dont nous connaissons ce grand homme auquel nous voulons ériger un monument biographique dans l’esprit et dans le cœur du peuple, si, dans ce livre populaire, notre but avait été de glorifier un vivant. Ce qui. caractérise précisément le grand homme, c’est que dans sa renommée universelle, dans la conscience d’avoir accompli de belles choses, il se pare de l’auréole de la plus sublime modestie. Il rejette donc toute glorification et pour s’apprécier lui-même dans sa vie publique comme dans sou existence privée, il dit : » Il faut chercher la vie d’un savant dans ses livres. Que mes écrits
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VOUS apprennent ii me connaître. De là viennent les importantes lacunes que l’on a trouvées dans toutes les recherches qui ont été faites jusqu’ici, pour fournir des esquisses biographiques sur Humboldt, dans le Dictionnaire de la conversation et les feuilles périodiques, parce qu’il fallait s’en tenir à ses écrits et que ceux-ci ne le faisaient voir que pendant l’action, tandis qu’ils laissaient complètement ignorés les intervalles de repos ou de travaux inédits qui n’avaient d’influence que sur son propre développement, ou correspondaient aux époques de ses périlleux voyages.
Mais le moindre trait intéresse dans la vie d’un grand homme et contribue à le caractériser même dans les circonstances les plus insignifiantes.
Faisant abstraction de la prédilection de notre esprit allemand qui nous porte à étudier la vie d’un homme remarquable et à en tirer tout le profit possible, à l’avoir devant les yeux eu temps et lieux, à vivre en quelque sorte de la vie d’un individu nouveau , il faut encore , surtout pour obtenir un portrait complet, intelligible pour tout le monde, d’un personnage aussi remarquable que Humboldt, que nous cherchions des caractères sensibles qui nous permettent de le voir à découvert, d’assister en quelque sorte à sa vie, de le voir naître, s’accroître et mûrir.
Nous ne pouvons comprendre que ce que nous voyons naître, a dit un célèbre naturaliste; et, en voyant comment la vie s’organise, nous arrivons à connaître l’esprit qui la
IMUOÜUCTION.
dirige, parce que nous étudions les causes et les effets et conservons sans cesse devant les yeux un tableau complet de la vie organique, dont les beautés isolées, toujours en harmonie avec le tout, Unissent par être exactement appréciées par nous. Comme Humboldt répondait, en appréciant avec la plus grande modestie des propres écrits, à toutes les demandes à lui adressées pour obtenir les matériaux destinés à sa biographie, les lacunes littéraires de sa vie ont été d’autant plus difficiles à compléter que selon ce qui se passe habituellement, nos contemporains préoccupés de la prodigieuse activité d’esprit d’une personne négligeaient et perdaient de vue les traits et l’influence de sa vie privée de tous les jours, traits et influence qui ont une grande importance dans l’histoire de la vie d’un homme, puisqu’ils nous conduisent à comprendre toute cette vie, et à la mettre sous les yeux des contemporains.
Nous avons eu le bonheur de recueillir de nombreux documents sur la vie de ce grand homme; nous espérons donc que dans ce monument biographique de l’illustre savant, monument dédié au peuple allemand, nous exposerons une image fidèle de l’ensemble de son caractère comme homme et comme savant.
Nous déroulerons comme une peinture son existence entière, dans tout ce qu’elle a de connu depuis sa naissance jusqu’à nos jours; c’est un tableau dont le riche et brillant coloris tend à honorer nfln celui qui l’expose, mais celui
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dont l’existence y est tracée. Nous exposerons les faits avec la plus scrupuleuse fidélité, dans leur temps, dans leur lieu, dans leur enchaînement les uns aux autres ; ce ne sera pas notre opinion personnelle ni un point de vue subjectif qui nous fera anticiper ou passer sous silence, mais nous voulons peindre loyalement l’histoire de cette existence, dans ses détails publics et prives.
Nous voulons donc donner un exposé des années de sa jeunesse studieuse et de son développement, en faisant ressortir l’influence qu’elles ont eue sur le futur jeune homme ; nous voulons, en suivant l’ordre chronologique, faire en petit le portrait de ce grand homme en décrivant les aspirations de sa vie, ses travaux précoces, les voyages de sa jeunesse, ses études, les obstacles qu’il a rencontrés, scs excursions dans le monde, ses conquêtes scientifiques et scs succès comme citoyen, et, comme un personnage aussi éminent ne peut être isolé , mais suit le développement du temps et de son entourage, cela nous conduira à jeter un regard sur la vie d’autres individus qui ont eu sur llumboldt une influence spéciale. Pour ce qui est de scs grands voyages, ce serait 'sortir du plan de notre travail biographique si nous voulions en donner une description détaillée, Humboldt en ayant lui-même rendu compte autre part, dans un ouvrage populaire; mais ce serait laisser une grande lacune dans les temps les plus intéressants de sa vie, si nous ne suivions pas ses courageuses pérégrinations
INTRODUCTION
dans la lointaine Amérique et dans l’Asie, si nous n’explorions pas avec lui des contrées nouvelles, si nous n’assistions pas à ses nouvelles aventures et à ses émotions, pour y puiser la connaissance des chemins qu’il a parcourus et l’admiration que sa personne a méritée. Toutefois en le suivant au delà des mers et dans des régions inconnues, nous ne réunirons dans notre tableau que ce qui a rapport à la biographie proprement dite de Hamboldt, tout ce qu’il proclame lui-même comme nouveau, original, curieux, et dont on doit conserver le souvenir, tout ce qui a été d’une influence durable sur sa vie, son propre perfectionnement, ses joies et ses douleurs, ses contemplations, ses souvenirs et sa destinée.
Et comment Humboldt aplanissait-il les voies de cette nouvelle science, par ses recherches et ses voyages? Nous répondrons en passant à cette question, avant de voir sa vie de plus près, par une esquisse générale du rang distingué qu’il a occupé au rang des grands naturalistes, esquisse que nous rattacherons à nos observations générales. Ordinairement, les naturalistes voyageurs s’attachent dans leurs travaux scientifiques et dans leurs plans de voyages, à remplir l’une de ces deux conditions générales : ou bien ils recueillent avec ardeur une foule de matériaux naturels, des animaux, des plantes, des minéraux, ils entreprennent beaucoup de recherches spéciales et rendent compte de leurs observations; ou bien ils commencent par faire un travail d’en-
BIOGRAPHIE DES HOMMES CÉLÈBRES
semble de toutes les découvertes faites, des observations, des collections qu’ils ont déjà sous la main et qu’ils cherchent à compléter, et donnent un précis exact des rapports naturels, de l’ordre intime qu’ils ont reconnu, élargissant ainsi et rectifiant la connaissance des anciens et y rattachant ce qui a été nouvellement classé. Quant aux naturalistes qui veulent réunir les deux conditions à la fois dans un même individu, dans un même travail, dans un même plan de voyage, ceux là sont fort rares, et c’est pourtant à cette classe de savants naturalistes qu’appartient Alexandre de Humboldt, et il y occupe une place distinguée qui a fondé sa réputation universelle. Ce qui fait que de pareils hommes sont rares ce sont les conditions qu’ils ont à la fois à remplir dans deux directions distinctes. Il faut pour cela posséder une connaissance positive et constante, c’est à dire être exactement familiarisé avec tout ce que la science possède déjà et a recueilli, il faut de plus un remarquable talent d’observation et le don de la généralisation, c’est à dire une habileté particulière à rassembler rapidement et avec exactitude aux faits que l’on possédait déjà, ceux qui se rattachent naturellement aux précédents, à les éclaircir, les compléter, les appuyer, les rectifier de sorte que les nouvelles découvertes concourent à former avec les anciennes un tout d’autant plus intelligible. Voilà ce que Humboldt comprenait tout particulièrement, et la grandeur de sou génie se manifestait de la manière la plus évidente partout
INTRODUCTION
OÙ il établissait un rapprochement naturel entre le riche trésor de ses propres observations et de ses expériences et les faits seientifiques de tous les temps, depuis le commencement des siècles jusqu’à nos jours, et jetait ainsi la lumière la plus extraordinaire sur l’ensemble des connaissances humaines. Le génie de cet homme se manifestait déjà d’une manière frappante, en ce que, à l’époque de sa jeunesse, lorsque, par conséquent, certaines sciences étaient à leur naissance (comme, par exemple, la physiologie ou étude de la vie des organes dans les animaux et dans les plantes), il entreprit des observations et publia des résultats dont la science qui, sur ces entrefaites fit aussi des progrès, ne sut apprécier l’exactitude et la vérité, dans toute leur étendue que cinquante ans plus tard. En effet on a reconnu aujourd’hui la précision des conclusions et des corollaires que jadis Humboldt avait déduits de ses observations ce qui est une nouvelle preuve de l’esprit rigoureux d’observation qu’il possédait déjà comme jeune homme.
Et quelles sont les œuvres grandioses qui doivent immortaliser le nom de Humboldt? Vers quels nouveaux champs de la science se sentait-il porté? Où jeta-t-il dans le sillou la première semence qui devait y germer? De quelle moisson enrichit-il la science? Une réponse brève et concise à ces questions va nous conduire à jeter un coup d’œil général sur le génie de cet homme, avant de suivre sa vie privée eu temps et lieu.
niOGUAI'HIK UES HOMMES CÉLÈBRES.
Ilumboldt fut le premier qui se rendit compte exactement des 1 apports de tons les éléments de la terre, avec le monde, qui fit succéder un classe.nent clair et rigoureux à la confusion qui régnait jadis dans le rapprochement irrégulier de faits isolés, qui distingua l’essentiel du fortuit, la certitude de l’hypothèse, qui signala l’apparente irrégularité qui règne dans des lois reconnues, et qui réunit dans des groupes distincts et naturels tous les corps isolés du globe.
C’est ainsi qu’il est devenu le fondateur d’une nouvelle science, la géographie comparée, dont l’importance sur la vie du peuple en général se manifeste, d’année en année, avec plus d’éclat. Toutes les lois de la géographie physique se dévoilèrent à ses sens et à son esprit ; il découvrit les lois d’après lesquelles les êtres organisés sont répandus sur la surface du globe et même dans les différentes conditions de température du sol et de l’air. En étudiant attentivement la composition de l’air dans différentes régions, et <à des hauteurs^ilférentes, au dessus du niveau de la mer, dans le sein de la terre, à la bouche des montagnes volcaniques, il reconnut qixe la distribution de la chaleur de. l’atmosphère, aussi bien dans ses couches horizontales que dans ses couches verticales, que les proportions de cette chaleur varient d’après les saisons et les localités sur la surface du globe, de môme que la température de l’océan et celle du sol terrestre sont la base la plus importante du développe-
INTHOnUCTIOX.
ment régulier des êtres créés sur la terre. Ici se rapportent les célèbres observations thermométriques, barométriques et altimétriques de Ilumboldt qui lui firent apprécier la valeur pratique du baromètre , instrument trop peu connu jusque là dans son application à la science et qui lui permit d’y constituer une branche toute nouvelle.
Mais il fut aussi le véritable fondateur d’une autre science, à savoir, l’hydrographie ou description des eaux qui couvrent le globe terrestre.
11 avait reconnu de bonne heure l’importance du courant de l’Océan et enrichi la géographie de notions très précises sur la limite, la rapidité, la température, la variabilité du courant et signalé leur influence sur le développement du commerce, sur la navigation, sur l’histoire de l’espèce humaine. Le grand projet d’éviter aux navigateurs qui vont de la mer Atlantique à l’Océan, le détour par le Cap Horu qui est la pointe la plus méridionale de l’Amérique, en faisant passer un canal par l’Amérique centrale, ce projet avhit été mis convenablement en lumière par Humboldt le premier, qui avait pris pour base de cette amélioration dans la navigation les observations qu’il avait faite sur l’inégalité du sol et les proportions des eaux.
La structure de l’écorce terrestre fut aussi un des principaux objets des recherehes de Humboldt , et cette science lui doit d’immenses progrès, car il étudia les conditions de l’ancien monde et du nouveau, et dans cet examen compa-
xxvin
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ratif, il découvrit bientôt les lois qui dirigent ce chaos apparent. Il fut donc ainsi un ardent travailleur de la géognosie, c’est à dire de la connaissance de la composition et de la structure de l’écorce solide du globe, et fonda de la sorte une nouvelle science intuitive , en éclairant l’étude des variations des rapports climatériques de notre globe. Comme le prouvent la découverte d’animaux et de plantes antédiluviens, car on a déterré dans les glaces du nord des créatures de régions chaudes, notre globe a dû être, il y a plusieurs milliers d’années tout diftérent de ce qu’il est aujourd’hui. Humboldt en trouva l’explication et la cause, non pas d’après les anciennes idées, c’est à dire dans la chaleur que dégageaient les montagnes renversées, mais dans l’action inégale des forces volcaniques dans le sein du globe primitif, et il en fit très ingénieusement découler la haute température de la terre à cette époque.
Cette opinion exerça une grande influence sur la réforme de la géographie, mais comme Humboldt n’avançait jamais une opinion sans produire des preuves pratiques et évidentes à l’appui, il présenta une riche collection de minéraux d’Amérique, les compara avec les couches où l’on voit qu’elles reposent dans le sol de l’Europe et arriva de la sorte à ce grand résultat, que c’est une seule et même loi qui a présidé à la disposition des couch(« du globe entier , aussi bien chez nous que dans les régions de l’autre hémisphère.
Cette étude de Humboldt sur l’influence des volcans, de
INTRODUCTION
leurs éruptions et de leur action sur la terre, le conduisit nécessairement aussi à connaître la nature des tremblements de terre et ce fut précisément lui qui commença à produire des faits significatifs et en donna les premières notions exactes. Il enseigna que les montagnes volcaniques qui reposent sur les fo}'ers profonds des entrailles de la terre, même lorsqu’elles sont séparées les unes des autres par plusieurs centaines de milles, sont néanmoins en communication les unes avec les autres, d’où il résulte que les tremblements de terre se font souvent sentir simultanément sur une étendue de plusieurs milliers de milles carrées. Il précisa la position d’artères volcaniques, dans le sein du globe, d’après la direction dans laquelle les secousses terrestres ont l’habitude de se transmettre, et la régularité avec laquelle elles s’enchaînent les unes aux autres, ce qui fit voir encore la physique de la terre sous un nouveau point de vue.
Lui qui connaissait si exactement l’intérieur du globe, comment aurait-il pu ne pas diriger son attention sur les précieux trésora que renferment les entrailles de la terre , sur les métaux. Aussi bien en Amérique qu’en Sibérie, il rechercha les lois qui pouvaient faire supposer la présence des métaux, et le résultat qu’il obtint fut de la plus grande importance pour l’exploitation des mines. Il reconnut que, jusqu’à un certain degré, aussi bien en Amérique qu’en Sibérie, les conditions analogues devaient avoir présidé à la formation des couches et à la distribution de l’or et du
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platine, et ce furent ces données qui conduisirent à la découverte du diamant dans les mines d’or du mont Oural.
Pendant qu’il répandait ainsi la lumière sur la vie mystérieuse de notre globe, dans les grands traits de ses phénomènes, son esprit s’appliquait encore au monde muet des plantes, pour y fonder aussi la grande loi de leur existence. Il ne dédaigna pas , à côté de ses gigantesques travaux, de rassembler des herbiers, et son intelligence créatrice, examinant la vie des plantes, par rapport à la qualité du sol, le conduisit à fonder encore une nouvelle science, la géographie des plantes , c’est à dire l’étude de la propagation des végétaux et des lois qui y président. En démontrant la liaison qui existe entre la propagation des plantes et les conditions de hauteurs et de climats, en renfermant dans un cercle naturel, d’un ordre régulier, ces observations propres avec celles que d’autres observateurs lui faisaient parvenir des points les plus éloignés du globe, il peignit et représenta tout un monde de végétaux inconnus, et la botanique, qui jusqu’alors avait été sans méthode et une simple afl'aire de mémoire , fut élevée par lui à la hauteur de la science naturelle la plus attrayante, car il démontra que le règne végétal, passif en lui-même, a la plus puissante action sur la forme du sol, sur l’état des peuples, sur le développement historique de la race humaine, depuis les siècles primitifs. Ce qui réveilla surtout un nouvel intérêt pour les sciences physiques, c’est qu’il les rattacha à
INTRODUCTION
l’histoive de l’espèce humaine et qu’il les dépouilla Icllcineiit de toutes les explications mystiques, qu’elles devinrent intelligibles même pour les personnes les moins initiées à cette étude et excitèrent leur admiration ; En efl’et la précision et la clarté de ses descriptions, son intelligence pratique de la nature atteignent la forme attrayante et la vigueur d’esquisses d’un ensemble d’images intuitives. Aux recherches sur la nature du sol se rattache étroitement la climatologie, c’est à dire l’étude de ce que l’on désigne sous le nom de climat, ou' manière d’être particulière d’une contrée ou d’une localité. Ici encore, Humboldt a été le fondateur d’une nouvelle science, la climatologie coraparéei II puisa dans le domaine de la météorologie, dans l’étude des proportions du calorique et de l’électricité, les bases d’une nouvelle science traitant de la répartition de la chaleur sur le globe; c’est ce qu’il appela les lignes isothermes, au moyen desquelles il relia entre eux tous les points du globe qui jouissent d’une température moyenne égale, et il en résulta que l’équateur de la chaleur, c’est à dire la ligne / que l’on obtient en reliant entre eux les points les plus chauds du globe, ne correspond pas absolument avec l’équateur terrestre, et que, par conséquent, les régions situées sur l’équateur, qui reçoivent perpendiculairement les rayons solaires, ne sont pas toujours les plus chaudes.
Mais Humboldt ne se restreignit pas à la science en elle-même; l’homme aussi fut l’objet de ses observations et
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de ses méditations. Il étudia les races indiennes de l’Amérique, poursuivit les traces de leur histoire et de leurs migrations, étudia leurs langages, leurs monuments, leur architecture, leurs antiquités. Il jeta de la sorte un grand jour sur les anciens habitants du Mexique et du Pérou ; il s’identifia tellement avec les conditions vitales de ces habitants des colonies espagnoles, qu’il parvint à faire le tableau de leur commerce, de leurs mines , de leqr agriculture, de leur constitution politique, de leurs missions, même de leurs maladies spéciales, et là, comme partout, il prit à tâche de signaler l’éternelle influence qu’exerce la nature sur les dispositions morales de l’humanité et sur son histoire. En dehors de l’œuvre sur ses voyages, on vit naître, sous son impuliidn, une nouvelle entreprise riche de peintures artistiques, qui avait pour but de représenter graphiquement aux imaginations européennes, les grandes scènes de la nature des chaînes de montagnes des Andes et les monuments de la civilisation éteinte des habitants primitifs de l’Amérique centrale. On vit donc pour la première fois, en Europe , des paysages .où se trouvaient à la fois la conception artistique d’une contrée et l’image la plus fidèle de la nature et qui remplacèrent bientôt, dans les régions élevées du goût artistique et de l’éducation, les peintures de fantaisie des temps anciens. Ce fut la base de l’art de la peinture appliquée à l’histoire naturelle, spécialité qui est arrivée, de nos jours, à un haut degré de perfectionnement.
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en particulier entre les mains de Kugenda et d’autres artistes allemands ou étrangers. ^
Cependant, Humboldt devenu vieux ne se repose pas encore des travaux de sa vie laborieuse et agitée. C’est à ses dernières années que se rapporte la prodigieuse impulsion qu’il a donnée à la recherche mathématique des lois du magnétisme terrestre, travail auquel il avait préludé par ses précédentes observations sur les inclinaisons de l’aiguille aimantée. Pour jeter un jour plus brillant sur cette branche obscure de nos connaissances, il fit intervenir son nom, sa puissante infiuence de position, ses doctes avis pour déterminer les savants de tous les pays à s’appliquer en commun à la recherche des lois du magnétisme terrestre et des variations atmosphériques, c’est à dire à l’étude des instruments servant à la météorologie ; et afin d’assurer les progrès de la physique, il négocia pour la construction de nombreux observatoires magnétiques, en correspondance les uns avec les autres, qui sont répandus aujourd’hui, comme un grand réseau , sur toutes les parties du globe et que l’on trouve aussi bien dans les solitudes de la Sibérie que dans Pékin naguère encore fermé à toutes les sciences. Son appel et son influence eurent un retentissement si lointain que la Kussie et la Grande-Bretagne firent de grandes offres scientifiques en faveur des progrès de Humboldt, et que, non seulement le pacha d’Ègyptc, mais encore un prince indien s’efforcèrent de multiplier le nombre des stations pour les
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observations magnétiques, honorant ainsi à la fois Humboldf et la seienee.
Et un pareil homme, devant le génie duquel l’Indien lointain lui-même se prosterne ne serait pas connu et chéri de chaque contemporain allemand, ne serait pas regardé comme un objet d’orgueil national allemand? Il faudrait qu’il ne fût bien compris que par les savants et les gens de haute éducation? Notre esprit national n’aspire- pas seulement à l’émancipation politique, mais avant tout à l’accomplisscment de toutes les conditions qui y conduisent, et dont la plus importante est de savoir se rendre compte de l’état de sa civilisation nationale, de connaître intimement et de comprendre ceux qui nous ont acquis cette civilisation. Que l’on jette les yeux sur l’Angleterre et sur la France, ces modèles de civilisation européenne, le premier venu de la masse du peuple ne doit-il pas citer avec orgueil et comme lui étant familier les noms de ses gloires nationales dans le champ de la science et des arts, tout aussi bien que ses guerriers et ses hommes d’État? N’admire-t-il pas leurs œuvres et ne se croit-il pas le droit de prendre sa part du renom que son héros a jeté sur le patrie? Et nous. Allemands, nous qui possédons un Ilumboldt, un homme que la France nous envie, et qu’elle prétend mettre au nombre du ses auteurs classiques (parce qu’il a longtemps vécu à Paris et que beaucoup de ses ouvrages sont écrits en français); nous. Allemands, ne devons-nous pas mettre au jour
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