‹ Alexandre de HumboldtChapitre 6 sur 18 · IIIUGRAFUIE PES HOMMES' CÉLÈBRES. S · texte numérisé non relu

IIIUGRAFUIE PES HOMMES' CÉLÈBRES. S

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illustres lignées, comme aussi leur propre activité furent pour eux nue source féconde de succès.

A ce point de vue, les deux Humboldt sont les enfants chéris de la fortune, car ils n’ont jamais appris à connaître les soucis de la vie, les défaillances d’une âme à la recherche des moyens de s’instruire, ses luttes et ses eflbrts pour saisir l’occasion de mettre à profit ce qu’elle a acquis , source d’humiliations ou même de découragement absolu pour tant de jeunes gens riches de talents, mais sans fortune, ou appartenant à des familles obscures.

C’est aussi de cette époque que date un sentiment qui a rempli la vie des deux frères; je veux parler de leur amour pour la Prusse, leur patrie.

Dès leur tendre enfance, la personne de Frédéric le Grand était pour eux comme l’auguste symbole de leur pays, et avec lui la réforme dans les idées et la gloire militaire de la Prusse. Au moment même où les deux fr^es étaient sur le point d’abandonner Berlin pour suivre les cours d’une université, le roi mourut, de sorte qu’ils ne furent plus témoins des premières faiblesses, des désordres de politique intérieure, de la dépravation morale qui, passant en quelque sorte de main eu main, avec cette ridicule épidémie que l’on pouvait appeler V éclaircissement de l'intelligence , prirent tant d’extension sous les auspices des successeurs de Nicolaï. Les frères Humboldt furent heureusement tirés de ce terrain aride par leur départ pour l’université

De même que pour leur première éducation, ce fut eu commun qu’ils -se livrèrent à leurs études académiques. L’université de Franfort-sur-l’Oder qui avait alors une grande réputation dans le pays, avait été d’abord choisie pour continuer l’éducation et particulièrement pour servir

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<riiitro{lucüon aux études où les appelait leur vocation. L’année de la mort du grand roi, c’est à dire en 1780, il.s partirent avec leur précepteur Kunth, devenu leur ami, pour aller passer à Francfort les deux aunécs suivantes, jusqu’aux Pâques de l’année 1788. Guillaume s’était voué à l’étude du droit, mais Alexandre, fidèle à sa vocation première, persista dans les études financières, parce que l’étude de l’économie politique avait plus de rapports avec son goût poulies sciences naturelles. Leur ancien précepteur de Berlin, Lœffler, qui, sur ces entrefaites était devenu professeur à Francfort, accueillit les deux frères et Kunth lui-mémo dans sa maison et, pendant que chacun d’eux, en particulier, se livrait à l’étude spéciale qu’il avait entreprise, ils poursuivaient en commun leurs études sur la philosophie, la linguistique et les sciences naturelles; Guillaume prit une part toute spéciale à ces dernières, quoique partant d’un autre point de vue. Ce qui avait fait choisir de préférence l’université de Francfort, c’est que leur mère voulait garder ses fils à sa proximité et ne pas les perdre de vue trop vite. Kant, le fameux philosophe de cette époque, qui professait à Kœnigsberg, n’eut pas la préférence de la veuve du major, pour le choix d’une université. Mais alors déjà dans les plans maternels d’avenir, existait le projet d’envoyer ses enfants d’abord à Francfort, pour s’y préparer à servir un jour l’État, mais ensuite de leur faire suivi-e pour leur perfectionnement les cours supérieurs les plus en renom, comme ceux de Gœttingue. Déjà Leipzig et Halle étaient déchues de leur haute réputation et léna n’atteignit que plus tard sa période d’éclat. De 1786 à 1788 se trouvait à Francfort, pour ses études, le comte Dohna, proche parent des frères lluniboldt et qui s’attacha particulièrement à

BIOGRAPHIE DES HOMMES CÉLÈBRES

l’aîné, à cause de sa prédilection pour les connaissances accessoires classiques. Comme Hhediger, ce parent eut une grande influence sur Guillaume, et se rencontra encore avec lui à Gœttingue. Rien ne pouvait être plus avantageux pour Alexandre que l’espèce d’engouement par lequel, au printemps de 1788 , on se sentait porté à Gœttingue, car là florissaient une foule de savants adonnés spécialement aux études vers lesquelles il se sentait plus naturellement porté : là vivait et enseignait Blumcnbach, le célèbre naturaliste qui observait et classait avec l’esprit le plus éclairé, d’après la /orne ou la manière d’être, tout le règne de la nature; là vivait lleyne qui enseignait et avait fait revivre l’étude de l’antiquité ; là travaillait Eichhorn, comme professeur d’histoire.

L’étude de l’antiquité et celle de l’histoire furent les deux spécialités auxquelles les deux frères s’appliquèrent en commun. L’époque de leurs travaux classiques dans la philologie et les belles lettres leur servait de lien; l’histoire avec ses considérations philosophiques conduisait Guillaume là où Alexandre rassemblait sur le domaine de l’histoire la connaissance de la terre et celle des peuples, et pendant que Guillatrme se rendait plus familier avec la littérature classique et les écrits du philosophe Kant, Alexandre recevait l’influence directe et instnictive de Blumenbâch; mais les deux frères retrouvaient encore leur centre commun dans la fréquentation assidue et affectueuse du professeur lleyne qui se prit d’amitié pour les jeunes gens et exerça la plus grande influence sur leurs études ultérieures.

Alexandre de Humboldt puisa une nouvelle ardeur dans les relations bientôt devenues intimes qu’il contracta avec Georges Forster, gendre de Heyne. Cet homme avait jadis

accompagné, comme naturaliste, le fameux capitaine Cook dans son second voyage autour du monde; que de points de contact cet homme devait trouver dans Tâme d’Alexandre pleine de rêves où figuraient les images d’un monde inconnu et transatlantique, rêves qu’avait autrefois éveillés Campe, l’auteur de Eobinson ; quelle soif il devait avoir d’observer de fabuleuses contrées, d’entreprendre de téméraires navigations, de nouvelles découvertes, lorsque Forster lui racontait son voyage autour du monde? C’est ainsi que Forster a été pour Humboldt la première manifestation de ce monde transatlantique entouré d’un éclat mystérieux. Il s’attacha de plus en plus au jeune Alexandre.

C’était un homme d’un esprit heureux et fécond, plein de nobles aspirations pour la liberté, et qui, dans ses idées innées de liberté, nourries et enrichies par ses anciens voyages dans un monde nouveau , ne se trouvait pas à sa place dans les sociétés allemandes à idées arriérées et qui était un adversaire déclaré de secte maladive des écWireur-i (lui régnait de son temps à Berlin. Déjà depuis leur première éducation, les frères Humboldt s’étaient tenus à l’écart de la coterie prussienne de l’uniforme ; sous l’influence d’une libre manière de penser, encouragés par le voisinage d’un roi plein d’esprit , ils avaient de bonne heure reçu l’inspiration d’un vrai patriotisme.

Les idées libérales de Forster, la loyauté de ses sentiments, sa manière dépenser énergique et libre de préjugés, tous cela ne devait-il pas avoir l’influence la plus notable sur ses jeunes amis, et particulièrement raffermir et développer dans Alexandre ce penchant pour les vertus civiques qui a fait l’ornement de toute sa vie,

Georges Forster vécut avec sa femme, pendant l’été de

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17 8S, auprès de son beau-père llcyne, à Gœttingue, et ce n’est qu’au printemps suivant qu’il se rendit à sa nouvelle résidence , à Mayence , où il devint conseiller auliquc et bibliothécaire de l’universitc qui existait alors.

Lors même que les circonstances ultérieures de la vie de l’aîné des Ilumboldt ne seraient pas une preuve de l’impression que Forster avait produite sur lui, cette preuve ressortirait de ce fait que, peu de temps après le départ de Forster pour Mayence, Guillaume voyageant sur le Rhin, s’arrêta chez lui et fut heureux d’y passer quatre journées.

Les deux frères recherchaient l’amitié de Forster (l) et la tenaient en grande estime; ils éprouvaient les mêmes sentiments pour son épouse, femme instruite et spirituelle comme aussi pleine de cœur, avec laquelle ils étaient en communion intime et pure de pensée. Alexandre de Ilumboldt eut des relations moins étroites que son frère Guillaume avec Jean Stieglitz, (2) qu’ils avaient déjà connu à Berlin, où il avait fréquenté les cercles Israélites de Mendelssohn, de Marcus Herz, etc., etc. et s’était livré à de nombreux travaux philosophiques.

On rapporte aussi qu’il prit part au neidhrmdalimf: de ces cercles; cela nous étonne, car plus tard, son biographe nous dit avec un grand accent de vérité que c’était seulement un homme d’intelligence qui avait tourné toute l’énergie de son cœur vers un seul but, à savoir de s’imposer une grande réserve, une grande sévérité dans sa conduite et le

il) Forster, brouillé avoc le gouvernement allcmainl, lorsqu’éclata la révolution française, se prit d’onthousiasine pour ses idi-cs, fut entraîne par son tourbillon, oblige de s’expatrier et mourut à l'étranger. Sa femme épousa plus lard réerivaiii Huber. G. de Ilumboldt l'appelait autrefois la première do tontes les femmes, et reslinia liantemeni, toute sa vie.

(-) Il mourut en bSW, président du conseil de médecine de Hanovre.

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choix do ses relations, et qu’il ne s’était jamais oublié. L’amitié intime de Guillaume de Ilumboldt avait pris sa source dans la cause la plus naturelle; à Gœttingue, Stieglitz lui avait sauvé la vie au moment où il allait se noyer en se baignant dans la Leine.

Après deux ans écoulés, pendant lesquels Alexandre s’était livré sans interruption a l’étude de l’histoire naturelle, de l’archéologie et de la philologie, sous les auspices directs des savants les plus renommés, que Guillaume de son côté, avait fait plusieurs excursions et plusieurs voyages, entre autres celui de Hanovre où il se rencontra avec Fréd. Jacobi, Eehberg, madame de Wangenheim , Brander et Zimmermann, l’heure était venue où les deux frères devaient quitter l’université. Kunth ne les avait pas accompagnés jusque là, il était entré au service du gouvernement, et vécut encore neuf ans (e’est a dire, jusqu’à la mort de la veuve de Humboldt), partageant le toit et la table de famille de ccllc-ci, dans cette maison où la confiance absolue d’une mère l’avait appelé, pour administrer plus tard tous ses intérêts domestiques.

Or les deux frères avaient acquis assez de maturité pour que les dispositions particulières de chacun fusscntbiencaractérisées. Alexandre avait en partage une tendance d’esprit à parcourir en grand les domaines généraux de l’observation, tandis que Guillaume sc contentait facilement tic se limiter dans un cercle plus étroit; mais il voyait le fond des choses et, faisant en quelque sorte élection de domicile sur un espace resserré, se préparait à explorer plus tard un autre champ par les mêmes moyens.

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