‹ Alexandre Dumas, 1802-1870Chapitre 15 sur 25 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

LE CONCIERGE, LE GUICHETIER, PATRDr, puis DE BRAY et GEORGES.

LE GUICHETIER, de la porle.

Dites donc, maître, voilà le serrurier d'ici qui demande à faire entrer un confrère ; il voudrait voir le condamné de près, il parait que c'est un ami, \oulezvous permettre ?

LE CONCIERGE

Qu"il entre.

LE GUICHETIER

Viens, l'amour, et tiens-toi là, voilà sa porte, lu seras aux premières loges.

PATROT.

Merci, camarade ; quand sortira-t-il ?

LE CONCIERGE

Ça iV s'ra pas long, maintenant, on lui fait sa toilette.

PATROT, voyant entrer les gendarmes.

Déjà ?

LE GUICHETIER

Ce n'est pas pour lui.

LE CONCIERGE, Conduisant les gendarmes vers la chambre de De Braij.

Sortez. (De Braij sort.;

PATROT.

De Bray ! Dieu est donc juste quelquefois !

DE BR\Y

Est-ce que le condamné...

LE CONCIERGE

Voilà qu'on vient le prendre, dépêchons pour éviter l'encombremenL

GEORGES, sortant les mains liées derrière le do5, les cheveux et le col de sa chemise coupés.

Laissez-moi dire adieu à ma mère... où est ma mèreV...

DE BRAY, face à face avec lui.

Georges?

J66 ALi:XANDRE DUMAS

Encore!

De Bray, les menottes aux mains.

Je ne suis pas plus libre que toi de m'en aller.

GEORGES

Quoi, condamné aussi?

DE BRAi.

Dix ans de galères, voilà tout.

GEORGES

Ohl Monsieur, je vous pardonne de grand cœur, car de nous deux, oh! oui, c'est vous le plus à plaindre.

DE BRAY, sortant.

Et ne pas mourir!...

(On entend les cris de la populace au dehors : Cesl lui — non — si — c'est Vautre... celui de Bicêtre — eh bien, va-t-il venir, le condamné?)

GEORGES

Allons, messieurs, puisque ma mère n'y est pas...

PATROT.

Dites donc, gendarme, écartez-vous un peu, l'affaire d'un moment, le temps d'embrasser un ami.

GEORGES

Patrot!... Et avoir les mains liées, ne pas pouvoir te serrer dans mes bras, Patrot, mon ami!...

TATROT.

Georges, du courage.

GEORGES

Tu n'abandonneras jamais ma mère?

PATROT.

Sur la tombe de votre père, je le jure.

GEORGES

Eh bien, embrasse-la pour moi, Patrot, et dis-lui que mon dernier soupir, ma dernière pensée sera pour elle, entends-tu, je suis seulement fâché que Jules... Adieu, Patrot, adieu... Marchons, messieurs...

PATROT, les regardant sortir.

Mille dieux, quand je pourrais mourir, moi, qui n'ai ni père ni mère ni personne, il faut que ce soit lui !... (Il s'assied sur la table au tond, au-dessous de la croisée.)

Cris dans la rue : Ati ! le voilà, — Tiens il n'est pas pâle. — Eh! Vabbé, donne-lui Vabsolution bien vite, car il te la prendrait, vois-tu, c'est un gaillard. — Oh! oh! — Le brait s'éloigne.

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