‹ Alexandre Dumas. [Edité par] Hippolyte ParigotChapitre 13 sur 95 · INTRODUCTION. XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XV

leur, songez qu'il est à ses débuts. Au surplus, comme nous n'avons pas affaire ici à un humaniste, plus ces tableaux plairont, plus il les multipliera dans la suite; et il inaugurera plus lard le drame de la lanterne magique, qui est le triomphe de la fantaisie populaire déchaînée à travers le passé.

Et du premier coup il est un dramatiste vigoureux, il étale la joie des muscles. Le général eût été content. Sous les couleurs flamboyantes du spectacle, examinez la trame de l'action. Elle est serrée, nerveuse. C'est la facture des grandes comédies de Beaumarchais appliquée au drame : alerte, rapide, et seulement plus tendue. Sans doute Dumas n'a pas encore concentré toutes ses énergies, comme dans Antony. Mais aux scènes à faire, cela se détend comme un ressort, avec une force de projection qui est proprement poignante. La fin du I '' acte, celle du IIP, du IVe prennent le public à la gorge; il y a des mots étouffants : « Saint-Paul, qu'on me cherche les mêmes hommes qui ont assassiné Dugast! » Le Ve acte n'est qu'une cantilène soupirée dans un guet-apens. Mais quel dénoûment! Le mouchoir d'Othello sert à nous bâillonner. Et si l'on me dit que ce pathétique est un peu robuste au gré de nos subtils psychologues, j'en suis d'avis.

Ces audaces violentes, que la critique reproche à Dumas, sont la force d'expansion de ce théâtre à travers ce public. Ils n'étaient pas penchés sur leur moi, les grognards à la poigne glorieuse. Ni Eschyle,

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ni Sophocle, ni Shakespeare, en des temps d'action '■i d'énergie physique, n'ont rebuté ce pathétique; ni Gœthe (fin d'Egmont), ni Schiller (fin de Marie Stuart), n'onl désavoué ces émotions; ni Alfred de Vigny n'a dédaigné ces moyens (V. la scène, finale de l'escalier dans Chatterton). De là est sorti un certain réalisme dramatique, dont il faut pourtant tenir compte, cl qui est nécessaire à peindre les intimités de la vie cl des milieux modernes. Dès le début de sa carrière, et jusqu'à la lin, Dumas iils s'en est avisé.

Et voici le meilleur de cette pièce, Henri III et sa cour : sous le drame historique à prétentions révolutionnaires vit et se débat le drame intime, qui se dessine clans le Mariage de Figaro, le drame de mœurs, qui sera la substance même du théâtre de ce xix° siècle. Les temps nouveaux ont paru. Après 1781), on ne rit guère, et pleurer ne suffit point. On aime, on est embrasé, on crie, on s'arme, bataille ! bataille! Le traquenard du duc de Guise, en attendant le coup de pistolet du comte de Lys. Bon gré mal gré, il faut reconnaître que le germe de ce théâtre moderne est dans Henri III, et déjà les moyens techniques de le développer sur la scène . Car, en matière de théâtre comme de peinture ou de sculpture, c'est l'exécution qui compte, et le renouvellement de la technique qui fait les révolutions. En sorte qu'apparait pleinement l'erreur de ceux qui, découvrant qu'au xvinc siècle La Chaus-

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