INTRODUCTION". XXIII
non plus nos passions bonnes ou mauvaises ne trouveront leur idéal en cette liction ruisselante. Nous sommes plus âpres et plus pressés. Dans Monte- Cristo, comme dans tous les romans imaginatifs de Dumas, il y a trop d'imagination, trop énorme, et à trop lointaine échéance. Pour le peuple c'est encore un délice.
Mais je viens de relire les Trois Mousquetaires avec un plaisir aisé, continu, et non sans qualité. Cette lecture a remué en moi un fond d'impressions d'enfance, d'une enfance attristée par la guerre et l'existence difficile. Les quatre ou cinq heures que ces deux volumes m'ont prises, je ne les regrette point. Elles ont coulé, dans une heureuse inconscience, dans cet absolu isolement qui est comme une parcelle de l'autre vie, de l'existence parfaite, et que seuls procurent en celle-ci l'essor de l'imagination ou l'effort de la pensée. Mon plaisir était exempt d'effort; la pensée n'y entrait pas en compte. Mais, les deux livres dévorés, j'ai compris le succès inouï de l'œuvre, et la France chaque jour suspendue au feuilleton du vieux Dumas. J'y ai vu la marque d'un génie vraiment français et populaire. Les Mémoires de M. d'Artagnan, dont il s'est inspiré, viennent de reparaître. C'est une aubaine, et non une gène pour la renommée de Dumas. Il faut les lire, avant ou après les Trois Mousquetaires, pour juger ce que l'abandon naturel du récit et la vivacité du dialogue renferment de clarté facile, de couleur