‹ Alexandre Dumas. [Edité par] Hippolyte ParigotChapitre 19 sur 95 · INTRODUCTIO N . XXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTIO N . XXVII

ment la seconde vie anticipée des écrivains et des

héros, qui n'ont pas atteint leur idéal dans la première. Us la parent de tous leurs rêves. Pareillement, les impressions de voyage, si fort à la mode entiv 1830 el 1850, et qui, de nos jours, sous la plume d'un Loti, s'élevèrent à la dignité du roman, ne sont, à les bien prendre, que la recherche d'une existence au delà, de sensations autres, d'images ou de sentiments plus colorés ou plus intenses. Et il s'insinue dans ce talent de les publier je ne sais quel égoïsme inquiet et dispos, qui est bien le fait de Dumas, après ses premiers succès, un instinct de mouvement, de dépense de soi, et surtout des désirs d'avoir vu, que La Fontaine avait notés d'un mot, avant Childe-Harold :

Je dirai : J'étais là: telle chose m'avint. Vous y croirez être vous-même.

Par tempérament, par lnnncur, Du nias était l'homme des Impressions, Souvenirs, Mémoires où le moi s'extravase, où l'imagination s'épand.

On sait que la sienne n'y peine point. Il voyage, mais ne décrit pas, ou en termes généraux et assez vagues. Quand il veut peindre, il lui arrive de déclamer. C'est le flonflon romantique; c'est Chateaubriand épaissi et sans art. Il n'a pas l'œil artiste ni le pinceau méticuleux de Gautier. Il conte. Dans tousses pèlerinages il emmène avec lui un compagnon remuant, dont la verve déborde, dont il ne se

XXVII] I N rRODUCTION.

sépare pas,el qui l'empêche de voir avec précision: c'est lui-même.

A vrai dire, il n'a pas vu lo Caucase, ni la Suisse, ni l'Italie. Il raconte Dumas en Italie, en Suisse et dans le Caucase, et tout ce qu'il y a entendu, et senti vivement. Et, lorsqu'il s'agit de Dumas, j'ai dit que la plume de Dumas n'est ni paresseuse ni froide. C'est le naturel commentaire d'un mot de son enfance. Lorsqu'il pleurait à propos de rien et que sa mère lui en demandait la cause, il avait coutume de répondre : « Dumas pleure, parce que Dumas a du chagrin. » Dumas s'épanche, parce que Dumas est du voyage. Il est à l'affût de toutes les émotions, de tous les traits de mœurs et de toutes les légendes . Et cela est amusant ainsi, autant, ni plus ni moins que lui-même. Si vous faites route avec lui, vous ne vous ennuierez pas une minute; cela est plein de pages attrayantes. Dumas n'a pas quitté Dumas.

J'aime mieux ses Mémoires, qui sont aussi remplis de lui. Mais là, du moins, tout ce qu'il conte est vrai, vu d'un certain biais, par rapport à lui. Le critique ou l'historien les lira avec profit, non sans précaution. Les documents et les menus faits y sont d'une authenticité parfois douteuse. L'atmosphère au moins en est saine, l'impression vivante et conforme à la vérité. J. J. Weiss l'a dit à plusieurs reprises; il a eu raison de le dire. Et s'il est assuré que la personnalité de l'écrivain soit la mesure de l'intérêt de ce genre d'écrits, on n'y saurait languir.

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