INTRODUCTION. XXIX
Dumas, audacieux, toujours eu scène et en quête de popularité, a été mêlé à tout. Il a tàté de tout, hommes et choses, et même de la politique. Il n'a pas eu le loisir de s'ennuyer. Ses Mémoires s'arrêtent au X volume et le Xe volume finit sur l'année 1833 : c'esf le seul de ses ouvrages qui soit trop court, ou ijui prenne fin trop tôt. Et, comme les Mémoires chômaient, il a écrit des Souvenirs; et, comme les Souvenirs ne lui suffisaient point, il a fait des Causeries; et, comme les Causeries étaient selon sa complexion et contentaient son goût d'expansion et de publicité, il a fondé des journaux, où il n'est question que de lui, que lui seul rédige, et qui vivent un temps tout de même : tant cet homme est doué d'activité et telle est la vigueur souriante qui émane de lui. A parler de soi tous les jours, sa verve ne s'amortit point, au contraire. Et naturellement, il a réuni tout cela en volumes : Souvenirs dramatiques, Causeries, les Morts vont vile, l'Histoire de mes Bêtes surtout, étincelante d'humour et d'esprit. C'est Monte-Cristo intime, et ce n'est pas le pire Dumas. Là, il n'a collaboré qu'avec luimême. Xi Maquet ni même Walter Scott n'eussent écrit l'Histoire de mes Bêles. En pantalon de nankin, en chemise de batiste, le cou à l'aise, il y est luimême, ni fatal, ni démoniaque, ni romantique; et son style y est à son image, souriant, naturel, aisé et vivant : très populaire enfin.
XXX ! \ TRODUCTION.
La postérité esl sévère aux improvisateurs; la postérité littéraire, s'entend; car les esprits simples ne sont, pas encore las de ce grand amuseur. Ils sont heureux ; le royaume des cieuxleurappartienl ; ils peuvent aimer des choses simples sans rougir, et ne sonl pas tenus de s'ennuyer par principes catégoriques. Mais la critique moderne n'est pas de ces esprits-là. Elle méprise Dumas pour avoir manqué d'idées, ce qui est strictement vrai, si par idées on entend des théories et des esthétiques. Mais il en a eu d'autres, l'auteur d'Henri ///, d'Antony, surtout d'Antony, et du Comte Hermann. On ajoute en passant qu'il n'a point de style.
Si jamais écrivain posséda de génie la langue du théâtre, c'est lui. De l'art d'écrire, sauf en vers, il n'a cure. J'ai entre les mains le manuscrit original d'Antony : on n'y trouverait pas vingt ratures. Mais quelle fièvre, quelle vigueur, quelle imagination, quelle verve prime-sautière, passionnée et dramatique! Je ne crois pas qu'aucun autre ait eu à ce point le don du dialogue, non; j'en excepte le seul Molière, qui avait tous les dons. Dumas n'évite pas toujours le jargon ni le solécisme; mais ce qu'il écrit est toujours en relief, en couleur, en mouvement. C'est le drame même, pittoresque, énergique,