VAQUE H
Oui : c'est l'effet étrange Qu'à des regards mortels produit l'aspect d'un ange. . . Oh '.quand vous me parlez,quand votre accent vainqueur Va chercher bhaque libre endormie en mon cœur, 11 semble que mon âme, à ce monde ravie, Attend de votre sou l'Ile une nouvelle vie; Que le bonheur serait de vivre à vos genoux, An^e...
:U-2 l'A CES CHOISIES 1) ALEXANDRE DUMAS. BÉRENG Kl! E .
Et si l'ange était plus malheureux que vous, Yaqoub; et si mon âme et ma tête oppressées Nourrissaient [tins que vous do sinistres pensées... Vous plaignez votre sort : que diriez-vous du mien?
Y ^QOUB.
Que je suis bien maudit! car je ne pourrais rien Pour vous consoler, vous qui consolez les autres, Si ce n'est d'oublier mes malheurs pour les vôtres... Écoutez, cependant : si c'était par hasard Un homme dont l'aspect blessât votre regard; Si ses jours sur vos jours avaient cette influence, Que son trépas pût seul finir votre souffrance, De Mahomet lui-même eût-il reçu ce droit, Quand il passe, il faudrait me le montrer du doigt : Dès lors je deviendrais une ombre pour son ombre; Et, soit que le soleil fût ardent, la nuit sombre, Quel que fût le chemin qu'il prît pour m'échapper, Je trouverais l'endroit et l'heure où le frapper, Et nulle fuite au fer ne soustrairait sa tète, Montât-il Al-Borak, le cheval du Prophète!...
BÉRENGÈRE
Yaqoub, que dites- vous?
YAQOUB.
J'oubliais... ah! pardon!...
Qu'un autre défenseur était là.
BÉRENGÈRE
Lequel donc?
YAQOUB.
Le comte.
Ici?
BERENGERE,
THEATRE. 3 i 3
YAQ0UB.
Le comte.
BÉRENGERE, effrayée.
Et nul ne vient me dire :
« Votre époux est ici, Bérengère! »
II désire, Pour des soins qui me sont comme à vous inconnus, Nous cacher son retour. Ceint du cordon, pieds nus,. Aux portes qu'il pouvait se faire ouvrir en maître, Il est venu frapper sous la robe d'un prêtre.
BÉRENGÈRE
En êtes-vous bien sûr? Qui vous l'a signalé'?
YAQOl !'..
Seul, je l'ai reconnu.
BÉRENGÈRE
Comment ?
yaqo m;.
Il a parlé.
Pour l'Arabe égaré sur la grève lointaine, Il n'est point au désert de rumeur incertaine; Et tous ses sens tendus écoutent à la fois La nature qui parle avec toutes ses voix; Il comprend, de si loin que chaque souffle arrive, Si c'est le bruit de l'eau qui coule sur la rive, Le murmure du vent aux feuilles du nopal, La parole de l'homme, ou le cri du chacal; Et chacun de ces sons, si léger qu'il l'effleure, Se grave en sa mémoire où toujours il demeure. Comment aurais-je donc méconnu celte voix D»nt les accents m'ont fait tressaillir tant de fois?
3] i- PAGES CHOISIES D ALEXANDRE DUMAS. BKIl ENGÈB E .
C'est cela! je comprends... Sans doute que le comte A donné rendez- vous à Raymond.... quelle honte1 !... Et revient déguisé... C'esl pour en recevoir La lettre du saint-père avant que de nie voir... J'y suis!... Tout maintenant s'éclaircit à ma vue; Car cette honte, hélas! n'était que trop prévue... Yaqoub, je vous l'avais bien dit dans mon effroi, Que le plus malheureux de nous deux, c'était moi. (Otaries VII chez ses grands vassaux, 1, iv,