‹ Alexandre Dumas et Marie DuplessisChapitre 103 sur 188 · Péchés de Jeunesse. « M. D · texte numérisé non relu

Péchés de Jeunesse. « M. D

pure invention ; mais jusqu'à quel point, la fiction n'y est-elle pas le substitut du vrai, quand les regrets que Dumas a confessés dans ses Stances à Marie déposent si éloquemment en faveur du sentiment que cette fille lui gardait encore aux heures de son calvaire. Son nom, cher à sa peine et à ses espérances, était sur ses lèvres au moment de l'agonie. Si ce détail n'est que dans le Mousquetaire ^, il n'est pas infirmé par l'accent d'un repentir qu'avivaient probablement les révélations venues du chevet de la moribonde. Sans doute Dumas avait-il été instruit d'un attachement qui avait survécu à la rupture dont cette pauvre âme se vit payer de ses pensées de sacrifice. Le silence dont elle enveloppa son chagrin avait donné à l'infidèle le change d'une parfaite indifTérence et paru justifier à ses yeux les griefs qui l'avaient éloigné d'elle. Du moins, lui en faisait-il réparation sur sa tombe :

Et mol qui vous ai fuie, aujourd'hui je déplore De vous avoir quittée et d'être revenu.

Quelque sévérité que la délicatesse du cœur mette parfois à se juger, ce regret est à proportion des torts dont il se sentait maintenant coupable envers elle. Armand, s'agenouillant aux pieds de Marguerite qui va mourir, n'aura pas un cri plus sincère pour traduire ses remords.

\. NO du 23 mars 1855.

Encore, le retour de l'amant, en temps utile pour recevoir le dernier soupir de sa maîtresse n'est-il qu'à la scène, le dénouement de cette histoire. Ce n'est pas celui du roman : ici Armand arrive trop tard pour obtenir de Marguerite l'absolution qui eût mis sa conscience en repos. Plus dramatique parce qu'il est plus inattendu, plus vrai parce qu'il est plus conforme à la loi de la fatalité qui pèse d'un poids si lourd sur nos actions et sur nos espérances, ce fut en outre le véritable épilogue que la vie donna à cette aventure. Les premières strophes de l'Élégie à la mémoire de Marie Duplessis n'en laissent aucun doute :

Et quand mon âme accourt depuis longtemps absente, Votre fenêtre est close et votre seuil fermé, Et voilà qu'on me dit qu'une tombe récente Couvre à jamais le front que j'avais tant aimé !

On me dit froidement, qu'après une agonie Qui dure quatre mois, le mal fut le plus fort. Et la fatalité jette avec ironie A mon espoir trop prompt le mot de votre mort !

De cette affliction au désespoir d'Armand, il n'y a que la distance d'une transposition de ton.

Quant au ressort de l'action, — l'abnégation d'une amante,- sa douleur méconnue et tardivement révélée — , si grande qu'y soit la part de l'imagination, le mécanisme n'en est point sans quelque rapport avec le jeu de cer-

taines circonstances où Dumas avait la conviction d'avoir été cruel ou ingrat.

Le mot de M. Claretie s'applique à cette stylisation sentimentale à travers laquelle court le fil ténu qui de l'invention ramène aux souvenirs. La dévotion de l'amant y a fait à la belle morte un ensevelissement qui lui garde ligure d'éternité.

Il a raconté lui-même ^, dans quelles conditions il s'acquitta de ce « devoir ». C'était au début de juin 1847. Depuis quatre mois, Marie Duplessis reposait au cimetière Montmartre. Dumas pris d'un désir de flânerie au grand air, s'était, au retour d'une visite à son père, improvisé une villégiature à Saint-Germain, à l'auberge du Che<^ al- Blanc. Cette auberge, située dans la Grand' Rue, était la seule qu'il eût trouvée ouverte après avoir manqué le dernier train du soir pour rentrer à Paris, Dès le premier jour sa rêverie conduisit le jeune écrivain vers la Terrasse. Que de fois, après avoir piqué un galop sur les « carcans » de Ravelet, n'y avaient-ils pas, lui et elle, repris haleine ^ ! Que de fois, le bras passé autour de la taille de Marie, n'avait-il pas foulé

1. La Dame aux Camélias, hclirc préface de l'édition Qiiautiii (in-40, s. d.).

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