Dumas père, De Paris à Cadix
L'ivresse des alcôves n'altère point sa nature. Où d'autres s'oublient, il se cherche, car il a le privilège des êtres robustes et équilibrés chez qui le délire des sens fait parfois déraisonner le cœur, mais n'en corrompt pas les qualités natives. De l'expérience in anima çili que sa traversée du « paganisme de la vie moderne ^ », lui donne de la femme, il n'emporte pour cet être, « enfant malade et douze fois impur », dont parle Vigny, que de nouvelles raisons de pitié et de respect, en considération de l'infirmité de sa nature et des conditions qui l'asservissent. C'est à la lumière de ces sentiments, qu'à la fois « défiant et crédule », « blasé et candide », « insoucieux et dévoué ^», il règle ses rapports avec « les créatures dévoyées » qu'il croise en chemin, et qu'il compatit à leurs désespoirs, provoque leurs confidences et devine les regrets et les larmes derrière les fausses joies qui se donnent en spectacle^. Il a, ainsi qu'il le déclare dans son roman, « une indulgence inépuisable pour les courtisanes ». Elles ne sont pas à ses yeux des individus moralement inférieurs aux autres, mais les victimes d'un ordre social qui, sous de grands mots et des formules de convention, n'abrite que l'égoïsme de chacun. Il n'est pas de ceux qui tirent jouissance de ce qui ne leur