‹ Alexandre Dumas et Marie DuplessisChapitre 116 sur 188 · Janin, Préface · texte numérisé non relu

Janin, Préface

2. Romain Vienne observait pareillement « que la puissance du fluide magnétique qui se dégasfeait d'elle saturait ses admirateurs de charnelles convoitises >■.

Était-il besoin qu'Arsène Houssaye nous certifiât que ces vers ne sont pas d'Alfred de Musset, fût-ce même pour nous donner à entendre que Rolla vint peut-être à cette source abreuver aussi ses dégoûts? Ils ne sont pas davantage de Dumas. Mais avec quelle éloquence Armand ne parlait-il pas des étreintes de sa maîtresse, de « ces transports fiévreux >) où « toute la vie de Marguerite semblait être passée dans les baisers dont elle le couvrait ». Ces délires sensuels capables de « réduire en peu de temps le corps et le cœur à l'état de cadavre ^ », étaient-ils inconnus à celui qui s'adressant à la « chère ombre envolée » lui disait :

Vous souvient-il des nuits, où brûlante, amoureuse. Tordant sous le baiser votre corps éperdu. Vous trouviez, consumée à cette ardeur fiévreuse, Dans vos sens fatigués le sommeil attendu ?

Heureux instants de courte trêve aux accès d'inquiétude dont une maladie de langueur assaillait la pauvre fille.

Son corps frileux pelotonné dans un peignoir, elle venait auprès d'Armand s'accroupir, « comme elle en avait l'habitude, sur son tapis, devant le feu et regardait d'un air triste la flainme du foyer ».

1. La Dame aux Camélias [\^^ édit.). Péchés de Jeunesse. «M. D. »

C'est dans les mêmes termes que le poète évoquait l'angoisse de ces silences :

Alors vous regardiez, éclairée à sa flamme, Le feu comme un serpent dans le foyer courir ; Car le sommeil fuyait de vos yeux, et votre âme Souffrait déjà du mal qui vous a fait mourir ^ !

Le mal s'aggrava au printemps de 1845.

Comme l'atteste une lettre de Liszt publiée par M. Georges Montorgueil, Marie Duplessis fut atteinte d'une fluxion de poitrine. Elle fut soignée par Korefî, ce médecin prussien qui aurait mis au service de sa réputation plus d'intrigue que de science. Il lui continua ses soins jusqu'au mois de juin. Il la traita, — Liszt lui en rend témoignage, — « avec un dévouement égal au succès », et s'acquit « la tendre gratitude » de Marie.

Quand la convalescence fut venue, ils connurent, à nouveavi, par les beaux soirs de printemps,

... L'heure mystérieuse Où deux âmes d'amants se perdent en chemin... Ayant le front rêveur avec l'âme joyeuse ^.

Leur promenade les ramenait au boulevard de la Madeleine, et là, dans la paix tranquille de leur entresol, autour de la petite table dressée pour le souper, ils asseyaient, « l'un auprès de l'autre », leurs gais babillages ^.

Page 1