Préface de la Femme de Claude
cusait, d'ailleurs, en se traitant de « rêveur sombre )>. En quoi il exagérait. Mais il donnait peut-être la vraie note quand il disait de lui :
Que suis-je? un enfant, un rêveur, Un écho des douleurs et des chants de l'espace, Un pauvre esprit qui marche éclairé par son cœur, Une chose qui chante, une chose qui passe !
On le croirait dépris de tout. Il se rit de toutes les passions qui battent de leur fièvre le pavé, des plus fous pour l'argent, des moins fous pour la femme, et cela pour finir dans quatre pieds de terre et le ver de la tombe ^. Il n'a pas franchi le seuil de la vie qu'il s'interroge sur le sens de la mort. Non qu'il la redoute. Qu'est-elle après tout? «un rideau qui se lève ! »
Une bière de bois, un oreiller sans pli,
Où l'on jette des fleurs, de la terre et l'oubli !
Mais elle l'émeut jusqu'à le poursuivre dans les bras de l'amour :
Dire que nous mourrons et qu'un jour, mon pauvre ange, Nos âmes quitteront, à l'heure où tout s'échange,
Cette terre et ce jour; Qu'elles n'y laisseront que de pâles squelettes Et que nous n'aurons plus, sur nos lèvres muettes
Un seul baiser d'amour !
C'est ainsi qu'en la saison des roses, il pi-
1. Péchés de J eunesse. (i^ Où va la l'uméc d'une cigarette » (1843).
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quait à un madrigal celte image galante « d'os décharnés qu'en la tombe livide »,
Viendra ronger le ver ^ !
Cette alliance de l'amour et de la mort, — thème si cher aux romantiques — l'obsède. Elle marque de son amertume cette Chanson triste, une pièce sans date, qu'à deux détails on pourrait croire avoir été inspirée par Marie Duplessis :
Hâtez-vous, ô mes mains, de presser tous les soirs
Le corps de ma blanche maîtresse.
Et versez sur son sein que mon baiser caresse,
Le torrent de ses chei>eux noirs 1
Quatre planches de bois, renfermant ma poussière
Vous raidiront dans mon linceul.
Quand, cadavre oublié, je dormirai tout seul
Sous les saules du cimetière !
Hâtez-vous, ô mes yeux, en voyant chaque jour
Tomber la pudeur de ses voiles.
De contempler ma mie et ses grands yeux, étoiles
Dans le ciel bleu de notre amour !
Comme Berlioz à Florence, il s'attarde un matin, à l'Hôtel-Dieu auprès du cadavre d'une jeune femme, puis s'en vient conter par le menu à quelque maîtresse quel masque font du plus beau visage les fards de la mort ! Beauté, fortune, chagrin, amours, tout cela vanité ! Après nous d'autres êtres viendront,