E. RouLi.AND, Poésies posthumes et inédites
MARÎË DUPLEâSiS 17
énergiques, disait-elle, nous n'avons plus de passions, nous n'avons même plus de désirs, si ce n'est celui d'en finir avec la fatigue et de nous reposer étendus dans un cercueil. » C'était le cri de toutes ces âmes en peine, plus ennuyées et vides que malheureuses, drapées d'un destin qu'elles s'étaient taillé dans le frac de René, la cape de Manjred, ou le manteau de Faust, et qui buvaient à la coupe que des maîtres séducteurs tendaient à leur soif d'ivresse. Chateaubriand, et Goethe et Byron, eux-mêmes « colosses de douleurs », s'étaient dressés devant la jeunesse comme les symboles vivants de sa conscience : ils lui en renvoyaient, à travers les moments successifs de leur personne et de leurs œuvres, dans la diversité de ses nuances, l'image grandie aux proportions du héros. On se grisait à leur lecture. Les esprits les plus sains n'y résistaient pas. Byron enivrait Michelet au point que tout lui paraissait ensuite insipide, « Chateaubrianisée » jusqu'aux moelles, deux révolutions arrachèrent à grand'peine Daniel Stern aux maléfices de ce grand fascinateur de « Jean- Jacques aristocratique ». Poètes, artistes, gens du monde, combien auraient pu prendre à leur compte le regret d'Hippolyte Lucas d'avoir « trop longtemps engourdi sa jeunesse en respirant un dangereux éther », Il parlait de René et de Werther ^. Ce Werther à l'étreinte de qui un Lamartine n'échappait que grâce à la religiosité qui surabondait en lui ^, hantait les esprits à ce point qu'on n'eût pas été surpris de rencontrer dans un salon le suicidé de Wetzlar, et quand un soir, dans la société de M'"^de Staël, s'était