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présenté Benjamin Constant, « avee sa longue chevelure blonde, ses grands yeux bleus, vagues et profonds comme les poèmes germaniques », on avait cru à une apparition de l'amant tragique^.
Agissant avec la puissance du chef-d'œuvre, les émouvantes rêveries de ces apôtres du désespoir avaient donné un corps à cette « inquiétude secrète » des cœurs, depuis qu'enfermés dans un superbe mépris des choses, ils cherchaient en eux-mêmes la loi du bonheur. Comme le frère d'Amélie, chacun aspirant à un bien inconnu dont l'instinct le poursuivait partout, s'interrogeait sur ses propres désirs et restait sans réponse. Et ce fut une singulière gageure de la part de Chateaubriand de prétendre combattre par la peinture des désordres de son imagination troublée, mobile et lasse de tout, l'effet des rêveries « désastreuses )) et (' coupables » que le Jean-Jacques plébéien avait été le premier à introduire chez nous. Les remords qu'il eut plus tard de son œuvre n'en redressèrent point les résultats ; car, ce que Musset a appelé « la maladie du siècle », et Sainte-Beuve qui en parcourut toutes les phases « la maladie de René», se prolongea pendant près de cinquante ans. A des degrés divers tous en furent atteints. C'était pour George Sand une façon de tourment moral causé par une sensibilité qu'on se persuadait exceptionnelle et qui ne se révélait cjue par une })lus vive aptitude à des soLiIVranccs inconnues du vulgaire ; c'était pour Chateaubriand cet état de grande amertume procédant de « facultés jeunes, actives, entières, quand elles ne s'exercent que sur elles-mêmes sans but et sans objet » ; c'était pour Uolla le malaise inexpri-