A. Houssaye, Les Confessions, tome II
Vérou qui n'était pas non plus mauvais juge, avouait, au sortir d'un souper où il venait de traiter, avec quelques amis, Marie Duplessis, qu'elle était vraiment « une merveilleuse courtisane », non pas seulement qu'elle fût « la femme la mieux habillée de Paris », ou à cause de la décence de son libertinage, mais encore par l'agrément d'une causerie qui demeurait étrangère aux questions d'intérêt ^.
De fait, elle n'était pas avide ^. Et s'il lui fallait pour vivre « trente fortunes », les difficultés qu'elle ne sut point s'épargner prouvent assez qu'elle obéit à d'autres sentiments que la cupidité. Romain Vienne nous la représente comme très généreuse, et M. Adolphe Brisson nous a répété d'elle un trait de désintéressement ^, Il paraît qu'un jeune poète, encore peu fortuné, lui avait déclaré sa flamme certain jour qu'une dette de dix mille francs arrivait à échéance. Désolé de ne pouvoir envelopper dans son madrigal le billet libérateur, il s'en va confier sa peine à un banquier de ses amis. Celui-ci se rend chez Marie, plaide la cause du soupirant et avance la somme : « Qu'il vienne, s'écrie-t-elle, mais remportez vos billets de banque ; je ne veux pas qu'il y ait, entre lui et moi, de questions d'argent. » Rien n'autorise à croire qu'il s'agissait de Du-