L'amnleur iVaiilographes. Avril
théâtre de la Porte Saint-Martin. Il accompagnait cet envoi de ce charmant ex-dono :
« Ma chère Sarah,
« PeriTiettez-moide vous offrir un exemplaire d'une édition devenue rare de la Dame aux Camélias^. Ce qui fait cet exemplaire unique dans son genre, c'est la lettre autographe que vous trouverez à la 212^ page, et qui est à peu près conforme à la lettre imprimée en cet endroit. Cette lettre a été écrite par le véritable Armand DuçaJ, il y a bien près de quarante ans, ce qui ne le rajeunit pas. Il avait alors l'âge qu'a aujourd'hui votre fils.
« Cette lettre est la seule chose palpable qui reste de cette histoire. Il me semble qu'elle vous revient de droit, puisque c'est vous qui venez de rendre, à ce passé mort, la jeunesse et la vie.
« Gardez-la, en tout cas, comme un souvenir de la belle soirée de samedi dernier et comme un bien faible hommage de ma très grande admiration et de ma très vive reconnaissance.
« Là-dessus, je vous applaudis de toutes mes forces et je vous embrasse de tout mon cœur.
« 28 janvier 1884. »
En confiant à la sauvegarde d'un nom illustre ce petit papier où tant de chères émo-
1. C'est l'édition Custave Havard, in-S" 1858, illustrée par Gavarni.
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tions pour lui étaient encloses, Alexandre Dumas enchaînait la survivance du souvenir à la survivance de la gloire. Après tout ce qu'il a confessé par ailleurs de la vérité de cette « histoire », il donnait un nouveau gage de la fidélité qui, tant d'années écoulées, liait encore sa mémoire à ce feuillet de sa jeunesse.
11 n'est pas douteux que la rupture n'ait vivement affecté Marie Duplessis, si comme l'assure le romancier, elle était prête à faire à son amour tous les sacrifices. Sa plainte, pour être demeurée discrète, n'en a laissé qu'un écho plus attendri, puisque son accent perce à travers les regrets mêmes de Dumas. Ils nous sont garants d'une affliction par où le cœur de la courtisane sut demeurer fidèle à un attachement rompu.
M. Arnold Mortier a conté, dans une de ses Soirées Parisiennes que la maîtresse ne laissa pas sans réponse le billet de l'amant. Elle le lui retourna, enroulé dans un ruban de la Légion d'honneur en l'accompagnant de ce mot : (( Quand on écrit des lettres pareilles on mérite la croix. » Nul ne contestera que ce mot manque d'esprit, même pour une fille. L'allégation n'en est pas^plus vraisemblable ; car
elle trouve un démenti dans ce fait certain que le malencontreux billet revint à son signataire par une voie moins directe. Marie l' eût-elle retourne à Dumas, il se serait hâté de le déchirer. Probablement eût-il été bien aise de ce parti qui lui eût fourni le prétexte d'une rentrée en grâce. La jeune femme prit-elle le change d'un sentiment qui, pour rompre, se donnait le masque d'un sacrifice allègrement consenti? Et pourtant, de la part de Dumas, il y eut certainement détermination douloureuse, malgré le ton dont il semblait prendre si délibérément congé. Car n'est-elle pas de lui cette réflexion : « II n'y a qu'un homme qui n'aime décidément plus sa maîtresse, qui la quitte sans lui écrire^)? En proclamant ses griefs, qu'entendait-il que se faire convaincre de leur inanité ? Certes, s^ lettre n'avait ni « l'impertinence » nilepersifïlage de celle dont Armand devait mortifier Marguerite ^, Mais une femme ignorante des