‹ Alexandre Dumas et Marie DuplessisChapitre 128 sur 188 · A. Dumas père. Sa vie, son temps, etc · texte numérisé non relu

A. Dumas père. Sa vie, son temps, etc

une tombe. Admettons seulement, puisqu'elles sont l'une et l'autre du seul intéressé, que le mouvement d'humeur jalouse qui dicta la lettre du 30 août durait encore assez, quelques semaines après, pour laisser échapper l'occasion propice d'un recours.

En fait, la rupture était-elle si nettement dans les volontés de Dumas, alors qu'elle fut si peu dans les vœux d' Armand Du<^>al, et qu'il y a tant de parenté du héros de l'aventure au héros du roman? N'a-t-elle pas été plutôt la suite inattendue d'un geste d'humeur qui n'avait pas calculé tous ses effets? Et la sagesse à' Armand n'a-t-elle pas profité de l'expérience du romancier qui, plus averti que l'amant, a tiré d'embarras son personnage en lui suggérant, en temps opportun, les excuses auxquelles sa dignité à lui s'était maladroitement refusée ?

Dumas chercha l'oubli dans le travail, et des consolations auprès d'autres belles peu rebelles. C'est l'époque où il écrit sa comédie en vers le Bijou de la Reine ; puis il se mettra aux Aventures de Quatre Femmes et d'un Perroquet ; son père l'entraînera, en compagnie joyeuse, à travers les Sierras. D'une bonne fortune à une autre, il s'occupera sans parvenir à se distraire de l'obsédante image. A ce point qu'un jour, il tentera de renouer le fil rompu. Et quand, un peu plus tard, traversant cette crise « de tristesse et de recueillement », où sa-

turc des plaisirs « de tous les mondes », il se lamentera de « gaspiller son esprit et son cœur en romans faciles et en faciles aventures, entre la nécessité et l'occasion », c'est à cette morte qu'il ira « demander son chemin », c'est « cette pauvre fille qui, du fond de sa tombe oubliée et déserte, » recevra, en cette matinée pluvieuse du Jour de l'an 1850, les confidences d'une âme inquiète, à la recherche « d'un art sérieux et d'un sentiment durable ^ ».

Se libérer d'une affliction en se la contant, c'est encore le moyen de revivre une dernière fois les joies regrettées et de se pénétrer à jamais de leur parfum avant d'enclore le souvenir dans le silence de l'âme et l'ombre du passé. Si Dumas ne borna pas son récit aux seules circonstances dont sa liaison avec Marie Duplessis avait été la trame ; si, dans l'esprit d'une observation qu'il fit à propos de Werther, il demanda « à la logique de la passion et de l'art » un développement dramaticjue que ne comporta pas la réalité, combien d'épisodes pourtant qui, pour être le fruit de l'imagination, apparaissent comme la suite interrom- "^ue de ces espérances dont on se berce encore quand l'image s'en est évanouie ! Qui dira, notamment, si ce sont les promesses d'un espoir trompé ou le souhait tardif de félicités désormais impossibles qui inspiraient la pein-

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