J ounud di-K Débals. Art. du IMoLÎrMis (G ooùl 1845J
niable du désenchantement de vocations ardentes pour l'infini, mais abîmées dans « une dénégation de toutes choses du ciel et de la terre » ; d'une manière générale, une inappétence à l'action, un besoin de retraite et de méditations, un état permanent de passions vagues et d'aspirations confuses, un pessimisme qui troublait toutes les sources où venait s'étancher sa soif de bonheur.
La folie, la mort ou le suicide furent pour les moins énergiques les seules issues du mal. Quelques-uns se sauvèrent par un sursaut de volonté en se détachant violemment d'eux-mêmes ; et Lélia notamment, en reportant d'elle sur les autres créatures souffrantes une commisération qui s'épuisait jusque-là en apitoiements inutiles. Quelques autres se voilèrent d'une résignation désespérée, mais silencieuse, et ce fut le cas d'Alfredde Vigny ; la plupart se consumèrent d'ennui. — « Je me suis ennuyé toute la vie », avouait Byron. Par bonheur sa vie fut courte. Chateaubriand bailla la sienne pendant un demi-siècle de plus, au milieu d'occupations et d'une agitation sans pareilles. Sans avoir tous également ce caractère de grande race qui fait de ces deux poètes les types représentatifs de l'espèce, ils sortent ennuyés du sein de leur mère. Et il faut avoir lu les lamentations de Flaubert et de son ami Le Poittevin pour juger de leur accablement. Ni un travail forcené, ni des voyages lointains et si longtemps souhaités, ne triompheront chez l'auteur de Madame Bowary de cette atonie intellectuelle qu'analysait George Sand à François Rollinat, équivalente à ce malaise d'un estomac qui éprouve le besoin de manger et n'en sent pas le désir, « Ma jeunesse, écrivait-il à Maxime du Camp, m'a trempé dans je ne sais quel opium d'embêtement pour le reste de mes
jours. » Le Poittevin, lui, pour avoir raison de celle langueur atroce quand des déceptions d'amour eurent achevé d'annihiler en lui « le principe de la moindre action », tomba « dans la crapule ». C'est dans l'orgie que se réfugia Barbey d'Aurevilly contre « l'agonie de l'inquiétude » qui le torturait des nuits' entières, demandant à l'eau-de-vie, à l'éther, à l'opium les joies du « tourbiHonnant abîme » de l'ivresse lucide, où le suivit celle qui fut la Vellini, cette « Vénus camarde », « laideur intelligente et passionnée » qui le tint cinq années « sous un joug de fer ^ ». Car l'orgie fut, en effet, le dictame des romantiques dans leur période flamboyante. Des tempéraments même pondérés y voyaient, de bonne foi, le moyen de retremper les âmes. Et de la plume à laquelle on devait ces petits poèmes des Heures d'Amour, Hippolyte Lucas écrivait avec sérieux :
dessaisissons noire mâle énergie.
S'il le faut luêmc, allons jusqu'à l'orgie !
Ce fut un des « luxes pachaliques » de Champaverl : pour distraire son spleen, sa Muse républicaine ne préférait rien au spectacle « de l'impudeur effrontée assise en une orgie », où s'affaissait son corps « sous le poids du plaisir ^ ». D'autres, soucieux d'émotions plus viriles, eussent voulu donner le change à leur hypocondrie en vivant les aventures d'un Charles iMoor, d'un Conrad ou d'un Lara.
Roger de Beauvoir se serait délecté à organiser des tournois à Tivoli, et Flaubert des combats de cladia-
i.M^' D\sn, Mémoires des aiilrefi, t. VI. — E. vSEiLLiiiRE. Bitrhey dWurcvilhj (l'.lond. 1910).