‹ Alexandre Dumas et Marie DuplessisChapitre 149 sur 188 · Janin, Préface · texte numérisé non relu

Janin, Préface

jours porter le deuil d'un Paradis perdu, il est surtout la rançon d'une vie de jouissances quand elle tient sa loi du caprice d'autrui. Évidemment, on n'a ici que l'aflirmation de Jules Janin, qui a tout de même « brodé un peu çà et là », sur les aventures de l'héroïne.

Mais l'ennui, — cette forme de l'ennui qui naît des passions insatisfaites et des hautes aspirations déçues, et qui est à l'âme ce qu'une délicate pâleur est à un beau visage, — quelle touche originale pour achever le portrait d'une courtisane de « l'an de grâce 1845 ^) !

Car, chose singulière, au milieu des prospérités de ces « années d'abondance et de paix où toutes les faveurs de l'esprit, du talent, de la beauté et de la fortune ^ » comblaient la France, un même malaise étreint les âmes. On rêve d'une vie « belle, poétique, large, amoureuse », et l'on s'aperçoit qu'elle est « monotone, sensée, bête ». La génération qui, aux alentours de la Révolution de 1848, touche à son automne, avait nourri des ambitions sans rapport avec la réalité. Quelque expérience qu'elle en fît, la déception était au bout. Plus haute avait été l'aspiration, plus meurtrière était la chute. Il est vrai que « le sort d'Icare n'effrayait personne ». Ce que l'on demandait à la vie c'est l'oubli des raisons de vivre, dûton en mourir. Aussi, romançait-on l'existence à plaisir.

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