Jamn. Préracc
Pour un cœur « sans limites », vainement en quête d'un objet à sa mesure, pour une imagination en perpétuel enfantement de chimères, la réalité n'est qu'une amère dérision. Alors se crée le divorce entre une âme qui ne veut pas mourir et un corps qui ne peut vivre. « Partout des visages fatigués et durs où il n'y a ni câline ni tranquillité ; les lignes sont heurtées et les rides annoncent des ambitions trompées, des vanités malheureuses. » Une à une ont sombré toutes les illusions, l'être s'est épuisé à vouloir leur donner forme, et n'a jamais saisi qu'une ombre, celle de l'éternel désir. Pauvre âme désenchantée, « on habite, avec un cœur plein, un monde vide, et sans avoir usé de rien, on est désabusé de tout ». Et un beau jour, même si l'on s'appelle Debureau, qui l'eût cru ! Debureau, le pierrot fameux — , on se rend chez Ricord pour implorer de lui un remède contre « la tristesse, l'ennui, le spleen, l'horreur de soi-même et des autres ». A moins qu'on ne se console de son infirmité morale par un trait d'esprit en déclarant que l'on a « le cœur usé comme l'escalier d'une fille de joie ^ ».
1. Flaubert, Correspondance, passim, — Gautier, Histoire du romantisme. — Seillière, Une tragédie d'amour au temps du romantisme (Pion, 1909). — Balzac, Mémoires de deux jeunes mariés (1841). ■ — M. du Camp, Souvenirs littéraires (ITachcItp, 1882), otc.
MARIE DUPLKSSIS 311
Enfant de cette génération qui n'obéissait qu'à la fantaisie et au caprice, on conçoit qu'elle aussi après avoir, pauvre papillon, heurté ses songes de princesse des nuits aux lumières des petits soupers, la belle Marie n'ait plus eu, certain soir, que l'ennui pour compagnon de fêtes.
De son luxe, elle ne goûte point une joie sans mélange ; au bal, au théâtre, une angoisse subite s'empare parfois d'elle et lui donne à regretter la paix laborieuse de son village. Rien chez elle des extravagances où triomphait une Esther Guimond ou une Lola Montés. On la voit passer dans ses fourrures comme un fantôme ^.
Elle n'a pas l'exubérance des vierges folles. Si elle cède à l'entrain de la gaîté, c'est par « accès nerveux » que suivent des « tristesses soudaines ^ k.
Cédant tour à tour aux sollicitations de ses passions et à l'effroi du mal qui la consume, elle apparaît, dans l'incertitude de ce qui peut asseoir sa sécurité et son bonheur, comme une femme « fantasque, adorant aujourd'hui ce qu'elle a détesté la veille ^ ».