Ibid
Bien que Marie Duplessis n'ait pas eu «toutes les aventures pathétiques » de la maîtresse d' Armand, elle demeure la sœur jumelle de Marguerite. Elle est, comme elle, une âme inquiète et romanesque, ballottée d'un désir à une déception, passant alternativement d'une fièvre d'amour ou d'ambition à la torpeur du désenchantement, un jour farouche d'indépendance, le lendemain esclave de son caprice, puis, amoureuse et soumise, aspirant aux délices d'un dévouement ignoré, ou se résignant à cette consomption lente qui alors poétise, et pose au front l'auréole.
« Vierge qu'un rien avait faite courtisane, courtisane dont un rien eût fait la vierge la plus pure ^ ^), un fond de mélancolie trahissait sa surprise douloureuse de cette antinomie entre ce qu'elle aurait voulu être et ce qu'elle avait dû subir. La délicatesse d'une âme qui ne veut pas se mépriser tout entière, parle dans chacun de ses portraits. Cette distinction qui lui est particulière et qui n'a échappé à aucun de ses peintres, s'accusa à la fin de sa vie. Elle baigne ce visage qui est tout candeur et « naïveté enfantine » — le mot est de Dumas — d'une ombre légère de languissante douceur, tel ce voile transparent de brume dont, aux beaux jours, le soleil s'enveloppe avant de disparaître. — Dans ses « grands