Baudelaire, Les Fleurs du Mal
conçu, haleine dévorante de la fièvre, appel désespéré vers un bonheur lui aussi « sans forme et sans nom, qui est au ciel, qui est dans l'air, qui est partout comme un aimant invisible ^ )>.
C'est à les combler des émotions de l'amour que l'époque de Louis-Philippe dépensa la puissance de rêve que la jeunesse détenait en elle. Oromaze et Arimane, (^ heur et malheur » tour à tour,
Calice do poison, coiipo d'élfctuairo ^,
l'amour apparaît à cette génération comme le but et la raison même de la vie. Elle en accepte les déchirements et les délices avec l'ardeur, la soumission ou la révolte d'un croyant devant les félicités ou les épreuves que son Dieu lui envoie. Car, par ce temps d'athéisme, la Divinité retrouve ici sa preuve; mais elle ne se révèle que par l'amour et pour le justifier comme une chose sainte, comme « l'invisible anneau qui vous rattache au ciel ^ ». — « Dieu me permet de vous aimer, Alphonse, j'ensuis sûre, écrit naïvement Julie Charles à Lamartine. S'il le défendait, augmenterait-il à chaque instant l'ardent amour qui me consume ? » La même certitude apaise les alarmes d\Adèle défaillant dans les bras d'Antony.
Saint et d'essence divine, l'amour est chose pure et