‹ Alexandre Dumas et Marie DuplessisChapitre 167 sur 188 · Du IIays, op. cit. — Vieïnne, op. cit · texte numérisé non relu

Du IIays, op. cit. — Vieïnne, op. cit

doux, notaire. La déclaration, subséquente à l'inventaire auquel il avait été procédé le 0 février, avait é lé faite à l'Enregistrement, en date du 8 avril, par « Delphine Plessis, épouse de Constant Paquet, unique héritière en qualité de sœur de la défunte ».

Elle établissait un actif de trente-neuf mille soixante-six francs. Le mobilier y était évalué à 17.270 francs, et à 20.000 francs les effets déposés au mont-de-piété. Un « petit diadème » et « un tableau », — certainement le pseudo- Vidal — que l'héritière s'était réservés, figuraient pour 500 francs, et les « avances de loyer à M. Ilautoy, propriétaire » pour 1.324 francs.

Cette estimation modeste qui achève d'infirmer l'allégation de Vienne et de M. Vérel, témoigne que le « luxe princier » dont les contemporains avaient fait louange à Marie Duplessis, n'était plus, à cette heure, qu'un souvenir. Mais l'engouement qui s'était attaché à sa personne, la vogue dont avait joui son nom donnèrent à la succession qu'ouvrait son décès l'importance d'un événement public.

« Paris est corrompu jusque dans sa moelle », écrivait à ce propos au comte d'Orsay, Charles Dickens, alors de passage chez nous. « Depuis quelques jours, toutes les questions politiques, artistiques et commerciales sont délaissées par les journaux. Tout s'efface devant un événe-

ment d'une bien plus haute importance, la mort romanesque d'une des gloires du demimonde, la belle, la célèbre Marie Duplessis^. »

Le Moniteur des Ventes du jeudi 18 février, publia l'annonce suivante :

Le mercredi, 24 février,

Vente aux enchères publiques, en {>ertu d'une ordonnance de référé, après décès de M^^ Piessis,

D'un riche et élégant mobilier, objets de curiosité, garde-robe, argenterie, bijoux, diamants, cheç^aiix, voitures, harnais, etc.

Boulevard de la Madeleine, 11,

Les mercredi 24, jeudi 25, vendredi 26, et samedi 27 février 1847, à midi.

Par le ministère de M® Bidel, commissairepriseur.

Bue Saint-Honoré, 335.

1. Du PoNTAvicE DE IIeussey, L' inimitable Booz (Quanlin, in-80, IS

Désignation sommaire et ordre des ç>acalions :

Le mercredi 24 :

Bon linge de lit et de iahle ; belle garde-robe à usage de femmes, quarante robes et manteaux en velours et soie, cachemire des Indes, dentelles, fourrures, bon linge de corps, etc.

Le jeudi 25 :

Vingt-cinq kilogrammes d\irgenterie et i^ermeil, couteaux de table et de dessert, nécessaires de voyage garnis de pièces en vermeil.

Bijoux et diamants : deux beaux boutons d'oreilles en diamants, pendeloques en briolette, une bague d'un très beau brillant, bracelets, épingles, boutons d'oreilles, bagues et broches en diamants, perles et pierres fines ; montres à cylindre, chaînes-sautoirs et autres, cachets, médaillons, face à inain, et quantité d'autres bijoux en or, enrichis de brillants, perles et pierres fines.

Le vendredi 26 :

Quelques ustensiles de cuisine, porcelaines et cristaux de table ;

Bronzes et objets de curiosité : pendules en bronze doré et porcelaine pâte tendre, lustres,

candélabres, bras, feux, flambeaux; galeries et garnitures de cheminée en bronze doré.

Meubles en bois rose et marqueterie de bois, ornés de bronzes dorés et plaqués en porcelaine tendre, bibliothèques, bonheur-du-jour, beaux coffres, jardinières, coffrets, etc. Coupes et vases en porcelaine pâte tendre et porcelaine de Saxe, décorés, montés en bronze doré. Quantité d'objets de petit Dunkerque, coffres en marqueterie, porcelaines montées en bronze doré, etc.

Meubles de salon, de boudoir et de chambre à coucher en palissandre sculpté, armoires à glace, couchette, toilettes commode et à la duchesse, tables, etc.

Un meuble de salon couvert en satin cerise, composé de un canapé, quatre fauteuils et quatre chaises ; une causeuse et deux chaises en palissandre sculpté couvertes en tapisserie ; fauteuils confortables et à la Voltaire, sièges de fantaisie couverts en moquette ; meubles de salle à manger, buffets, bibliothèques, et douze chaises couvertes en velours vert.

Un beau piano carré en palissandre, à six octaves 3/4 d'Ignace Pleyel.

Belles glaces dans leurs cadres en bois sculpté et doré.

Tentures, rideaux et portières en satin cerise, mousseline brodée et damas de laine vert.

Tapis de salon, boudoir et chambre à cou-

cher en moquette, tapis de foyer et descentes de lit.

Beaux couchers complets, édredons, couvrepieds en soie, etc.

Et le samedi 27 :

Deux cents volumes reliés, littérature française, trente bons tableaux, dessins, pastels.

Continuation des meubles, couchers, tapis, rideaux et tentures.

Quelques meubles en noyer et merisier.

A 4 heures :

Chevaux, voiture et harnais.

Un très beau cheval pur sang, sous poil noir ;

Un poney, cheval entier ;

Un joli coupé, caisse et train peints en bleu rehaussé de blanc, intérieur garni en satin bleu ;

Harnais de voiture et de cabriolet, selles, brides, filets, couvertures, etc.

Une annonce plus succinte insérée dans la plupart des quotidiens faisait connaître que l'exposition publique s'ouvrirait le mardi, 23 février, à midi, au domicile de la défunte.

Pour la curiosité, mise en éveil par les indiscrétions de la presse, de quel attrait n'était-ce pas doubler le régal du galant déshabillé d'une grande coquette? Où avaient niché les amours n'allait-elle pas surprendre, avec les secrets du boudoir et de la défroque, les secrets du cœur de la jolie « nymphe »? Tout l'appartement parlait d'elle. Rien n'avait été changé dans l'arrangement habituel des pièces. Chacune avait gardé sa physionomie propre et l'on pouvait croire, à voir ainsi « tout en ordre et en place )) que la morte avait laissé son ombre y faire une fois encore les honneurs de son chez soi.

Dans la chambre à coucher avaient été étalés les effets de la garde-robe ; les bijoux, les diamants, l'argenterie s'offraient à l'estimation dans deux vitrines que l'on avait posées sur une des tables du salon.

Le Tout-Paris se porta à cette vente, dont la publicité avait été assurée par l'apposition de deux cents affiches et la mise en distribution de huit cents Catalogues.

Devant la maison ce fut, cinq après-midi durant, un encombrement de « luxueux équipages )), une fde de voitures « armoriées )). « L'aristocratique Faubourg et celui de la Chaussée -d'Antin s'étaient là donné rendezvous ^. » Mais il y avait aussi du monde de

1. II. Lumière, Une lettre inédile de la Dame aux Camélias (op. cit.).

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toutes sortes, « du meilleur et du pire », ainsi que le constatait Théophile Gautier. Surpris en pleine promenade sur le Boulevard, par ce rassemblement inaccoutumé, il avait été happé dans ses remous. La foule entrait et montait. Il avait fait comme la foule et s'était arrêté à l'entresol. « Des lions, des juifs, des lorettes, des femmes honnêtes » se bousculaient dans le })alais de cette reine disparue ^.

Un jeune clerc, M. Henry Lumière, venu pour rej^résenter les intérêts d'une créance, se heurta à une assistance si compacte, « qu'il lui fut impossible de parvenir jusqu'aux appartements ».

La capiteuse odeur de péché qui montait de « ce cloaque splendide purifié par la mort », fouettait l'imagination des plus blasés et les poussait, à travers les pièces, à la recherche des mystères qu'avait emportés la déesse. Dans son âpre désir de percer les secrets d'une vie licencieuse de haut vol, le public féminin n'était pas le moins ardent, assure-t-on, à forcer à travers la cohue des chalands et des revendeuses à la toilette, l'accès de ce « Paradis des joies défendues », à se griser de l'air où flottait encore l'encens des adorations éperdues, à reluquer les bijoux dont s'était parée la royale courtisane, à retourner les robes où s'étaient abrités des charmes réputés si puis-

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