M"»<?DE Genlis, Athénaïs, ou le CUàlenu de Coppel en iiOl
mente révolutionnaire avait balayé les doctrines de sagesse d'autrefois : le moi avait cessé d'être haïssable. Le monde régénéré i)ar « un baptême de sang », s'éveillait à une nouvelle jeunesse ; or, la jeunesse c'est l'épanouissement du moi. « Nous voulons aujourd'hui qu'on nous parle de nous », disait Jules de Rességuier dans une manière de profession de foi ^. On ne s'en était pas fait faute jusque-là. Car, sur la trace de WertJier, })eut-etre sur celle du Chevalier des Grieux dont la Manon enterrée dans les sables de la savane pourrait bien détenir le secret de l'abbé Prévost, avaient passé et le jeune Ramond, qui, dans les Dernières Ai'entures de d'Olhan prêta à son héros l'émoi désespéré de son cœur de vingt ans, tout plein encore de cette Sophie à qui il dédiait précédemment un recueil d'élégies, et Jacopo Ortis, ce Werther italien, derrière lequel Ugo Foscolo abritait les sophismes d'une passion en partie vécue par lui ; et Obermann, ce René mâtiné de germanisme, l'âpre interprète des sombres désenchantements de Sénancour.
« Les peines du cœur harmonieusement déplorées » ne firent pas la fortune du seul Joseph Delorme. La prétention de passer par ce même moyen à la dignité de poète ou de romancier anima plus d'un carabin et d'un clerc d'études. « Nous avions tous la douce manie de nous croire poètes », dit Pontmartin en se raillant avec indulgence de ces jours d'enthousiasme naïf. Elle avait gagné môme les commis de nouveautés. Sur le comptoir du magasin des Deux- Pierrots, Challamel et ses camarades écrivaient des vers à l'adresse de leurs maîtresses, persuadés que