‹ Alexandre Dumas et Marie DuplessisChapitre 3 sur 188 · La Muse française, t. II · texte numérisé non relu

La Muse française, t. II

l'inspiration leur vaudrait à la fois les faveurs de la dame et celles de la célébrité. Car la moindre élucubration élégiaque trouvait son placement ; inconnu la veille, on était prôné le lendemain, et aussi vite oublié. Si bien que, comme s'en amusait Balzac, la mode était la fixité même en comparaison des « vertigos » dont la littérature était saisie ^. Un homme n'avait qu'un jour, inais il l'avait. Une nouvelle de cent lignes — • le Mouchoir Bleu — suffisait à établir la réputation de Becquet ^.

Trente années durant, la lyre n'accompagna sur ses cordes que la plainte de l'homme et de ses passions. En vain Gustave Planche adjurait-il les royautés littéraires de revenir au monde pour s'y renouveler, de se jeter dans la mêlée des intérêts positifs et des aspirations sociales^. Grands et petits, tous demeuraient enfermés dans « l'égoisme poétique » de leurs propres souffrances et de leurs joies. Il n'est pas jusqu'à la musique instrumentale qui n'ait servi cette inclination de l'âme à se délecter à son propre spectacle. La Symphonie fantastique porte en sous-titre: Episode de la vie d'un Artiste, et ce sont les vicissitudes de son amour romanesque pour miss Smithson que Berlioz y évoque.

Le procédé est commun à tous. Plus tard, sous le coup de circonstances nouvelles, dans la transformation des mœurs au lendemain des journées de 1848 et de la proclamation de l'Empire, quelques-uns élargiront leur veine et ils retremperont leur inspiration dans le courant des passions publiques.

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