Lamartine, Nouvelles Méditations
La corruption cynique et élégante de Don Juan promenant au Café de Paris, à Tortoni, au Jockey- Club, son âme et sa volupté sous les traits d'impeccables dandys, les Musset, les Arvers, les Eugène Sue, les Ourliac, les Houssaye, les Tattet, les Mosselniann, les d'Alton, et autres parfaits Jeune- France ; le sarcasme, l'impiété et le blasphème des héritiers de Manfred qui, par la bouche de Pétrus, le Lycanthrope, couvraient de toutes les négations les débordements de la vie licencieuse ; le Sandisme, cette « lèpre sentimentale », au dire de Balzac^, justifiant sous le prétexte d'une revendication sociale les pires dissolutions, avaient donné l'essor à des ardeurs nouvelles, fouetté les imaginations et piqué au vif l'insatiable désir, « cet être immense et terrible », invisible et partout présent et dont « la voix remplit l'espace d'un éternel sanglot ^ ». Ce fut le règne des femmes « incomprises », errant, pâles et l'air vaporeux dans les théâtres et les promenades, comme la vicomtesse de Lancy, à la recherche, « d'une âme ardente et d'une tête passionnée », ou comme la Gabrielle d'Emile Augier, rêvant de « transports éternels d'amour ».
« Compléter sa vie » est alors le mot à la mode. « On vivote avec son mari, ma chère, on ne vit qu'avec son amant », disait la marquise de Vandenesse à sa belle-sœur ^. « Le mariage est notre purgatoire, observait une autre, l'amour est le paradis. » « L'enfer, plutôt, rectifiait une troisième, mais un enfer où l'on aime, N'a-t-on pas souvent plus de plaisir dans la souffrance que dans le bon-