‹ Alexandre Dumas et Marie DuplessisChapitre 23 sur 188 · Balzac, Une file d'Eve · texte numérisé non relu

Balzac, Une file d'Eve

heur? » Et de fait, pour ces sensibilités en quête d'émotions toujours plus vives et plus profondes, la ])assion n'est « ni langage doucereux, ni soupirs, ni larmes ». Il est passé le temps où « l'on se niélancoliait à l'usage des dames attaquées de consomption » ! Bon encore pour ceux qui font des « sonnets à manchettes ^ ». La passion, c'est maintenant quelque chose de brûlant comme la lave de l'Etna, c'est « l'altération soudaine des traits, l'ardeur d'un sang qui bouillonne, le mouvement convulsif des lèvres, un cœur qui se brise sans se plaindre, c'est du délire, de l'audace, de la vengeance ». — Voilà, s'écrie le Giaour, les gages certains de la passion !

Ce sont ceux qu'exigent et que donnent ces êtres « maudits et sataniques », ces fils bâtards de Byron et de Faust qui tiennent le haut du pavé, l'étalage chez les libraires, et qui dans les salons « s'étendent sur un canapé, fort à leur aise, avec un air ennuyé, blasé fatigué, désolé '^ », ont un volcan sous le crâne, une tempête dans le cœur, dînent chez Tortoni, tout en déclamant que « leur astre est fatal ^ », et sur les vignettes de Johannot, traînent par les cheveux des amantes fluettes.

Cette fiction d'un être étrange, tourmenté, victime d'une injustice sociale, mais plus grand que son destin, personnifiait l'amoureux accompli. La tendresse, une affection sincère, la beauté même, — Théo})hile Gautier en témoigne, — ne suffisaient plus à l'emploi. La femme avait horreur d'être aimée « comme aime un agent de change ^ ». Les interprétations magis-

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