LaDame aux Camélias [\^^ édition Cadot
2. L'Homme-Rouge (1834). — Cf. Vif.l-Castei., Mémoires, passim. — Le Parnasse salyrique du xix*" siècle (Kistemaekcrs,
SI le credo romantique fit des victimes parmi tant de femmes qui, douées d'une imagination « poétique et exaltée », bâtirent leur vie sur le sable mouvant du désir, nombre d'entre elles ont pour excuse moins encore la sincérité de la passion à laquelle elles cédaient que le sentiment de se dévouer au bonheur d'un être d'élection.
Car c'est là le trait marquant de la sensibilité féminine de cette époque qui compte encore plus d\Adèles (Vllen'ey que d^Antonys et où les délicatesses de cœur d'une duchesse de Praslin rachètent l'ignominie d'un assassin pair de France.
Effet d'une action plus directe que ces poètes de l'amour et de « la nostalgie de l'âme ici-bas ^ » exerçaient sur la femme, sa tendresse semblait avoir reçu le baptême du souffle pur d^Eloa, l'ange de la pitié, né d'une larme de Jésus.
Les mieux retranchées dans leur vertu désarment devant les misères du cœur et les tourments des grandes passions. M™*^ de Rémusat est toute retournée par le drame où elle croit que se débat la vie de lord Byron. Et l'émotion l'emporte jusqu'à oublier que c'est à son fds qu'elle écrit : « Je voudrais être jeune et belle, sans lien ; je crois que j'irais chercher cet homme pour tenter de le ramener au bonheur et à la vertu. » Si elles se livraient, elles cédaient à l'entraînement du cœur ou de la tête. Pour le reste,
1. Lamartino qualifiait on effet Sainte-Beuve « le poète de la nostalgie de l'âme sur la terre ».
« l'abandon complet que l'amour réclame », elles ne le considéraient généralement que comme un dévouement ou un sacrifice. Ce n'est pas seulement M"^^ Dash qui s'en portait garante, mais George Sand, par la bouche de Lélia, avait aussi affirmé l'insuffisance des émotions des sens pour apaiser la soif d'amour dont elle brûlait. C'était encore une grande amoureuse celle que M. Chéramy, qui avait entre les mains toute sa correspondance, qualifiait de Phèdre du xix^ siècle, c'était Marie Dorval qui, brisée par les orages d'une vie d'émotions intense, s'écriait : « Est-ce que ce sont les sens qui entraînent? Non, c'est la soif de toute autre chose, c'est la rage de trouver l'amour vrai qui appelle et fuit toujours ^. »
Vers ces âmes qui ne comprenaient la vie qu'à Iravers le rêve, et l'action qu'à travers le sentiment, montaient dans « un divin chœur »
De conltniplalions et de graves tendresses ^
des appels désespérés de damnés à l'ange du salut.
Il me faudrait sculpter quelque sonnet dantesque Pour te bien faire voir l'abîme gigantesque, Le gouffre de douleur où je roulais perdu, Quand vers moi ton amour sauveur est descendu!
A entendre ces actions de grâces, quelle âme se fût repentie d'avoir entre-bâillé les portes du paradis à la triste existence de Théophile Dondey? Quel cœur n'eût pas fléchi à la prière d'Aloysius Bertrand : « Ton indifférence, et je tombe parmi les damnés ; ton amour et le ciel n'est pas assez vaste pour ma