G. Simon, Le Roinati de Sainte-Beuve (Ollcndorff
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déchéance, Dumas ne jouait point au paradoxe, pas plus qu'il ne scxlonnait des raisons pour faire triom- }>her une thèse. La longue Préface qu'il écrivait pour la Dame aux Camélias est de 1867, et s'il s'y efforçait, à près de vingt ans de distance, de justifier sa pièce en la rattachant à un faisceau d'idées sociales, fruit de l'âge et de l'expérience, c'est que dans l'entre-temps il avait appris d'eux la mission éducatrice de l'auteur dramatique. Mais roman et drame étaient demeurés, dans leur conception et leur exécution, entièrement étrangers à toute préoccupation de morale. Ils ne procédaient pas du dessein de réhabiliter la courtisane, — • l'auteur s'en est assez défendu — mais de cette même analyse que Flaubert pratiquait sur soi, et qui lui donnait la joie de recréer ses afflictions. La critique, encline à prêter aux écrivains des intentions qu'ils n'ont pas eues, n'en trouva nul prétexte avec la Dame aux Camélias. Si elle ne vit pas une fin de démonstration dans le cas d'espèce qui lui était soumis, c'est qu'elle était cent fois convaincue qu'il rentrait dans le cadre général des mœurs. « Ce n'est pas une idée, à vrai dire, notait même Théophile Gautier dans son feuilleton, c'est un sentiment ^. » A cette opinion qui est, à des nuances près, celle de toute la presse au lendemain de la première, Sarcey devait donner plus tard toute sa précision. La comparant avec le Demi- Monde œuvre « méditée et voulue », il disait de la Dame aux Camélias : « C'est une pièce de la vingtième année, spontanément jaillie d'une âme jeune et ardente. Point ou peu d'étude : c'est un cri de passion. » Et juge peu suspect, puisqu'il était le contemporain des personnages mis en scène, il tenait cette
1 Lu Preasc. N" du lU février 1852.
œuvre pour l'une des plus « vraies » qui aient paru au théâtre ^.
A l'exception de Guttinguer, — le fils du poète, — qui, dans un article du Corsaire mettait en garde la crédulité du public, nul n'avait révoqué en doute qu'une courtisane pût se grandir jusqu'à mourir d'un amour malheureux. En posant l'amour « comme seul moyen de bonheur ^ », l'école romantique n'en avait pas fait le privilège d'une classe. Des remords et des larmes sincères avaient attesté à Dumas fils et à Maxime du Camp l'emprise de ce sentiment même sur des créatures misérables. N'était ce pas une fille de bouge qui, émue par la sombre mélancolie de Jean- Marc, murmurait une nuit à son oreille : « J'aimerais tant cela, moi, un homme qui serait pâle et sérieux ' ! »
A travers tous ses caprices, Marie Duplessis avait, elle aussi, poursuivi le mirage d'un Eden qu'elle eût payé de ses vanités pour y arrêter la course de ses passions vagabondes. Elle était d'une nature douce et sensible, accessible aux émotions délicates, charitable et ouverte aux élans d'une piété qui lui eût peut-être fait, un jour, comme telle autre courtisane dont Alexandre Dumas fils nous a tu le nom, déserter « les propos de boudoir pour les sermons d'église » et « mêler son cantique au feu des encensoirs * ». Elle avait mouillé de ses larmes les pages des Méditations, et Romain Vienne, son compatriote, l'avait surprise en prières, tout comme la belle princesse Belgiojoso. Sentant toute la détresse morale de sa condi-