‹ Alexandre Dumas et Marie DuplessisChapitre 36 sur 188 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

6. Jules Claretie, Alexandre Dumas fils (Quantin, in-16. 1882).

« Ton père à dix-huit ans semblait nous apparaître », lui écrira, un peu plus tard, Autran, à l'occasion de leur première rencontre :

C'élail lui, regarJ, voix, geste, allure, maintien Tout son être, en un mot, telletc dans le tien '.

Eugène Déjazet, qui l'accompagnait, était son aîné de quatre ans. « Egoïste autant que frivole », il menait, grâce aux subsides que lui fournissait sa mère auprès de qui il trouva, toute sa vie, indulgence plénière, une vie d'agréable dissipation. Sans avoir les vingt-cinq mille francs de rente dont Dumas le gratifie dans son roman, il se conduisait à peu près comme s'il les avait eus. Il courait les coulisses et les aventures qu'on y rencontre au détour des portants, chose tout aisée au fils d'une comédienne. N'est-ce pas à sa mère qu'il devait enlever une pensionnaire de son théâtre pour en faire sa maîtresse en attendant qu'il en fît sa femme? Musicien sans originalité suivant les uns, excellent musicien suivant d'autres, il ne fut jamais que le compositeur d'une parodie de la Juive ^. Au de-

1. Alexandre Dumas fils, Péchés de Jeunesse, l Paris, FcUcns et Duiour, in-80, 1847.)

2. Henry Lecomte. Virginie Déjazet (gd in-8°, Paris, Sapin, 1892). — E. lIcGOT, Histoire du Théâtre du Palais- Royal. (Paris, Ollcndorfî, in-16, 1882.)

meurant, ainsi rappiécie Dumas, un charmant et spirituel garçon, plein de cœur, avide de plaisirs, « mais dont l'esprit avait été un peu faussé par les premières habitudes » contractées dans le milieu fort libre ou s'était passée sa jeunesse. .

Quel était le programme de la soirée? Trois ou quatre vaudevilles mêlés de couplets, dont les auteurs pouvaient être Garmouche, Courcy ou Bayard, Dumanoir ou Siraudin, Anicet Bourgeois ou Brisebarre qui avaient la spécialité de la bouffonnerie scénique. Jouait-on la Fée du Logis, les Cuisinières, la Carmagnole? Était-ce le Gamin de Paris, était-ce le Vampire ? Qu'importe ! On venait aux Variétés pour les acteurs plus que pour les pièces. Potier, Brunet, Tiercelin, et Vernet y avaient établi, dans les premières années du siècle, une royauté du burlesque. Elle n'avait rien perdu de son éclat ni de son autorité en passant son sceptre aux mains de cet autre quatuor de la bouffonnerie qui avait nom Lafont, Odry, Lepeintre aîné et Levassor. Il y avait aussi le vieux Gazot, la figure la plus gravement et majestueusement bête ; et Hyacinthe dont le nez prodigieux faisait le déses-

poil" d'Alcide Tousez. Parmi les femmes brillaient, au premier rang, la bonne grosse Flore, pétillante, excentrique, qui avait traversé joyeusement la vie ; la Boisgonthier, une gaillarde, à la mine hardie, disant crânement le mot cru, et « cachant si bien ce cju'il offre de louche, qu'on allait volontiers le chercher sur sa bouche ». A leur côté la belle M^^^ Esther, au profil giec, figurait néanmoins les grisettes à merveille. Puis une pléiade de jolies filles : M^i® Castellan toute jeune, avec une grâce d'enfant ; M^^® Olivier dont les charmes s'agrémentaient d'un parfum de modestie ; M^^^ Virginie Duclay, « un sylphe, un zéphir, un bon ange, un lutin » ; et M^^® Alice Ozy, déjà fort lancée, coquette ingénue, rieuse, mais paraîtil, peu langoureuse, rime riche à «très aventureuse » ; et combien d'autres ^ !

Mais c'est encore dans la salle qu'étaient les plus gracieux visages. « Sous de charmantes capotes de crêpe blanc, remarquait le vicomte de Launay, sous de légers chapeaux de paille, se cachaient les regards les plus doux, les traits les plus fins ; c'étaient de ravissantes beautés de keepsake, des physionomies de roman, des chevelures cssianiques, des pâleurs byroniennes, un mélange délicieux de fragilité et de fraî-

1. .J. Arago, PJnjsiologie des foyers cl des coulisses, etc. (Paris, 18'i2, in-16). — Id. Foyers et Coulisses, olc. (Paris, in-16, chez l'auteur, 1852). Guide dans les Théâtres (Paris, Paulin et Le Chevalier, in-16,1855).

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clu'ur. de mélaïuolie ot do jeunesse à troubler la plus rol)usle raison ^ »

Ainsi les premiers sueeès de cette nouvelle école, qualifiée tout de suite École du bon sens, qui vient de paraître au jour de la rampe avec la Lucrèce de Ponsard, n'ont pas encore détrôné de sa gloire le type de beauté qu'avait couronné le romantisme de 1830. Ce sont toujours des rapprochements littéraires ou des termes historiciues qui servent à le définir, comme d'ailleurs à dénommer la plupart des manifestations de la mode : trait où sVxprime le sentimentalisme naïf mais charmant d'alors. Depuis un quart de siècle, la littérature et l'art sont à la dévotion de la femme, et les yeux d'Eve sont devenus le miroir du monde. Il n'est point de succès qui ne lui fassent retour et qui ne prennent un lustre nouveau de se voir adoptés de sa grâce. Jamais la vanité du colifichet n'a fait étalage de tant d'érudition ; pour habiller l'idole, ce n'est pas assez de l'imagination et du talent de la couturière ou de la modiste : IVP^^ Beaudrand va chercher ses inspirations chez les grands peintres ; M^^^ Camille étudie tout spécialement les œuvres des écrivains en renom.

La «taille frêle», le «col de cygne», les «cheveux luisselants », le « pied imperceptible" »

1. Vicomte dk Eai .nay, op. rit. Lcllrr d'avril 184'i. — LcLlrf de janvier 18'i7).

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