Du Hays, op. cit
Voici, au surplus, l'acte de naissance de la cadette que nous transcrivons du Registre de Vétat civil de Nouant :
« L'an mil huit cent vingt-quatre, le vendredi seize janvier à neuf heures du matin, par devant nous, Jacques-Samuel Fossey, maire, oflicier de l'état civil de la commune de Nouant, département de l'Orne, est comparu Marin Plessis, marchand, âgé de trente-cinq ans demeurant dans ce bourg, lequel nous a présenté un enfant du sexe féminin, né hier, à huit heures du soir, de lui déclarant et de Marie Deshayes, son épouse, demeurant avec lui, auquel il a déclaré vouloir donner le prénom d'Alphoncine [sic] : Les dites déclaration et présentation faites en présence des sieurs Auguste-Jean Cornet, marchand, âgé de trente-quatre ans, et Louis Pignel, boulanger, âgé de quarante-sept ans, tous deux demeurant en ce bourg, et ont les témoins, ainsi que le père, signé avec nous, le présent acte de naissance, après lecture faite, )>
Cinq jours après, l'enfant était tenue sur les fonts baptismaux, ainsi qu'il ressort de l'acte ci-dessous relevé sur le Registre de la paroisse :
« Le mardi, 20 janvier 1824, a été baptisée par moi, desservant soussigné, Rose-Alphonsine, née le 15 du présent, du légitime mariage de Marin Plessis, marchand, et de Marie-Anne Deshayes, son épouse. Le parrain, Pierre Saulnier, marchand, de cette paroisse; la marraine,
Julie-Françoise Deshayes, tante de l'enfant, de Courmesnil, soussignés. »
En prenant ainsi le parti d'un exil qui mutilait sa tendresse, la pauvre mère ne croyait pas dire l'adieu suprême à ses enfants. A défaut d'autres biens, elle leur léguait la beauté que pour toute dot elle-même avait reçue en partage et dont elle avantagea surtout la plus jeune.
Marie Deshayes était, en effet, une belle brune « aux grands yeux bleus », « aux traits chastes et réguliers », où l'on voulait voir quelque ressemblance avec certaine Vierge miséricordieuse qui met, dans l'église de Saint- Germain-Ciairefeuille, le silence de ses douleurs et de sa résignation ^. Une miniature non signée, mais d'une touche exquise, qu'on devine inspirée d'un modèle d'une perfection rare, nous a laissé d'elle, jeune fille, quand, l'abondante chevelure déroulait en flots épais sur son épaule la cascade de ses ondes moirées, une image radieuse qui n'eût point démenti quelque parenté avec une création de Fart mystique ^.
Elle partie, l'es petites filles s'élevèrent tant
1. Cf. Romain Vienne, op. cit., qui prétend l'avoir connue ce qui n'a rien d'invcaisemblable ; et du IIays, op. cit. M. Jean du llays élail né à Saint-Germain-dc-Claircfcuille, le 22 septembre 1818.
2. Cette miniature est actuellement en la possession de M. Evrard, qui domicilié à Lignières (Orne), est le dernier représentant de la i'amille de Marie Duplcssis.
bien que mal. Recueillie par une cousine pauvre, qui n'était en mesure d'exercer aucune surveillance, Alphonsine grandit aux champs, abandonnée à ses instincts, livrée aux privautés des gars de fermes. Quelque; chaude aprèsmidi, sa vertu resta accrochée, avec sa jupe, aux ronces d'un buisson.
La paysanne qui avait assumé si lourde charge d'âme se hâta, pour le coup, de rendi-e l'enfant à son père. Une vocation si précoce parut à celui-ci mériter tous ses soins. Le misérable, nous dit Romain Vienne, jeta sa fille « en pâture à l'infâme libertinage d'un vaurien septuagénaire ».
On a prétendu pis encore. Quoi qu'il en soit, après avoir été placée, quelques années de-ei de-là en apprentissage, un peu au gré de l'humeur changeante de Plessis et du zèle plus ou moins appliqué dont elle faisait preuve, Alphonsine fut amenée un beau jour à Paris.
Elle avait une quinzaine d'années, au dire de Vienne, et, plus précis, un chroniqueur de VEntracie, Matharel de Fiennes, assigne à son voyage la date de 1838 ^.
Qui l'accompagnait ? Ce n'est pas là un point d'histoire. M. du Hays croit savoir que l'enfant avait été vendue par son père à une bande de bohémiens qui s'acheminèrent avec elle vers Paris, où ils la placèrent « chez une mo-